‹ Socialisme et CatholicismeChapitre 72 sur 91 · Partie technique · texte numérisé non relu

Partie technique

État major.

Intendance.

Instruction.

Soi de.

Subsistance.

Fourrage.

Service médical.

Transport.

Habillements.

Remonte.

Département

de l'artillerie

et fournitures

des armes.

Génie et ses fournitures.

Dépenses diverses.

Total.

Dépenses extraordinaires.

Dépenses ordinaires.

Dépenses extraordinaires.

Autriche-Hongrie

Allemagne

Italie

Russie

France

Belgique

Bulgarie

Angleterre

Grèce

Danemark

Espagne

Hollande

Norwège

Portugal

Roumanie

Serbie

Suisse

Suède

TOT^s

N. B. Ce tableau es

extrait du n.

229 (15 OCt. li

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t de la presse et

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-lublié par les so

ns de la première division du Ministère de la

guerre de Belgique.

En Europe il y a vingt-cinq ans que la misère va grandissant graduellement, presque en proportion mathématique des énormes impôts rendus nécessaires par la paix armée (i). Qu'on

vivre. D'après les calculs qu'on a fait, chacun n'en retirerait qu'une somme insignifiante, à peine suffisante à le faire vivre pendant un jour. Où en serait donc l'avantage ? V. pour la statistique sur la rente en France le journal la Voce della Verità. Rome, 17 janv. 1895. Voir encore à ce sujet un très bel article publié par M. Alberto Guidi dans la Rivista internazionale di scienze sociali e discipline ausiliarie (Rome, sept. 1895) et qui a pour titre : Carlo Marx e la legge storica dell' accumulazione capitalistica. Dans son travail l'éminent écrivain, s'appuyant sur les statistiques de l'impôt sur le revenu en Prusse, remarque que l'impôt sur les revenus supérieurs à 3000 marcs ne frappait en 1878-79 que 609,000 personnes sur 26,356,866. Aussi, après avoir observé que, par suite de l'impôt, les divers revenus se partagent en six catégories et après avoir encore observé que les contribuables des deux premières catégories, c'est-à-dire de la catégorie qui possède de 400 à 525 marcs et de 525 à 2000, ont entre leurs mains plus des deux tiers du revenu annuel national, il arrive graduellement à cette conclusion significative, que « la sixième catégorie, formée des revenus supérieurs à 100,000 marcs... ne comprend qu'un total de revenus de 101,770,000 marcs. X> Ainsi les individus de cette catégorie formée des rois de la finance, des Crésus modernes, des grands capitalistes qui, selon Carlo Marx, sont actuellement en possession de presque toute la richesse, ne possédaient en 1878 en Prusse que 1,26 °/o du revenu national... Et l'auteur a soin d'avertir que, si l'on compare les chiffres de l'année 1878-79 avec ceux des années suivantes, on trouve que, sauf de légères oscillations, la proportion dans laquelle le revenu annuel se répartit entre les différentes classes, est restée la même.

I. A ce propos, il est bon de considérer combien, en quelques années, s'est accrue la dette publique en Europe et de combien se sont augmentées les dépenses pour en payer les intérêts, sans perdre de vue que la plus grande partie de ces dettes a été contractée pour X entretien des armées, des flottes et des fortifications.

Dans les dix dernières années la dette publique s'est accrue de 28 milliards. Les dépenses militaires se sont élevées à j milliards et joo millions par an. La dette collective de l'Europe atteint la somme fabuleuse de irò milliards. En calculant seulement à 40/0 l'intérêt que l'on doit payer pour cette dette, cela fait presque ^ milliards par an, et en réalité on en paye davantage. En ajoutant les 5 milliards de dépenses militaires aux 5 milliards des intérêts de la dette publique, on paie annuellement en Europe la somme énorme de plus de 10 milliards. Ces chiffres nous semblent suffisamment éloquents. Quanta l'Italie prise séparément, voici les chiffres qui représentent le montant de la dette publique sur plusieurs exercices passés, et en particulier dans les derniers exercices de 1887-88 jusqu'à maintenant. Cette dette, y compris les pertes du trésor, la dette contractée envers la Banque Nationale pour le cours forcé et, quand celui-ci a été supprimé, pour les billets d'État, et la diminution progressive des biens de l'Etat dépendant de l'aliénation des biens domaniaux, de l'exemption des redevances et de la rentrée des fonds, suit la progression suivante :

La dette publique italienne a donc été en progression continuo, et le paiement des

additionne tous ces milliards si malencontreusement dépensés, que l'on compte ce qu'ils auraient rapporté s'ils avaient été consacrés à l'industrie et à l'agriculture, et que l'on voie si les résultats définitifs, surtout après les progrès et inventions de date récente, n'auraient pas mis actuellement l'Europe dans un état de prospérité telle que la misère y serait diminuée et le bien-être augmenté autant qu'il est possible. Mais, malheureusement, c'est le contraire qui est arrivé et alors est-il étonnant que le désespoir de la misère, venant s'ajouter au relâchement ou à l'extinction des principes religieux et morau x, prépare la voie à l'invasion barbare de l'anarchie?

Signalons encore une autre erreur: la franc -maçonnerie, qui a pris presque partout possession du gouvern ement de la chose publique, dédaigneuse des intérêts d'autrui, préoccupée uniquement d'atteindre son principal but, la destruction du credo religieux, a juré une guerre à mort aux corporations religieuses qui étaient les meilleurs soutiens de ce credo et n'a eu ni repos ni trêve qu'elle ne les ait chassées de toutes parts et dépouillées de tous leurs biens (i).

Et cependant, c'étaient les religieux qui donnaient de quoi vivre à tous ces pauvres gens impropres au travail, qui aujourd'hui, grâce à la philanthropie maçonnique, meurent de faim !

Et ce sont encore ces religieux qui, pendant de longues années, ont consacré leurs ressources à faire avancer la civilisation et à augmenter le bien-être général au moyen d'études

intérêts absorbe actuellement la moitié environ des recettes. Quant aux forces militaires les voici : en 1869 l'Europe avait en temps de paix 2,195,000 soldats ; en 1891 elle en comptait 3,500,000. Actuellement nous sommes à environ 4,000,000 et rien ne prouve que nous en resterons là !

I. Pour qu'on ne nous accuse pas de prêter à la franc-maçonnerie des sentiments et des intentions qu'elle n'a pas, voici le programme présenté par le grand maître Adrien Lemmi à la conférence maçonnique, tenue à Milan le 20 septembre 1894, à laquelle assistaient les principaux représentants de la franc-maçonnerie italienne : « Soumission de l'Église au joug de la loi commune ; pour cela abolir les garanties papales, loi supprimant radicalement les corporations religieuses qui recommencent à pulluler, révision de la loi sur les œuvres pies pour en faciliter la centralisation (c'est-à-dire pour s'emparer de leurs derniers revenus au profit des francs-maçons grands et petits) ; réforme laïque de l'instruction primaire. » Lemmi, parlant ensuite de la question sociale, affirmait que « la solution devra s'inspirer d'une bienveillante concorde entre les classes sociales, limitant le droit de mal user de la propriété ». Et il ajoutait que « la franc-maçonnerie doit s'appliquer à inaugurer une nouvelle ère de fraternité et d'amour pour le genre humain » (!). Dans les complications de la situation présente, il voyait, disait-il, « une crise préparant l'avenir », mais il juge que le catholicisme a fait son temps et blâme les hommes d' État, qui, « d'après le vieil adage, reconnaissent en Dieu le meilleur gendarme ».

scientifiques et d'utiles découvertes, s'appliquant au ministère de l'enseignement, fertilisant les terres incultes, les bonifiant, les rendant habitables, de sorte qu'elles devenaient des sources de travail et de production pour des populations entières (i). Et que n'ont pas fait, jusqu'à nos jours, les bénédictins, les cisterciens, les trappistes, les franciscains, les jésuites, les dominicains et tant d'autres qu'il serait trop long d'énumérer ici (2) ?

Mais les corporations religieuses abolies, qui les a remplacées ? L'État, qui a rendu l'instruction obligatoire, et qui l'appelle gratuite, quoiqu'il la fasse payer très cher aux contribua-

1. Quand les moines avaient accompli sur une terre les travaux de bonification qui auraient dépassé les forces d'un simple particulier et l'avaient rendue propre à l'agriculture, ils y élevaient une maison et la donnaient en emphytéose à des métayers. Quant au commerce, dans ces temps où les routes étaient peu sûres, les voyages longs et difficiles et les habitations rares, les monastères ouverts à tout voyageur offraient aux marchands un asile sûr et facilitaient les communications. Les couvents étaient le rendez-vous des marchands ; là, à l'occasion des fêtes religieuses, se tenaient les foires et les marchés. A l'ombre protectrice des monastères se développèrent les premières industries, se groupèrent des bourgs populeux, et souvent naquirent des cités florissantes. » V. Bianchi, Ouv. cité, p. 41. — Brants, Essai historique sur la condition des classes rurales en Belgique. Louvain, 1880, p. m. — Janssen, L Allemagne à la un du moyen âge. Paris, 1887, p. 282 sq.

2, On a dit que la révolution du siècle dernier a donné la terre aux paysans, mais c'est là une erreur d'histoire. Ceux qui ont commencé à donner la terre aux paysans, ce sont les moines bénédictins et autres qui, entre le IV^etle V* siècle, leur apprirent la manière d'en tirer parti. Cela s'est reproduit partout, en Italie, en France, en Allemagne, en Espagne. Ainsi les missionnaires qui prêchèrent le christianisme en Allemagne, furent en même temps les apôtres de l'agriculture. En Norwège la culture des fleurs fut introduite par des moines. Les travaux d'irrigation de la Lombardie et en général toute la nouvelle agriculture d'irrigation est due, comme l'a constaté Jacini, aux moines cisterciens de Chiaravalle près Milan au Xlle siècle. Le nord de la Belgique a été colonisé presque en entier par des congrégations religieuses. L'abbaye de Tongerloo dans le Brabant, à elle seule, défrichant le terrain par petites parties et le louant à des paysans, a fondé plus de 70 villages. Ce travail bienfaisant a été interrompu par les révolutionnaires, les soi-disant amis du peuple, qui ont ainsi empêché la continuation et le développement d'un bien incalculable. En effet la propriété rurale une fois constituée, on a rendu un immense service à la cause de la conservation sociale en plaçant à ses côtés des petites propriétés de paysans.

On réunissait ainsi deux classes très puissantes dans la société, et, quoique le gentilhomme campagnard gardât une sorte de suprématie sur le petit cultivateur propriétaire, leurs intérêts se trouvaient si intimement unis, bien que chacun d'eux conservât son entière indépendance, qu'ils se sont trouvés amenés à travailler en commun, au bien social, presque à leur insu. Aujourd'hui la propriété est démembrée, les antiques liens de fraternité sont rompus et la lutte de classe est l'état normal de notre société, grâce à la législation actuelle qui est fille de la révolution. ICn terminant nous rappellerons que les papes ont encouragé, protégé, aidé constamment l'œuvre des moines, faisant défricher, à leurs frais, les terres cultivables, desséchant les terrains marécageux et autres. Citons, parmi eux, Clément VII, qui a bonifié la vallée du Musone dans les Marches, aujourd'hui très fertile et anciennement marécageuse, et Pic VI, qui a desséché les marais Ponti ns.

blés, tandis qu'il néglige presque entièrement l'enseignement pratique dans les petits centres et qui laisse les terres incultes ou mal administrées, ou encore qui les vend, le plus souvent au-dessous de leur valeur réelle, à un petit nombre de spéculateurs auxquels il permet de les transformer en de trop vastes propriétés foncières plus ou moins improductives (i). Aussi là, où vivaient anciennement des centaines et des milliers même de familles, régnent aujourd'hui la solitude et la désolation ; aussi la misère frappe-t-elle à la porte de tous (2). Nous citerons un exemple tout récent, tiré de notre pays, et qui nous semble venir ici fort à propos. Au monastère de Saint- Pierre à Pérouse les bénédictins donnaient presque gratuitement une excellente instruction agraire à une centaine de jeunes gens, et par là même fournissaient de quoi vivre honnêtement à environ deux cents familles de la contrée. Or, il y a cinq ans, le gouvernement, ayant expulsé les derniers de ces religieux et s'étant emparé de leurs biens, convertit le monastère en école agraire. Voici quelle en a été la conséquence : le nombre des élèves s'est réduit, à partir de cette époque, à un minimum des plus petits ; l'immense patrimoine a passé on ne sait où, et les deux cents familles qui trouvaient un moyen de subsistance dans l'antique institut, n'en trouvant point dans le nouveau, sont aujourd'hui plongées dans la misère (3). Les cas de ce genre ne sont mal-

1. Au siècle dernier les lois publiques avaient réglé que les domaines seraient partagés entre les paysans pauvres et que les terres domaniales réservées au pâturage seraient réparties entre les possesseurs de troupeaux. On le voit donc : les anciens législateurs comprenaient les choses un peu mieux que nos grands génies modernes !

2. « Je ne dirai qu'un mot, écrit Bianchi, de la bienfaisance exercée par les moines, et de l'instruction à laquelle ils étaient seuls à se consacrer. Il y avait dans les monastères un fonctionnaire spécial qui s'occupait exclusivement des œuvres de bienfaisance et qu'on appelait eleemosynarius ou aumônier. Les revenus du couvent étaient divisés en trois parts : l'une était destinée à l'entretien des religieux, la seconde aux frais du culte,

la troisième aux pauvres Non seulement les moines exerçaient largement la charité,

mais encore ils étaient passés maîtres dans l'art de la faire, ce qui a presque la même importance ». Ouv. cité, p. 42. V. encore : Dareste de la Chavanne, Histoire des classes agricoles en France. Paris, 1858, p. 176. — Montalembert, Les moines d'Occident. Paris, 1860. Introd.,p. 69. — ]ACiiii, Atti della Giunta per l'inchiesta agraria, voi. VI, t. I, p. 100 sq. — PÉRiN, /)<; la richesse dans les sociétés chrétiennes. Paris, 1882, liv. VI, chap. IX, Par. 12.

3. Pour ne pas être taxé d'exagération, nous citerons le passage suivant que nous empruntons au Popolo Romano du 22 octobre 1895 : « L'administration de la Fondation pour l'instruction agraire da.ns l'ancien couvent de Saint- Pierre (Pérouse), est arrivée après une gestion de cinq ans à avoir à peine 2000 fr. d'argent comptant, tandis que, sous l'administration des moines, les revenus patrimoniaux suffisaient à entretenir environ 300 jeunes gens de la colonie, ce qui faisait 1500 en cinq ans, lesquels ne pouvaient coûter moins de i fr. 50 par jour, totjt compris, ce qui ferait en 5 ans une dépense de

heureusement pas rares, et on en trouve aussi ailleurs qu'en Italie.

C'est donc une source féconde de bien-être que l'on a fait imprudemment disparaître, et ni les armées, ni les canons ne peuvent en compenser la perte. Les canons et les armées ne nous procurent qu'une paix mal assurée au dehors, et nous laissent vivre dans des transes continuelles à l'intérieur, car nous ne voyons que trop aujourd'hui les chefs d'État devenir le point de mire du poignard des assassins ; de paisibles citoyens tomber victimes des bombes et de la dynamite et tous les pays, non seulement de l'Europe, mais encore des deux Amériques, dévastés du nord au sud et de l'est à l'ouest par d'effroyables incendies, dont les auteurs ne prennent plus la peine de se cacher. Voilà les effets de la paix menteuse que nous donne la politique actuellement en vogue.

Eviter absolument et toujours la guerre est aussi impossible que de détruire les passions humaines et d'établir sur la terre le règne de la justice absolue, inaltérable, universelle. Mais il est certain que le progrès de la civilisation chrétienne rendra de plus en plus odieux, et par conséquent de plus en plus rares, les conflits armés. Un État prévoyant et prudent peut donc et doit même entretenir sur pied une certaine force armée, mais celle-ci doit se borner à répondre aux besoins de défense et ne doit jamais dépasser les véritables ressources économiques du pays. Qu'il ait aussi, s'il le veut, une réserve à laquelle il puisse recourir en cas de danger, mais dans les conditions ordinaires qu'il laisse les citoyens qui formeront cette réserve vaquer à leurs affaires.

Du reste un désarmement universel procurerait bien certainement la paix et les inestimables bienfaits qu'elle porte à sa suite.Si on pouvait mettre en pratique la généreuse idée de ceux qui voudraient que l'on déférât à un tribunal suprême, que l'on prendrait pour arbitre, les difficultés qui pourraient surgir entre les différents peuples,qui ne voit l'avantage qui en découlerait pour tous, et les progrès qu'aurait à enregistrer la cause de la civilisation ?

821,250 fr. en chiffres ronds. Il est vrai que, d'après le compte rendu, 78.000 fr. restent encore engagés, mais si l'arithmétique n'est pas une opinion, on est forcé de reconnaitre que la différence est un peu trop forte. Qu'une partie, une grande partie même des revenus ait été consacrée à des améliorations, rien de mieux, mais que l'énorme fruit de tout le vaste patrimoine doive ainsi disparaître, voilà ce qu'on ne peut admettre. >

Nous n'avons pas Tintention de nous étendre ici sur ce point; nous nous bornerons à constater que dans notre société chrétienne, il ne serait certainement pas difficile de constituer un pareil tribunal et, qui plus est, de trouver quelqu'un qui puisse le présider dignement. Il y a quelques années, dans une question épineuse avec l'Espagne, le prince de Bismarck, s'adressant au Pape, l'indiquait à tous les peuples civilisés comme le médiateur, l'arbitre naturel des litiges internationaux. La sérénité de jugement qu'il trouva en cette occasion chez Léon XIII ne fera jamais défaut ni à lui, ni à tous ceux qui lui succéderont dans le suprême ministère apostolique. En effet, les Papes, en raison de la haute dignité dont ils sont revêtus et à cause de la mission spirituelle qu'ils exercent sur la terre, offrent les plus grandes garanties possibles d'impartialité. En outre leur autorité, qui est sans égale ici-bas parce qu'elle est surnaturelle, et qu'elle ne connaît ni limites de temps, ni limites d'espace, étant universelle et perpétuelle, rend plus acceptables leurs oracles. Personne ne sera plus incapable qu'eux de céder à des prétentions ou à des influences illégitimes, et personne mieux qu'eux ne saura conserver les principes de vérité, de justice^ d'amour, qu'ils ont pour mission de maintenir parmi les hommes. Ils n'auront donc qu'une seule chose en vue : réunir doucement par les liens de charité fraternelle ceux que les passions humaines ont déjà divisés ou qu'elles menacent de diviser (').

En terminant cette importante question de la diminution des dépenses militaires, nous ferons observer combien il est nécessaire que la presse concoure à cette œuvre salutaire, en se gardant bien d'attiser les haines ou de fomenter les jalousies ou les rivalités de peuple à peuple. Elle a une mission beaucoup plus noble à remplir, celle de pacifier les esprits et de moraliser les masses; et, si elle y manquait, l'État devrait intervenir dans l'intérêt de tous et l'arrêter, se rappelant, comme nous l'avons observé ailleurs, que la licence n'est pas la liberté et que la liberté même ne doit jamais dépasser les limites que lui imposent le véritable bien public .et les lois sacrées de la morale chrétienne.

I. Dans notre ouvrage : Arbitrati e mediazioni papali — Befani, édit. 1885, — nous avons cité les nombreux arbitrages exercés par les Papes et nous avons montré que, dans cette noble et délicate mission, ils ont toujours agi delà même manière, c'est-àdire en s'inspirant aux sources les plus pures de vérité et de justice. -

Et c'est précisément en vue de cette considération que nous conseillerions, avant l'application de tout remède, de procéder partout à une étude sereine et impartiale des conditions réelles des différentes classes ouvrières On a souvent moins écouté jusqu'ici la voix du jugement et de la réflexion que les inspirations du sentiment et on a souvent dépeint, sans un sérieux examen préalable, sous des couleurs exagérées la misère des ouvriers d'une part, l'arrogance et la cruauté des capitalistes de l'autre.

On a ainsi augmenté et envenimé les haines des uns contre les autres,et on a donné prétexte aux ouvriers de se dire et de se croire victimes des capitalistes, qu'on leur a représentés comme des tyrans. Aussi les ouvriers ont-ils été poussés à des actes de violence qui ont provoqué à leur tour des réactions fâcheuses, et ont créé des défiances presque invincibles qui forment assurément le plus grand obstacle à toute possibilité de réconciliation (i). Tout cela grâce à nos auteurs humanitaires, qui se sont bien gardés d'admettre que, s'il y a de mauvais capitalistes, il peut y en avoir — et il y en a — d'excellents, et que tous les ouvriers ne sont pas bons et n'ont pas toujours droit à ce qu'ils demandent.

Ils n'ont même pas consenti à admettre qu'il puisse y avoir des cas de force majeure dans lesquels un malheureux entrepreneur est obligé de suspendre le travail ou de diminuer le nombre des ouvriers, et aussi qu'il puisse y avoir des ouvriers incapables ou inhabiles, soit parce qu'ils ont embrassé une profession qui ne leur convenait pas, soit encore parce qu'ils n'ont pas l'instruction nécessaire pour bien exercer l'art ou le métier qu'ils ont embrassé. Pour ces écrivains, le nom d'ouvrier comporte toujours l'idée de souffrance et de bonté, tandis que î'égoïsme et la tyrannie sont les attributs inévitables du capi-

I. Un journal, qui n'est assurément pas conservateur, la Tribuna de Rome, écrivait dernièrement : «Personne ne pourra protester de bonne foi contre les lois et les mesures du gouvernement qui tiennent en respect les professeurs sans chaire, les avocats sans cause, les mauvais ouvriers exploiteurs des bons, tous les déclassés, les charlatans politiques qui se travestissent en apôtres pour tromper et trahir le peuple ; qui fassent cesser le spectacle scandaleux de leur impunité contrastant avec les poursuites dont sont victimes leurs inconscients adeptes ; qui établissent une fois pour toutes une distinction précise entre les doctrines scientifiques et la propagande de haine et de guerre civile. Il faut défendre, contre lui-même et contre les autres, le travailleur du sol, qui est le seul vrai producteur, et que nous avons laissé en abandon non depuis des années mais depuis des siècles (22 janvier 1895). »

taliste. Or ce procédé n'est pas de nature à amener une solution satisfaisante de la question ni une amélioration sérieuse dans le sort des ouvriers. En effet, cela dénature systématiquement l'histoire et si celle-ci doit toujours s'inspirer d'un parfait esprit d'impartialité et de justice, à plus forte raison ne doit-elle pas s'en écarter, quand il s'agit de retracer la vie des ouvriers, qui se déroule continuellement au grand jour, et qui» si on l'examine soigneusement et consciencieusement, indiquera infailliblement des conclusions d'autant plus sûres et efficaces qu'elles s'appuieront sur l'évidence des faits.

Qu'on fasse donc une étude approfondie des maux de la classe ouvrière, mais qu'on aille loyalement jusqu'au fond ; qu'on en examine toutes les causes et les circonstances qui les accompagnent, et qu'on voie si elles proviennent d'intentions malveillantes ou de cas imprévus et inévitables. Qu'on ne craigne pas de soulever tous les voiles, de considérer les misères méritées des uns, le vice, l'oisiveté et la fainéantise des autres, et quand on aura pu dire aux ouvriers: votre condition est critique, mais la mauvaise conduite, l'imprévoyance ou l'imprudence de beaucoup d'entre vous y est pour quelque chose, alors on pourra plus efficacement élever la voix contre les capitalistes ou les entrepreneurs inhumains et leur prouver que certains actes n'augmentent pas, mais au contraire détruisent toute richesse, et qu'il est des résultats plus enviables que celui d'avoir plongé une ou plusieurs classes d'individus dans un état de désespoir immérité.

Bref, pour ne pas nous étendre davantage, disons en terminant, que la question sociale étant, par l'immensité du champ qu'elle embrasse, aussi complexe que vaste, et les moyens de la résoudre variant à l'infini, selon les métiers, la diversité de lieux, de temps, de nature, de race, d'aptitudes, de mœurs, d'éducation, d'instruction, de condition de chaque individu, il conviendra d'abord d'examiner un à un tous ces points. Et comme un examen de ce genre peut difficilement aboutir entre les mains des particuliers, c'est à l'Etat d'y contribuer en prenant l'initiative des recherches et des enquêtes, que des individus intelligents accompliront sous sa direction ou — ce qui serait encore mieux — sous celle des différentes corporations. Qu'il ait soin principalement de rechercher si les maux de la société proviennent de causes naturelles ou accidentelles, loca-

les ou générales, permanentes ou transitoires, politiques ou économiques et, après les avoir classées, de proposer les remèdes qui répondent le mieux à chaque circonstance.

Il faut recourir à des mesures provisoires quand le mal est transitoire ; permanentes, quand il est permanent ; considérer les différences de nature, de circonstances, de lieux, de mœurs, dont nous parlions tout à l'heure, et leur appliquer des remèdes correspondants ; voir s'il n'est pas nécessaire de modifier certaines dispositions des lois ou d'en combler les lacunes ; suivre, en un mot, le système plein de sagesse du monde Romain dont la législation sert encore maintenant de base et de modèle à toutes les autres ; c'est-à-dire ne pas avoir foi en des mesures absolues, applicables toujours et indistinctement à tous les pays ou à tous les peuples, mais à des remèdes relatifs, temporaires, répondant à des cas isolés et partant diversement applicables.

Il ne faut pas être absolu ou exclusif en pareille matière, mais se persuader que le même remède, qui est bon pour un lieu ou un temps déterminé, peut ne pas l'être pour un autre pays, pour une autre époque, pour une autre population et que, s'il est impossible de découvrir une panacée universelle à tous les maux physiques, il en est de même pour le monde moral, en ce qui concerne, bien entendu, le domaine économique et social. En effet, si l'on passe à un ordre de choses plus élevé, non seulement le remède à tous les maux moraux existe, mais encore il est capable d'adoucir sensiblement les maux matériels eux-mêmes. En quoi consiste-t-il? C'est ce que nous allons voir, en examinant quelle est, à notre avis, la cause première de la crise dont souffre actuellement toute la société.

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