‹ Socialisme et CatholicismeChapitre 75 sur 91 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

accomplissent, malgré eux et à leur insu, et qu'en face d'eux les autres peuples restent sans force et sans droit (^).

Il ajoute ensuite, en rentrant plus directement dans la question, que si dans les trois grandes époques écoulées jusqu'ici, trois idées se sont succédé, développant chacune mieux que la précédente l'unique, la grande Idée; et si trois formes de religion et de morale, dont le christianisme est la dernière, y ont correspondu, de même trois formes de vie civile, se sont succédé jusqu'ici: la famille d'abord, la société civile ensuite, l'État plus tard, et aujourd'hui finalement — nous entrons dans la quatrième époque et dans la quatrième forme — la société humanitaire qui sera constituée par l'Allemagne, quand elle sera arrivée à la période que lui assigne la destinée historique pour régner sur le monde entier (2).

Remarquons dès maintenant, puisque l'occasion s'en présente, combien ces diverses transformations du principe social sont faites pour aplanir la voie au socialisme. La société civile,en effet, doit absorber la famille, qui est destinée à disparaître, mais la société civile, dont la base véritable est la famille, est remplacée à son tour par l'État, le grand accapareur, auquel succédera ensuite, quand l'heure en sera venue, la société humanitaire. C'est donc le communisme qui commence à paraître et qui tend à établir le socialisme universel. Étrange société, où l'individu sera tout et en même temps ne sera rien; puisque d'un côté, en tant que centre et fin de l'univers, il aura droit à toute la considération, à tout le respect possible; de l'autre, en revanche, en tant que simple molécule du grand tout humanité^ il devra sacrifier à celui-ci tous ses besoins ou désirs individuels ! C'est ce qui explique et fait comprendre comment le même système a pu donner naissance à l'anarchie et au socialisme. L'anarchie, en effet, s'appuie tout entière et de préférence sur l'apothéose de l'individu qu'elle proclame Dieu, auquel elle attribue un caractère de perfection et de raison d'être finale; le socialisme, au contraire, considère l'individu comme une parcelle du Dieuhumanité auquel elle veut le soumettre, le condamnant à être tyrannisé d'abord par l'État et plus tard par la société universelle, qui constituera sûrement un ensemble non moins tyrannique et impitoyable.

1, Ibid.

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