PRÉFACE
Plusieurs siècles avant la naissance du Christ, vivait dans un royaume de l'Orient un monarque orgueilleux et despotique. Environné de puissance et de gloire, il oublia le Seigneur du ciel et de la terre et mit uniquement sa confiance dans la richesse de ses états et la force invincible de ses armées. Le prophète Daniel chercha à le détourner de la voie impie dans laquelle il s'était témérairement engagé, il le supplia de renoncer à ses iniquités et de reconnaître que "le Très Haut règne sur les empires de ce monde." Mais ce roi présomptueux, confiant dans l'avenir, se pavanait dans son palais somptueux et disait en s'y promenant de long en large : "N'est-ce pas là cette grande Babylone dont j'ai fait le siège de mon royaume, que j'ai bâtie dans la grandeur de ma puissance et dans l'éclat de ma gloire?" A peine ces paroles étaient-elles sorties de sa bouche que la colère du Seigneur le frappa ; il fut dégradé, chassé de la ■compagnie des hommes et devint semblable aux animaux qui paissent dans les champs. Ce terrible châtiment le ramena heureusement au bon sens. Il comprit que tout pouvoir et toute grandeur viennent
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de Dieu et que "tous les habitants de la terre sont devant lui comme s'ils n'étaient pas."
De nos jours et dans notre pays, il y a des hommes, et ils sont nombreux, qui, à l'exemple de Nabuchodouosor, s'enorgueillissent de leurs œuvres, méprisent en outre le passé et rêvent pour l'avenir un progrès indéfini. Considérant avec complaisance leur vaste patrie ils s'écrient dans leur délirant orgueil: "Celle-ci n'est-elle pas la fameuse république que nous avons organisée pour servir de modèle à toutes les autres naiions du globe? Vo5^ez comme elle est féconde en richesse et en bien-être! Chaque individu y est son maître et son roi — nulle responsabilité vis-à-vis de qui que ce soit — jouissance et indépendance complètes. Chacun, s'il le veut, peut arriver à la fortune et à la renommée. C'est le génie de l'homme et le travail qui ont accompli les merveilles qui s'étalent partout sous nos yeux. Oui^ c'est bien l'énergie humaine sans aucune assistance d'en haut, l'homme "dans l'excellence de sa gloire" qui a produit cette culture des intelligences, ce poli de la civilisation, cette félicité inconnue jusqu'ici dans l'histoire du genre humain. Il est vrai, semblent-ils^ admettre, que la propriété n'est pas toujours sagement répartie entre les individus ; les uns possèdent plus qu'ils ne peuvent raisonnablement consommer, les autres manquent du nécessaire ; plusieurs surabondent d'aliments quand ils sont irrémédiablement atteints de dyspepsie ; beaucoup meurent de faim avec un estomac parfaitement constitué. Mais, ajoutentils, un peu de lumière fournie par la vraie philosophie