PREFACE IX
de la propriété rendra possible avant peu la révision de la charte des réalités et donnera à chaque citoyen américain une part égale des biens de ce monde.
Telle est l'orgueilleuse et un peu naïve forfanterie de quelques-uns de nos démagogues américains.
Cet enthousiasme, hâtons-nous de le dire, est peu en harmonie avec la vérité. Car, enfin, quelle est donc la condition réelle dans laquelle nous vivons? Où en sommes-nous avec le véritable progrès social?.... Les pyramides d'Eg3^pte sont, il est vrai, des monuments immortels, d'un travail et d'un art merveilleux ; mais, les plaines qui les environnent furent jonchées, dit on, par les cadavres de ceux qui les ont édifiées. Nos industries modernes n'ont-elles pas été elles aussi la cause ou, mieux peut être, le résultat de nombreux sacrifices humains? Voyez ces machines devenues les antagonistes inconscients de l'ouvrier, entendez-les gémir, grincer, tourner avec bruit, gronder sourdement, hurler comme une légion de démons sortis de l'enfer. L'homme, qui n'est plus qu'un atome au milieu de ce mécanisme compliqué des grandes fabriques, y perd souvent sa santé, y expose sa vie et se voit réduit au rôle d'esclave sous la dépendance des forces aveugles de la nature. Le cœur nous saigne à la vue de ces ateliers transformés en étuves, l'esprit se révolte contre les criantes injustices de certains maîtres et n'entrevoit aucune lueur d'espérance pour le travailleur courbé sous le joug des syndicats et des capitalistes sans entrailles, La condition misérable, dans nos grandes villes^ d'une foule de logis ou d'habitations humaines sans