PREFACE XI
dJves, hâves, étiolées d'hommes et de femmes qui se répandent dans des rues enfumées et asphyxiantes, s'engagent dans des ruelles pavées de cendres ou de sombres allées, pénètrent dans de misérables demeures où les attend un repas mal apprêté et un dur grabat, à moins, toutefois, que l'on ne préfère passer la soirée au cabaret en mauvaise compagnie. Ces malheureux recommenceront le lendemain de la même façon, jusqu'à ce que la consomption ou la fièvre typhoïde viennent les délivrer d'une existence pire que la mort.
Cette sombre peinture n'est-elle pas d'après nature?. ... lyC monde sans Jésus- Christ est lugubre et désordonné; la vie sans la grâce du Rédet^ oteur, pleine d'amertume et de désespérance. Nous ns
par l'histoire quelle était la misérable condition de l'humanité avant l'Incarnation du Fils de Dieu. Ivui seul, en se revêtant de notre chair et en s'apitoyant sur notre sort, pouvait nous secourir et nous sauver. Il n'y pas un homme, si grand qu'il soit par son mérite et son génie, qui aurait pu s'opposer à la marche du genre humain, descendant dans l'abîme de la dégradation morale. Seul le créateur peut, quand il lui plaît, accomplir cette merveille. Plus la société s'éloigne des enseignements de l'Evangile, plus sa misère devient profonde et intolérable ; plus elle se rapproche de la doctrine et des exemples du Christ, plus elle est heureuse et contente de son sort ; car le Fils de Dieu est la vraie source de la morale, de la doctrine et de la lumière. lyoin de nous la pensée de blâmer l'autorité civile qui nous gouverne.
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le temps et le pays dans lequel nous vivons, et de leur attribuer les inégalités sociales et la misère croissante dont nous souffrons. Notre gouvernement, bien qu' éloigné de la perfection, est peut être le meilleur qu'il y ait dans le monde entier; notre pays est richement pourvu de toutes les ressources naturelles. Ce qui nous manque, ce dont nous avons besoin pour orienter nos destinées et guider notre marche vers l'avenir, c'est un autre esprit que celui d'un grossier matérialisme ; il nous faut 1' Esprit vivifîcateur promis par le Christ à ceux qui se disent ses disciples. Tout véritable Américain devrait prier à deux genoux chaque jour pour solliciter la venue de l'Esprit Saint : "Envoyez votre Esprit et ils seront créés, et vous renouvellerez la face de la terre." Une recréation de la société, une rénovation des esprits et des cœurs, tel est le besoin urgent de l'heure présente; pour nous servir de la devise du pape actuel, il nous fau^ "tout rétablir ou restaurer dans le Christ."
Un retour à l'Evangile signifie un changement moral complet de la société ; cela veut dire aussi un retour au contentement et à la paix. Quelle transfor mation dans le monde si cette rénovation intellectuelle et morale se produisait ! On verrait les hommes se réconcilier avec les différents systèmes industriels, commerciaux, agronomiques, etc., du vingtième siècle, le travail faire la paix avec le cap'tal, l'ouvrier avec son patron. Ea misérable cité manufacturière, devenue heureuse et florissante, serait une vaste agglomération, comme une ruche de paisibles de-
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meures. L'église paroissiale, sinvant sa noble mission,, serait le foyer des vertus morales, le phare de la vérité se dressant, pour les refouler et les combattre, au milieu des sombres nuages de l'erreur ; c'est là que l'homme, ployant sous le poids des soucis et des fatigues, irait chercher les secours et les consolations dont il sent douloureusement le besoin ; c'est là que l'homme de peine apprendrait à sanctifier son travail, à se contenter de la place qui lui a été faite dans la vie. L'école paroissiale formerait les enfants non seulement pour cette vie passagère mais pour la bienheureuse éternité ; ils y apprendraient que la fin de notre courte existence n'est pas la poursuite des richesses mais bien la recherche et l'acquisition des vertus chrétiennes.
Là où domine l'esprit du christianisme, le peuple est généralement bien vêtu, bien logé, bien nourri et bien élevé. Il serait inutile, toutefois, de soupirer après les temps qui ne sont plus et ce n'est pas notre intention d'exciter des regrets superflus au sujet de leurs avantages domestiques et sociaux à jamais disparus. Il ne manque pas de discours et d'écrits sentimentalistes sur le bonheur familial et l'industrie du bon vieux temps. On en fait des tableaux pleins de charme. Le tisserand d'alors travaillait dans sa propre chaumière entouré de ses enfants qui prenaient leurs joyeux ébats sous ses yeux. L'heureux cordonnier confortablement assis sur son banc comme sur un trône, le tailleur sur sa table comme un président du congrès sur son siège, tous deux, sifïlant et chantant aux savants accords