Chapitre I
Caractère b\\ socialisme et sa fin
Parmi les hérésies populaires en lutte avec l'Eglise au commencement de ce siècle, nous trouvons le socialisme. C'est une doctrine pernicieuse qui a la prétention de défendre les intérêts de la société et qui, en réalité, s'efforce de propager des principes opposés à la justice et à toute prospérité durable. Car, le socialisme, tel qu'il est compris et enseigné par les démagogues qui cherchent à endoctriner le peuple par de séduisantes promesses, est une théorie subversive qui peut, si elle est poussée à ses dernières conséquences, finir par la destruction complète de toutes les institutions qui constituent l'ordre civil et l'autorité gouvernementale. Parmi ceux qui favorisent les tendances socialistes, il en est beaucoup qui sont animés des meilleures intentions pour les classes ouvrières ou le menu peuple. Ils s'imaginent que l'agitation créée par le socialisme au sein de la nation américaine ou ailleurs peut améliorer le sort des pauvres travailleurs. Rendons hommage, en passant, aux sentiments humanitaires de ces philanthropes, mais n'allons pas donner sur recueil où leur inexpérience pourrait nous jeter.
Ces hommes ne se rendent pas compte des graves dangers dissimulés sous des méthodes al échantes, il faut bien l'av^ouer, qui favori?ent apparemment le bienêtre matériel des ouvriers, et qui enseignent, en même temps, à ces derniers, à méconnaître les droits de la propriété, la liberté individuelle et l'autorité légitimement établie.
D'un 'autre côté, il peut arriver que les réclamations des classes pauvres et laborieuses soient justifiées par les lois naturelles ou positives qui gouvernent la société.
Dans ce cas, il existe, conformément aux principes chrétiens, une école de défenseurs des droits du peuple que nous pouvons justement appeler les membres ou les tenants du "socialisme chrétien." Ce mouvement populaire, issu de la foi catholique, est très légitime dans ses aspirations et très utile à la classe pauvre et laborieuse. Mais, cette espèce de socialisme est bien différentte de celle dont nous voulons parler dans cet ouvrage. Elle est née d'une pensée de compatissante charité envers les pauvres et les petits, en vue de combattre le fléau de notre époque, l'Individualisme despotique, exagéré, qui opprime les masses populaires en accaparant, au profit d'un petit nombre, les ressources, les richesses et la puissance d'un pays, et tend à rétablir parmi nous l'ancienne servitude du paganisme. Ce groupe de socialistes chrétiens, où l'on trouve des membres éminents de la hiérarchie catholique, n'a rien de commun avec la faction qui s'attribue le nom et les fins du socialisme démagogique, et ne peut pas plus lui être comparé
qu'un évêque officiant revêtu du grémial peut l'être à un grand tn xître t anc-maçDu présidant, affublé d'un tablier, aux initiations de sa loge.
Le socialisme, dans son acception populaire, n'est pas le fruit d'un sentiment chrétien pour le pauvre. Il est au contraire l'ennemi mortel de la charité. Ce n'est pas non plus, comme on se plaî". à le dire, une simple agitation au profit des déshérités de la fortune; mais bien un sj'stème révolutionnaire exactement conçu et calculé pour mettre le monde sens dessus dessous et rejeter le genre humain dans le triste état de la barbarie. On a voulu également le représenter comme une simple théorie politique qui tend à accroître les attributions de l'Etat. Rien n'est plus faux; écoutons la définition qu'en donne le Dr Rae : "Le socialisme, dit-il, est un système qui s'écarte de la juste proportion voulue par l'équité et la bonté, et formule pour les masses populaires des réclamations exorbitantes ou exagérées dont l'injustice et le péril n'attendent qu'une occasion pour se manifester." Disons de plus que le socialisme est la prise de possession de tout capital ou mo3^en de production et l'absorption de toute association privée par l'Etat.
Après une lecture attentive des écrits de Rodbertus, Karl Marx, Ferdinand Lassalie, Ricardo, Bebel, Liebknecht, on est porté à se demander si ce n'est pas perdre son temps que de prendre au sérieux leurs futiles et oiseuses rêveries; car, m.-xlgré sa forme scientifique, le socialisme de ces messieurs n'en est pas moins une véritable utopie. Mais un examen plus approfondi de leurs ouvrages nous fait découvrir des
erreurs radicales sous la prose humanitaire dont ils savent revêtir leurs théories antisociales. Leurs principes doivent être classés avec les plus pernicieuses doctrines de l'infidélité; c'est, en définitive, la haine du christianisme qui tient la première place dans le soulèvement des passions humaines qu'ils voudraient provoquer contre l'ordre de choses existant dans le monde. Le socialisme est le cri de guerre de l'heure présente, et ses adeptes sont parfaitement armés pour le combat. Nous entendons ? distance le sourd grondement du tonnerre ; au loin, le sinistre éclat de la foudre frappe de terreur les habitants des villes et le sang humain est versé à grands flots ; nous lisons dans les journaux le récit douloureux des profanations et des spoliations sacrilèges. Et, ici aux Etats-Unis, où nous sommes comparativement à l'abri du fléau socialiste, où l'agitation semble, dit-on, se limiter à quelques émigrants venus de la Germanie, ici même, dans ce pays d'abondance et de liberté, le poison subtil du socialisme se glisse un peu partout, s'insinue adroitement et pénètre jusque dans l'esprit de ceux qui ont ses doctrines en horreur. Chose singulière, il y en a plusieurs parmi nous qui adoptent ses principes, sans même s'en apercevoir; ceux qui osent élever la voix pour les combattre sont dénoncés comme des esprîts étroits et arriérés. Ce qui est encore plus alarmant c'est que notre peuple puise constamment les pernicieuses doctrines du socialisme dans les journaux, les livres et les revues. Les orateurs publics proclament ses fausses théories dans leurs harangues politiques et deviennent les apôtres souvent inconscients
d'une hérésie radicale contre l'Eglise et le gouvernement légitime de l'Etat.
Ceux qui regardent le mouvement socialiste comme le fait de quelques mécontents déséquilibrés ne se rendent probablement pas compte de ce que, pratiquement et comme nation, nous avons adopté déjà un bon nombre des principes du socialisme. "Mais pendant que les autres dormaient, son ennemi vint et sema de l'ivraie au milieu du blé et s'en alla."
Voici quelques-uns des articles du programme socialiste: "Sécularisation des écoles. Enseignement absolument gratuit dans toutes les écoles élémentaires et dans toutes les écoles supérieures destinées aux élèves détalent de l'un et de l'autre sexe." — Abolition de toute loi surbordonnant la femme à l'homme dans le domaine de la vie publique ou privée." — "Faire de la religion une affaire purement personnelle ; supprimer l'usage des fonds publics pour des uns ecclésiastiques et religieuses." — "Rendre les biens de l'Eglise sujets aux impôts."
Si nous examinons de près les principes de notre système national d'éducation, nous ne tardons pas à reconnaître qu'il est basé sur l'enseignement socialiste ; c'est avec lui et par lui que le socialisme s'est implanté sur le sol américain. Le cardinal Manning, en 1891, écrivait au sujet des écoles publiques américaines ce qui suit : "Cette éducation par l'Etat a été dénoncée comme infidèle, immorale et athée ; mais, bien qu'elle soit la forme la plus détestable du socialisme, personne ne le dit ou ne le voit " Il f^st gra id temps de nous réveiller et de chasser les rêves opti-
mistes qui nous montrent le monde en voie de devenir meilleur, parce qu'il est plus éclairé ou, à brève échéance, la paix universelle, la prospérité générale,
etc "vSi les peuples ne veulent pas se rendre
compte du mouvement socialiste, ils se réveilleront un jour pour voir leur fils et leurs filles conduits dans une captivité telle que depuis le commencement du monde on n'aura jamais rien vu de semblable." (i)
Kst-il réellement vrai que le socialisme, pris dans son mauvais sens, ne soit que faiblement implanté ici en Amérique ? Sommes-nous en état de dire que ce même socialisme ne deviendra jamais un facteur puissant dans notre pays ?
John Graham Brooks, éminemment qualifié pour donner une réponse adéquate à toutes ces questions, d'abord parce qu'il s'est en quelque sorte iientifié avec le mouvement socialiste d'Amérique, et ensuite parce qu'il fut le témoin "enquêteur" de toutes les grèves importantes qui ont eu lieu aux Ktats-Unis depuis dix-huit années, John Graham, dis-je, s'exprime en ces termes : "Nous nous sommes plu nous-mêmes à répéter, comme un perroquet, que le socialisme, tel qu'il existe aux Etats-Unis, était d'origine tout à fait étrangère. Cette assertion, il y a quelques années, cadrait assez bien avec les faits. Aucun observateur attentif peut désormais maintenir cette affirmation, lyCS causes qui favorisent le développement du socialisme agissent avec une puissance de plus en plus grande au milieu de nous, et l'on ne peut pas dire qu'elles influent sur ceux-là seulement qui parlent un
(i) Fr. Wm. P.jhnd, S. J.
anglais "brisé" ou qui ont grandi à l'ombre destj^rannies du vieux monde." Et le président Hadley, de l'Université Yale, remarque avec à-propos que : *'Même si nous considérons les opinions socialistes comme fausses et démoralisatrices, il nous faut admettre, comme un fait acquis, que ces mêmes opinions sont partagées d'une manière plus ou moins radicale par un grand nombre, peut être par la majorité des électeurs des Etats Unis."
S'il fut un homme, de nos jours, capable d'embrasser d'un coup d'oeil la situation d^s différents peuples du monde, de juger les tendances bonnes ou mauvaises de notre époque, de lire en un mot, et d'interpréter les signes des temps, c'est, à coup sûr, celui là qui vient d'être révoqué par la mort de la haute position qui lui permettait de prévoir les maux qui nous menacent, le glorieux pontife lyéon XIII, le chef vi-ible de l'Eglise du Christ et la sentinelle vigilante que Dieu a placée sur les murailles d'Israël pour jeter le cri d'alarme devant le danger qui grandit et l'ennemi qui s'approche. Qui pourrait douter de ses paroles où il déclare que ses yeux "ne sont pas fermé'? à l'esprit des temps" quand il invite les hommes droits à élever partout la voix contre le socialisme? Après un mûr examen de la condition présente de l'humanité, il avertit le monde au commencement du vingtième siècle et le met en garde : "Le socialisme, dit-il, s'ouvre adroitement un chemin au cœur de la société ; soit dans les ténèbres de ses assemblées secrètes, soit à la lumière du jour, il excite le peuple à la sédition par des discours ou par des écrits ; par
lui les freius imposés par la religion aux passions humaines sont relâchés, les devoirs sont négligés,, seuls les droits sont proclamés ; tous les jours des foules de plus en plus grandes de pauvres gens sont sollicitées et sont d'autant plus faciles à induire en erreur et à décevoir que les conditions dans lesquelles elles se trouvent placées sont plus difficiles. La société civile, aussi bien que la religion, est en péril ; c'est un devoir sacré pour quiconque a l'esprit droit de se lever pour défendre l'une et l'autre." (i)
Dans ses lettres encycliques, ainsi qu'il l'a déclaré lui-même le 25 décembre 1900, le Pape L,éon XIII nous a donné une direction à suivre pour les questions sociales de notre époque. Son suprême désir en ce monde fut que les évêquts et les prêtres continuassent à lutter courageusement contre le socialisme d'après les principes et les méthodes qu'il nous a laissés en des écrits immortels. Dans son dernier Bref Pontifical aux évêques d'Italie (2) il recommanda l'étude des problèmes sociaux à tous les séminaires : "Nous désirons qUe les aspirants à la prêtrise soient, avant la fin de leurs études, convenablement instruits sur^ les documents pontificaux qui ont rapport aux questions sociales et à la démocratie — ils s'abstiendront néanmoins, comme nous l'avons déjà dit, de prendre part de quelque façon que ce soit à tout mouvement ou manifestation extérieure."
Léon XIII nia catégoriquement que la question sociale fût d'ordre purement économique, il insista
(i) jan igoi.
{2) Décembre 1902.
constamment pour qu'elle fut traitée avant tout comme un problème de l'ordre moral et religieux, et il invita les peuples à se tourner vers l'Eglise qui seule peut appliquer les remèdes aux maux toujours croissants de la société: "Car seule elle sait comment résoudre le grand et difficile problème social qui agite le monde."
Au commencement de l'année 1864, le savant et saint évêque Von Ketteler publia sa fameuse brochure sur "La question du travail et du Christianisme," (i) dans laquelle il exposait les causes du malaise qui existe au sein de la classe ouvrière, faisant connaître en même temps les remèdes proposés par l'Eglise. Ce grand champion du Catholicisme en Allemagne, aux œuvres impérissables duquel je me propose de me référer plus en détail dans les chapitres suivants, ce grand champion, dis je, peut être appelé "le Jean- Baptiste" de Léon XIII, son précurseur dans la question dn travail, celui là enfin oui prépara la voie à l'immortelle encyclique "Rerum Novarum." L'Evêque Von Ketteler, vigoureux dans son style et puissant orateur, a fait de l'Allemagne catholique ce qu'elle est aujourd'hui, une puissante forteresse contre la néfaste invasion du socialisme. Il exerça une telle influence sur les évêques allemands réunis en conférence à Fulda en 1869, qu'ils mirent le socialisme à l'ordre du jour et discutèrent les rapports de l'Eglise catholique avec la question du travail ; ils recommandèrent au clergé de se tenir parfaitement au courant des problèmes sociaux, d'étudier les questions d'ordre
(i) Die Arbeiterfrage und das Christenthum.
lO SOCIAIJSME ET CHRISTIANISME
économique, de s'intéresser à la condition de la classe ouvrière, soit à domicile soit au dehors, d'établir enfin des associations et de fonder des institutions pour le bien spirituel et temporel des ouvriers. La semence jetée en terre par le savant et courageux prélat a poussé depuis lors et elle a déjà produit des fruits abondants. Dans nul autre pays le clergé est mieux préparé qu'en Allemange pour traiter la question sociale et combattre le socialisme. Le grand nombre d'excellents livres publiés sur ce sujet montre l'habileté et l'énergie avec lesquelles les prêtres allemands savent aborder "la question de l'heure présente".
Ce n'est pas notre intention d'entrer dans h s considérations variées et parfois compliquées de l'économie politique, du capital et du travail, ou d'examiner les théories qui regardent le salaire et la production, les monopoles et les sociétés commerciales. Je tâcherai de m'en tenir au mouvement socialiste dont les doctrines, si on les soumet à la lumière d'un jugement impartial, sont certainement irréligieuses et immorales, (i)
Tous les défenseurs du socialisme, depuis Platon jusqu'à Liebknecht, reconnaissent à l'Etat le droit absolu de disposer à son gré des individus. Cette idée payenne de l'Etat omnipotent enlève tous ses droits personnels à l'homme, et fait de lui une simple pièce dans
(i) David Goldstein, de Boston, Mass., ardent socialiste pendant plusieurs années, et parfaitement au courant de la littérature communiste, a publié récemment un livre très instructif intitulé "Socialism: 'l'he Nation of Fathterless Children." (The Union News League, Boston.) L'ouvrage est un tissu de preuves qui tendent à démontrer que le socialisme est théoriquement et pratiquement athée, immoral et révolutionnaire. Comme tous ces arguments sont tirés de sources socialistes, ils ne seront jamais réfutés, à moins que le socialisme ne se désavoue lui-même.
un vaste mécanisme qui a nom l'Etat ou, si l'on veut, une roue d'engrenage dans une immense machine. Nous qui sommes Chrétiens Catholiques et Américains libres, nous protestons énergiquemeut contre un tel esclavage ; nous croyons que c'est l'Etat qui est pour nous et non pas nous pour l'Etat. L,e christianisme nous a délivrés de l'idolâtrie de l'Etat et nous tenons à notre liberté individuelle par toutes les fibres de notre être.
Comme un écrivain l'a si bien dit : "I,e socialisme a pour décalogue les prétendus droits de l'homme ; son dieu est l'Etat socialiste ; sa fin dernière, la jouissance pour tous sur la terre ; l'objet de son culte, la production." (i)
I^e socialisme se fait une idée absolument fausse de la vie humaine ; il ne regarde que le bien-être matériel de l'homme ou son confoït ; il ne voit en ce dernier qu'un pur animal dont le plaisir est le souverain bien. Bebel, citant Heine, abandonne "le ciel aux anges et aux hirondelles"; il engage ses disciples à chercher le paradis sur la terre en flattant leurs passions. Les droits de Dieu sont ignorés et, de fait, l'existence même du Créateur est mise en question. "Le socia'isme ne saurait être logique à moins de nier l'existence de Dieu." {2) L" 'Appel à la Raison" dit : "Les dogmes religieux sont les derniers vestiges de l'enfance de notre race." Le Christ est outrageusement mis en parallèle avec Karl Marx. Henry George, qui connaissait l'histoire du socialisme con-
(i) Cathrein.
(2) N. Y. Volkszeitung.
temporain, a dit: "Le socialisme moderne est sans religion et sa tendance est vers l'Athéisme." (i) Et Bebel, la plus grande autorité vivante en cette matière, confesse que: "Le christianisme et le socialisme sont vis-à-vis l'un de l'autre comme le feu et l'eau."
Le septième commandement, "Tu ne voleras pas", est lettre morte pour les chefs du parti socialiste. Ils réclament la confiscation des propriétés détenues par les capitalistes, ce qui serait un vol gigantesque. Tous les moyens de production, machines, capitaux, etc., doivent être remis aux mains de l'Etat. D'après cette étrange théorie, un homme ne saurait posséder même une vache, car celle-ci. si on nous permet ce langage, est supposée produire du lait et des veaux ; pas d'arrosoirs non plus, car cet instrument produit la fraîcheur du sol et le parfum des fleurs. De la même façon, il faut interdire aux dames la machine à coudre qui produit. . . . des points de couture, le balai, qui prodait la propreté du logis ! ! (peu nécessaire, du reste, dans l'Etat phalanstéri^ru )
L'Utopie socialiste, relativement aux droits des parent'5, à la famille et surtout à la condition de la femme, est profondément immorale. Dans son ouvrage bien connu, "Die Frau" (La Femme), Bebel se plaît à évoquer des rêves libertins au sujet de la femme qu'il abandonne à ses plus mauvais instincts. La réalisation de ses idées infernales serait replonger cet e dernière dans la dégradation infamante, la faire retomber dans le brutal esclavage où elle vivait avant que le christianisme l'eût délivrée de la tyran-
i (i) The Science of Political Economy. Page iS8.
nie de l'homme pour en faire la compagne bien-aimée de ce dernier et la reine de l'heureuse demeure chrétienne.
Néanmoins, les chefs socialistes continuent de nous dire : "Le socialisme n'e.-it pas athée ; il n'est pas hostile au christianisme; il ne se mêle pas de religion, mais regarde celle-ci comme une affaire personnelle et abandonne la question religieuse entièrement aux individus." "Au lieu d'être hostile aux vérités religieuses, écrit Cari D. Thompson, le socialisme peut être modifié de telle sorte qu'il devienne l'unique support ou l'auxiliaire indispensable de la religion. Il pourra, du moins, garantir la liberté individuelle et assurer, contre l'étroitesse d'esprit, le dogmatisme et la bigoterie, l'émancipation des idées sur lesquelles repose toute véritable religion." Quelle merveilleuse découverte ! L'étude de la logique est évidemment rayée du programme des écoles socialistes. Malgré leur phraséologie nuageuse, et en dépit de tous leurs subterfuges, nous voyons clairement que les socialistes veulent en finir avec la religion chrétienne. L'affreux squelette, le spectre grimaçant de l'athéisme se montre partout dans leur doctrine. Ce qu'ils considèrent comme la religion est la négation de toute religion.
L'agitation socialiste en Allemagne débuta par une franche négation de Dieu. En 1 87 1, Schall disait: "Nous déclarons la guerre à Dieu parce qu'il est le p'us grand mal dans le monde." Liebknecht écrivait en 1875 : "Il est de notre devoir comme socialistes d'extirper autant que nous le pouvons la croyance en Dieu, et nul n'est digne de figurer dans nos rangs qui
ne se consacre à propager l'athéisme." Engels concluait impudemment: "Nous en avons simplement fini avec Dieu." (i) Mais les chefs du socialisme s'aperçurent bientôt que la classe ouvrière ne partageait pas, en général, leurs idées antireligieuses et que les masses populaires étaient encore profondément chrétiennes. Auhsi commencèrent-ils à mettre une sourdine à leurs déclarations; ils annoncèrent ouvertement que la religion serait laissée au l'ugement privé d'un chacun. Au Congrès de Halle (1891) l'un des membres fit la sage remarque qui suit : "Nous sommes au mieux quand nous laissons de côté la question religieuse." Depuis lors, ils sont plus circonspects dans leur manière de traiter la partie du socialisme qui se rapporte à la religion, ils n'osent s'exprimer trop clairement sur cette matière dans la crainte d'ameuter la multitude ; car, les chefs ont trouvé plus de foi en Israël qu'ils ne s'y attendaient.
Mais les catholiques éclairés qui observent le mouvement progressif du socialisme persistent à croire et à affirmer que ce mouvement s'exerce parmi le peuple au profit de l'athéisme et du matérialisme.
Le socialisme est-il moins irréligieux, parmi nous aux Etats-Unis, dans ses tendances? Son organe reconnu, "The Appeal to Reason", qui exprime chaque semaine la quintessence de sa doctrine, nous expose dans des écrits nullement voilés les erreurs manifestes de l'impitié. Je me permettrai de citer quelques extraits d'un article intitulé : "Socialism" publié dans son numéro du 27 juin 1903 et l'on pour-
(i) Mit Gott sind wir ein fach fertig.
ra voir si oui ou non Cari D. Thompson a raison de soutenir que le socialisme n'est pas athée : "Le socialisme est l'Alpha et l'Oméga de tout ce qui se
rapporte à la vie, de tout ce qui est substantiel
par lui les aspirations du cœur de l'homme sont'plei- "nement satisfaites. La déesse du socialisme (nous supposons qu'il s'agit de la raison) guidera les hommes dans des voies lumineuses sans jamais les soumettre au joug de la loi Les Eglises de ce pays
prélèvent annuellement $300,000,000 pour mener les hommes en paradis, et, encore, en est-il bien peu qui
y arrivent L'homme de nos jours doit laisser aux
dieux le soin de leurs propres affaires. De même que le socialisme ne reconnaît ni credo, ni dogme, ni politique, de même il ne fait aucune distinction de race ou de couleur. "Rudolph Grossman, éditeur d'une feuille socialiste allemande de Chicago appelée "The Fackel", adressait récemment une lettre au Rév. Dr Heiter, de Buffalo, dans laquelle il déclarait ouverte ment que le but de son journal était de combattre la religion. Le Dr Averliug, pseudo mari (free husband) de la fille de Cari Marx, écrit dans le "Today", une revue socialiste : "Il ne sera fait que peu de chose aussi longtemps que les hommes et les femmes ne s'uniront pas pour combattre les deux ennemis de notre pays et de notre temps : le Capital et le Christianisme. . . L'avenir dépend tellement du renversement du christianisme que nous répétons, en le modifiant le cri de Voltaire : Ecrasons l'Infâme ! "
Au temps du paganisme, l'irréligion et l'athéisme étaient regardés comme des crimes affreux contre la
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Divinité. Si quelqu'un eut alors proféré les blasphèmes de nos socialistes modernes, îa loi payenne l'eut condamné à la peine de mort.
Les vrais socialistes en ont fini avec Dieu et ses lois éternelles. Ils nient son existence, dans ce sens, qu'il n'est pas leur Dieu ou le Dieu des pauvres. Dieu ne se préoccupe nullement de leurs besoins, disent-ils, Il n'a de souci que pour les riches.
Ainsi le véritable socialisme signifie la révolte contre Dieu et la société. D'après ces quelques aperçus, il est facile de comprendre que l'Interprète de Dieu sur la terre, l'épouse de Jésus-Christ, l'Eglise, en un mot, est l'ennemie naturelle du socialisme. Elle ne s'élève contre aucune forme particul ère de gouvernement ; elle enseigne que Dieu a soumis la race humaine à un double pouvoir, le religieux et le civil ; que le premier est institué pour les fins spirituelles de l'homme, et l'autre, pour ses affaires temporelles. Tous les deux sont suprêmes dans leur sphère d'action ; mais tous les deux aussi sont limités par l'objet et la nature de leur existence ; l'un et l'autre viennent de Dieu dont ils représentent la souveraine autorité, car, "Il n'y pas de puissance qui ne vienne de Dieu."(i) Il est juste et honorable de reconnaître l'autorité légitime. Il est criminel et déshonorant de mépriser le pouvoir régulièrement établi. "Celui qui résiste aux puissances résiste à l'ordre de Dieu et ceux qui résistent attirent li. condamnation sur euxmêmes." Se soulever contre l'ordre de choses exis-
(i) Rom. XIII.
tant constitue une trahison contre Dieu qui tôt ou tard châtiera une telle révolte.
L'Eglise catholique est une société véritable; elle est parfaite, tout à fait indépendante "et^possède des droits immuables qui lui viennent de son divin fondateur. Ces droits sont pour le bien de la race humaine et ne sauraient être véritablement opposés]]à ceux du gouvernement civil, car l'un et l'autre pouvoir viennent de Dieu. Il ne saurait y^'avoir de conflit entre l'Eglise et l'autorité civile que par la malice des hommes. Une parfaite harmonie entrc^les deux puissances procure à la société les plus grands avantages spirit lels et temporels. La séparation de^l'Eglise et de l'Etat peut être avantageuse et désirable dans certains cas, mais elle n'est pas bonne en elle-même et ne saurait être considérée comme l'idéal des relations entre les deux sociétés ou comme un principe; c'est tout au plus un expédient, un moindre mal, mais non l'état dechoses voulu^par Dieu. L'Eglise peut, néanmoins, prospérer sous tous les régimes. Qu'on lui laisse seulement sa liberté d'action dans l'exercice de sa mission divine pour la vie des nations et on laverra grandir aussi bien sous un président que sous un roi ou un empereur. Tout en lui étant parfaitement dévoués, ses enfants peuvent être des républicains les plus ardents, des démocrates les plus progressistes ou des monarchistes les plus loyaux.
Pourquoi condamne-t-elle, alors, la forme de gouvernement rêvée par les socialistes pour leur nouvel Etat? Parce que ce soi-disant gouvernement serait une intolérable tyrannie; il ne serait pas mêma
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un gouvernement, mais l'anarchie, le chaos et la confusion. Aucun gouvernement ne mérite ce nom à moins qu'il ne reconnaisse Dieu comme le maître absolu du genre humain, qu'il ne fasse de sa loi la base de toute législation, et ne considère la morale et la religion comme le fondement de la société civile. Le témoignage de tous les peuples qui ont vécu, prospéré et déchu confirme ce grand principe de la philosophie de l'histoire: ''I^e manque de religion est la source de tout mal social."
Là où la religion péiclite la liberté périt, le paupérisme grandit, les passions dominent, et l'anarchie arrive avec la barbarie comme une conséquence inévitable.
Dans l'état présent de la société il peut y avoir, il y a même certainement beaucoup à corriger ou à réformer ; mais, la destruction n'est pas la réforme, le renversement de l'ordre social ne saurait corriger ses défectuosités. Le socialisme, dans sa forme la plus adoucie, propose de réparer une injustice par une autre plus grande encore. Le changement de gouvernement, si radical qu'il puisse être, ne signifie pas ou ne comporte pas un changement dans la société. On ne change pas son caractère en changeant d'habits. La transformation de la société ne peut s'effectuer que par l'évolution des hommes vers le bien ou, plutôt, par la conversion des esprits et des cœurs.
En combattant le socialisme, l'Eglise n'a nullement l'intention de s'opposer au mouvement populaire des ouvriers dont le but est d'améliorer leur condition sociale. Elle ne dit pas à l'ar-
tisan, au laboureur, à l'ouvrier habile ou maladroit: Conformes-toi aux circonstances présentes, montretoi satisfait du lot qui te revient, supporte patiemment et en silence les impitoyables exactions des capitalistes ; en un mot, lève les yeux au ciel et ne songe qu'aux bonnes choses qui t'attendent là-haut. Non, mille fois non ! Nous, c^tholiqu<"S, nous n'attendrons pas d'être reçus dans le séjour de la gloire pour réclamer la jouissance légitime de nos droits. ' Nous voulons une place au banquet de la vie et le partage "des bonnes choses" dans une juste mesure, dès ici-bas. lyC ciel vient en aide, sur la terre, à ceux qui savent s'aider eux-mêmes. Il nous est permis et même recommandé de chercher un peu le ciel en ce monde, car le royaume des cieux commence pour les justes sur la terre d'exil. La paix et le bonheur ne sont pas seulement pour un petit nombre de privilégiés mais pour tous. Il ne faut pas croire non plus que nous soyons obligés de renoncer aux joies de la terre pour obtenir le ciel. Loin de là. Tout nous appartient ici-bas et nous sommes au Christ. Comme évêque de la Sainte Eglise, je prêche la diffusion des richesses au lieu de leur concentration, la féconde et laborieuse industrie plutôt que les rentes oisives et égoïstes. Ce que je réclame pour les ouvriers, ce n'est pas l'aumône ; ceux qui dépérissent ou meurent de faim ne sont pas des mendiants ; loin de là, ce sont d'honnêtes gens qui veulent travailler. Nous demandons pour eux un juste partage dans les biens d'ici-bas, le droit de vivre, des gages suffisants pour qu'ils soient, eux et leurs familles, convenablement nourris, vêtus
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et logés, enfin la faculté de remplir leurs devoirs religieux et sociaux. Il y a surabondance pour tous ea ce monde. Mais, quelques uns, sous l'empire de la convoitise, dérobent à la masse populaire et détiennent en leur possession plus qu'ils ne sauraient convenablement consommer pour leur propre utilité ; ils vivent dans le luxe et l'extravagance, oubliant que leur superflu est le patrimoine de l'indigent. Et l'homme ne saurait rien imaginer qui puisse empêcher l'avare d'opprimer le pauvre, d'avoir au moins le désir d'ébranler la fortune d'autrui et de dominer. I,a religion seule peut accomplir cette merveille; elle l'a fait dans le passé et elle le fera dans l'avenir. Mais, dans cette lutte contre la richesse malhonnête et l'ambition effrénée, les fausses religions ne peuvent être d'aucune utilité. La religion du divin crucifié, enseignée par l'Eglise, accomplira seule cette œuvre de bienfaisance. Pour guérir les maladies sociales, il faut, comme nous l'avons dit, un changement non dans la constitution d'un pays, mais dans les hommes. L'Eglise seule peut résoudre la question sociale en persuadant d'abord aux riches à ne voir dans tous les hommes que les enfants d'une même famille et des frères en Jésus Christ ; en leur rappelant que Dieu punit tôt ou tard l'injustice et que les richesses amassées au prix des misères humaines sont maudites ; pendant que, dans le même temps, elle enseigne aux pauvres, à ceux qui souffrent, l'ineffable mystère d'un Dieu infiniment riche devenu pauvre par sa propre volonté afin de nous enrichir des biens inestimables de la foi et de l'espérance.
Des hommes sérieux, et ils sont nombreux, qui vivent en dehors de l'Eglise en sont venus à cette conclusion que rien ne saurait empêcher la diffusion du socialisme et la destruction de la société si ce n'est la religion de Rome. lycs socialistes eux-mêmes se rendent parfaitement compte de la position et ils savent que la lutte doit se faire contre l'Eglise de Pierre. Le socialiste converti, Pierre Golstein, parle d'expérience quand il écrit :
"C'est mon intime conviction, (et cela, je dois le dire, indépendamment de toute affiliation au parti) que, dans cette grande "entreprise," la lutte doit se concentrer, sous le rapport religieux, contre l'Eglise catholique, parce que cette Eglise est la première et la seule qui ait relevé le gant l'eté avec mépris par le socialisme. Cette Eglise n'est pas seulement internationale, ou plutôt universelle, et ainsi parfaitement en état de résister à la puissance agressive d'un ennemi international, mais elle est de plus fortement assise sur sa base — sur la science religieuse — ce qui lui permet de soutenir avec avantage les attaques de l'ennemi qui s'approche. Il y a, je le sais, des personnes qui préfèrent le règne de l'enfer au triomphe de 1 Eglise dans la lutte si importante qui se poursuit ; pour de telles personnes je n'éprouve qu'un sentiment de pitié, car elles se plongent dans les ténèbres. Qu'elles soient assurées que si une telle institution succombe pendant le combat, (supposons que cela soit possible), toutes les autres religions, toutes les sectes et tous les cultes, seront ensevelis sous ses ruines." (i)
(i) Socialism. Page lo.