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L'opinion publique en Angleterre tend de plus en plus

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elles sont vaincues dans une lutte contre le capital, on peut bien dire qu'elles le sont |)ar des circonstances inéluctables, qui sont les lois mêmes de la concurrence intérieure ou internationale, ou parce que les travailleurs, poussés par des meneurs politiques intéressés, demandent des choses impraticables. Il ne faut pas ju^er de la puissance du droit de grève uniquement par les victoires proprement dites que les grévistes ont remportées ; la véritable force de la grève est dans la menace préalable qui pèse sans relâche sur l'industriel engrené dans de vastes opérations, avec des engagements à longs termes. Plutôt que de laisser éclater un conllit qui menacerait Texistenco même de son industrie, l'industriel veille à hausser les prix de main-d'œuvre dans la mesure du possible, ou à contenter son personnel par des satisfactions relatives. 11 pourrait même être entraîné trop loin dans cette voie par le désir de maintenir la paix ; et le renchérissement excessif de la production française par rapport aux prix des marchés voisins et concurrents est un des périls qui menacent notre prospérité commerciale.

Le socialiste. — Vous ne niez pas, je pense,

en tem|)s de grèves, à être du côté des classes ouvrières, quand la campagne est loyalement conduite. » B. Kidd, VÉuoiution sociale, trad. franc;., p. 178.

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riuimcMiso acciinmlalioD de capitaux qui, par les progi'ès (lu machinisme, s'est faite entre un petit nombre de mains, ni leur groupement sous la direction de volontés en nombre restreint qui peuvent, soit se coaliser, soit s'associer pour établii' et maintenii' les prix. Nous préiendous que ce mouvement de concentration ii'a loujours s'accroissant, que nulle résistance humaine ne peut l'empêcher et que ne pouvant rempêcher, il faut résolument le suivre et le compléter en plaçant dans les mains de la collectivité des forces qui ne sont déjà plus dans celles de l'individu, mais de groupes qui tendent à devenir les maîtres du marché général et à écraser les producteurs aussi bien que les consommateurs. En somme, c'est là tout le collectivisme : nous ne le créons pas, nous le constatons et nous le réglementons.

Le progressiste uréral. — Comment le réglementez-vous ? En étendant le mal que vous constatez. Vous apercevez une tendance fâcheuse et redoutable, suivant vous, de la société moderne vers la subordination progressive de l'individu à des organisations collectives. Que faites- vous pour l'affranchir ? Vous le soumettez à la pression omnipotenti^ aveugle, sans contrôle comme sans concurrence, de l'Etat. Vous grandissez indéfiniment cette puissance

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irresponsable en fait, inaccessible à tout recours, que, malgré vos vains elYorts pour prétendre ([u'en l'universalisant vous la transformez, vous érigez en une sorte de providence, arbitre de toutes les transactions, juge de tous les actes, maîtresse de toutes les rémunérations. Je comprendrais celte organisation dans un état théocratique, acceptant la transmission d'un pouvoir d'ordre divin, par des moyens divins, à des mains privilégiées, armées à la fois de la toutepuissance et de Finfaillibilité : mais vous qui n'admettez d'autres origines à la puissance que la source populaire, voyez à quel despotisme effroyable dans ses actions, inconsidéré dans ses desseins, vous conduiriez la société si elle se laissait mener par vous. Ce qui vous séduit, c'est précisément cette source populaire du pouvoir. Si on vous proposait la domination d'une puissance publique munie des droits que vous lui attribuez et appuyée sur une transmission dynastique, ou un choix oligarchique, vous reculeriez d'horreur comme à la pensée de la restauration d'une monarchie despotique à la façon de l'ancienne Asie : mais vous songez au suffrage universel, et vous vous dites que si le nombre ou ses représentants sont despotes et oppresseurs, ce sera en faveur du peuple, et que leur aclion tyrannique consistera, avant tout, à

détruire les privilèges de fait qui se sont constitués par l'héritage et par la concentration des capitaux. Yous passez insensiblement de l'idée de justice dont vous prétendiez d'abord vous inspirer, à celle d'oppression de la classe la moins nombreuse par la plus nombreuse. C'est le mot môme de Marx : « Les expropriés deviendront les expropriateurs. » Mais au profit de qui ? Vous supposez que ce sera au profit de la grande masse des déshérités ; moi, je prévois que ce sera à l'avantage exclusif de quelques-uns, plus habiles, qui sauront exploiter la crédulité de la foule et qui se serviront, pour se grandir eux-mêmes, des moyens d'oppression redoutables que vous aurez mis dans leurs mains. Et je ne base pas ma prévision sur une simple conjecture, ni sur une défiance instinctive de la nature humaine en général ; je la base sur l'observation de ce qui se passe d'ores et déjà dans la plupart des organisations ouvrières. Les pouvoirs de ceux qui les dirigent sont limités par les lois, leurs ressources sont restreintes, leurs abus surveillés par une puissance publique en principe indépendante qui olTre un recours à ceux qui en sont victimes. De quel despotisme cependant ces étatsmajors encore faibles, ne se rendent-ils pas déjà coupables ? Comme ils oppriment les minorités, et même les majorités qui n'osent pas ou ne

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savent pas résister ! Que serait-ce lorsque ces états-majors seraient devenus l'Etat lui-même? A moins de supposer celui-ci composé d'anges, — et le suffrage universel n'en découvre ou n'en nomme guère, — comment concevra-t-il et appliquera-t-il la justice ? Comment même partagera-t-il les dépouilles de ce que vous appelez la société bourgeoise entre les masses innombrables des nouveaux copartageants ?

Lk socialiste. — Vous créez à dessein un monstre clîiméi'iqiie pour avoir le plaisir de le combattre et de le vaincre. Je reconnais que le collectivisme dont vous parlez a été conçu comme un idéal lointain, par certains faiseurs de systèmes ; mais ce n'est pas cet état idéal que nous poursuivons actuellement. Nous aussi nous avons adopté la méthode progressive. Nous ne voulons pas tout bouleverser en un jour ; nous voulons seulement engager résolument la société dans la voie qui la mènera successivement à concentrer aux mains de l'Etat d'abord tous les services publics, comme quelques-uns (les plus importants) le sont déjà ; puis toutes les grandes sources de forces vives, mines, carrières, moyens de transport ; puis les établissements financiers dont la puissance au fond vient du crédit de l'Etat ; puis les grandes usines dont la concurrence a disparu dans l'entente des

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producteurs coustituoe à Tétat de monopole, ou dout les produits peuvent aisément servir de base à un impôt ; puis les grandes propriétés foncières. Pour attendre notre but, nous disposons de plusieurs moyens : l'expropriation directe ; la réduction par la taxe progressive, soit des béritages, soit des gros revenus fonciers ou mobiliers ; la concurrence de l'Etat érigée et entretenue aux dépens des contribuables, contre l'industrie privée. iNous pouvons, par une majorité issue du suffrage universel, réaliser alternativement et suivant les circonstances, ces menaces ou ces exécutions ; et ainsi, sans secousses violentes, étendre peu à peu l'action de l'Etat populaire, restreindi'e, étouffer et anéantir les privilèges particuliers. Ceux-ci n'auront même pas à se révolter : ils seront éliminés successivement et comme par une action sourde. La peur, le dégoût, l'appauvrissement auront raison des résistances individuelles : ce ne sera pas une défaite, ni une débâcle, mais plutôt une lente désertion.

Le proCtRessiste lu3éral. — Vous décrivez fort bien l'action destructive à laquelle se livre votre parti et à laquelle elle convie la démocratie. Ce qui m'effraye, c'est qu'en effet elle agrée trop aux instincts envieux de masses ignorantes ou aigries par la souffrance, Vous avez bien soin de

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flatlcM' cl (le cai'ossor ces instincts au lieu de les éclairer : vos succès électoFaiix en dépendent. Mais si vous rétléchissiez un seul instant à quel avenir vous conduisez celte société en décourageant l'initiative privée, en paralysant Tardeur au labeiu*, en attisant la haine et la discorde entre ceux qui on( plus et ceux qui ont moins, vous vous sentiriez hien coupables ou bien téméraires ; et si vous n'y réiléchissez pas, vous êtes bien légers de cœur et d'esprit.

Sous prétexte de réformer la société, vous prenez juste le contre-pied de ce qu'il faudrait faire pour remédier à ses maux. Là où Tétude patiente, Texpérimentation progressive seraient nécessaires, vous prêchez la révolte et les transformations radicales. Ce que devrait réaliser lentement Felfort de l'individu s'appuyant sur l'association libre, qui est plus qu'une addition d'individus, puisqu'elle est une coordination et une synthèse (ce qu'est un corps d'armée à des soldats isolés), vous voulez le faire faire par l'Etat omnipotent, issu des su tirages populaires, c'est-à-dire recruté au hasard des ignorances ou des intérêts mesquins et particularistes, et parce qu'il a pour source le scrutin en apparence universel, tout gonllé de son droit de souveraineté nationale. Ce qu'atteindrait peu à peu l'initiative des capitaux se faisant concurrence

entre (3ux, guidés par l'intelligence et Taptitade qu'acquiert Tintérôt personnel éclairé par la science, cette mère des découvertes, semeuse de pain et de vêtements, foyer de lumière et de chaleur, — la grande bienfaitrice que vous méconnaissez, que vous accusez d'accroître l'injustice sociale, — vous vous figurez ou vous voulez faire croire qu'un état-major de politiciens routiniers, d'instruction sommaire et superficielle, hypnotisés par leur intérêt électoral, obligés pour conserver leurs fonctions de flatter les passions populaires, l'obtiendrait plus vite et plus sûrement I

Et par surcroît, pour introduire et faire triompher une organisation sociale qui, pour subsister un seul jour, supposerait une humanité presque entièrement régénérée : lintéret particulier disparaissant devant le devoir social, l'égoïsme remplacé par le dévouement à la collectivité, l'abnégation personnelle poussée presque jusqu'au sublime, la satisfaction de la solidarité, de la collaboration au bien de tous substituée aux anciens mobiles personnels, familiers à l'ancien ordre économique que vous incriminez, vous commencez par déchaîner toutes les passions individuelles surexcitées, l'envie du prochain, la rancune des maux soufferts, l'avidité du bien acquis par autrui. Là où quelques-uns

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des premiers apotrcs du socialisme, chimériques assurément, mais inspirés par de nobles sentiments, voulaient, il y a cin([uante ans, fonder une religion basée surtout sur le détachement du moi, sur la transformation de rhomme individu en homme social, vous semble/ prêcher une curée. Celle-ci serait beaucoup moins abondante que ne se le figurent les ignorants, et ce que les copartageants déchireraient surtout dans l'assaut final, ce seraient leurs voisins de meute : mais, en attendant, vous profitez de Tappétit de dépouilles que vous semez dans vos professions de foi et dans vos discours. Vous vous poussez aux fonctions électives et aux grandeurs qui en sont la suite... Je n'y verrais que peu d'inconvénients si en montant vous ne faisiez monter avec vous et derrière vous la masse des idées fausses, des notions erronées, des ambitions anarchiques et désordonnées, mortelles pour les habitudes de labeur, d'économie, d'efforts persévérants et intelligents, qui ont fait la grandeur de notre pays au milieu de la civilisation contemporaine. Vous préparez une nation de paresseux qui compteront sur l'Etat pour vivre, et de mandarins qui, étant l'Etat môme, commenceront par en vivre avant de songera faire vivre les autres. Je ne vois dans cette perspective rien de fécond pour la volonté, pour Facti-

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vite, pour la moralité humaines. Sans être fanatique du monde tel qu'il est, je le préfère de beaucoup à celui que je prévois s'il se modelait sur vos doctrines. Je crois qu'avec la liberté, l'initiative individuelle, l'association, la mutualité, la coopération de consommation et de crédit que vos docteurs ont traitée de « duperie pour les ouvriers » et qui en Angleterre et en Allemagne, a produit des merveilles, on peut, sinon guérir tous les maux de la société, du moins en atténuer un grand nombre, ce qui est tout ce que nous pouvons espérer du monde oii nous sommes. Voilà pourquoi je demeure progressiste libéral convaincu, et pourquoi je repousse votre socialisme dit collectiviste, qui en supprimant la liberté et l'initiative des individus entraînerait la ruine de la collectivité.

Dct(M'minor en quelle mesure, dans les événemenls linmains, les faits et les idées agissent les uns sur les autres, et si l'intluence de ceuxci est prépondérante à côté de Faction de celleslà, a toujours été une des grandes difficultés auxquelles se heurte l'historien. Tantôt, chacun, suivant son tempérament, incline du côté soit des faits, soit des idées; tantôt des écoles se fondent qui font prédominer dans leur explication des évolutions historiques, l'un des deux facteurs.

Pendant une bonne partie de cette seconde moitié de siècle, l'école dns faits avait paru remporter, au moins en France. Actuellement, il

1. A paru dans la Revue po/i tique et parlementaire, décembre i897,

semble qu'il y ait un commencement de réaction en laveur du rôle des idées. Beaucoup déjeunes esprits, parmi notre élite intellectuelle, paraissent revenir à la métaphysique, non seulement en matière purement philosophique, oii elle est en tous cas inoffensive, mais aussi en matière sociale, oii elle est plus dangereuse : car là, on descend vite des principes à Fapplication.

Précisément, un livre récent et remarquable de M. Ch. Andler, qui, sous forme de thèse, a fait grand bruit à la Sorbonne\ et qui nous paraît assez bien résumer les tendances d'un groupe universitaire en voie de développement, est un essai de démonstration de l'influence des idées abstraites sur un ensemble de faits très réalistes de Thistoiré contemporaine : le socialisme d'Etat allemand. L'auteur pose en principe, dès sa première page, que ce système social tient à des causes intellectuelles, à une « conversion des esprits, profondément troublés par quelques livres émouvants. » La sûreté même de cette affirmation, sans examen ni discussion préalable, est l'indice d'une certaine tendance d'esprit. Le lecteur a l'impression immédiate d'une vue systématique des choses

1. Les origines du socialisme d'Etat en Allemagne, par Charles Andler, maître de conférences à l'École normale, Alcan, éditeur.

qui n'exclura ni le talent ni la logique de Texposition, mais qui pourrait bien être incomplète ou partiale.

D'abord, M. Andler part résolument d'une définition du socialisme d'Etat qui lui permettra de le rattacher nettement à Y idéalisme germanique, tempéré ou combattu sur certains points par Vhistorimie du môme pays. « Le socialisme d'Etat, — dit-il, — est une doctrine de réforme, respectueuse des nécessités historiques. Il ne change la tradition que lorsqu'elle est en contlit aigu avec la justice rationnelle... Le socialisme d'Etat atteste en cela qu'il a ses racines chez les théoriciens du commencement du siècle. »

Une question ainsi posée, et, en quelque sorte, simplifiée, se prête merveilleusement, sous la plume d'un écrivain rompu aux procédés de l'enseignement philosophique universitaire, à un exposé méthodique, avec des divisions du sujet bien symétriques et régulières, avec des catégories nettes, groupées autour d'une idée centrale : disposition satisfaisante, au premier abord, pour l'esprit du lecteur, qui aperçoit un livre clairement ordonnancé, comme un carre-

four de forêt bien percée, où aboutissent les avenues droites et régulières. A la seconde impression, un certain doute naît dans l'esprit qui a réfléchi, sur le système et la façon de l'appliquer. On se demande si le procédé do la définition préalable est bien légitime en matière de phénomènes sociaux. C'est un moyen de créer des entités fictives (ou qui pourraient Tètre) et de les opposer ensuite ou de les associer les unes aux autres, comme le fait de ses dieux une mythologie qui a incarné dans des noms de divinités des faits isolés, qu'ensuite le fil artificiel de l'esprit humain a rejoints et synthétisés. Mais, est-ce là se conformer aux règles de la méthode d'observation, qui ordonne de procéder du partiel au général, et d'établir les réalités avant de philosopher à leur sujet ? Ne faudrait-il pas d'abord, pour être rigoureux, examiner le socialisme d'Etat allemand en lui-même, étudier ses principes et ses doctrines; voir quelles variations il a suivies depuis qu'il existe, quels rapports il soutient avec l'ensemble du caractère germanique, avec les autres institutions de la nation, avec l'évolution de son unité et de sa monarchie? Au lieu de procéder à cette nécessaire monographie du socialisme d'Etat de nos voisins d'Outre-Rhin, M. Andlor va tout de suite aux principes du droit. Au fond, c'est une histoire

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des principes du droit depuis Hegel jusqu'à l^odbei'lus et Lassalle qu'il nous présente : histoire certes très intéressante, malgré le caractère ardu du sujet et ïe jargon dont les Allemands l'ont enveloppé, mais dont l'étroite corrélation avec celui du socialisme d'État n'est pas prouvée à priori^ comme si celui-ci ne dût fatalement être en quelque sorte qu'un reflet et une consé- - quence directe de l'idéal de justice formulé par les philosophes, revisé ou atténué par les juristes ; et non — au moins en partie — le résultat de faits et de circonstances beaucoup plus concrets que tout le monde connaît *.

Ici, c'est dans Hegel qu'on va chercher les origines et les fondements du droit nouveau, lequel est à proprement parler, suivant M. Andler, qui

1. « I/Allemagne avait si longtemps végété sous le régime de la disséminalion fédérale, que la formation de l'unité nouvelle amena tout naturellement un courant d'enthousiasme vers la force concentrée de l'Ktat. Ce fut à qui glorifierait le plus cette grande collectivité et la chargerait des plus nobles fonctions... Un homme d'État qui aspirait à réunir dans sa main le plus de pouvoir possible et à s'identifier avec l'État devait naturellement favoriser ce penchant. •> (L. Bamberger. SociALiSMK d'Ktat, dans le Nouv. Dicti.onn. d'écon. polilique).

l'allirme, robjectif précis de toute école socialiste, le point crappui sur lequel se fonde Tensemble des réformes, « par lequel toute école qui mérite le nom de socialiste estime qu'elle peut abolir la misère. »

Hegel a proclamé que le « pi'oblème du droit est de faire passer à Texistence réelle la liberté ». — Voilà le point de départ: et ici il nous faut suivre textuellement le commentateur, qui nous mène, du premier bond, en plein raisonnement métaphysique : « La liberté c'est l'esprit ayant conscience de soi, comme de la réalité dernière. Et il faut que la liberté soit, sans quoi il n'y aurait pas d'existence véritable. C'est donner de la vérité une définition juste que de l'appeler la conformité de la pensée à l'être... La vérité est une identité si profonde de la pensée et de l'être, qu'elle est un être pensant. 11 n'y a proprement d'être vrai, que celui qui pense. Il n'y a pas de pensée vraie qui ne soit la conscience qu'un être prend de soi-même... » — Comment de ces premières vérités, Hegel, et son commentateur avec lui, arrivent, après dix pages de déductions, à établir que « ce qui fait l'homme libre et la personne juridique, c'est le droit de posséder », et (( qu'il n'y a de droit qu'entre des propriétaires »; — comment, puisque l'existence vraie est la totalité absolue des formes d'existence, le vouloir

(le tous aura une plus grande vérité que le vouloir individuel ; — comment, après un examen des conditions d'existence de la famille, l'auteur de la Philosophie du droit arrive à démontrer que la triple fonction de la société est: Pde protéger la personnalité juridique en réprimant le crime; 2^^ de surveiller les échanges ; 3° d'assurer du travail à tous les hommes; — comment enfin il prouve que « cette organisation, l'Etat, établit la synthèse du principe de la famille et du principe de l'indépendance juridique », — nous n'avons pas la prétention de le montrer ici, chaînon par chaînon, et nous nous contentons de renvoyer à l'ouvrage de M. Andler le lecteur curieux de saisir sur le faif, s'il ne les connaît pas. les procédés de raisonnement de la métaphysique hégélienne. x\-t-elle du moins satisfait son patient commentateur? Pas le moins du monde : et c'est une cruelle surprise pour le lecteur attentif, qui a suivi (non sans peine) cette scrupuleuse et longue analyse, que de s'apercevoir, arrivé au dernier terme, que le subtil esprit philosophique qu'est M. Andler ménageait à l'auteur de la théorie de la liberté par l'Etat, une cruelle objection qui ruine tout son système : « Si la vérité était, elle serait sans doute l'identité de la pensée et de l'être. Mais, pour cela, il faut d'abord qu'il y ait de Vrtrr.

Hegel commet là un oubli. Il se pourrait bien que l'être qui est le point de départ dans le hégélianisme ne fût qu'une notion. Le vouloir môme, dans ce système, est un raisonnement logique. Et, s'il est dit, en revancbe, du raisonnement, qu'il est un vouloir, ce vouloir n'est pourtant que le mouvement tout intérieur de la pensée. Le système de Hegel serait tout pareil à ce qu'il est, si le monde n'existait pas et qu'il fût simplement un spectacle que se donne la pensée spéculative : « Welch Scbauspiel ! aber ach ! ein Scbauspiel nur! ^ »

Ce monde qui existe — et non celui qui pourrait exister — c'est celui auquel s'attachent plus spécialement les juristes de l'école de Savigny, dont M. Andler comprend les doctrines sous le nom à' historisme . Une lutte entre V historisme allemand et les théories spéculatives du droit, les transactions que d'autres penseurs ont cherché à établir entre eux; l'influence variable, suivant les péripéties du conflit, tantôt de la tradition respectueuse des faits, tantôt de l'idéalisme, hardi à renverser ce qui existe, pour le remplacer par le droit rationnel ; enfm, la synthèse des deux méthodes et des deux esprits dans le socialisme d'Etat qui, par Rodbertus et Las-

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