I.K SOCIALISMK UKTAT IDKALISTK
l'inlelligonco. — il aurait fallu ajouter: de la prol)ilé — des hommes dirigeant l'Ktat. La théorie de hi valeur, de Hodhertus et de Lassalle, est (( un dogme en luines », parce qu'ils n'ont ni liin ni Tautre tenu compte du « besoin social comme facteur de la valeur... Tous deux ont montré le faible des mythologies des rationalistes outranciers de l'école de Gans : mais ils en ont imaginé de nouvelles où se reproduisent pour une part les vices des théories qu'ils avaient délruites. » Le jugement (rensemble de M. Andlcr est une condamnation en bloc : «- Ce que nous avons décrit, écrit-il à la fin de son livre, c'est surtout un eil'ondrement successif de théories. »
L'auteur compare ces défectuosités à des lézardes partielles qui se seraient produites dans des constructions déjà anciennes, » C'est un long espace de temps que vingt-deux ans révolus depuis la mort de Rodbertus, trente-trois ans passés depuis la mort de Lassalle, cinquante ans écoulés sur l'œuvre de Thûnen. Peu d'œuvres de science, après un tel laps de temps, demeurent intactes. Pourtant, de l'œuvre que les classiques du socialisme ont accomplie, quelques fragments précieux se sauvent... quelques-uns des principes idéaux posés subsistent aujourd'hui même. »
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Oui : mais ils pèclicnt, aussi bien que les édifices dont ils sont détachés, par un caractère commun : Tidéalisme — on devrait mieux dire : l'idéologie, ou la mythologie. « Le socialisme d'Etat, écrit M. Andler, est une théorie idéaliste.» Ce serait un mérite, s'il s'agissait d'édifier une philosophie ou une religion sans retentissement immédiat sur celles des relations des hommes qui tombent dans le domaine des lois, s'il était question, par une ditfusion d'idées généreuses, de répandre parmi les sociétés un courant de morale et de philanthropie. Mais ce n'est pas là l'objectif du socialisme d'Etat. Il n'est rien, et M. Andler le démontre bien, s'il n'est juridique (ît législatif. Ce n'est pas au cœur des hommes ni à leurs sentiments qu'il prétend s'adresser ; il veut déterminer leurs droits, pour assurer aux uns la réalisation de ces droits et imposer aux autres le redressement de leur usurpation. Qui ne voit combien ici l'idéalisme est dangereux ? Telle formule qui, dans un livre de métaphysique ou dans un traité de morale, pourrait manquer de précision, mais être cependant féconde en œuvres de générosité ou de bienveillance, devient, entre les mains du socialisme d'Etat, un moyen d'oppression d'une classe par une autre, et sous l'apparence d'un redressement, aboutit à un écrasement. Combien, en pareille matière,
il faudrait être prudent dans la formule des propositions générales desquelles on fera découler par voie d'une logique verbale implacable, des systèmes sociaux armés de tous les procédés de coercition de l'Ktat moderne! Combien il faudrait observer les faits, les réalités de la complexe organisation économique et sociale, avant d'établir le droite avant d'affirmer que ce droit est violé et de confier à TEtat le soin de le rectifier! Les idéalistes font bon marché de cette prudence et de cette observation positive. Ils procèdent à l'instar des théologiens, par des affirmations. Seulement au lieu de puiser leurs prémisses dans un livre consacré, sous la garantie d'une interprétation séculaire, ils les demandent à leur raison raisonnante ; une fois établies sur des bases rationnelles satisfaisantes pour leur esprit, ils les proclament comme des dogmes et laissent ensuite aux esprits de second ordre le soin d'en déduire les conséquences sociales et autres, jusqu'aux plus lointaines. Il ne manque jamais de logiciens pour accomplir cette besogne qui ne demande qu'un peu de rigueur dans les procédés déductifs, et l'habitude des dissertations philosophiques. Ni la France, ni l'Allemagne n'ont, à aucune époque, été à court d'esprits pourvus de ces conditions.
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Tous, auteurs de systèmes sociaux et leurs commentateurs, oublient un point, à un moment donné de leurs déductions spéculatives, à savoir la nature des hommes et des choses, non telle qu'il faudrait qu'elle fût et qu'ils la supposent, pour que leurs systèmes soient applicables, mais telle qu'elle est. Ils refont le monde du fond d'un couvent ou d'un jardin d'Académie, sans fenêtre ouverte sur le monde réel, sans contact avec les êtres vivants et les objets réels.
Tout socialisme d'Etat repose sur une conception abstraite qui est un véritable postulat: l'Etat, supérieur en intelligence, en moralité, en idéal même de justice, au reste des hommes. Une fois admise cette conception a priori de rÉtat, qui est à proprement parler la conception hégélienne', et qui a inspiré tout le « soxîialisme de la chaire » germanique, le reste de la théorie
1. Cf. Jaurès: Origines du socialisme allemand: « Hegel a mis l'État au-dessus de la Société : il a poussé les "hommes à soumettre toute leur vie, c'est-à-dire même leurs biens à l'unité, à la loi, à la raison divine de l'État. Voilà les appuis que le socialisme a empruntés à la philosophie hégélienne du droit. » {Revue socialiste, août 1892). Heine avait dit des chefs du socialisme allemand: « Ce sont de grands logiciens sortis de l'école de Hegel. ••
se justifie aisément ; et il n'est pas besoin des démonstrations compliquées d'un Hegel, d'un Kodbertus ou d'un Lassalle pour prouver combien un globe gouverné, dans ses faits économiques aussi bien que politiques, par des dieux ou par des anges, Fempoi'terait sur l'organisation demi-étatiste, demi-individualiste d'un corps social, livré, comme le nôtre, à la concurrence, aux incertitudes des courants commerciaux, aux erreurs, aux passions ou aux caprices des individus ou des foules.
S'il était possible de réaliser cette utopie, un gouvernement parfait qui saurait à la fois produire dans les conditions les plus avantageuses, et établir la justice complète parmi les hommes, une solution socialiste serait immédiatement désirable comme remède à l'état de souffrance et de désordre relatif où se débat le monde. Le Saint-Simonisme avait vu clair sur ce point. 11 avait bien établi, comme le rappelle M. Andler, que les questions sociales proviennent d'une justice méconnue, mais il avait, du même coup, établi la hiérarchie sociale qui devait imposer la justice méconnue; — qui devait d'abord l'apercevoir et ensuite la réaliser, ce qui n'est pas donné a priori à tous les gouvernants, imiquement parce qu'ils sont gouvernants. Aussi le Saint-Simonisme avait-il fait des gouvernants un
clergé, dominant par sa supériorité scientifique, intellectuelle et sympathique, appelé par l'amour des hommes, accepté par leur respectueux et docile consentement, qui, à la fois, stimulait par les sentiments et réglait par la discipline les groupes de travailleurs. Il a été dans cette voie au chimérique et même à l'absurde, et il s'y est brisé. Mais il a eu le mérite d'être logique et démontrer par avance oii se briseront, dans les conditions actuelles de l'humanité, tous les essais de construction artihcielle d'un système social voulant réaliser la justice idéale parmi les hommes en l'appuyant sut un principe d'autorité d'origine terrestre, qui est le seul d'ailleurs qui s'accorde avec le rationalisme.
Car c'est toujours là oii il faut en revenir : l'Etat visé par certains rêveurs germaniques, comme un justicier, n'est qu'une abstraction qui change singulièrement de caractère, quand on descend à la réalité des choses. Il faut voir, dans ou derrière l'Etat, ce qui le constitue, c'est-àdire les hommes. Quels sont ceux, et qui les désignera, — ou, une fois désignés, qui leur obéira? — qui sauront établir parmi les autres hommes la liberté dans la justice, en déterminant, suivant la formule deLassalle, « les objets matériels que les individus auront le droit de posséder, et ceux qui, sortant de la propriété
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privée, devront rentrer dans la propriété collective?... » Quels sont les hommes qui régleront avec é(iuité l'état économique dans lequel la justice consistera « à ce que chacun reçoive, à proportion de rcfVort fait par lui pour contribuer à la richesse totale? » Quels sont encore ceux qui réorganiseront la production sociale, allégée du fardeau de la retitabilité et des pertes de force vive de la possession individuelle, — mais dépouillée aussi de Tatlrait de la propriété privée et de sa suite naturelle, l'héritage, — de façon à réaliser le programme de Rodbertus : « 1" produire en vue des besoins sociaux et les satisfaire dans l'ordre de leur urgence ; 2" produire, avec la plus grande économie possible des forces de production ? » — Quels sont encore ceux qui, tout monopole suppi'imé, y compris la rente du sol et rintérèt des capitaux, régleront et répartiront, suivant les termes du nouvel idéal, le seul revenu individuel soi-disant légitime: le salaire*?
1. Le raisonnement de M. Andler, pour prouver que le salaire est le seul revenu légitime, me paraît faible. La productivité de toute industrie, dit-il, vient de la vie sociale. Seul, le salaire ne repose pas sur un monopole. Tout homme normalement constitué peut travailler, et le fruit de son travail doit lui appartenir ihlégralemenl, ce qui n'est pas dans le système actuel et ce ^ui justifie l'intervention de l'Klat. Que d'objections à faire à cette argumentation simpliste sur la(iuelle
Une fois abolie la rentabilité, écrit M. Andler, en suivant la pensée de Rodbertus, le salaire se grossirait de toute la différence entre les frais d'entretien des hommes (sa base actuelle), et la productivité qu'a arrachée aux agents naturels TelTort de tous les hommes, accumulé durant tant de siècles. Le bénéfice collectif serait réparti entre les individus, proportionnellement à la quantité et à la quotité de leur besogne, évaluée par une entente au sujet de sa valeur sociale \
au fond, reposent exclusivement les conclusions actuelles de M. Andler! Comment n'aperçoit-il pas la contribution de la société dans la séOirilé de l'ouvrier, dans la viabilité qui lui permet d'aller à son travail et d'obtenir l'échange des produits, dans les mesures générales d'hygiène et de police, dans le développement entier de la civilisation et de la science? Comment ne voit-il pas le correctif qu'apportent au soi-disant monopole de l'appropriation des sources de production, la liberté des coalitions et des grèves, et le régime démocratique de sufïrage universel qui met la puissance matérielle et gouvernementale du côté du nombre, par conséquent, des salariés ?
1. L'expropriation, ajoute M, Andler, se fera, mais elle sera graduelle. D'ailleurs, dans une note, il annonce une Élude sur la décomposition du marxisme, dans laquelle il exposera <• comment on peut espérer d'assurer la justice sociale, sans aucune expropriation ». Pour le moment, la proposition à laquelle M. Andler paraît se ranger, — on n'est jamais sur s'il expose sa pensée personnelle ou celle des auteurs qu'il analyse, — est celle-ci : On demandera d'abord aux individus de renoncer à cette part de revenu que leur vaudrait, selon le droit actuel,
Aperçoit-on tout ce que renferme d'inconnu, d'injustices et d'oppressions possibles, ce dernier petit nKîmhre (le phrase? Ari'ivé à sa dernière page, M. Andier lui-même semble pris d'hésitation sur refficacité de la solution qui lui a paru surnager au naufrage des autres parties des systèmes qu'il a analysés.
(( Déjà Ton peut voir, dil-il, que dans la répartition future, les besognes seront évaluées selon l'utilité sociale. Mais comment déciderat-on de ce qui correspond au besoin social ? N^y aura-t-il pas place ici pour de grands désaccords?... Des questions nouvelles surgiront ainsi des questions résolues. »
Assurément, des questions nouvelles surgiront : mais qui peut dire que les anciennes auront été résolues, à moins qu'on ne considère comme une solution la simple oppression momentanée d'une minorité possédante par une majorité qui, au nom de la raison d'Etat et pour satisfaire un idéal de justice mal délinie, s'emparerait de la propriété individuelle et la déclarerait propriété collective, au risque de tuer tout d'abord l'ardeur au travail et de tarir les sources mômes de la
l'accroissement ultérieur de la productivité. On fixera à son taux actuel toute rente, mais on n'en privera personne. La rentabilité arrêtée dans son ascension, cessera de paralyser la production sociale.
production — ce qui serait une mauvaise condition pour en socialiser les fruits ?
Celui qui bâtit sur l'idéalisme en matière sociale, bâtit sur le sable, et bâtit, par suite, des édifices dangereux. C'est une vérité qui semblait de notre temps avoir définitivement triomphé. Après les déceptions des systèmes utopiques de la première moitié du siècle, et sous l'influence du développement merveilleux des sciences appliquées, la méthode d'observation avait ramené à elle, depuis cinquante ans, en matière sociale, les esprits supérieurs. On laissait de plus en plus de côté les principes métaphysiques qui s'appliquent mal à la complexité et au r.elatif des choses de la cité\ on tâchait d'apercevoir, non l'homme abstrait suivant telle ou telle formule, issue de l'esprit géométrique, philosophique ou poétique d'un penseur ou d'un rêveur, mais les hommes, tels qu'ils sont, avec leurs traditions, leurs coutumes, leurs instincts enracinés, leurs mobiles d'activité profondément ancrés dans les cœurs et les tempéraments par des siècles d'expérience et d'hérédité. Ceux qui, parmi les socialistes, ont la prétention de philosopher et d'être autre chose que des démagogues en quête de popularité ou des organisateurs d'élections dont ils profitent, sont en train de revenir à l'homme classique çlu xvm'^ siècle et de la révolution :
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scMileiiionl, au li(Mi du libéi'cil de 1789 et du citoyen ()oliti(jue ci'éé d'un bloc, ils construisent de toutes pièces un mannequin collectiviste. Ils le suj)|)osent conforme à leur raisonnement, à leui's formules économi([ues ou sociales. Ils oublient une seule chose : La Vie. Elle échappe à leur conception spéculative. Klle est faite du passé autant que du présent, de préjugés autant ([ue de raison, d'accoutumance autant que de désirs de changement, et nos modernes théoriciens n'en tiennent aucun compte. Aussi leur oHivre n'est-elle pas viable. Conçue pour parer à la soi-disant injustice de la propriété individuelle et rendre aux salariés leur part des moyens de production, — ce que la liberté, l'association, l'éducation, le progrès scientifique et la baisse de l'intérêt qui en résulte, réaliseraient peu à peu, sans révolution violente économique ni sociale, — elle est grosse, par son indétermination même, de plus d'injustices que celles auxquelles elle voudrait remédier : car elle remet par définition l'arbitrage social à un juge qui forcément manquera de lumières, d'équité ou d'autorité.
C'est là un coté du sujet que M. Andler n'aborde pas aujourd'hui. Il réserva, pour une autre publication ce qu'il appelle les questions pratiques. Je regrette ce délai, à la fois pour le
lecteur et pour l'auteur lui-môme. Le véritable critérium d'une doctrine sociale, c'est moins le principe de justice plus ou moins fuyant sur lequel elle s'appuie, que ses conditions d'application. Toute organisation légale ou constitutionnelle est, avant tout, un modus vivendi^ qui, s'il remporte sur les autres qu'on a essayés ou qu'on pourrait essayer, ne T emporte que par des avantages relatifs, que pai'ce qu'il réalise dans les choses humaines du 7noins niai.
Chercher la justice sociale avant de savoir comment elle pourra s'instituer, c'est, suivant une expression vulgaire, mettre la charrue avant les bœufs. Les utopies n'ont jamais manqué dans la littérature philosophique, poétique ou religieuse. Il faudrait les y laisser et ne pas aborder les questions sociales comme un problème de métaphysique, où l'esprit puisse sans danger déployer sa subtilité dialectique, ou bien comme un poème oii le cœur laisse couler à larges flots ses instincts généreux et philanthropiques. En matière sociale toute parole porte. Chaque ébranlement imprimé aux choses légales peut être gros de misères et de désordres. Ce n'est pas une raison pour ne les ébranler jamais; mais il faut, quand on y touche, savoir et dire ce qu'on veut mettre à la place, et pouvoir baser sur des raisons positives la croyance que ce qui en résul-
teraii serait meillour pour la collectivité que ce qui existe. La hardiesse des doctrines n'est un bien qu'à condition qu'elle se double, cliez ceux qui les répandent, du sens de la ies[)ousabililé.
« On peul, écrit M. Andler dans son Introduction, démontrer scientifiquement que certaines institutions adoptées donnent de certaines conséquences, comme la misère, et on peut démontrer que d'anlres institutions les éviteraient '. »
De pareilles propositions lancées au passage comme des vérités incontestables, par un esprit aussi distingué, aussi pourvu de grande culture que l'est M. Andler, donnent le frisson. Il n'est tel, pour être ainsi catégorique en matières sociales, que d'y procéder suivant les méthodes de la philosophie spéculative, et de se figurer qu'à ce titre on est scientifique. Livrez l'organisme civil et éconoaii(jue à des esprits aiguisés et subtils, rompus au maniement des idées, servis par de grands talents de plume ou de parole, qui restent hors de l'observation des faits réels : de leur travail de métaphysique sociale ils
1. M. Andler écrit quelques lignes plus bas : « A quoi lient la misère et comment on pourrait y remédier : voilà ce qu'on peul savoir avec certitude. •■ Quelle aisance dans l'allirmalion !
tireront, avec une sécurité parfaite, le socialisme d'Etat OU le collectivisme; et si la réalité ne s'accorde pas avec leur rigoureuse argumentation logique, c'est la réalité qui, à leurs yeux, aura tort.
A ceux qui repoussent et combattent le socialisme contemporain, — on lance volontiers le reproche d'individualisme ou mem(i d'égotisme. Dans leur répugnance pour l'organisation arbitraire, artificielle, oppressive d'un Etat compris à la façon collectiviste, on veut voir — souvent par un pur procédé de polémique, quelquefois aussi à la suite d\in sérieux malentendu — une sorte de méconnaissance des devoirs de l'homme vis-à-vis de ses semblables, la proclamation de l'isolement de l'homme dans l'espèce, constaté par une abstraction tout à fait illégigitimeet sanctionné pnr uue^c'iencQOfibliease des réalités: on leur reproche de créer riio'mDie économique qui aurait bien peu de rapports avec l'homme vraiment vivant et agissant dans son milieu familial et social. Pour beaucoup de per-
sonnes qui cèdent à certaines suggestions du socialisme, c'est le sentiment des lacunes de rindividualisme au point de vue de la solidarité sociale, qui les émeut et les entraîne*. Elles sentent en elles une vibration d'humanité dont le socialisme leur parait comme un écho démesuré, mais qui renferme cependant des sons véritables de leur cœur.
C'est là un sujet sur lequel il faut s'expliquer clairement ; et tout d'abord il est nécessaire de s'entendre sur le sens des mots, ce qu'on fait rarement dans les discussions de ce genre. On oppose artificiellement l'individualisme au socialisme ou la liberté à la solidarité, en supposant des simplifications d'idées qui ne sont nullement conformes à la réalité des faits.
« Quelque chose de l'homme a traversé mon àme »
a dit un poète philosophe^, marquant par là à ia fois dans un vers éloquent la générosité de sa nature et sa communauté de façon de sen-
1. Voir entre autres la chronique de la Revue des Deux- Mondes du V mars 1898 dont l'auteur, dans une variation brillante sur les mots et les idées, trouve <• de bonnes choses dans le socialisme et qui sait ! peut-être même dans le collectivisme. »