Le régime socialiste: 1 vol., F. Alcan, éd
compte d'abord sur la statistique : (( c'est pour elle, dit-il, uue opération assez compliquée, mais qui n'est pas d'une dilïîculté décourageante... Déjà à l'heure qu'il est, on calcule en dressant le budget une partie des besoins essentiels de la société, et il n'est pas mal aisé de concevoir une extension en môme temps qu'une amélioration de ce calcul... La production des choses indispensables à la vie de rindividu doit être calculée largement de façon que personne n'ait plus à soulfrir dans la satisfaction de ses besoins élémentaires. »
Mais ces besoins élémentaires peuvent aller fort loin. M. Renard admet qu'un luxe relatif est devenu aujourd'hui une nécessité. « Le raffinement des besoins pour un peuple comme pour un individu est un signe d'intelligence et de délicatesse accrues... Voltaire disait: « Le superllu, chose si nécessaire. » Trait d'esprit qui est aussi un mot profond. La tendance d'une société progressive est toujours de faire entrer plus de superflu dans le nécessaire. » Qui fixera le degré d'urgence des divers besoins ? Personne, convient l'auteur, n'est compétent pour tracer une ligne de démarcation, et il préfère, comme moyen pratique, s'en remettre au jugement de tout le monde, « c'està-dire qu'une entente doit intervenir entre tous
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les intéressés pour décider quel minimum de bien-ôtre la société s'engage à fournir à chacun de ses membres. Cela pourrait être inscrit dans la constiliition. Ce serait comme wwo, déclaration des droits économiques du citoyen ! »
Reste la seconde partie du problème qui consiste à réaliser dans la production le maximum d'utilité avec le minimum d'efforts. Elle n'est pas plus impossible à résoudre que la première. Les économistes les plus hosliles au socialisme ne reconnaissent-ils pas que le travail collectif est plus productif que le travail isolé? Lorsqu'on vante les avantages de la division du travail, lorsqu'on la dépeint avec raison comme ayant été l'agent le plus efficace du progrès de l'industrie française, que fait-on, sinon déclarer (|ue le travail parcellaire qui implique collaboration et par là même est nécessairement collectif, est plus fécond que le travail demeuré purement individuel? Kt de môme l'éloge de la coopération n'est-il pas l'aveu de l'indéniable supériorité du système qui fait de la nation entière une vaste société coopérative?
Si nous voulions ici réfuter l'auteur, nous lui rappellerions que la division du travail ne va pas sans une direction supérieure du travail, et qu'il reste à démonti-er par le socialisme que cette direction peut mieux être réalisée par une
organisation d'Etat irresponsable que par l'initiative privée que stimule le désir du gain ; mais nous préférons renvoyer ces réflexions à quelques pages plus loin, et pour l'édification du lecteur, continuer à citer ou à résumer l'auteur du « Réfjinie socialùte. »
Il aborde la question de savoir comment le travail sera réparti entre les membres de la société, « question juridique capitale » et qui est intimement liée à la précédente.
La solution consistera dans l'institution de corps de métiers ouverts, où cbaque adulte devra s'inscrire, chacun n'ayant à consulter que ses goûts et ses aptitudes (l'éducation intégrale donnée à tous les enfants permettant de choisir en pleine connaissance de cause). Tout corps de métier aura son organisation autonome, sous la seule réserve qui sera de respecter la loi fondamentale de la société, à savoir de soumettre au vote des intéressés tout ce qui les concerne : règlements, nomination du directeur, des sousdirecteurs, chefs supérieurs et inférieurs des diverses entreprises.
Ce sont les corps de direction ainsi élus qui, comme nous le verrons plus loin, « peut-être sous la surveillance d'une chambre de travail nommée par toutes les corporations,» devront totaliser les besoins auxquels la corporation a charge de