‹ Socialisme et Sens communChapitre 8 sur 11 · III. — Phalanstère. — Phalange. — Fourier · texte numérisé non relu

III. — Phalanstère. — Phalange. — Fourier

Le phalanstère de Fourier est au Communisme ce qu'une commune est à la France entière , c'est-à-dire qu'au lieu d'une seule communauté, embrassant tout le peuple et tout le territoire français, il propose trente ou quarante mille petites communautés d'environ deux mille personnes chacune.

Les membrei^ de la communauté forment la pha^

lange; iid vivent , en comQtQH , dans une fièide et grande maison qu'ils nomment phalanstère , solte de eoîwefU on de caserne, — Le travail est en commun , ainsi que les produits, qui se distribuent entre les phalanstériens suivant certaines règles. — Sous ce rapport, comme Ta judicieusement observé Cabet, le phalanstère rentre dans le Communisme : aussi tout ce que j'ai dit plus haut de ce dernier s'applique trèsbien au phalanstère.

Il convient toutefois de citer quelques traits particuliers à ce système.

En premier lieu , plus que toutes les autres , cette secte s'attaque à la famille et à la morale.

J'ai déjà fait connaître les idées de Fourier sur le mariage progressif; et je n*oserais porter mes citations plus avant; j'ajoute seulement, en termes généraux , que le plaisir est la seule religion des phalanstériens. Comme les saint^simoniens, avec lesquels ils ont d'ailleurs tant d'analogie , ils se révoltent contre la morale spiritualiste du Christ, elveidenlréhabiliter le culte des passions et delà chair.

Dans un discours prononcé à l'Assemblée Nationale > le 44 avril, M. Considérant, le disciple et le continuateur le plus dévoué de Fourier, disait :

« Les temps de l'obéissance sont passés ; les hom- « mes se sentent égaux, ils veulent être libres : ils ne « croient pas et ils veulent JOUIR : voilà Vitat des

« âme$, » — « ^Ves Vitat des brutes t » interrompit M. de Larochejaqueleiq.

En second lieu, pour triompher de la paresse naturelle à Thomme, quand il n*est pas stimulé par l'aiguillon de la propriété , les phalanstériens paraissent peu compter sur la fraternité ; ils ne veulent pas non plus recourir aux voies de rigueur: mais ils ont unç recette précieuse , c'est de rendre le TRAVAIL AT- TRAYANT.

Chacun choisit le travail qui lui agrée le plus , et peut en changer aussi souvent que bon lui semble. Tous les travaux d'ailleurs s'exécutent en cadence et sont entremêlés de chants*, de danses et autres divertissements. Ainsi le laboureur, couronné de myrthe, conduit sa charrue au son de la musique , et , entre deux sillons, se repose en dansant avec quelque belle travailleuse, couronnée de roses. — Tout est prévu d'ailleurs , les costumes , les couleurs , tout , jusqu'aux fleurs des couronnes et des bouquets , sans lesquels le bon phalanstérien se garderait bien de se mettre à la besogne.

TJn travail si attrayant ne produit pas seulement les plus riches moissons ; il doit changer bientôt la face de la terre. — M. Proudhon nous promet seulement de faire tourner la terre au rebours de ce que Dieu avait ordonné ; c'est bien autre chose que promet Fourier : . . . Veau salée de la mer Se changera en une limonade

rafraîchissante Entin, pour dernier progrès, bi

nous sommes bien sages , il finira par nous pousser au bas de Téchine une qtieue avec un œil au bout ; ce qui , entre autres avantages , nous permettra de voir, de tous côtés , sans avoir besoin de tourner la tête.

Si tout cela n'était pas imprimé, et dans de gros volumes encore, personne ne voudrait y croire ; tout au moins penserait-on que celui qui écrivait de pareilles folies était un échappé deCharenton... Et cependant, il faut Tavouer : non-seulement Fourier ne fut pas mis h Charenton, mais on en a fait presque un demi-dieu ; et il se trouve aujourd'hui encore un homme de talent pour propager sa doctrine.

Pauvre humanité ! que sont ta sagesse et ta science, quand Dieu t'abandonne à ton orgueil?

Sommes-nous trop sévères?... Ecoutez M. Proudhon : — « Le système de Fourier répugne aux amis « de Tassociation libre et de Tégalité, par sa tendance « à effacer dans Thomme la distinction et le carac^ « tère , en supprimant la possession , la famille , la a patrie, triple expression de la personnalité hu- « maine.... Nul ne sait tout ce que renferme de béc( tise et d*infamk le système phalanstérien, » [l^^ Mémoire, i^. 145.)

M. Proudhon se prononce plus énergiquement encore dans son grand ouvrage :

« Passons vite sur les constitutions des saint-si- ^ monmsy fouriiriste$ et autres prostitués, se fai-

« santfort d'accorder Tamour libre avec la pudeur, <x la délicatesse , la spiritualité la plus pure. Triste « illusion d'un socialisme abject, dernier rive de la « crapule en délire l... »

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