IV. Organisation du travail, —m. louis blanc
Inventeur de la trop fameuse organisation du travail , M. Louis Blanc a toujours protesté contre toute tendance communiste ; et cependant nul système n'y tient de plus près que le sien. — Il déclare vouloir respecter la propriété, mais il la rend impossible; et du reste il reconnaît lui-même que c'est transitoirement seulement que son système conserve la propriété*
D'après M. Louis Blanc, toute la misère, qui existe en ce monde, a pour cause la concurrence. Si les ouvriers sont si malheureux , c'est que la concurrence joutrée entre les patrons tend incessamment à faire baisser le salaire , en augmentant la durée du travail.
Voici maintenant le remède. Pour tuer la concurrence , il faut écraser l'industrie privée par une concurrence irrésistible , celle de l'État. En conséquence : € le gouvernement lèverait un emprunt dont le produit € serait affecté à la création d'ateliers sociaux dans € les franches principales de l'industrie nationale. « Les capitaux seront fournis par l'Ëtat aux ateliers c gratuitement et sans intérêt, » — Chaque atelier principal aura des succursales en nombre convenable. *-Dans tous les Ç^tçlier^ sociaux , la durée dv, travail
sera réglée h la satisfection des travailleurB^ qui d'ailleurs, eu vertudu principe de l'égalité et de la fraternité, recevront tous m^ salaire, sans égard à la différence des capacités. — Plus tard, dans les conférences du Luxembourg, M. Louis Blanc a reconnu que l'égalité des salaires n'était pas équitable ; mais comment la corrige-t-il?... En payant l'ouvrier habile et actif plus que le maladroit et Tindolent?... Dieu l'en garde! ce serait trop contraire à la fraternité : s'il déroge à l'égalité, c'est pour régler le salaire, non d'après Je travail exécuté , mais d'après les besoins du travailleur. On ne pouvait assurément rien imaginer de mieux pour encourager la paresse et la gourmandise, pour décourager l'ouvrier frugal et habile.
Le même système sera étendu aux campagnes : au moyen de l'abolition des successions collatérales : a les valeurs dont ces successions se composent se- « roût déclarés propriétés communales etinaliéna- « blés. » — Sur ces biens communaux seront organisés des ateliers nationaux agricoles, commandités par l'État, sans intérêt.
Voici maintenant les résultats que M. Blanc espère de son système :
L'industrie privée ne pourra supporter la concurrence des ateliers nationaux : d'abord parce qu'elle paye intérêt des capitaux qu elle emploie, et que les ateliers nationaux n en payeront aucun ; ensuite parce que tous les ouvriers ne manqueront pas d'abandonner Jes ateliers privés, assurés qu'ils gQroAt dç trouver,
avec moûm de travail^ un salaire dupérieur daius les ateliers nationaux. — L'industrie, écrasée par cette concurrence de TËtat, ne tardera pas à mourir et à 8e fondre dans les ateliers nationaux.
L'atelier national agricole produira , plus lentement, mais aussi sûrement, le même effet relativement à la propriété j9nWe, qui finira par disparaître,
« L'Etat, d'ailleurs, sera considéré comme le ré- « gulateur suprême de la production, et investi, pour « accomplir sa tâche , d'une grande force. »
Cela est assez clair : c'est le despotisme.
Voilà tout le système.... Qu'est-ce, sinon le Communisme pur? — N'est-il pas évident, en effet, qu'au bout d'un temps très-court pour l'industrie, et un peu plus long pour la propriété agricole , toute propriété privée aura disparu ; que Y Etat sera devenu seul et unique propriétaire , seul et unique industriel , seul et uniqm commerçant; que tous les citoyens seront descendus au rang de simples ouvriers des ateliers nationaux? Or qu'est-ce que cela, sinon le Communisme pur , avec les désastreuses conséquences que j'ai signalées plus haut?
Dans son livre publié avant la révolution , H. L. Blanc avait usé de tous les artifices de langage pour dissimuler autant que possible les conséquences de sa théorie. Membre du Gouvernement provisoire , président de la commission du Luxembourg, idole de cent mille ouvriers fanatisés par sa parole» la violence du
prédicateur socialiste ne connut plus de bornes. Les discours, insérésau Moniteur, étaient déjà assez forts, et cependant, Tenquête Ta prouvé, on avait soin de faire disparaître les passages les plus violents. En voici des exemples révélés par Tenquête :
c Nous parlons d'avoir , de former une assem-
« bléede députés; vous êtes une assemblée de députés; a vous êtes l'assemblée des députés du peuple ; et que « TAssemblée Nationale s'installe ou non , celle-ci , a j'en ai la confiance , ne périra pas...
« Étant presque enfant j'ai dit : Cet ordre social est « inique ; j'en jure devant Dieu, devant maconscience, a si jamais je suis appelé à régler les conditions de cette « société inique, je n'oublierai pas que j'ai été un des « plus malheureux enfants du peuple , que la société « a pesé sur moi. Et j'ai fait, contre cet ordre social a qui rend malheureux un si grand nombre de nos « frères , le serment d'Ânnibal. . .
« Mes amis , sachez-le , vous serez non-seulement « puissants , vous serez non-seulement riches , vous « serez rois, — Car tous les hommes sont égaux , « tous les hommes sont rois...
<c Au point de vue moral comme au point de vue « matériel , le système sur lequel est basé la société a est un système infâme I
a Votre concours peut nous être utile par la force « que vous nous communiquez; force morale qui doit a nous mettre en état de dire à l'Assemblée : Voici « les projets de lois que nous présentons ; ces projets « de lois, ce n'est pas Albert, ce n'est pas Louis « Blanc qui les présentent, c'est le peuple représenté
f par ses délégués ; traiter avec lai ^ et msûntenant « qu'il est organisé, repoussez-le, si vo^us Tosez I i»
Et l'on s'étonnera ensuite que de malheureux ou-*' vriers exaltés jusqu'au délire par de pareilles prédications, aient fait les journées de juin J
Inutile de relever ici tout ce qu'iiy a d'inique dans un système qui prend dans la poche de tous , pour prêter gratuitement h quelques-^ns ; qui oblige l'industrie privée à contribuer, par les impositions qu'elle paie, à la concurrence qui doit l'écraser.
Inutile de rappeler que la concurrence n'est qVune des formes de la liberté ; qu'anéantir la concurrence, c'est anéantir l'émulation*
Inutile de montrer qu'en général les salaires , loin de baisser , se sont au contraire constamment élevés depuis quarante ans. ,
J'ai prouvé que la prétendue organisation dû travail n'était que le Communisme pur ; et cela doit suffire.
M. Proudhon, que je ne me lasse pas de citer^ comme la plus grande autorité des doctrines nouvelles , M. Proudhon fait ainsi la part de M. L. Blanc : « Par le mélange perpétuel qu'il fait dans son livre « des principes les plus contraires , l'autorité et le a droit, la propriété et le Communisme, l'aristocratt tie et l'égalité, le travail et le capital, la récompense a et le dévouement, la liberté et la dictature, le libre « examen et la loi religieuse, M. Blanc est un vérita^
« bk hermaphrodite, un jmôltma^e tm double sexe. » {Contradiet. économ.y tome I«», p. SB6. ) Puis, après avoir analysé le système deL. Blanc ,
M. Prondhon s'écrie dans un antre endroit : « Et ,
« de fait, qu'objecter à une conception musi radica^ « lement nutkf » ( ibid. , page SBO. )