‹ Socialisme fascisteChapitre 10 sur 103 · ER 7 UN · texte numérisé non relu

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turiers ? Enfin, de notre temps, nous savons bien qu'il en est de même. Comme nous aurons plus loin l’occasion de le voir de près, la société va en s’embrouillant infiniment. Mais cela lui donne une apparence d’indétermination ; et l’on prend l’indétermination pour de la simplification.

Marx ne s'est guère soucié de la paysannerie tout d'abord ; et ensuite ne sentant pas sa durée, il n’a pas compris son esprit et son rôle. (Dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, écrivant en 1852, il annonce le proche renversement de celui-ci par la révolte des paysans pauvres.) Il a aussi sous-estimé les classes moyennes. En dépit des efforts d'observation qu'il a faits en avançant en âge, il n’a pu aller jusqu’à détruire ce qui était, du reste, la cheville ouvrière de son système. Cheville qui est déterminée dans ces deux phrases du Manifeste : « De plus en plus la société tout entière se partage en deux grands camps ennemis, en deux grandes classes directement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat ($ 3).» « Les classes moyennes d’autrefois, les petits industriels, les commerçants et rentiers, les artisans et paysans, tous tombent dans le prolétariat ($ 18). »

Les Marxistes, après Marx, se sont épuisés à corriger ces formules absolues ; mais ils n’ont jamais voulu y renoncer. De là, leur continuelle déception devant l’histoire européenne depuis trois quarts de siècle. (Nous verrons plus loin comment l’histoire russe ne contredit qu'officiellement l’histoire européenne.)

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SES é LE F Re - =: ( £ 1 ' + à . à L'IDÉE DE PROLÉTARIAT 29 c | | F Donc, 1l ne peut pas y avoir de gouvernement de k ; | classe — n1 direct, pour la raison psychologique que 14 | peu d'hommes peuvent gouverner à la fois — ni indi- 7 1 rect, pour la raison sociale que placé toujours devant 4 un complexe de classes, un gouvernement ne peut k 1 | ”: subsister qu’en reconnaissant toutes les classes qui sont / E | dans ce complexe et non pas en niant ce complexe au : profit de l’une d’entre elles.

La monarchie en France s'était établie autrefois entre LE la noblesse ancienne d'épée, la noblesse nouvelle de ; robe, le clergé, le tiers-état. Et elle a succombé parce #2 qu'elle n’a pas été capable de renouveler son calcul = d'équilibre. Les gouvernements qui se sont succédé à depuis 1789 ont dû travailler constamment à l'équilibre entre la bourgeoisie riche, la bourgeoïsie moyenne et # petite, la paysannerie et le prolétariat, entre l’industrie, à le commerce, l’agriculture, les professions libérales. Tous £ ceux qui ont négligé ou mal calculé cet équilibre ont péri. À à 9. Le mythe du remplacement d’une classe par une autre . - classe. | j é

Il y a encore une autre notion qui est sous-entendue par le raisonnement marxiste. Il faut aussi l’analyser. Ayant en vue le passage de À à B, Marx suppose non seulement qu'une classe se substitue à une autre classe

dans l'exercice effectif du pouvoir politique, mais encore Fr : qu'elle la remplace dans la jouissance de nouveaux pri- x 4 vilèges, par une translation matérielle, physique, numé- ‘5 : * | A ——- . PEN RER LE PARIS PSP Re di ni

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rique. Là où était assis un noble, maintenant est assis un bourgeois. |

Or, en dépit des images qui encombrent la mémoire d’un lecteur d'histoire, surtout d'histoire française, nous nions cela. Nous nions qu’il y ait remplacement d'une classe par une autre classe. Nous alléguons un tout autre phénomène.

Nous nous attacherons à une remarque que fait Marx. Marx, à propos du rapport À > B, remarque que la classe qui conquiert la supériorité politique a déjà la supériorité intellectuelle. Cette classe, inférieure politiquement, lui apparaît tout à fait supérieure intellectuellement et moralement, comme représentant la réalité du présent contre l'illusion du passé.

Là encore, nous voyons Marx se rapprocher un instant de la simple et subtile vérité. Il aperçoit l'unique ressort de la révolution politique, la nécessité d’inventer une nouvelle technique gouvernementale, mais il lui faut le décrire dans son langage de lutte de classes. Or, à nos yeux, sous le signe de cette nécessité, il n’y a pas eu remplacement d’une classe intellectuellement mal adaptée par une autre mieux adaptée, mais modification progressive des mœurs et de l'esprit d’une société tout entière, entraînant la confusion d'éléments venant de toutes les classes dans une nouvelle classe. |

Contrairement à ce que croit Marx, il ne se constitue jamais une nouvelle classe en face de l’ancienne. Il y a toujours eu les éléments d’une bourgeoisie dans les villes

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du haut Moyen Age, continuant la bourgeoisie galloromaine. Mais le recrutement se fait plus fort d'un côté que de l’autre. Les classes ne sont jamais immobiles, elles perdent et elles gagnent sans cesse. Le recrutement continuel qui se fait en partant du bas s'oriente à chaque époque dans un sens nouveau, selon les besoins de la technique. Et de plus, selon ces besoins, des éléments de haut parage changent leur idéal et leurs désirs. Au Moyen Age, les nouveaux apports ne se faisaient à la classe dominante que par la voie des armes : un individu qui perçait allait à la noblesse d'épée. Mais, de bonne heure, la justice et l'administration parurent aussi importantes que les armes ; l’atmosphère des hautes classes ne fut plus tant la guerre que le gouvernement. Les ambitieux allèrent donc de ce côté-là et dans l'Église. Aux approches de 89, nouveau changement. Dans une nouvelle classe dominante tendent à se confondre la noblesse d’épée, la noblesse de robe, et une nouvelle noblesse issue des finances, du commerce, de l’industrie. Les mariages et l’ennoblissement sanctionnent et hâtent cette fusion. Dans cette nouvelle classe, l’atmosphère est celle de l'argent plus que du gouvernement. Les ambitieux des basses classes et des hautes classes vont donc de ce côté.

La noblesse commençait de vivre bourgeoisement et depuis longtemps prenait les idées de l'époque, les inventait elle-même en partie. (Fontenelle, Montesquieu, Buffon, Mirabeau.) Seul, l'exercice des privilèges d'une autre époque l’empêchait d’exploiter pleinement des

privilèges plus féconds de l’époque nouvelle. Si la révolution de 89 a précipité ce phénomène, elle l’a aussi retardé. Elle a empêché l’évolution normale de la noblesse et de la bourgeoisie l’une vers l’autre. Elle a mis autour de la noblesse un écran de méfiance stérile, tant dans un sens que dans l’autre et a fait du snobisme quelque chose de plus sournois et de moins fécond qu'en Angleterre.

Marx et Engels ont eu le tort de toujours ramener leurs yeux sur la France, et de présenter en conséquence le processus bruyant et apparent de 89, comme le modèle de toute évolution sociale. En Angleterre, selon une marche plus longue et plus souple, nous voyons

une aristocratie militaire et agricole se transformer en—

une grande bourgeoisie mercantile et industrielle. Ce qui vient de l’ancienne aristocratie garde quelques privilèces d’apparat, mais profondément s'adapte aux nouveaux moyens de puissance. Et d'autre part, la bourgeoisie, recevant des apports de cadets nobles et de plébéiens ambitieux, recherche et partage les anciens privilèges, après s'être pourvue des nouveaux. Aïnsi, il n’y a point remplacement d’une classe par une autre, mais fusion de deux classes en une seule sous une nouvelle règle de vie. Ce qui, après tout, a fini par se faire aussi en France. Et ce qui se fait aussi, enfin, en Italie et en Allemagne.

Des vues un peu détaillées sur la circulation sociale nous permettent d'avancer plus profondément dans la réalité que Marx qui prétend nous en traduire le secret

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