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dans ses schémas simplistes. Il suppose que les classes ont un contenu qui, une fois constitué, reste en gros immuable. Pour qu'il y aït lutte de classes, il faut en effet supposer une certaine stabilité dans les groupes antagonistes. Mais son thème de la lutte de classes repose là encore sur une proposition nullement démontrée. Sur ce point comme sur d’autres, Marx a accepté les préjugés de son temps. On avait encore peu réfléchi sur cette question de la circulation sociale, et on y a, somme toute, encore peu réfléchi. Pourtant, un contemporain de Marx, Gobineau avait soulevé la question, dans son livre d’Oftar Jarl. Gobineau se demande si ce sont toujours les mêmes familles qui détiennent, à travers les siècles, le haut du pavé : il tranche naturellement dans le sens de l'affirmation. Son envie de prouver quil descend en droite ligne d’Odin par un pirate norvégien du 1x£ siècle, l'amène à improviser une thèse qui a au moins le mérite de soulever des questions ignorées de plus d’un sociologue. Il s’efforce de prouver par l'exemple des siens que les familles prédestinées peuvent être victimes des révolutions économiques et tomber dans un abaissement momentané, mais que, par la force du sang, elles reprennent bientôt le dessus et reparaissent dans de nouveaux avatars. Les Gobineau, après avoir perdu leurs privilèges féodaux à Gournay-en-Bray, auraient affleuré de nouveau dans la noblesse de robe à Bordeaux. Et de la sorte toute la nouvelle classe de robe aurait été formée des surgeons de l'ancienne classe d'épée. Mais tout ceci est fort problé-
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matique et sans doute ne pourra jamais être démontré.
J’insiste sur ce point de profonde incertitude. Gobineau a touché là un point non moins grave et non moins mystérieux de l’économie humaine que celui des races, le point de l’origine des classes. Pour lui, lun et l’autre se confondaient : les classes n’étant que l'expression des races superposées. Mais pour nous rien n'est moins sûr, mais nous continuons à discuter du problème social, comme si cette question préalable de l’origine des classes ne pesait pas sur nos raisonnements de tout le poids de son mystère.
En attendant, nous ne pouvons qu'user des faits tout proches de nous. Si nous examinons la composition des classes dites dirigeantes en France et en Angleterre dans les trois derniers siècles, nous voyons que les familles ne durent pas longtemps dans les hautes sphères et que les noms — les mots — seuls résistent un peu. (De là, la nécessité pour Gobineau d'imaginer de longues plongées.) Combien de familles ducales subsistent en droite ligne depuis Louis XIV ? Trois, je crois. Et en Angleterre, quel mouvement depuis Guillaume d'Orange ! Il y a presque toujours quelque truquage dans la continuité d’une famille — passage de la branche
aînée à quelque branche plus ou moins lointaine, ou
franche substitution d’un sang par un autre sang, sous le même nom. Et tout le mystère de l’alcôve où passent les amis et les valets.
D'autre part, que de noms nouveaux et, semble-t-il, issus du plus bas. Nous devons en conclure, contraire-
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ment à Gobineau et à Marx (1), que les classes ne forment pas des ensembles homogènes et durables.
Ainsi, le processus que Marx nous propose du remplacement des classes les unes par les autres achève de se dissoudre à nos yeux. Il y a toujours une vaste et vague classe supérieure qui change d'époque en époque de mœurs, de technique, d’esprit, et sans doute en partie de contenu humain, mais il n’y a pas de substitution de classes.