‹ Socialisme fascisteChapitre 9 sur 103 · DO PT · texte numérisé non relu

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sous ces cercles gouvernants, s’épanouissent passivement les classes d’appui, les classes privilégiées.

L'évolution économique (1) exige à un moment donné une nouvelle technique gouvernementale et un nouvel esprit dans la législation sociale. Une société commercante et industrielle a besoin d’autres lois et d’autres chefs qu’une société agricole et militaire. En 89, les hommes d'épée et les grands propriétaires terriens étaient depuis toujours écartés en gros du gouvernement ; mais les bourgeois, les nobles de robe ou de cour qui gouvernaient devaient se prêter à des habitudes anciennes et fatiguées, où persistaient d’un poids accablant les souvenirs de l’époque agricole et militaire.

En Angleterre, le passage d’un état à l’autre s’est fait aussi difficilement et violemment qu’en France dans l’ordre politique, mais d’une façon plus insensible dans l’ordre social. Une aristocratie terrienne et militaire s’est métamorphosée peu à peu en une grande bourgeoisie industrielle et commerciale, qui fut titrée d’ailleurs. Cependant, le pouvoir de fait n’a jamais été qu'aux mains d’un cercle de quelques personnes ministrables, gentlemen de plus ou moins ancienne date.

(1) Nous semblons admettre le point de vue du matérialisme historique ; mais il n’en est rien. Si nous parlons constamment de la pression des événements économiques sur les événements politiques, dans notre esprit qu’est-ce qui caractérise un événement économique ? Comme pour Marx le changement dans les forces de production. Mais qu’est-ce qui change les forces de production ? Les inventions. Rien de moins matériel. L’invention de la vapeur n’est pas un fait plus matériel que l’invention du calcul différentiel ou l’invention de la Joconde.

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En Allemagne, la caste prussienne s’est adaptée à sa manière.

Après cette analyse, nous pouvons revenir au raisonnement de Marx : De À à B... Nous pouvons nier que le pouvoir politique soit passé de À à B, de la noblesse à la bourgeoisie. Nous pouvons affirmer, ce qui est tout différent, que le pouvoir est passé d’un type d'élite politique hors classe à un autre type hors classe ; et qu'en dessous de cette élite, de nouveaux privilèges ont engendré une nouvelle classe privilégiée. Remplacement d’une technique politique par une autre technique politique, remplacement en dessous d’un ordre de privilèges par un autre ordre de privilèges.

Mais aucun changement dans le rapport des nombres. En dépit des figures du suffrage universel et de la représentation parlementaire, il n’y a point de remplacement dans la souveraineté d’une classe moins nombreuse par une classe plus nombreuse, il n’y a point d’élargissement à la base dans l’ordre du gouvernement. Le rapport des nombres reste fixe : le flot social passe à travers ces termes comme l’eau d’une rivière à travers des écluses.

D'après cette analyse du rapport A B, nous pouvons induire ce que peut être le rapport B C. Nous étant placés sur le terrain choisi par lui des précédents dont la répétition doit faire apparaître l’action d’une loi historique nous avons le droit de retourner le raisonnement de Marx et de proposer : « De même que la bourgeoisie n’a pas remplacé la noblesse en tant que

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classe gouvernante, le prolétariat ne remplacera pas la bourgeoisie sous ce rapport. » La dictature politique du prolétariat semble être un mythe construit comme contre-partie du mythe d’une dictature de la bourgeoisie, une impossibilité dans le futur en face d'une irréalité dans le passé.

b) Le mythe du duel entre deux classes.

Qu'on ne nous dise pas qu’au cours de notre raisonnement nous avons joué sur les mots : ce sont Marx et Engels qui se servent des mots avec légéreté. Car, ou bien ils se contredisent, ou bien dans leur esprit l’un des termes de la contradiction dans laquelle ils tombent à leur insu, est plus fort que l’autre. En effet, quand ils avancent que « la puissance gouvernementale moderne n’est autre chose qu’une délégation qui gère les intérêts de la classe bourgeoise », leur analyse sommaire a l'air d'approcher un peu du rapport réel d’une classe dans sa masse avec la sphère gouvernementale. Ils entrevoient qu’il y a une distance entre la classe profiteuse et le cercle gouvernant. Mais, par ailleurs de façon contradictoire, ils parlent de la souveraineté politique totale dévolue à la classe bourgeoïse. Et ils promettent cette souveraineté politique totale à une autre classe, la prolétaire. C’est bien là le fond de leur conception.

Or, non seulement cette dernière conception est fausse pour la raison que nous venons de voir, à savoir l'impossibilité psychologique pour une masse même restreinte

d'exercer une fonction qui est le fait du petit nombre, mais encore la conception qu'ils effleurent du pouvoir d’une classe délégué à une élite, est fausse aussi, en dernière analyse. La puissance gouvernementale ne peut être la délégation d’une classe, parce qu'il y a plusieurs classes.

Ici, nous touchons un autre postulat sur lequel repose le raisonnement central du marxisme sur la lutte des classes : la réduction du nombre des classes à deux (1). Nous avons feint d'admettre ce postulat et de croire avec Marx que le théâtre social avait tout entier été rempli par le duel de la bourgeoisie et de la noblesse, puis de la bourgeoisie et du prolétariat. Mais il n'en est rien.

Il y a toujours eu plusieurs classes en présence. AU Moyen Age, à côté du clergé de composition complexe, il y avait la bourgeoisie naissante ou renaissante de l'Antiquité, diverses noblesses, l'aristocratie souveraine et deux ou trois espèces de paysans. Sous la monarchie, il y avait cinq ou six classes. Peut-on confondre noblesse d'épée et noblesse de robe, haut et bas clergé, clergé séculier et clergé régulier, bourgeois des villes et paysans libres ou serfs, anciens artisans et nouveaux manufac-

(1) Marx semble faire des réserves sur le passé. Il écrit : « AUX époques de l’histoire qui ont précédé la nôtre, nous voyons à peu près partout la société offrir toute une organisation complexe de classes distinctes, et nous trouvons une hiérarchie de rangs sociaux multiples... et chacune de ces classes comporte à son tour une hiérarchie particulière. » $ 2.

Mais cette observation est en contradiction avec tout ce qu'il dit du rapport de lutte entre féodalité et bourgeoisie.

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