‹ Socialisme fascisteChapitre 14 sur 103 · A IN · texte numérisé non relu

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Manifeste communiste, n’est pas indispensable. Foin de la sociologie de Marx, mais aussi foin de la vôtre. Si la bourgeoisie n'a pas fait à elle seule de révolution, le prolétariat le peut demain, de par les miracles toujours possibles d’une évolution créatrice. »

Mais comme nous venons déjà de l’entrevoir, le rapport entre la bourgeoisie et le prolétariat n’est pas dans l'avenir, il est déjà dans le passé — dans un passé qui pour certains pays est vieux de plus d’un siècle.

La doctrine marxiste s’est déjà affirmée depuis près d’un siècle, on est donc en droit dans toute discussion qu'on mène contre elle de faire état du commencement de preuve que nous offre ce siècle. Pourtant nous admettons que cette procédure ne peut suffire, car un mouvement, aussi vaste que s’est avéré le mouvement prolétarien, peut toujours revendiquer pour lui tout le temps et réclamer ses preuves à un second ou à un troisième siècle, si le premier qu'il a parcouru ne les lui a pas apportées. C’est ainsi que le christianisme aurait eu tort de s avouer battu cent ans après la mort du Christ, en dépit du contraste entre ses échecs et sa prétention au prochain triomphe. Aussi bien, nous nous sommes servi d'autres arguments. Pourtant, usons de ceux que la sagesse et l'honnêteté semblent nous concéder dans l'ordre historique — d’autant plus que Marx, du moins à l’époque du Manifeste, s’est montré d’une arrogante assurance dans le succès proche.

L'étude de toutes les révolutions européennes du

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xix® siècle nous paraît imposer les conclusions suivantes (1) :

1° dans une révolution, le prolétariat est un facteur nécessaire mais insuffisant.

2° une révolution tentée par le prolétariat seul échoue toujours.

Résumons les études qui, à travers les principaux pays, imposent ces conclusions.

D'abord revenons à l'Angleterre. L’Angleterre est le premier pays européen qui ait fait des révolutions dans les temps modernes, après la fin du Moyen Age. Dans le cours du xvri® et du xvirre siècles, à travers une série de mouvements où se mêlaient plusieurs classes, aussi sanglants mais moins nombreux que ceux qu’a connus la France, l'Angleterre a établi solidement une constitution parlementaire (où se fondent les facteurs démocratique, aristocratique et monarchiste). En réalité, elle n’a fait que rétablir et développer celle dont elle avait joui depuis le xrrie siècle qui avait été presque interrompue par la monarchie absolutiste du xve au XVII siècle.

En conséquence, quand le prolétariat anglais a signalé son existence, ce qu’il n’a fait que tardivement après les guerres napoléoniennes, alors qu'il existait et souffrait depuis longtemps, il a trouvé la démocratie politique bien amorcée. La pression qu’il a exercée depuis lors

(1) J’ai repris et concentré ici des idées déjà exprimées, plus longuement et moins énergiquement, dans Genève ou Moscou (1928)— 2° partie : Au delà du capitalisme et du communisme.

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n’a donc rencontré qu'une résistance élastique. Pouvant toujours avancer dans des succès partiels, 1l n’a jamais eu l’occasion de se buter et de se contracter en effort violent et révolutionnaire.

L'histoire du prolétariat anglais est une continuelle dérision des principes et des prophéties de Marx. Le prolétariat anglais (1), le plus anciennement constitué de tous les prolétariats européens, ayant souffert plus longtemps que tous les autres, s’est pourtant montré le moins révolutionnaire de tous. En contre-coup des révolutions françaises, il a à peine ébauché un mouvement un peu vif, le mouvement chartiste entre 1830 et 1848, mouvement qui s’est dissous dans les réalisations démocratiques. Plus tard, le parti socialiste qui a représenté ce prolétariat est toujours resté une force vague, instable, débile en dépit de la solidité coutumière des cadres quasi-corporatifs dans lesquels tour à tour il se gonfle et se dégonfle. L'histoire du parti anglais nous propose un enseignement que nous vérifierons partout ailleurs, à savoir que le prolétariat est incapable de se poser

(1) Nous avions dit une fois pour toutes au début que nous n’entrerions pas dans le jeu du matérialisme historique et que nous ne suivrions pas Marx dans son va-et-vient entre les actes et les explications matérielles qu’il en donne. Ces explications ne sont en effet que des justifications. Par exemple, à propos du prolétariat anglais, Marx aurait pu remarquer — ce que d’ailleurs ses disciples ont fait après lui — que l’existence de l’Empire colonial explique l’absence de force révolutionnaire chez les ouvriers anglais. Car l’Empire appelle les plus énergiques d’entre eux et nourrit de la sportule des chômeurs ceux qui restent en trop. Mais, pour être expliqué, le résultat n’en est pas moins le même. Dans l’ordre de l’action rien ne justifie rien.

ri 46 SOCIALISME FASCISTE “4 Li isolément comme une force suffisante, de se constituer FL comme une armée, où soldats et chefs de même origine | fl: sont sûrs les uns des autres, capable d’engendrer une 1: victoire créatrice. Ce parti apparaît tantôt comme un | : reflet des formations politiques anciennes et adverses, Hi tantôt comme un symptôme de sens fort discutable de | 4 la décomposition du présent ordre politique et social. E- He Fondé par des bourgeois, recrutant encore partielle- He ment des cadres bourgeois, le parti socialiste anglais Fr : reste paralysé dans la mesure où il prétend à être un 3 se parti de classe. Après avoir montré, avant la guerre,

une infinie lenteur dans son développement, il s’est montré depuis aussi impuissant dans la victoire que dans la défaite. Il a perdu la gageure d’une grève générale, puis vainqueur dans des élections, il n’a rien fait | de sa victoire, de même que le parti socialiste en Alle- } % + magne. En conséquence, il a essuyé tranquillement une

à: énorme défaite. Pourquoi, si ce n’est parce qu’il a senti sa base de classe trop étroite et qu’il n’a pas eu le cou- :

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