‹ Socialisme fascisteChapitre 23 sur 103 · D. POS · texte numérisé non relu

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cinquante ou quatre cent mille familles dont je parle, il y a des riches et des pauvres, des petits commerçants, des employés, des artisans, aussi bien que des nobles et des bourgeois de tout rang, et beaucoup de paysans.

Il faudrait peut-être joindre à ces deux mondes-là un certain monde radical-national, libre-penseur, plus délié socialement, mais qui, dans les moments de presse, fait bloc avec les deux autres, étant lui aussi activement national.

Et il y a toutes les variétés du monde catholique qui circulent parmi eux.

Je parle des familles, non de classes. Pourquoi telle famille est-elle attachée à telle tradition plutôt qu’à telle autre ? Il est difficile, parfois, de le dire. On ne peut jamais assez subtiliser les explications géographiques, économiques, pour y ramasser toutes les nuances.

L'opposition de Paris et de la province n’est d’aucun usage, là comme ailleurs. Paris communique sans cesse avec la province par toutes les provinces qu’il renferme. Ce va-et-vient incessant des tendances entre les provinciaux de Paris et les provinciaux de la province est beaucoup plus important que l’apparente opposition : influence parisienne, méfiance provinciale.

Mais pour ample qu’ait été la vague républicaine nationale qui a recouvert le court élan royaliste, elle a aussi bientôt atteint ses limites.

Certes, le monde républicain national s'étend sur diverses classes de la société, certes, il est à cheval sur

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Paris et la province, il a pourtant ses limites. Il porte en lui ses limites qui sont dans sa complaisance en luimême et dans son propre excès. Pour cela, il y a toujours un moment où il se heurte à quelque chose qu'il suscite.

Bien que ce monde, beaucoup plus que celui de l'A. F.,, soit engagé dans la vie économique du pays, quand il se manifeste politiquement, il se montre comme étranger aux réalités dont est faite son souci quotidien, et il ne manifeste aucune conception vivante et neuve de l'univers matériel où se meuvent pourtant ses plus habituelles protestations contre le régime actuel. L’A. F. autrefois a du moins esquissé le programme du corporatisme, mais le monde républicain national s’en tient à un vague anti-socialisme, à un libéralisme qui tombent dans un néant de silence entre ces murs de socialisation ouverte ou sournoise qu'élèvent de toute part Moscou, Rome, Berlin, Washington.

Le mot qui désigne ce monde marque sa force et sa faiblesse : national. Ce monde ne s’anime que sur une réaction tournée vers l’extérieur ; il a un sentiment très aigu de la superficie nerveuse du corps français, mais il n’a pas une conception vivante, active de l'intérieur, des problèmes sociaux et organiques du pays. Il en a une conception profondément périmée.

C’est un monde national, ce n’est pas un monde social.

Ce monde ne comprend pas ; et, ne comprenant pas, il se montre ombrageux, inquiet. Bien qu'il touche et rejoigne le populaire par moments, 1l n'a pas un sens

permanent du populaire. Tout ce qu'il sait et sent du peuple, ne lui sert pas d’une façon permanente. Il retombe toujours sur son axe de morgue et de peur. Toutes ses velléités et ses élans s’épuisent dans la traduction compassée, conventionnelle, infiniment attardée qu'en donne le monde mort des grands journaux, des grandes revues, de l’Académie, de toute l’intellectualité officielle qui se nourrit de lui et pèse sur lui.

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