‹ Socialisme fascisteChapitre 30 sur 103 · D, \ 7. KA · texte numérisé non relu

D, \ 7. KA

Une condition : faire semblant de se battre. Ainsi un lecteur de l’Echo de Paris ne saït pas qu'il est solidaire en profondeur d’un lecteur du Canard Enchaîné. Pour qu'il l’apprenne, il faudrait un grand bouleversement. Ce grand bouleversement, oh ! si nous le faisions.

Maintenant que les radicaux vont enfin se perdre dans les rangs conservateurs, les socialistes seront à découvert. On va voir qu’ils n’étaient que des radicaux. Sous prétexte de libertés, et particulièrement de libertés ouvrières, ils défendent le Parlement, le lieu du compromis où se sont consumés les radicaux, où ils se consumeront à leur tour.

Derrière eux, les communistes de Moscou. Il n’y aura plus qu’une ombre qui les séparera à leur tour du grand

jour. Plus question de socialisme : une vieille gauche

libertaire contre une vieille droite réac, toute la vieille France.

Vous me direz que le mensonge radical-socialiste n’a rien de secret, qu'il se voit. Moi, je vous réponds qu'il reste secret. Ce mensonge est enraciné à une profondeur inouïe dans l’inconscience. Mais surtout, dans l’inconscience des complices : les capitalistes. Les corrupteurs aiment encore plus les corrompus, que les corrompus les corrupteurs. Cela, ni les uns ni les autres ne le savent : vous voyez bien que j'ai raison de parler de secret.

Pareils aux radicaux (et aux socialistes) sont leurs complices. Ces députés et journalistes de droite attachés au système parlementaire, et qui n’attaquent la gauche que pour lui prendre une majorité qu'ils veulent seule-

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ment fugitive. Le trait d'évidence, là, c'est qu'au pouvoir les gens de droite ne touchent pas au ministère de l’intérieur, au mécanisme qui permettra leur prochaine défaite et de nouvelles élections de gauche. L’Action Française est attachée aussi au régime, par la démarche même de son opposition, qui avilit les personnes mais ne rompt point avec la véritable essence du régime : le compromis entre les riches et les démagogues. Je soupconne l'A. F. à droite de la même collusion que la S.F.I.0. à gauche.

Mais les chefs de la banque, de l’industrie, de la presse chérissent encore mieux les démagogues — tout en souhaitant leur perte à leurs moments perdus. Ils préfèrent cette collusion à jouer cartes sur table, avec un gouvernement de droite. Ils veulent continuer ce régime dont ils se plaignent. Ils crient à l’incohérence, au manque d'autorité. Mais s’il y avait une autorité, elle serait contre eux ; une cohérence, elle les réduirait. Leur irresponsabilité de chefs économiques et qui pourtant disposent du corps et de l’âme de millions d'hommes et de femmes caresse l’irresponsabilité des chefs politiques qui se gardent bien d’une prise décisive sur l'économique. Ils osent dire qu’ils ne sont pas bien servis par ce régime, mais aussitôt qu'il est menacé, ils le soutiennent par en dessous, y reconnaissant soudain leur meilleure défense. C’est pourquoi ils craignent le fascisme. Ils le haïront à Paris, comme ils le haïssent à Milan et à Essen.

Après le 6 février 1954, en France, tout le monde a

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volé au secours de la collusion entre la démagogie et l’argent. D'abord l'A. F., qui le 6 février déjà ne faisait plus rien. Ensuite les parlementaires de droïte qui ont dévié avec l’A. F. sur des querelles poissardes l’entrée en bataille des naïfs. Ensuite le grand capitalisme qui, par sa presse, a doucement enterré l’action des ligues. En même temps, la C.G.T., le parti S.F.[.0. Et enfin les communistes accouraient sur l’ordre de Moscou. « Il ne faut pas déranger la combine sur quoi repose l’ordre dans le grand pays allié. » Le 12 février, on a vu que décidément il n’y a plus de communisme en Europe, ou plutôt qu'il n’y en avait jamais eu. Et Doumergue s’est élevé, un pied sur le 6, un pied sur le 12, bien balancé sur deux forces qui jouissent de s’annuler.

Pierre de touche. Élevez-vous devant quelqu'un contre les congrégations économiques, ce complexe de banques, grandes industries, grande presse qui est en collusion avec la haute administration et les étatsmajors de tous les partis politiques — mais élevez-vous ensuite contre les syndicats de fonctionnaires, la C.G.T'., la franc-maçonnerie qui sont les autres congrégations exploiteuses de l’État — cet homme détournera la tête et se courroucera. C’est un homme de gauche. Faïtes l'expérience en sens inverse, c’est un homme de droïte. Et ceci, même si c'est un communiste à gauche — même si c’est un À. F. à droite. Nous sommes contre tous.

Quand ce serait le seul mérite du fascisme, d’arracher ces masques, tous ces masques. On ne dit plus gauche

et droite en pays fasciste. Il n’y a plus que le capitalisme contre le socialisme, enlacés pour la lutte à mort.

Si le fascisme se présente comme un nouveau parti intermédiaire, entre la vieille droite et la vieille gauche — entre le capitalisme, la paysannerie, le prolétariat et les classes moyennes — quand il est au pouvoir, sa méthode n’est pourtant pas celle du radicalisme, c’est | la méthode contraire. Ce n’est pas une politique d’équi- | | libre, ce n’est pas balance et balançoire, c’est une poliz | tique de fusion. Les forces entre lesquelles se joue le 1] radicalisme, le fascisme les oblige à s'affronter enfin. À l’intérieur d’un fascisme, il y a dans le grand feu une 1 dernière lutte privée, sournoise, lente, féroce, sans merci | | 4. | entre les éléments combustibles. Regardez Rome et ÉRSE Berlin.

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Les gens de gauche ne savent de quoi il retourne. Ils disent : « Le fascisme, c’est la dernière défense du capitalisme. C’est un dernier triomphe du capitalisme. » Mais non, comme à Moscou, il s’agit à Berlin et à Rome d’une réaction beaucoup plus pure. D'une réaction comme on n’en avait pas rêvé depuis M. de Maistre. ii La réaction pure et simple. Et même comme on n’en se avait pas rêvé depuis la lutte du sacerdoce et de l'Empire. Car on nous donne une pure théocratie où le spirituel | 4 et le temporel enfin se confondent. C’est la grande réac- | tion qu'a connue déjà la Rome Impériale. Et pourtant

je veux cela. La liberté est épuisée, l’homme doit se retremper dans son fond noir. Je dis cela, moi l’intellectuel, l’éternel libertaire.

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Ce qu’aurait fait le capitalisme dans une Russie démocratique en quinze ans : l’immense et brusque développement après la guerre comme aux États-Unis. Le bien qui en aurait résulté pour l'Amérique et l'Europe, pour tous les humains : la crise actuelle évitée, les prolétariats européens et américains auraient eu du travail jusqu’au point d’une dénatalité suffisante. Mais ainsi va l’ironique et cruelle Histoire. Je les aime de n'avoir pas pris le plus court chemin.

Vous savez bien qu’il est difficile de garder des châteaux et des grandes maisons particulières. Quand vous en avez, vous allez ailleurs, dans des hôtels, des bateaux, vous voyagez. Vous aimez les cafés, les bars, les restautanrs, les cinémas, les sports d'hiver et les sports d'été, tous les lieux de confusion. Vous savez bien que le commerce de détail est miséreux. Vaut-il mieux être petit commerçant ou employé dans un srand magasin ? Médiocrité pour médiocrité, l'employé apres ses huit heures de travail est plus libre. Le mécano de village est-il libre ? Le chef du dépôt local d’épicerie l'est-il moins que lui ? Un journaliste est-il moins libre dans une presse d’État que dans une presse de monopole ? Le littérateur qui « écrit pour le grand public » et celui qui écrit pour l'État, c’est-à-dire encore pour le grand public, voyez-vous une difiérence dans son avantage calculé ?

Mais si j'invente, si je crée une nouvelle industrie ? Certes, mon débouché sera difficile. Mais, bah ! l’homme a besoin d’autre chose aujourd’hui que d'inventer des

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