‹ Socialisme fascisteChapitre 8 sur 103 · CRE · texte numérisé non relu

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élite de gouvernement par une autre élite, animée d’un nouvel esprit, armée d’une nouvelle technique. En 1789,

la bourgeoisie n’a pas remplacé au gouvernement la

noblesse pour la bonne raison que celle-ci ne gouvernait pas, n'avait jamais gouverné ; mais une équipe de gouvernement d’un nouveau type a remplacé une équipe d’un type périmé. Une élite où se mêlaient les anciens nobles d’épée, les anciens anoblis de robe, avec les roturiers récemment blasonnés, a été remplacée par une élite où l’on retrouve encore des nobles, des anoblis et des roturiers. Parmi les chefs révolutionnaires, nous trouvons des aristocrates comme Mirabeau, Talleyrand, Sieyès, Barras ; anoblis comme Héraut de Séchelles ; petits nobles comme Robespierre, Saint-Just, Bonaparte ; anciens prêtres comme Fouché, Billaud-Varennes, Le Bon (1). En Angleterre, d’ailleurs, le régime parlementaire a été défendu au xvirre siècle par les plus grands noms de l'aristocratie, et le régime démocratique instauré au XIX® par ces mêmes noms.

Ce qui change surtout c’est la technique : sous les apparences du régime représentatif, la technique bureaucratique s’est définitivement abstraite, compliquée, raffinée. Et autour de la nouvelle élite politique, il s'est formé une nouvelle sphère sociale de privilégiés et de profiteurs. De même que la nouvelle élite obéit à de

(1) Si, plus tard, les noms nobles se font plus rares, du moins en France, c’est que ne fonctionne plus la « savonnette à vilains » comme en Angleterre. Voir plus loin nos vues sur la circulation

sociale.

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nouveaux mots d'ordre (action sur l'opinion par les manifestes, les discours, la presse, les élections, les manœuvres parlementaires, et non plus par les intrigues de cour, par une pression indirecte sur les classes), la sphère privilégiée, suivant un nouveau désir, recherche l'argent donnant le prestige et non plus le prestige donnant l'argent.

Il n’y a pas eu une masse gouvernante plus nombreuse qu'auparavant. Dans le cadre des institutions démocratiques et parlementaires, la bourgeoisie n’a pas exercé, en dépit des simulacres du système représentatif, un pouvoir plus collectif que les classes soi-disant dominantes de l’ancien régime. S'il écarte les mots, quelle différence pour l’observateur cynique entre le « monde parlementaire » et le «monde de la Cour » ? Il y a toujours quelques centaines d’ambitieux faibles et ineficaces, qui ont trouvé le moyen d'arriver jusqu'aux antichambres et aux couloirs et qui se remuent autour des cent ministrables. Ce cercle des ministrables s’agite lui-même autour des cinq ou six chefs de gouvernement possibles. L’élite gouvernementale est concentrée dans ces deux cercles. En dépit des remous révolutionnaires ou électoraux, ces deux cercles, depuis 1789, sont restés immuables dans leur tradition politique, et se sont typifiés dans certains personnages, des revenants. Par exemple : Fouché et Talleyrand, plus tard Thiers, plus tard Clemenceau. Ces cercles restent seuls efficaces, tant que la technique qu’ils emploient répond à l'état économique, est souhaitée ou tolérée par lhistoire. Et

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