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208 GOCIALISME FASCISTE
aujourd’hui sait qu’il est doublement atteint, d’abord par les retournements inattendus de son développement interne — il sait que le ressort de son génie, ia concurrence, est cassé et avec lui la prétention libérale dont il se masquait ; ensuite, par les empiètements chaque jour plus accentués de cette force nouvelle qui s’est levée, le fascisme, qui exploite contre le capitalisme la faiblesse infinie dans laquelle tombe celui-ci quand le ressort cassé de la concurrence ne le soulève plus.
Le capitalisme est devenu une force tassée, inerte, conservatrice. C’est un organisme qui n’a plus que des réflexes de défense, mais non plus d'attaque. Et encore ces ressorts de défense se retournent-ils contre lui, car ils aboutissent à le livrer à une force étrangère et au fond ennemie. Le capitalisme épuisé a besoin de l'État pour le soutenir : il se livre à l'État fasciste. La mécanisation du capitalisme aboutit à son étatisation.
On me dira : « Vous nous la baillez belle : l’étatisation du capitalisme, c’est le capitalimes d’État. Quel rapport avec le socialisme ? C’est bien le contraire. »
Voire. Le capitalisme d’État, c’est aussi la reprise de l'État sur le capitalisme. Or, là, il y va du tout. Cette reprise de l'État, c’est un changement complet de l’orientation de l’économie. Du jour où le capitalisme travaille dans les cadres de l’État, il ne travaille plus pour des buts individuels, il travaille pour des buts collectifs, et pour des buts limités.
Les hommes qui travaillent dans un tel système ne peuvent plus se mouvoir selon des appétits de lucre,
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mais selon des appétits de prestige, où il entrera un minimum de spirituel.
Buts collectifs, buts limités, buts spirituels.
En Russie, le remplacement de l’individuel par le collectif dans les mobiles humains ne semble pas au premier abord signifier l'avènement du spirituel. Mais la Russie est la Russie et l'Europe est l'Europe. La Russie n’avait pas de matériel : il lui en faut conquérir un. Pour elle le mécanisme est une foi nécessaire, le lyrisme convenable à son effort actuel. Elle a précipité ses trésors spirituels dans une mystique de la matière. Si cela nous paraît excessif, démesuré, c’est qu’en Europe, au contraire, nous sommes saturés de matière, de matériel, et de matérialisme. La construction socialiste chez nous prend donc un tout autre aspect : un aspect de consolidation, de conservation, de restauration du spirituel.
Le socialisme vient s’insérer dans l'édifice capitaliste, il ne le renverse pas. En Russie, on a jeté bas le fragile échafaudage capitaliste, accolé à l'édifice du tzarisme moyenâgeux : la ruine n’était pas grande. En Europe il ne peut s’agir de jeter bas un édifice savant, complexe, qui a ses racines et ses ramures dans tous les plans et toutes les classes. Il s’agit de ressaisir la construction, de l’imprégner, de la moduler selon un rythme nouveau.
Telle est bien la conception du fascisme. Qui ne reconnaît là celle même du socialisme réformiste ? Le fascisme est un socialisme réformiste, mais un socialisme réfor-
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