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miste qui a, semble-t-il, plus de cœur au ventre que celui des vieux partis classiques.
Et cela est d’autant plus facile que, comme je viens de le dire, le capitalisme de lui-même s’est ralenti, et, avant de devenir une administration d'État, en a pris l'allure.
Mais alors, le danger ne serait pas dans le manque de sincérité des fascistes ou hitlériens quant à leur prétention socialiste, mais dans la faiblesse de ce qu'ils veulent réformer ou corriger.
Aujourd’hui on enfonce dans le capitalisme comme dans de la bouillie ; mais alors on peut s’y enliser.
Ce que j'ai vu à Berlin m’a pénétré d'une sorte d’effroi et de désespoir. Je voyais une jeunesse confiante et brave, mais engagée dans des voies bien molles. Dans la mesure où les capitalistes se résignent à ne plus aller de l'avant, à se contenter de gérer un organisme fixe, une grande administration qui ressemble à une administration d’État, qui peut si facilement devenir une administration d’État, ils trompent et gâchent leurs adversaires.
Ils ne demandent pas mieux que de partager cette administration conservatrice avec les hommes politiques. En effet, s’ils restreignent les bénéfices possibles qu'ils auraient trouvés dans l'extension internationale de leurs affaires, dans l'exploitation toujours plus intensive et qui avait de la marge encore devant elle, d'une économie universelle, par ailleurs ils veulent et ils peuvent
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conserver leurs bénéfices actuels qui sont encore grands pour une poignée de grands administrateurs. Pour eux, c’est là toute la question.
Les grands capitalistes en Allemagne et en Italie se résignent à être des commissaires du peuple à l'économie — mais des commissaires grassement payés — avec des traitements de 500.000 francs à X... millions de Îrancs.
Ce ne sont plus ces propriétaires, ce ne sont plus même ces patrons que dénonçait la critique marxiste, ce sont de gros fonctionnaires non pas tant héréditaires que se recrutant par cooptation — et partageant le prestige et l’influence avec leurs surveillants étatistes.
Voilà pour le moment la tournure que semblent prendre les choses.
| En resteront-elles là ? Non, disent les hitlériens, les fascistes. Nous galvaniserons cet organisme en le modi- | fiant. Nous le pénètrerons du sens, que nous avons reconquis, des valeurs spirituelles. Nous remplaçons le ressort du lucre par le ressort du devoir.
Au fond ils vont vers une conception spirituelle, esthétique de la société. Il faut travailler pour faire de l’Allemagne un tout harmonieux, un ensemble limité, clos qui se satisfait lui-même, qui se complaïit dans lui-même. Chacun ne vit plus que pour jouir de l’ensemble. C'est bien la civilisation qui peut se développer sous le signe du cinéma.
C’est un idéal statique.
Entendre les Allemands parler de leur dynamisme me
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fait tordre ; non, plutôt sourire amèrement. C'est comme quand j'entends les Français parler de leur clarté, ou les Anglais de leur fair play. Quand on est dynamique, on n’a pas le temps de s’en apercevoir et encore moins d'en parler. Vieilles rengaines. Rengaines des vieilles patries gâteuses.
En réalité, l'Allemagne est en train de devenir tout à fait statique, elle est en train de trouver son statisme en trouvant son assise nationale — tout comme la France ou la Hollande, la Suisse ou l'Angleterre. Il était temps, d’ailleurs : depuis un siècle qu'elle s’agitait tant. |
Tout son dynamisme présent, c'est de se regimber devant ce statisme montant, c'est de se tordre sous la gangue.
Tout ce système hitlérien, c'est le statisme même, depuis le principe du racisme, jusqu'à cette conception de la société qui n’est plus économique mais « spirituelle », hiérarchisée, rangée en corporations. Tout cela va doucement vers le système indou des castes, vers le modèle de Manou, cher à Nietzsche. En passant par le Moyen Age des corporations.
L’extrême pragmatisme, l'extrême relativisme, l'extrême mobilisme verse ainsi brusquement dans le résultat opposé, dans l’immobilité. C'est ce qui se passe dans la philosophie de Nietzsche où, quand 1il montre le bout de l'oreille, on voit soudain que cet apôtre de l'action pour l’action rêve précisément de ce système de castes.
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