‹ Socialisme fascisteChapitre 93 sur 103 · EX J : us +. 12 er · texte numérisé non relu

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Toutes ces considérations allemandes nous amènent à des considérations européennes.

Je n’ai, certes, jamais été de ceux qui se réjouissent de la décadence du capitalisme en Europe. Car je n'y peux voir le signe prometteur d’une métamorphose totale de l'être européen, d’une renaissance décisive. Un continent ne change pas de peau si facilement. Trop du génie même de l'Europe se manifestait dans les formes du cruel et délicieux libéralisme, fleur de la belle époque capitaliste, pour qu’on ne puisse craindre, à voir

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l’étiolement définitif de cette fleur, que le mal est loin dans les racines. |

Et, en effet, je vois la triste justification de mes craintes dans le fait qu’en même temps que le capitalisme, c’est le socialisme qui, à travers même son dernier élan fasciste, donne des signes de fatigue, de décomposition.

Les deux forces qui s’affrontaient étaient liées ; elles partagent la même fortune. |

Il faut tirer de cette constatation deux leçons — une plus générale, une plus particulière. La plus générale, c’est que tout effort, tout espoir aujourd’hui en Europe, s’il veut être sérieux, ne peut se faire que sous le signe du stoïcisme. Il faut se raidir. Nous sommes au temps de César et d'Auguste.

La leçon plus particulière. C’est qu’il faut juger l'Allemagne et la comprendre sous cet angle qui n'est point celui de ses adversaires de droite et de gauche, de l'Est et de l'Ouest, et qui n’est pas non plus celui sous lequel elle veut être vue.

L'Allemagne d’aujourd’hui, c’est l'Europe qui se recueille et qui se replie, qui fléchit et qui se crispe — qui avoue des défaillances, des déficiences lamentables et aussi une persistance vitale qui nous rassure un peu.

L'Allemagne d'aujourd'hui, c’est l’Europe trop faible pour porter plus avant le capitalisme dans le monde, trop faible aussi pour accueillir largement le socialisme et qui serre sur son sein fatigué ces deux forces, ces deux mythes et essaie de les combiner dans un de ces

Ces syncrétismes-là, qu'ils soient temps fléchit aux genoux et raidit son Mars 1934.

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sociaux ou religieux, sont les signes d’une civilisation buste.

syncrétismes dont la Rome impériale nous a donné

tous les exemples.

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Je suis né d’une famille de petite bourgeoisie catholique, républicaine, nationaliste. Avant la guerre, entre quinze et vingt ans, j'ai tout de suite entrevu à travers diverses personnalités obscures : un catholicisme socialisant, moderniste, pacifiste ; un radicalisme anti-clérical, modestement national, verbalement social ; un socialisme parlementaire ; une Action Française ultranationaliste, anti-parlementaire et corporative ; un syndicalisme anarchisant. D'autre part, il m'advint d'approcher la secte officielle qui confond république, démocratie, patrie et capital. Toutes ces sectes s'offraient pêle-mêle. Dans chacune, quelque chose me plaisait, quelque chose me répugnait.

Pourtant je me savais d’ores et déjà fixé sur quelques principes extraits de toutes ces mixtures : républicain mais soucieux d’entre-aide sociale, laïque mais nullement anti-religieux, patriote mais non sans iromie et non sans un regard inextinguible au delà des frontières

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— et toujours désireux, à propos de chaque événement, d’éprouver une opinion par l'opinion contraire. Je méprisais à jamais l’esprit étroit des droites, le contraste entre leur chaleur patriote et leur froideur sociale ; mais j'appréciais la vague aspiration qu'elles gardent pour la tenue. Je méprisais le débraillé des gauches, leur méfiance devant toute fierté du corps et pourtant je goûtais leur amertume.

Je suis resté tout cela. Seulement tout cela, non sans peine, s’est précisé et organisé.

Pendant la guerre, je me trouvai donc patriote la plupart du temps, mais haïssant fort ceux qui se jetaient sur mon acte comme sur un aveu. Sous mon premier veston, portant les idées passionnées d’/nterrogation (1917), le recueil de mes poèmes de guerre, j'étais tout à fait fasciste sans le savoir. Ayant le sentiment d'une communauté populaire, mais connaissant l’impuissance du peuple s’il est privé de chefs, voyant trop qu'il avait mérité son épreuve, souhaitant qu'il fût pris en main, — assoiffé de jouissances simples comme de boire, manger, dormir, aimer, travailler modérément et finement — désireux de requinquer avec des paroles % modestes et des actes nets la société et de lui donner une jolie allure.

Tout cela s’est bientôt perdu pour longtemps. Nous l'avons laissé étouffer. Nous avons été accablés par les vieilles institutions et les vieux partis. Pour moi, la première expérience que j'en eus, ce fut dans les vagues rapports avec l’A. F. par où commença mon périple.

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Action Française et Vieille Droite. — Tout en écoutant avec étonnement sur la naissance vantarde du parti communiste les rapports de jeunes bourgeois de mes amis qui y militaient, je lorgnais du côté de l'Action Française. Autour du génie séduisant, 1l y avait là des hommes éduqués, instruits, courageux et bien serrés ensemble. Ce léger penchant qui non seulement ne se manifesta par aucune adhésion d'ensemble, mais même pas par des amitiés suivies, allait sans aucune préférence idéologique. D'abord je n'étais pas monarchiste. J'ai toujours méprisé les Orléans dont l’un vote la mort de Louis XVI et l’autre, l’ancien combattant de Jemmapes, finalement s’en va sans avoir su garder sa couronne. Je tiens aussi que le sens de la continuité du commandement n’est pas trop étroitement lié à l'institution monarchique ; en témoignent quelque peu Rome et l'Angleterre. Je détestais la politique étrangère de l'Action Française qui, autour du traité de Versailles, tenait plus de l’arrogance des Conventionnels que de la prudence des premiers Capétiens. Enfin, je sentais que l'A. F. qui avait pressenti la verve populaire du fascisme avant la guerre, l’avait oubliée depuis lors. Je ne pouvais rester toute ma vie concentré sur le plus indéraci-

nable, mais le plus étroit de moi-même. Mon socialisme

devait découvrir son tuf plus concret sous mon nationalisme.

Toutefois, dans cet air-là, j'ai débuté à la littérature politique. En 1922, Mesure de la France me valut ma première audience dans le public, à droite et à gauche.

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Ce livre acceptait le nationalisme comme un fait qui pouvait être non pas nié, mais surpassé. L'embryon d’une pensée européenne S y faisait jour. En efiet, c'était dans le cadre européen que je méditais sur la France ; je la rattachais à une raison européenne par les réflexions, les remords, les inquiétudes, les devoirs que je lui suggérais.

Ce livre était pensé dans une manière étroite. Par exemple, le problème social, je l’apercevais seulement sous l’angle de la machine. Ébloui et épouvanté par les succès du capitalisme américain, je n'y voyais que les frasques de la machine ; je dénonçais, croyant résoudre. Je niais dès lors le mythe prolétarien.

Ensuite, je m'efforçai plus ou moins au renouveau des vieux partis républicains conservateurs. En les bousculant, cela va de soi : je ressentais un premier choc du fait italien. Je composai une sorte de programme pour une Jeune-Droite où Paul Souday notaït que toutes les idées y étaient de gauche.

Mais arriva 1925. Ce fut un grand tournant. Ce fut le temps de la rupture avec la plupart de mes amis qui étaient de gauche et allaient vers le communisme ou s'y enfonçaient davantage. Cependant, n'ayant plus à disputer avec eux, mon esprit de contradiction ne jouait plus. Seul, je pus m'intéresser davantage au socialisme ; je me remis à des études d'histoire et d'économie interrompues par la guerre. En même temps je conversais avec Emmanuel Berl dans une feuille intime : « Les Derniers Jours ».

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