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Je pris du large, j'envisageai les problèmes dans un horizon plus vaste. Je considérai un problème mondial : le capitalisme, une force énorme et détraquée. Rien en face, en dépit de l’apparent accomplissement du communisme en Russie, où je voyais surtout des circonstances nationales, nullement communicables. En Europe, je sentais la faiblesse profonde des partis à prétention prolétarienne. N’avaient-ils pas dès lors perdu la partie en Allemagne, en Angleterre ?
Je voyais d’ailleurs le capitalisme évoluer de luimême vers son contraire. Ce n’était plus une force spontanée, libérale, anarchiste, c'était une forme qui se tassait, qui ne pouvait plus compter que sur l’organisation, la contrainte. Le socialisme, inventé par des bourgeois, n’était que le pressentiment du destin de la civilisation
bourgeoise, amenée à se transmuer en son contraire
comme tous les faits humains.
Dans ces conditions, je trouvais stérile de me mettre dans la position du socialiste ancien, détracteur d'un résime qui cessait d’être. Je voulais me faire le conseiller intellectuel de cela seul qui était : un monde en voie de métamorphose. La métamorphose n'était pas complète, et risquait d’avorter, à cause d’un obstacle : le nationalisme. Je dénonçai le nationalisme comme le débris qui couperait la route de l’anarchie à la hiérarchie. Dans cette vue, je m’attachai au mythe de Genève. Je voulais faire de Genève le symbole d’un industrialisme intelligent, qui comprendrait que l’étroitesse des bases nationales jurait avec la nécessité universaliste de son
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