‹ Socialisme fascisteChapitre 95 sur 103 · L'K LA · texte numérisé non relu

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économie. De là mon second ouvrage politique, Genève ou Moscou (1927), qui me valut beaucoup de méfiance silencieuse à droite et à gauche. C’est que dans ce livre d’une part j'analysais et dénonçais le mythe prolétarien, d’autre part je montrais le nationalisme non plus comme une fatalité, mais comme un rabâchage dangereux autour d’un fait autrefois jeune, aujourd’hui stérile, une routine de paroles ramenant à la guerre, à la ouerre devenue un fléau foudroyant pour l'Europe. J’esquissais un patriotisme européen sur trois maximes

| promptes : nécessité de passer outre à l'épuisement spirituel des patries, nécessité de créer une vaste autar- É chie économique à la mesure d’un continent, nécessité d'éviter le suicide par les gaz. | A travers tout cela se sentait un sourd travail vers le socialisme. Car on entend bien qu’anti-marxiste, je n'avais pas moins développé ma tendance de toujours vers une société qui reposât sur des valeurs plus nobles et durables que la production à tout hasard et le profit en tous Cas.

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De la vieille droite à la vieille gauche. — Il y a toujours eu pendant toutes ces années d’autres expériences dans ma vie, on s’en doute. Ma vie filait dans d’autres lignes | en même temps que dans celle-ci où je maintiens ma | mémoire, de méditation songeuse sur la politique coupée de transes prophétiques et d’angoisses fraternelles pour les divers protagonistes. Cette ligne même était double : tour à tour je m'’attardais à la seule France dans ses

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catégories politiques telles qu’elles étaient encore, et je m'envolais vers les possibilités mondiales, les extrémismes d'envergure internationale. De là, la brièveté et le décousu de mes démarches immédiates en France, sans cesse négligées pour ma rêverie d’au delà. Avant 1926 ou 1927, je me souciais peu de mes oscillations entre l'A. F. et les partis républicains, car ma plus vive attention allait à une plus vaste aventure, américaine ou russe. Ensuite, ayant changé le point d’appui pour mes soucis de politique intérieure, ce fut avec la même négligence que je me laïissai osciller entre radicaux et socialistes, car cependant je gardais un œil sur l’entreprise stalinienne et je ressentais dans mes entrailles la poussée fasciste qui est son contre-coup dans le monde. Je ne puis être étranger à rien. Du reste, je crois reconnaître cette disposition protéiforme aussi bien chez les intellectuels prophétiques que chez les hommes d'action. Les uns et les autres, enveloppés du nuage des grands événements, mélangent dans leurs paroles fulminantes et fourchues réaction et révolution. Lénine déclenche dans le monde la réaction anti-démocratique, anti-libérale, anti-parlementaire, en même temps qu'il fonde à jamais le socialisme économique ; Mussolini, Hitler, sous des apparences inverses, font de même. J'ai même compris quelque temps la politique à la petite semaine de ceux qui ont reçu comme don caduc et subtil d'aménager les derniers jours d’une période

et prolongent par exemple la destinée de la démocratie capitaliste en Occident.

Mon attitude de critique du capitalisme par l’intérieur resta confinée à peu près, comme on à pu déjà le pressentir, entre les quatre murs de mon cabinet. Pourtant j'avais adhéré au Redressement français, mouvement qui n’était pas le premier ni le dernier dans la série des essais imbéciles de fascisme en France. Je croyais qu'il dégagerait un sérieux programme de collaboration des classes. Je vis MM. Valois et Romier s'évertuer vainement sous l'œil terne de quelques grands capitalistes : je n’y revins plus. En face des surréalistes qui tournaient

au communisme, je m'étais vanté pourtant peu avant

de me situer centre M. François-Poncet et M. Caillaux ».

Cependant, dans les dernières années 20, je songeaï à me rapprocher des partis de gauche. Je désespérais par trop de la cécité internationale des partis de droite. Je croyais ainsi avant tout servir mon patriotisme européen. Rien ne me paraissait plus honteux et misérable que la désunion de vingt peuples sur leur étroite presqu'île, entre ces grands empires, ces grandioses autarchies de Russie, d'Amérique et demain du Japon. Je me rapprochais donc de ceux qui, dans un esprit pourtant désuet, dégénéré, semblaient travailler dans le même sens que moi. Avec un sens excessif — et qui sentait l’intellectuel —— de la médiocrité des compromis quotidiens, je m’efforçais de croire que M. Briand ou M. Blum, avait une compréhension sensuelle et féconde de l’idée dont étaient vierges M. Bainville et Tardieu. D'autre part, dans l’ordre social aussi, je désespérais de ma première tactique et, comme un intellectuel vers 1890, je me

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résignai à faire pression sur le capitalisme par l'extérieur. Je rôdais autour des congrès du parti radical, en dépit de mon mépris déclaré pour cet antique débris du jacobinisme ; je voulais suivre de plus près l'évolution de mon ami Bergery. Lui et les jeunes radicaux, comme P. Dominique et Bertrand de Jouvenel, me bourraient le crâne en même temps qu'à eux-mêmes. Ils pensaient tenir la secrète formule d'un socialisme nouveau, hors des vieux partis et qui pourtant demeurât à gauche.

Aïnsi, encore une fois, je me laissais bloquer par la vieille comédie que jouent encore ensemble gauche et droite. Le dégoût pour ce dilemme perverti persistait au fond de moi, maïs il me fallait bien feindre d’être là. Je tâtais donc l’envers de ma position du début. L’ennui, c'est que ce nouveau flot de velléités d'action, d'adhésion, de fidélité qui me jetait vers la gauche après m'avoir porté vers la droite, allaient me faire, en dépit de mes réticences et de mes sursauts, perdre quelque peu de ma lucidité. Sans devenir fidèle, je devenais un peu bête, comme un partisan. Moi qui avais eu un sens vif de la nouveauté politique, de ce sens complexe de la camaraderie et de l’autorité qui s’est révélé à Moscou, puis à Rome, j'en perdis un peu la vue dans les dernières années 20. Sans cela, j'aurais attendu les temps avec moins de tristesse. Cependant, Dieu merci, je ne perdis pas tout à fait mon esprit de distraction.

Je ne me livre jamais à une cause ; car il en est d’autres. Il me faut être en mesure de les expliquer et

d’en assimiler quelque partie. L'essentiel de ma démarche parmi les courants de la pensée sociale était déjà fixé. La curiosité et la sympathie pour tout remuement d'idées, un esprit de vigilance m’entraînent loin, mais de tous côtés. J’accueille toutes les idées en vue de les corriger l’une par l’autre ; je ne crois, en efiet, à leur fécondité que dans leur incidence possible avec le plan politique. Je respecte comme garantie de création l'épreuve empirique. L'artiste chez l'écrivain politique met en fuite le théoricien. Je ne suis prêt finalement à retenir des idées que ce que la politique en acceptera ; je cherche donc à prévoir le dosage qu’elle en fera. Ce qui met fort en fureur tous ceux qui se sont réfugiés dans l'esprit de parti. Pour beaucoup, prendre parti, c’est s'asseoir, s’asseoir sur la veulerie. Ma fidélité va en dernier ressort à une méthode plutôt qu’à une opinion.

Donc, malgré tout, je ne perdais pas tout contact avec ce dont je m'étais le plus écarté : par exemple, l'esprit nationaliste. Ce qui m'avait permis déjà, à l'encontre de mes amis communisants, dès 1918, de flairer le caractère spécifiquement russe de la révolution bolchévique, remontant en moi, mamena en 1931 à assouplir mes vues européennes et à analyser les différences dans l’évolution nationaliste entre les divers peuples — différences qui composent un nouveau conflit. Je publiai un troisième essai : L'Europe contre les Patries, où je montrai le contraste entre l'Europe Occidentale assise à jamais, et l’Europe Centrale et Orientale tourmentée de l’inachèvement de ses formes. Je m'’efforçai

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