‹ Socialisme fascisteChapitre 96 sur 103 · PAT À · texte numérisé non relu

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de faire comprendre aux Français la situation, différente de la leur, des Allemands entourés de toute part au milieu du continent. D'autre part, je montrais aux Allemands qu’ils se débattaient contre l'évidence de leurs limites marquées à Versailles et Trianon au profit des Slaves, comme les Français le firent entre 18195 et 1870 devant les leurs, marquées à Vienne. D'ailleurs, je renouvelai ma condamnation absolue de la guerre comme devant être fatale par son horreur infinie à une civilisation fatiguée. Je déclarai que je ne marcherai pas dans la prochaine guerre. Il n’y a plus de parti à prendre au moment du déluge.

Ma foi européenne, ma foi dans la Société des Nations, s’affirmait plus que jamais. Aujourd’hui, en dépit des traverses, elle demeure. J'attends les métamorphoses de l’idée.

Devant les capitalistes j'ai dénoncé le nationalisme ; devant les fascistes, je le dénonce encore. Sur ce chapitre, je suis en l'air, en avant. Mais les hommes qui pensent reviendront bientôt à une conception européenne, et même ceux qui sont responsables : témoins Mussolini, Staline, et sans doute Hitler.

Nouveau socialisme et vieux partis socialistes. — En juin 1932, j’allai faire des conférences, dire mes songeries politiques à Buenos-Aiïres. Je profitai de l'occasion, après la préface de Genève ou Moscou, pour renouveler mon examen de conscience, en décrivant tout cet itinéraire jusqu'alors.

Devant les jeunes Argentins qui, à l'instar des jeunes Français, me sommaient d’être fasciste ou communiste, je réclamai d’abord la marge nécessaire à l’intellectuel pour assurer sa liberté d'observation et sa considération des ensembles. De ce point de vue commode, j’analysai le phénomène italien et le phénomène russe avec une vive sympathie. À revoir toute l’histoire depuis quinze ans, l'importance mondiale du fascisme m'apparut mieux. Le mouvement hitlérien, grondant, se rapprochait du but. J’annonçais comme certain le triomphe de l’hitlérisme, sinon de Hitler. Je voyais l’inanité des partis prolétariens, déjà ancienne pour moi, mais accentuée d’une façon surprenante.

D'autre part, en gros, je m'affirmais socialiste. Mais à ma manière dialectique, je ne défendais le socialisme qu’en le dépassant ; je le souhaïtais tout le temps autre qu'il n’était dans les partis.

À ce moment, ma prescience travaillait à force, mais n’arrivait pas à me libérer entièrement. Je voyais très bien que le socialisme poussait à travers l’hitlérisme, et je m’en réjouissais car je croyais dorénavant au fond de toute doctrine socialiste (hors la doctrine prolétarienne marxiste). Maïs d’un autre côté, dans la situation particulière de la France, je m'évertuai à ne pas voir plus loin que le bout de mon nez, je croyais que mon socialisme m'obligerait à entrer dans les vieux cadres durcis des partis prolétariens. De là une contradiction apparente dans mon attitude : j’analysais avec sympathie fascisme et stalinisme, et, par ailleurs, Je

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faisais une déclaration de socialisme démocratique. C'est qu'au vrai je me plaçais tour à tour à un point de vue mondial et franco-argentin.

En tous cas, dans ces conférences, je m'attachai plus que jamais une idée fondamentale, que j'ai certainement contribué à répandre (hélas ! pas assez vite et pas encore assez), qui prouve l’'homogénéité de ma pensée politique et me met au-dessus des reproches qu'on peut me faire sur les détails de mon oscillation quasi-immobile, c’est le parallèle entre Moscou, Rome et ensuite Berlin, et maintenant Washington — entre stalinisme et fascisme. Je crois profondément que le stalinisme est un demi-fascisme et le fascisme un demi-socialisme.

Mais il faut préciser ma nouvelle position devant le capitalisme. D’abord j'avais voulu le corriger par l'intérieur, accentuer cette tendance qu’il avait à se transmuer en son contraire. Mais cette évolution piétinant devant l’obstacle du nationalisme, j'avais voulu faire pression sur lui par l’extérieur : c'était donc lui redonner quelque arête. Depuis 1930, je me déclarais socialiste. C'était comme M. Jourdain se déclarant prosateur. Aujourd’hui tout le monde est socialiste, puisque tout le monde fait du socialisme, sans le savoir ou le sachant. Les capitalistes empêtrés dans la faillite du régime et le retournement de ses valeurs (suppression de la concurrence, appel à la protection de l'État, réduction dans le cadre de l'État nationaliste de la liberté du profit) livrés par leur nationalisme au socialisme costumé en fascisme, travaillent contre eux-mêmes alors qu'ils

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croient se défendre encore. Ils sont bien dans la veine

des aristocrates du xvrrre siècle, jetant eux-mêmes à la

fonte leur type social. Ainsi mon socialisme, ce n’était pas le socialisme prolétarien des communistes, c'était évidemment un socialisme fasciste, un socialisme réformiste.

Mais ce que je pensais pour l’Europe, je n'étais pas encore capable de le penser pour la France. À mon retour, je me prêtai davantage à la gauche. J'étais d’ailleurs entraîné par mon amitié pour Bergery, qui me semblait amener dans l’action les velléités caressées par moi au coin du feu avec des intellectuels comme Emmanuel Berl, vieux radical et Jean Bernier, communiste dissident. D'ailleurs, en m'’attachant à Bergery, javais l'intention bien déclarée de lui faire parcourir autant de chemin hors de lui que je faisais hors de moi. Nous cherchions à tâtons l’un et l’autre quelque chose qui nous libère et qui nous satisfasse. Il m’entraîna, un soir, alors que je me chapitrais pour m'inscrire au parti socialiste, à un meeting organisé par le comité d’Amsterdam pour protester contre une fusillade de prolétaires à Genève. Je ne peux pas dire que j’y fus à mon aise. Je me sens gêné dans un meeting exclusivement prolétarien comme dans un salon de millionnaires. J’ai horreur de ce qui tient tout entier à soi-même et qui se complait férocement et paresseusement en soi. Si j'avais parlé, en dépit de la souplesse de mes manières, j'aurais été à quelque éclat.

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cation sur lequel un manque d'expérience personnelle

ou l’immaturité de la situation politique permettent de se tromper. Tout à coup, grâce à l'explosion hitlérienne, grâce à l’évolution corporative en Italie, aux approches du 6 février en France, je vis un chemin de traverse pour mon socialisme. Et du même coup je retrouvai mon esprit de 1920 que j'avais dû mettre dans ma poche comme tant de Français pendant dix ans.

Mais je le retrouvai enrichi à jamais de mes vues européennes, de ma méditation sur les dangers de la guerre et du parcellement économique, et de ma longue inquiétude entre riches et pauvres.

Nationalisme capitaliste et socialisme fasciste. — Enfin nous arrivons à la période actuelle qui se définit assez par les autres écrits réunis ici.

Se tordent noués l’un à l’autre le capitalisme et le socialisme. L'un donne naissance à l’autre dans des transports de peur.

Je sais que les êtres nourrissent plusieurs désirs en même temps, mais que, parmi ces désirs, 1l en est un qui seul mordra. Il en est ainsi du fascisme qui porte en lui socialisme et nationalisme. Le nationalisme est l’axe de l’activité fasciste. Un axe, ce n’est pas un but.

Ce qui importe pour le fascisme, c’est la révolution sociale, la marche lente, effarée, détournée, subtile, selon les possibilités européennes, au socialisme. D’ailleurs, le nationalisme devient une cause occasionnelle pour le socialisme. S'il y avait encore des défenseurs

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