‹ Socialisme fascisteChapitre 97 sur 103 · à TB À · texte numérisé non relu

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conscients et systématiques du capitalisme, ils dénonceraient le fascisme comme usant du chantage nationaliste pour imposer le regard de l'État sur les grandes affaires. Ses défenseurs les moins inconscients et hasardeux ne sont pas loin maintenant de le faire. Mais la négation furieuse des communistes et socialistes masque cette vérité.

Non seulement le nationalisme n’est qu'un prétexte, mais ce n’est aussi qu’un moment dans l’évolution socialiste du fascisme. Si d’abord les pays fascistes d'Europe trouvent dans le socialisme un remède pour l’économie étouffée dans le cadre national, bientôt pour cette économie mieux ramassée le cadre n’en paraît que plus cruel. Et s'ils ne se jettent pas dans une guerre folle, ils reviendront à Genève. Si l’Europe ne s’anéantit pas, il y aura une Genève des fascismes socialisants, plus efficace dans la fusion économique que la Genève des démocraties capitalistes.

Et je serai justifié dans mon apparente contradiction d’aujourd’hui, qui résulte de ce qu'un seul trait, au détriment de presque tous les autres, m'intéresse dans le fascisme : son programme social et économique, le tour qu’il donne au socialisme, le réformisme actif qu'il en fait. Le propre de l’intellectuel est de faire ces dissociations. Analyse sévère de l’idée de dictature et de l’idée nationaliste, je ne me prive point pourtant d’apprécier le fascisme comme un stade inévitable dans l'évolution sociale.

Après avoir lu ce récit, on peut imaginer que j'aie

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trouvé de grandes satisfactions dans l’air fasciste. Mon ondoiement s’y trouve à son aise et s’y justifie. Cette gêne que me donne chaque classe ou chaque parti en particulier ; cette envie de faire une politique de gauche avec des hommes de droite et de voir ces hommes de droite amendés, élargis, par cette politique ; cette envie de redresser les hommes de gauche en les reprenant dans une discipline, en leur redonnant le sens du prestige, de l'élégance, l’élégance, rien de plus populaire ; la crainte de voir se perdre le trésor de nos disciplines les plus intimes, si compromises, si fragiles et pourtant capables encore de tant de métamorphoses ; cette passion de révolutionner et de pourtant continuer — voilà tous les sentiments que nourrit mon moi depuis vingt ans dans son immobilité, parmi l’essaim de mes lécères excursions à droite et à gauche. Le fascisme lui apporte à ce rêve le point d'appui autour duquel il peut se mouvoir et tourner comme un bon moteur.

Mais me suis-je donc enfin enchaîné, moi l'intellectuel ? Voire. Le fascisme comme tendance c’est une chose ;

mais les formes particulières et inévitablement triviales

que montre le fascisme ici et là, c'en est une autre. Je travaillerai peut-être, j'ai sans doute toujours travaillé déjà

à l'établissement d’un régime fasciste en France, mais

je resterai libre vis-à-vis de lui demain comme hier. Ma fatalité d’intellectuel, qui m’'aura mêlé intimement à la conception, me séparera dès la mise au monde, dès les premiers pas du nouveau régime dans le siècle.

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