‹ Socialisme, naturalisme et positivismeChapitre 19 sur 38 · GABET ET M. LOUIS BLANC · texte numérisé non relu

GABET ET M. LOUIS BLANC

qu'on y travaillera par point d'honneur, attendu que le travail sera honoré et la paresse flétrie. Mais si l'honneur peut pousser un homme à se faire tuer à la frontière dans un moment de généreux enthousiasme et d'exaltation héroïque, il ne le portera jamais, comme l'a très bien fait remarquer M, Tliiers, à raboter plus ou moins bien, tous les jours que Dieu fait, deux ou trois planches, et à limer plus ou moins bien une pièce de fer. Convaincu que ce n'est pas à l'Jionneur que touchent ces matières, il s'endormira dans une paresse incurable, et si cette paresse se généralise, comme cela arrivera indubitablement, elle amènera la misère générale. Il n'y aura pas d'autre moyen de la prévenir que de forcer au travail les récalcitrants; mais alors, au lieu de la liberté et du bonheur qu'on nous promettait, nous aurons les chàîiments et la servitude. Ce n'était vraiment pas la peine d'aller en Icarie pour aboutir à un résultat semblable ! La belle existence d'ailleurs, et bien conforme à la dignité humaine que celle de ces malheureux auxquels le chant, la conversation, le silence même sont dictés par une volonté capricieuse ! Ce ne sont pas là des hommes libres ni même des hommes : ce sont des automates !

On voit que le communisme a pour efifet soit de détruire le travail, en supprimant l'intérêt personnel qui en est le mobile, soit de détruire la liberté, en imposant à l'Etat le devoir d'entretenir tous les citoyens et en lui conférant tous les droits nécessaires pour cela, même celui de disposer à son gré des personnes et des choses. Il aurait encore pour résultat, s'il était poussé à ses dernières conséquences, d'abolir la famille et d'éta-

IfiO SOCIALISME ET POSITIVISME

blirsur ses ruines la promiscuité universelle. Gomment, en effet, l'homme pourrait-il avoir une femme et des enfants, sans s'attacher à eux plus qu'aux autres membres de la communauté et sans chercher à leur procurer un bien-être exceptionnel, ens'appropriant, pour les en faire jouir seuls, certains objets qui appartiennent à tous ? Il importe donc, si l'on veut empêclier la propriété de renaître, d'extirper la famille qui en est la racine. Aussi les communistes vraiment logiques outils proscrit à la fois ces deux institutions et proclamé la communauté des biens et celle des femmes tout ensemble. Cabet, lui, ne va pas jusque-là : il s'arrête à michemin. S'il abolit la propriété, il laisse subsister la famille et prétend même l'élever à un degré de pureté inconnu jusqu'à présent et peu compatible, il faut le dire, avec la faiblesse humaine. Est-ce chez lui défaut de logique, tactique ou bon sens ? c'est ce qu'il est difficile de déterminer. Des disciples, plus conséquents que le maitre, ayant protesté, dans le journal V Humanitaire, en faveur de la communauté des femmes, il essaya de leur répondre. N'était-ce pas, leur disait-il, une assez grande entreprise que celle de l'abolition de la propriété, et était-il bien opportun de venir la corapli- ({uer de celle de l'abolition de la famille ? Etait-ce un bon moyen de gagner à la cause un phis grand nombre d'adhérents que de prêclier une doctrine qui avait l'apparence de la débauche et de l'immoralité, et qui ne manquerait pas de soulever contre eux le hourra de tous les champions de la morale et de la pudeur ? (îomment ne voyaient-ils jjas que cette idée pouvait non seulement les compromettre (hins l'opinion, mais

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