CARET ET M. LOUIS BLANC, 1T
le principe, on allouera a lou.s les travailleurs des salaires égaux ; mais plus tard on fera mieux encore, on exigera de chacun un travail proportionné à sa force et on lui accordera une rémunération proportionnée à ses besoins : c'est la formule même de Morelly et de Babeuf. A ceux qui prétendraient que, dans de telles conditions, le travail sera singulièrement languissant et risquera bien de tromper l'espérance du réformateur, celui-ci, qui ne tient pas apparemment à se mettre en frais d'invention, réjjond encore, avec Morelly et Babeuf, que, dans la nouvelle organisation sociale, chacun aura assez d'amour-propre pour travailler de son mieux, attendu que le paresseux sera assimilé au voleur. Quant aux fruits du travail, chacun pourra en jouir comme il l'entendra ; mais on trouvera tant d'avantages à vivre en commun qu'on préférera bientôt ce genre de vie aune vie individualiste et solitaire. Pour achever d'imprimer à sa conception un caractère communiste, il ne manquait à M. Louis Blanc que d'abolir l'héritage. C'est précisément ce qu'il fait : il déclare, avec quelque embarras, il est vrai, qu'il ne tient pas à le conserver. Cependant il demande positivement le maintien de la famille : la raison un peu mystique et oratoire qu'il en donne, c'est que l'hérédité vient de l'homme, tandis que la famille vient de Dieu.
Les vues économiques de M. Loiiis Blanc se rattachent, comme on voit, à ses vues historiques par l'intention bien arrêtée de niveler toutes les classes et d'établir entre elles une égalité contre nature. Mais, chez lui, l'économisle est bien inférieur a l'historien. Celui-ci, en effet, malgré l'esprit de parti qui l'anime
et les jugements erronés qu'il lui suggère, notanmient touchant le régime parlementaire qu'il ramène à une chambre unique, joint à un style plein de mouvement et (l'éclat une pénétration suffisante et une science étendue, tandis que celui-là se montre beaucoup moins bien pourvu de ces deux qualités précieuses. On ne trouve, dans son livre, aucune de ces larges échappées sur riionime et sur l'humanité, qui nous surprennent parfois agréablement dans ceux d'un Fourier ou d'un Saint- Simon et qui nous inspirent quelque indulgence pour leurs folies. Ainsi nous nous demandons en quoi le socialisme de cet écrivain d'un esprit élevé, en défini tive, diffère du communisme terre à terre d'un Babeuf ou d'un Cabet, et nous sommes obligé de répondre que c'est presque uniquement par rélégance avec laquelle il est exposé. Nous n'avons jamais mieux compris qu'en lisant son livre la distinction établie par Auguste Comte entre ceux qui élaborent les idées et ceux qui les répandent, entre ceux qui possèdent le don de la conception et ceux qui brillent par celui de l'expression. C'est, à ce qu'il semble, par ce dernier seulement , que M. Louis Blanc se distingue. C'est par là, en même temps que par ses appels incessants aux passions de la foule, qu'il faut expliquer l'immense succès qu'obtint son ouvrage, la popularité extraordinaire dont jouit l'auteur, la haute position qni lui fut faite, en 1848, à la tète des classes ouvrières, au Luxembourg, et l'impuissance où il se trouva finalement de réaliser les espérances qu'il leur avait fait concevoir, par sa funeste chimère des ateliers nationaux.
Cependant nous ne voudrions pas laisser croire qu'il