CABET ET M. LOUIS BLANC
n'y a rien à louer chez M. Louis Blanc. D'abord il fait entendre, en faveur des déshérités de ce monde, des accents généreux dont nous n'avons aucune raison de suspecter la sincérité. Ensuite il se sépare du libéralisme un peu étroit de son époque, qui exagérait outre mesure les droits de l'individu et réduisait à néant ceux (le l'État, et sa doctrine, bien qu'excessive aussi à sa manière, a été, à l'égard de la doctrine opposée, un utile contre-poids. Enfin il reste en dehors du mouvement sensualiste du siècle dernier. Il condamne, eu effet, nous l'avons vu, comme entaché d'individualisme, le système de Coiidillac, d'Helvétius, des encyclopédistes, et réserve tous ses éloges pour les doctrines de J.-J. Rousseau. Aussi il invoque les droits en même temps que les besoins des classes souffrantes, et parle de la dignité morale des travailleurs comme de leurs souffrances physiques. Par là, il appartient, je ne dirai pas à la tradition rationaliste — car il se méfie un peu de la raison individuelle et lui préfère volontiers le sentiment, — mais à la tradition semi-spiritualiste qui finit par trouver des représentants dans le saint-simonisme lui-même.