‹ Socialisme, naturalisme et positivismeChapitre 5 sur 38 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

chez ses adversaires, non seulement les faux principes dont ils partent et les faux raisonnements qu'ils se permettent, mais encore et surtout les funestes conséquences auxquelles ils aboutissent.

Le socialisme est à la fois une réaction contre le dix-huitième siècle et la Révolution et une continuation de cette période mémorable. Le dix-huitième siècle avait été une époque d'examen, de critique et d'analyse, et le socialisme affiche presque toujours la [)rétention d'inaugurer une ère d'autorité, d'organisation et de synthèse; à la méthode prudente, réservée, circonspecte jusqu'à la timidité, des sensualistes et des idéologues du temps, il substitue de hardies hypothèses, inspirées par l'imagination, l'opinion, le sentiment, maisdésavouées par la sévère raison. Les spéculations religieuses et sociales de Pierre Leroux et de JeanReynaud, de Charles Fourier et d'Auguste Comte, dans la deuxième période de son existence, sont, toutes proportions gardées, à l'idéologie de Condillac et de Destutt de Tracy, à peuprès ce qu'en Allemagne le panthéisme de Schelling et de Hegel est au criticisme de Kant. Ce n'est pas seulement dans le domaine de la spéculation, mais encore dans celui de la pratique, que s'accuse l'opposition qui existe entre le socialisme de notre temps et la phiiosopliie du siècle passé. Çolle-ci, en brisant la vieille hiérarchie sociale.

INTRODUCTION xv

avait affranchi l'individu, dans Tordre industriel comme dans Tordre politique, et fait prédominer en tout et partout la liberté sur l'autorité ; celui-là combat l'individualisme dans l'industrie et le commerce, sous le nom de concurrence, dans la politique, sous le nom d'esprit critique ou métaphysique, et tend généralement à étouffer les forces vives de la personne humaine sous la pression d'un pouvoir sans hmites comme sans contrôle.

Voilà en quoi le socialisme contemporain s'éloigne de la philosophie du dix- huitième siècle : voici en quoi il s'en rapproche. Pour organiser une société en pleine dissolution et dont tous les éléments, mœurs, idées, institutions, sont désagrégés et sans lien les uns avec les autres, il lui faut une conception d'ensemble. Or, cette conception, il ne la demande ni à la théologie qu'il dédaigne, ni au rationalisme qu'il ignore : il la cherche purement et simplement dans une synthèse des sciences, j'entends des sciences physiques et naturelles. De là le libre arbitre méconnu, le devoir nié ou défiguré (car dans le monde physique le libre arbitre et le devoir n'existent pas), et la passion proclamée Tunique loi delà vie ; delà, en un mot, le phi/sicisine de Saint-Simon et le positivisme d'Auguste Comte, qui ressemblent singulièrement au matérialisme de d'Holbach et de Lamettrie, et les doctrines de 1^

Page 1