XX INTRODUCTION
lui-même est tenu de respecter, et avait formulé cette doctrine dans la grande déclaration des droits de l'homme. Le rationalisme admet sans hésiter ce principe, qui est le fond même de la Révolution ; mais, suivant lui, si nous avons des droits, nous avons aussi des devoirs, car le droit n'est que le devoir en tant qu'il est exigible; et, si nous avons des devoirs, nous sommes libres moralement, car si nous n'étions pas libres, nous ne serions obligés à rien. Or, le devoir et la liberté supposent la raison et la volonté : par conséquent, la doctrine de la Révolution, qui se résume dans la déclaration des droits, est incompatible avec le principe sensualiste et ne peut s'accorder qu'avec le principe rationaliste. Ainsi, dans l'ordre métaphysique, le rationalisme condamne le mouvement du dix-huitième siècle; mais, dans l'ordre politique, il le légitime en lo réglant ; car, s'il reconnaît le droit, il lui donne pour limite le devoir et le rattache à tout l'ensemble de l'ordre moral.
Telle est cette école rationaliste fi-ançaise dont Descartes a été dans le passé le métaphysicien profond, Rousseau le politique hasardeux, et qui, après avoir été constituée tant bien que mal, sur de nouvelles bases, au commencement de ce siècle, par Maine de Biran et Victor Cousin, compte encore aujourd'hui, ^ous des formes diverses et avec des
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tendances différentes, tant de sectateurs éniinents, depuis M. Ravaisson jusqu'à M. Janet, depuis M. Janet jusqu'à M. Vacherot. Elle a sans doute ses défauts comme les autres familles de penseurs; mais elle a des qualités que les autres n'ont pas. Seule, en effet, elle reconnaît à l'homme cette activité es sentielle qui fait de lui une personne et [lar laquelle il s'arrache, suivant l'expression d'Aristote, à la nature et à la coutume, au lieu de s'abandonner mollement à leur impulsion et de suivre passivement, comme une simple chose, le, torrent de l'existence; seule elle lui attribuecette raison souveraine par la quelle il conçoit l'absolu du devoir et du droit et sans laquelle il n'y a ni dignité pour les individus ni grandeur pour les nations ; seule enfin elle peut, en sauvegardant la vie morale, maintenir à la philosophie son rang, son indépendance, sonexistonce même, car de l'école socialiste et de l'école traditionahste, l'une l'absorbe dans laphysique, et l'autredanslathéologie. Nous étudierons, dans trois volumes distincts, les trois écoles que nous venons de caractériser : l'école socialiste, dans lepremier ; Técole traditionaliste, dans Je second ; l'école rationaliste, dans le troisième; puis nous consacrerons un quatrième volume à les suivre concurremment jusqu'à l'époque présente : ce sera comme une histoire intérieure de la France au dix- neuvième siècle.