INTRODUCTION
Le socialisme de notre siècle se rattache étroitement au naturalisme, qui lui fournit ses principes, et au positivisme, qui n'en est qu'une transformation : en faisant l'histoire de ces trois système?, nous ferons donc au fond l'histoire d'un système unique, celle de la philosophie des sens considérée dans son ensemble et sous ses diverses faces.
Cette philosophie a ses racines dans les doctrines psychologiques et sociales du siècle précédent, qui sont assez connues et qu'il est presque inutile de rappeler. Sa psychologie est tout entière dans le principe condillacien, que toutes nos idées dérivent de la sensation, ou })lutôt ne sont que la sensation elle-même envisagée sous une autre forme, et qu'il n'y a primitivement en nous aucun élément actif et rationnel. Go principe posé, il était tout naturel d'en conclure que Dieu et l'àme, ne tombant point sous
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les sens, ne sauraient exister pour nous, et que le devoir, ne pouvant ni découler de la sensation, ni s'imposer à des êtres purement passifs, il n'y a pour nous d'autre devoir que le plaisir. De là l'athéisme et le matérialisme, tels qu'ils furent enseignés par plusieurs auteurs de cette époque ; de là la morale du plaisir et de l'intérêt, qui ne manqua pas non plus de docteurs pour la répandre.
Pendant la tourmente révolutionnaire, les philosophes sensualistes se turent pour la plupart. Quand on est dans un vaisseau qui sombre, on ne se met pas à résoudre tranquillement un problème : on court à la manœuvre et on se rend utile comme on peut. Mais enfin la tempête se calme, l'orage s'apaise, la Révolution passe de sa période de lutte à sa période d'organisation, les écoles normales sont établies, l'Institut est créé. La philosophie du temps est re présentée au sein de ces écoles normales, qui d'ailleurs durèrent si peu, par le brillant Garât, qui développe avec élégance les doctrines psychologiques de Gondillac, mais qui laisse prudemment dans l'ombre les conséquences métaphysiques qu'elles contiennent sous le prétexte, déjà invoqué à cette époque, que la métaphysique est peu accessible à l'esprit humain. A l'Institut, elle est plus heureuse encore. C'est pour cette illustre compagnie que sont composés les deux ouvrages philosophiques les plus