‹ SocialismeChapitre 10 sur 44 · AUTRE MONOPOLE · texte numérisé non relu

AUTRE MONOPOLE

chercher à imiter l'exemple qu'ils nous donuênl, auraient mauvaise grâce à ne pas trouver naturel que nous cherchions à engraisser l’Etat avant de le dévorer : ceux-là aussi qui savent que l'Etat est une arme pour qui sait s'eu emparer, actuellement aux mains de la classe parasite que nous voulons extirper de l'organisme national et social, ceux-là pensent aussi que nous devons, au jour prochain où nous tournerons celte même arme contre la bourgeoisie féodaÜsée dont le dernier quart d'heure vient de sonner, souhaiter trouver celte arme en bon état de service et bien chargée.

C'est pourquoi nous devons, nous, socialistes, commencer la Révolution en cherchant à pénétrer dans cette caverne qu’on ap[telle l'Etal, ce qui devient chaque jour plus possible, et le bulletin de vote remplaçant le mot de passe qu’on avait dû changer depuis l'aventure d’Âlt-Buba.

Le monopole de la rectification des alcools par l’Etat est une des rares bonnes choses qui resteront 4 l’actif de cetfe Chambre, qui en compte si peu : il va s'eu aller maintenant, submergé par le flot des mesures infâmes et des votes infects, entraîné par ce «tout au Sénat >), vers ce vélo constitutionnel que nous devons â ht Restauration d’il y a 2b ans.

Supposons qu’il survive â ce contact avec le Sénat, supposons que le monopole de la rectification se complète par celui de la fabrication ; nous devons dès maintenant en proposer un autre tout aussi urgent.

C’est le monopole de la rectification, et même de la fabrication par l’Etal de tous les produits pharmaceu*

tiques et autres, désïnfeclanls hygiéniques, sérums thérapeutiques, nt autres produits utilisés pour ta sauvogarde publique de l'hygiène et de la santé,

C*est peut-être un peu long comme formule, mais nous avons tout noire temps devant nous, It suffi mit a nos élus et a nos congrès de reprendre sur nouveaux termes l'argumentation qui a servi k la monopolisation de l'alcool, d'y instituer une foule de considérations faciles à saisir el de nature rapidement populaires, pour montrer tous les avantages de ce second monopole d'Etat tant au point de vue de ta santé publique qu’au point de vus fiscal.

Ce monopole intéresse le malade, le pharmacien et l’Etat,

Voyons le malade d'abord. Supposons un sirop quelconque, une spécialité à prix fixe. Ne pensez-vous pas que le pauvre diable qui le paie trois francs quand Ü en gagne à peine quatre par jour, paie ce remède cent fois plus cher que le rentier pour qui ces trois francs ne sont môme [ms une dépense ? Supposons donc qu'à qualité égale du produit, il y ait prix égal, on ne pourrail guère réclamer. Mais suppose-t-ûîi qu'il y ait q u ali lé égale d'abord en Ire le produit acheté dans une pharmacie a grand débit, dont le fonds se renouvelle souvent, et celui qu'on déterre dans une petite pharmacie des quartiers pauvres? Qu'y a-t-il de plus cerLaiu que la cherté du produit pharmaceutiques el de plus incerlaîii que sa composition.

Je prenais souvent une pommade assez active et d’une couleur fixe. Dernièrement, j’eus l'idée de la faire

AIÎTÜR MONOPOLE

demander chez quatre pharmaciens. L’un est mon voisin et me connaît, le second et le troisième sont deux noms très connus parmi les pharmaciens de Paris, le quatrième est un tout petit pharmacien de Mont ronge. Mon voisin le pharmacien sait que le médicament est demandé par moi, me Le donne de bonné qualité pour six sons. J'ignore s'il gagne quelque chose sur la vente, mais ce ne peut être beaucoup*

Le second me fournit toute autre chose que ce que j\ii demandé, aussi différent comme couleur que comme propriété, et me prend 1 fr. 50 centimes ; le troisième, toujours sur la même ordonnance, me fournit une pommade incolore, sur laquelle il a dû se contenter de prononcer mentalement quelque formule magique et me demande 4 francs. Le petit pharmacien des quartiers pauvres me fait attendre un jour pour se procurer le produit, et nie le vend quinze sous. Notez que je prescris cette pommade pour une seule et même affection ; quelle singulière thérapeutique j’ai dû faire parfois, grâce à l'ineffable fantaisie des pharmaciens h qui nos pauvres clients ont pu avoir affaire ?

Combien de produits s'altèrent rapidement en pharmacie, combien sont altérés d'avance ! Et dans ces produits délicats, ces alcaloïdes si volontiers toxiques que vous ne donnez que par goulteIeUes;cessirops décomposition fragile que vous administrez par petites cuillerées h votre nouveau-né, savez-vous combien le pharmacien gagne sur le prix, et encore cela vous serait indifférent, si vous ne songiez combien vous perdez, vous, sur ta valeur thérapeutique ?

S0C1AUSMB

Savez-vous combien un pharmacien gagne sur la potion qu'il vous vend 1 Ignorez-le toujours» Ça ne peut pas se deviner ; au-dessous de trots n quatre cents pour cent, il fait de mauvaises allai res, il a perdu sa journée* Tous les médecins savenl cela ; mais nous causerons un peu aussi bientôt des médecins, Revenons au malade.

Si Ton a Irouvé indispensable de rectifier l'alcool, qui est d'une consommation générale, mais dans une certaine mesure néanmoins facultative, n’est-il pas au moins aussi urgent de rectifier les produits pharmaceutiques, dont la consommation est indispensable et souvent urgente ? Vous pouvez vous nbsinlher, vous empoisonner comme vous le voulez et si vous le voulez, mais rien ne vous y force, au moins directement. Pouvezvous ne pas courir acheter un médicament quand voire petit entant tousse ? Pouvez-vous ne pas vous ruiner en médicaments pour adoucir vainement les dernières heures d'mie existence qui va finir ? Combien coûte cher la santé aux gens qui gagnent à peine de quoi manger ? Qui ne sail combien sont mal répartis les secours gratuits et quelles bizarreries incroyables et odieuses on rencontre dans la dispensation du médicament !

Sans doute, tes pauvres sont mal servis par l’Etat ou parles individus, et les pauvres ne peuvent réclamer. Mais supposez que la même incurie se fasse sentir à tout le monde, durerait-elle ? Ce que nous cherchons dans le monopole d’Etat, ce n’est pas l'extension > tous tes services sociaux des défauts de nos administrations publiques, c’est avant tout la responsabilité des ad mi-

Page 1