AUTRE MONOPOLE
iiistralions vis-à-vis du public, mais vis-à-vis de lout le public» le seul assez foit pour faire entendre ses réclamations et se faire servir avec autorité-
K&l-ïl une chose dont la qualité doive être plus sêvêrement garantie que ce médicament que le médecin prescrit avec une prudente exactitude» par doses minutieusement calculées» sans que rien ne garantisse d’avance la valeur du produit? Est-il, je le répète, possible d'admettre que cette potion, dont vous attendez peut-être la vie du bébé malade, a pu être composée avec des produits dont rien ne nous affirme l'authenticité ? Ah ! si c’était du tabac, un timbre, un sou, l'Etat apparaît, la loi se dresse, mais iï ne s'agît que de ta santé, do la vie ou de la mort, c'est-à-dire de ces choses que notre régime industrialiste livre II l’initiative et à la liberté individuelles»
Mais passons au pharmacien» Oh l lui, il traverse à sou tour la phase par laquelle passent toutes les industries» Le petit pharmacien va mourir, le petit pharmacien est mort» C’est une valeur sociale qui s'éteint* Il s'efface devant les grands magasins et les produits manufacturés, c'est-à-dire les spécialités. Il y a tant de choses toutes faites qu i) finit par ne plus savoir son métier ; les spécialités pharmaceutiques qui se recommandent au médecin par la simplification des prescriptions» la diminution des causes d'erreurs dans l'ordonnance, une vague tixité de dosage et une constance supposée dans la composition, les spécialités abaissent la valeur individuelle du potard, comme la machine abaisse la valeur individuelle de l'ouvrier*
Le pharmacien ne gagne plus sa vie, surtout dans les quartiers pauvres, avec l'ordonnance magistrale, celle qu’il doit exécuter de toutes pièces. Il se soutient, il faut le dire, par l'exercice illégal de la médecine ; et c'est un singulier instinct qui pousse le malade pauvre chez le pharmacien qui lui place toujours quelque produit parfois inoffensif, et qui fait qu’avant même de s’adresser aux consultations gratuites des hôpitaux, le malade a souvent vu plusieurs pharmaciens, éprouvé diverses consultai ions et toujours laissé de ses plumes entre le pilon et le muflier.
Nous dirons également que la façon dont certaines cousu Italiens sont faites dans nos grands hôpitaux justifie assez l'hésitation des malades consultants*
Le pelit pharmacien disparait comme artisan, mais reparaît comme dépositaire, de même que les petits commerçants de quartier qu’a submergés un grand magasin reparaissent comme employés. Us vendent les spécialités, les produits manufacturés qui consacrent S r impersonnalité dans la production, c’est-à-dire la forme fatale qui s’impose aujourd'hui. On leur fournit Les produite, avec étiquettes et flacons à leur nom, avec un prix marqué dont la différence avec le prix qu'ils paient représente la commission, Mais le grand fabricant se lait la part du lion, gagne énormément sur la masse ; et te petit pharmacien, devenu dépositaire avec une ombre d’individualité commerciale, regrette l’ordonnance compliquée où il avait sans doute plus de travail, mais aussi plus de profit, tandis que sur les apê-
AUTUG MONOPOLE
cialités comme sur les eaux, il ne gagne, comme on dil, que parle bouchon.
D’autre part, les grandes spécialités simplifient les connaissances thérapeutiques du médecin, elles ont comme toute chose en ce monde leur bon et leur mauvaiscùté, C’est une forme industrielle qui s’impose, et qu’il importe, précisément à cause de son expansion, de monopoliser au plus vile. Les grandes spécialités mangent les petites, cela est dans l'ordre. Quel produit peut résister a ces grandes réclames, à ces albums pharmaceutiques, avec les autographes et les portraits de toutes les célébrités qui ont usé de tel produit avec une satisfaction évidente, quel produit survivra s’il ne peut fournir les courtages obligatoires à la presse, au monde médical? Il en résulte que le siècle des grands magasins s’annonce pour les choses de la sanie comme pour celles de nos autres besoins.
Au train où vont les choses, s’il n’y a pas monopolisa lion par l'Etal, et comme on a provisoirement écarté les pharmacies municipales, un de ces matins, le Louvre et le Bon Marché, s’ils ne craignent pas l’effroyable levée de caducées de tout le monde pharmaceutique, ouvriront un rayon de pharmacie, avec employés diplômés, titrés, pharmaciens de [première classe ? (ou les aura pour rien), exécutant les ordonnances, con* fectipnnant les paquets avec une grâce inimitable, ayant des bonbons pour tes enfanls, des sourires pour la maman, livrant à domicile, dans leurs superbes voitures multicolores, vendant les spécialités moins cher qu'en fabrique, les eaux minérales plus pures qu’à la source,
S0CUL15NLË
et ce jour-1 a, les pharmaciens viendront à nous, réclamant le monopole, se voyant déjà fonctionnaires !
En attendant, il y en a encore beaucoup qui font fortune en trois ou quatre ans.
Passons à l'Klat. Est-ce qu’il ne doit pas être responsable de la santé publique dans la mesure ou celle-ci dépend de la bonne qualité des produits pharmaceutiques ? Il délivre le diplôme et la patente, pourquoi ne délivre-t-il pas le médicament sous sa responsabilité? Est-ce que, partout où une responsabilité est possible, quand il s'agît de la vie ou de ht mort des individus, l'Etat ne doit [tas être forcé de l'endosser? Nous lut en ménageons bien d’autres.
Quant au Use, ne pensez-vous pas que celte dtuie elïroyable que certains industriels prélèvent sur la saule publique, grâce à P intimidation si facile en matière de santé privée ou publique, grâce à îa peur si promple à nous prendre devant certaines responsabilités, ne pensez-vous pas que ce budget de la santé publique, si mal employé parce qu’il est livré à l'anarchie individuelle, à l’offre ut à la demande, au laisserfaire, ne pensez-vous pas que eut argent si facilement acquis ne ferait pas tout aussi bien d'entrer tout de suite dans les caisses de l'Etat» dont les devoirs vont chaque jour grandir avec les droits, grâce à la poussée socialiste ?
Quel revenu superbe ; le marchand de médicament s’enrichit plus vite encore que le marchand do vins. Que l'Etat empoche les bénéfices : ils seront assez grands pour que la collectivité y retrouve immédiatement son
A U THE liONOl'OLü
profit, et que l'Etat fasse enfin passer la sec u ri le des malades avant la tranquillité des pharmaciens*
XIIT CONGRÈS NATIONAL du Parti Ouvrier Français
Homilly, 22 septembre 1895»
Le Congrès émet le vœu que les produits pharmaceutiques, hygiéniques, sérums thérapeutiques, etc,, fassent, comme l'alcool, l'objet d'un monopole de fabrication, sous la responsabilité et la garantie de FElat, leur distribution devant être confiée h des pharmacies municipales*
22 octobre 10ÜB.
(Ir'ffiftnanî.ÿé,)