‹ SocialismeChapitre 8 sur 44 · MISE AH POINT · texte numérisé non relu

MISE AH POINT

pays, nous défendrons le patrimoine national contre les ennemis du dehors en temps de guerre et contre les ennemis du dedans en temps de paix, L! In 1er nationale ne sera demain que si la Nationale est aujourd'hui, et cela ne se fera pas sans coups cio fusil, à moins que l’armée ne passe du côté delà nation, ce qui s'est déjà vu dans notre histoire.

22 mars 1913.

(L'Humanité.)

CONTRE LES TROIS ANS

Toute la partie mile de chaque génération sera appelée, dès qu’elle aura vingt ans, à faire le service militaire. Jusque-là, sa croissance ne sera nullement surveillée, elle poussera au hasard ; aucune de ces facultés, de ces qualités que le service national réclamera d'elle du jour au lendemain n’aura élé cultivée,

A vingt ans, une masse considérable de déchets. Quant au reste, on le prend, on l’enlève à ïa vie nationale, civile, individuelle, et on juge que trois ans ne sont pas de trop pour en faire la masse disciplinée que les gouvernants auront à mobiliser peut-être contre les armées étrangères, certainement contre le prolétariat national.

A la naissance de chaque pelil garçon, la nation compte un futur soldat. Elle a vingt ans devant elle pour faire ce soldat à sa convenance. Elle laisse passer

CONTRE LES TROIS ANS

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ces vingt a n ares 1 pendant î es quel les non développement physique est ignoré, abandonné, sacrifié à l'abomina b te épuisement scolaire, écrasé sous le criminel encombrement des classes et des programmes, Elle ne surveille pas celte croissance physique et morale: elle ne semble pas songer qu'elle aura besoin non seulement d'un soldat, mais d T un homme et d’un citoyen, d'un mâle et d'un travail leur pour la ruche sociale.

( J uis, quand il a vingt ans, elle se souvient tout & coup de lui. Et pour la première fois, l'examen physique intervient» et il faut le reconnaître, constate un état lamentable de la race. Il suffit de voir passer un de nos régiments, avec cette pauvre humanité dégradée et mal venue, cette jeunesse qui n’en est pas une, pour se faire une idée de ceux dont on n’a pas voulu,

\lors, de ceux qu'on a trouvés à peu près bons, on fera deé soldats en trois ans. Puis après, on les reversera au tas.

Un m’a raconté qu'un chirurgien de nos hôpitaux avait eu ridée de proposer aux parents des élèves, dans un de nos grands lycées, de faire officieusement commencer dès quinze ans l’examen physique de leurs enfants au point de vue aptitude inillilaire, de façon a pouvoir, en cinq ans, redresser, corriger, parfaire les constitutions physiques des garçons elles amener systématiquement au niveau exigé. Le pays, les enfants y eussent gagné. Les parents refusèrent. Le goût pour le noble métier dés armes est, en réalité, si peu dans le sang français, ou bourgeois» qu’une foule de pères de famille se consoleront de Pinfirrnité de leur enfant

on pensant qu'au moins, Il ne fora pas son service. Ou no va plus jusqu'à les estropier avant la conscription, comme autrefois, mais si la bonne nature les dispense elle-même de la servi tu Je militaire, pourquoi contrarier la nature?

Si notre garçon est refusé au service pour débilité, pour tuberculose, nous le marierons le plus vite possible, pendant que ses camarades seront à L’armée, En tout cas, il ne perdra pas ses trois ans à oublier son métier et à laisser prendre les bonnes places. Quanta ta guerre, si elle arrive,elle se fera sans lui ; les autres, les valides, les utiles, se feront casser la tète pour lui ; tout est donc pour le mienx. Et s’il lait souche de tuberculeux, autant que les Prussiens n'auront pas, comme on disait jadis,

je ne me rappelle plus l’argument par lequel ces braves parents s'étalent opposés k 1 examen médical de leur progéniture, pendant les années scolaires. Sans doute, d’abord pour ce que je viens de dire, mais ils n'ont pas dô P avouer. Mais iU ont certainement du mettre en ayant T argument qui a servi, dans le même esprit, à propos de l’impôt sur Le revenu : leur horreur bien naturelle de toute inquisition médicale, qui se mêle parfois de remonter aux antécédents paternels, idée tout à fait insupportable. La liberté des pères de famille doit profiter de l’incroyable absurdité de la loi, qui permet la moisson de l’humanité quand elle est mure, maïs ignore totalement sa culture jusque-là, La vaccine est obligatoire dans les écoles, et partout elle pourrait l’être. Pourquoi l'inspection médicale, au

CONTRE LES TROIS ANS

point de vue de ta culture individuelle, et même au point de vue du recrutement militaire* puisque nous en sommes encore aux siècles barbares, ne pourrailelle pas saisir le jeune citoyen dès son entrée dans le monde, et se faire responsable de su maturation et de sa culture vis-à-vis de la nation ? Il est pénible de reconnaître qu'un garçon ne vaut rien au point de vue national, quand il a vingt ans ; mais pendant ces vingt années, eul*il été si dî fl ici le d'en faire un homme valable et valide ?

Les programmes scolaires soûl supérieurs à la capacité physique et intellectuel le du plus fort de chaque classe, très au-dessus de ta capacité de Lé lève moyen, infiniment au-dessus de celle du plus faible* ïl y a 4ono Surcharge, et par suite, déformation, Or, chaque enfant travaille déjà vingt-quatre heures par jour à sa croissance* H faudrait sans hésitalion aucune retirer les trois quarts de la matière enseignée*

Un enseignement dans lequel ou donnerait aux enfants deux cents idées par au, une par jour d'école» serait un enseignement merveilleux eL d'une fécondilé infinie, Nous eu sommes loin. On surcharge effroyablement certaines cnpacilés, on néglige toutes les autres, il s’en suit que non seule in eut le corps, mais Les prit pousse tout de travers. RI après les années scolaires, quand l'enfant est déformé, mais figé dans sa déformation parles vingt ans de croissance malheureuse qu’on lui a laissé mal faire, on demande encore trois ans de vie brûlais pour en faire le meurtrier discipliné et maniable dont on peut avoir un jour besoin* Total, vingt-

socialisai-:

Irois ans de sacrifiés* plus de la moitié de ce que l 1 homme vit en moyenne.

Rien ne serait plus facile que de cultiver cet le croissance dans un but d'approprialion à la vie sociale, à la vie individuelle, et même a la vie militaire, si Ton veut. Un garçon de quinze ans peu L apprendre le détail de la vie militaire, apprendre à marcher, h mouler à cheval, à nager, à faire dos marchés d'endurance et d'en traînement, à manier un fusil, un sabre, à faire de petites manœuvres collectives, À vingt ans, il serait prêt au service militaire vrai ; il suffirait de peu de mois pour en faire un soldat. Il ne serait pas nécessaire d'ajouter l'abrutissement militaire à l'abru lisse ment scolaire et l'on aurait une armée autrement solide que celle que nous voyons et que l'on considère aujourd’hui comme si insuffisante. En temps de guerre, de nécessité, on trouverai! facilement des garçons de dix-neuf, de dix-huit et de dix-sept ans capables de faire en peu de temps des soldais, La préoccupai ion du développement physique et de l'appropriation à un service national contribuerait singulièrement à faire sauter cet épouvantable moule universitaire dans lequel ont été étouffées tant de générations*

Le surcharge scolaire est pour notre pays au moins aussi dangereuse pour Ja race que la surcharge des arménien 1 s pour le travail et pour l'épargne de ta nation. Kl l’Université aura aussi bien tôt son compte à régler visà-vis de l'opinion publique.

En vingt ans, le service national de I 1 instruction publique devrait avoir fait des hommes, et de ces hommes

COHTIÎB LES TJ10I3 ANS

(les citoyens capables de défendre le sol national. Nous en sommes bien loin* Elle n’y a pris songé. Et après ces vingt ans si mal employés, le service de la guerre prend ces hommes comme il les trouve, mal fails et mal appris, et il les prend pendant trois ans pour en faire des machines à meurtre, à conquête...

Nous sommes loin de l'Idéal socialiste, dans lequel la nation est responsable vis-à-vis de chacun de sa culture, de sa préparation à V activité individuelle et sociale ; nous sommes loin de la ruche, de la four mi 11 1ère, où chaque sujet fi dans le sang la conscience et l'instinct de l'intérêt national. Nons sommes un pays riche par la suppression de la natalité ; nous prêtons à 1 etranger l'argent que nous n'employons pas en culture infantile, notre valeur numéraire est en raison inverse de notre valeur numérique, et nous vivons de plus eu plus de l'apport élranger.

C'est à la naissance que garçons et biles devraient être réquisitionnés pour la vie sociale, et cultivés dans ce but, en vue du rendement social le plus complet. Seulement, les dirigeants ont besoin d'une armée enlevée à la nation, et redoutent une nation armée.

6 février 1802*

(Le Socialiste*)

LE DROIT A L’HYGIÈNE

Dans une conférence faite k Limoges, le 8 août 1890, a l’Association française pour l'avancement des sciences, M, le Docteur Napîas Irai tait des Revendications ouvrières au point de vue de l'hygiène, et Taisait remarquer que dans ces revendiez lions les graves questions de la salubrité et de la sécurité du travail n'occupaient pas lap ^ace qu elles devraient avoir.

Nous estimons au contraire que la solution des Trois- Huit comporte une réforme infiniment plus précise dans sou but et plus radicale dans ses effets que les soL disantes lois de protection du travail que les hygiénistes s'efforcent de produire de temps a autre.

Si général et si étendu que soit le domaine de l’hygiène, nous ne devons pas oublier que l'hygiéniste n'est, après tout, qu'un spécialiste, et quecotnme tel il est impuissant k saisir non seulement l'universalité de sa

Lfï DROIT A L'iIÏGlèKE

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science propre, mais encore les rapports que celle-ci présente avecdaulres science®.

Si la classe ouvrière ne peut, comme le ferait un hygiéniste de profession, al lâcher à la salubrité et à la sécurité du travail l’importance qu’elles exigent, c’est pour la simple raison qu'une partie de la masse ouvrière est forcée d’accepter le travail quelque insalubre ci quelque dangereux qu’il soit, sous peine de tomber en famine, et que l’autre partie ne cherche qu’a sortir de ta famine au prix de n’importe quel travail. Les ouvriers ne peuvent se plaindre que quand le chômage leur en donne le loisir, et quand il sont bien convaincus qu'ils ne retrouveront pas leur place perdue* Le travail, don! on a fait presque un dieu, est comme une de ces divinités féroces des pays anciens, qui dévore ei consume ses fidèles, et les sauve ainsi de la fâcheuse nécessité de se dévorer les uns les autres. C’est presque uni qoemeiit en cela qu’il est moralisateur, dans ta vie économique actuelle. M. Napias rappelle à son sujet la phrase de Voltaire : « Le travail éloigne de nous trois grands maux: lennui, le vice et le besoin Et il ajoute, « il nous donne aussi de grandes joies qui nous foui oublier toutes les fatigues, quand nous travaillons pour ceux que nous aimons». Si nous considérons que les ouvriers sont assez ingrats pour ne pas aimer follement les rentiers et les patrons pour lesquels ils travaillent touffe leur existence, nous nous expliquerons que la joie de travailler pour eux ne leur fasse fais o ubl ier tou les leu rs fati gués. Qu a n t h él oign e r le besoin, le vice et l'en nui* nous ne l’en aurions jamais

supposé capable, caron les retrouve toujours ensemble* Evidemment le travail vu d’en haut ne ressemble pas du tout a celui que nous voyons d’en bas*

Mais les ouvriers ont une au Ire raison pour ne pas parler d'hygiène : ils ne la connaissent pas plus pratiquement que théoriquement* Ceux qui font profession de l'enseigner et de la pratiquer devraient s’éviter le ridicule el l'odieux d'un tel reproche, d’autant qu’il serait plaisant de leur demander à leur tour ou ils ont pu acquérir Les singulières notions d'économie sociale dont ils font montre à l'occasion.

Je prends quelques phrases que je dédie, — au nom de deux de nos plus réputés hygiénistes officiels, — à nos camarades de l'atelier, de l’usine, de la mine et de rhôpi taU

« Le travail des machines, dit le Professeur Proust, se substituant au travail musculaire, affranchit chaque jour une plus grande portion des humains du dur labeur manuel, el lui crée des loisirs dont Vintelligente ainsi que l'hygiène font leur profit. » Impossible de délînir plus galamment ce que le brutal langage des économistes appelle l'armée de réserve de la classé ouvrière*

Qui oserait, dans une réunion d’ouvriers, soutenir, comme le fait le docteur Napias à propos des Trois*IIuil t que leur application est impraticable pour des misons de la force de celle-ci : « ï! est à la rigueur possible de s’assurer que l’ouvrier ne travaille que huit heures h l’atelier, mais comment saura-t-on qu'il ne travaille pas ensuite chez lui quelques heures en plus et qu'il ne fait pas ainsi concurrence à ceux qui préfèrent se reposer ?

le rmotT A l'hitgièhe

Comment s^âssurera-l-dlî qu'il emploie quelque temps à perfectionner son instruction ? Comment s'assurera-ton 1 dort huit heures? Et s'il itii plaît de dormir neuT heures mi sept seulement, voilà la règle des Trois-Huit irrémédiablement compromise». El je vous les donne tous deux comme des plus intelligents de leur classe, mais avouez qu’il est bien regrettable que le travail des machines soientitiques ne leur ait pas à eux aussi créé les loisirs dont leur instruction économique eut sans don le fait son profi t. Voilà tout l'écho que notre fondamentale révolution des huit heures a su par avance tirer des savantes cervelles officiels hygiénistes “je me souviens que cette réfutation parul si concluante au journal le Temps qu’il la reproduisit eu toutes lettres, sans trop savoir ce qu’il faisait.

Qui oserait encore, h moi ns d’être aussi complètement étranger aux questions économiques que M. Naptas semble l'étre* soutenir que la loi des Trois-Huîl «réduirait la richesse nationale, que ia question de ta durée de travail est in lime ment liée à celle des salaires, qui ne sa lirai l être autrement réglée que par le libre contrat », Voilà ce qu’on apprend, h faire sou éducation scientifique aux frais de la nation ï Ils en partent tous, de ce libre contrat, comme s’ils l'avaient jamais vu quelque part, comme s’ils le supposaient possible même. Depuis que la Révolution du Tiers, if y a cent ans, permit à tous ceux qui avaient un peu d'argent de eété d'acheter du biende noblesse et de clergé, ces gens sont restés comme affolés de liberté, el tous les parvenus do la classe qui détient le patriotisme encore national

aujourd'hui, international demain, no parlent que de liberté du contrat, liberté du travail, liberté do conscience (ils en usent), de presse, de bourse, liberté individuelle, ils eu demandent trop pour ne pas être fixés mieux qvie personne sur la valeur d'usage de ce mot là.

Après avoir admis que le salaire ne peut être réglé que par le libre contrat, M. Napias estime que l’Etat doit réserver son intervention pour les questions de salubrité et de sécurité du travail, et que si l’Etat a protégé l’enfant, s’il lui a assuré l'instruction, s’il a veillé sur ses premières années de travail à batelier, prenant soin que sa croissance ne soit pas entravée, que sa santé ne soit pas compromise par l’excès de faligue, par les atliludes déformantes par tous les dangers de l'industrie, il ne doit plus rien à bhomme adulte que la liberté! %

Tout bourgeois a dans le coeur un anarchiste qui sommeille et réciproquement. Il ne peut en être autrement ; tous deux sont individualistes, mais bun est plein, tandis que l’autre sonne à vide; aussi ces liber* laires bourgeois, médecins ou sénateurs, savent bien que la liberté de leur classa finit là où la nôtre commence* et ils s'inquièlenl d’avance en voyant qu'ils seront battus sur leur propre terrain et sur bien d’aulres.

Il ne sera pas bien difficile cependant de démontrèr à nos hygiénistes que s’ils sont absolument ignorants de la vie de borganisme social sur lequel leur classe se plaît à parasiter, te prolétariat du monde entier a trouvé précisément dans la formule des Trois Huil une

LE DHOIT A L il VOIE fl K

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solution aussi large et profonde dans l'ordre hygiénique que dans Tordre économique ; infiniment supérieure à toutes les lois protectrices du Iravail qu’ils font et défont pour passer te temps, avec ta conviction, assez légitime d’ailleurs» qu’ils ne sauraient donner h la classe ouvrière aucun avantage qui ne devienne immédiatement une arme dont ils sentiront aussitôt les premiers coups el que les parts respectives du capital et du travail sont si sévèrement délimitées par nos lois, <|ue tout ce qui sera désormais donné à T un ne pourra qu'être pris à l'autre.

Nous ne chercherons pas à discuter la question des Trots-Huit au point de vue économique ; ce serait entraîner nos hygiénistes sur un lerrain par trop méconnu d’eux, à en juger par les idées singulières qu’ils paraissent s’en faire. Pour nous mettre facilement d’accord avec eux, nous les prierons simplement d’observer que si la réduction à huit heures de la journée de travail devait amener une baisse de salaires, elle serait depuis des années inscrite en première place dans nos codes» et que ce ne serait pas les ouvriers qui la réclameraient, mais les patrons, c'està-dire le pouvoir. Quelle que soit la sollicitude de nos gouvernants pour la classe ouvrière, nous nous refusons absolument à croire qu’ils se soient décidés à faire fusiller à Fournies des jeunes Hiles et des enfants, pour bien faire comprendre aux survivants qu ils avaient tort de s’engager dans celle voie contraire à leurs véritables intérêts et que c'était bien malgré eux que les patrons ne consentaient pas h réduire la journée de travail,

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U s’agissait alors de défendre ce principe du plus haut intérêt, la liberté du travail, qui marche avec la liberté des contrats* Quand une grève éclate, les journaux bourgeois comptent combien de Jours les grévistes pourront tenir contre la famine, qui est encore une des nombreuses garanties de cette liberté; mais comme la Famine trop prolongée affaiblirait encore la force-travail des grévistes quand ils seront forcés de rentrer dans le dèvoir, on envoie l’armée nationale «pour économiser le temps et la force, et la liberté e*t sauvée*

On en lue quelques-uns et le reste s’eu va retrouver a trois cents mètres sous terre la liberté qu’il s'était exposé à perdre par son irréflexion* C'est h cela que se borne leur thérapeutique* C’est pour bien démontrer combien ils tenaient k cette liberté du travail qu'ils ont creusé entre la classe ouvrière et la niasse parasite le sanglant fossé de Pour mies, sur Lequel ils ne pourront plus revenir. C’est nous qui le repasserons, sur nos morts*

Le lerrain économique et politique présente aux programmes ouvriers des solutions trop nettes pour que. nous insistions. Nous ne voulons voir que le côté hygiénique de la formule des ïrois-lluit. Nous développerons certains points peut-être encore peu familiers à nos camarades qui n'ont pas le temps de culliver les facultés cérébrales dont nous avons vu mis savants, instruits aux frais de la nation, faire un si brillant usage, et pour mieux montrer notre respect profond pour la science officielle, nous emploierons le l rue-système et ne prendrons que chez elle nos arguments.

LE DROIT A L*HYGIÈNE

Chacun de nos canin ni des, dans sa partie, connaît par sa propre expérience ef par celle de ses compagnons, ce qu'on appelle les risques professionels. Il serait un peu long, dans te nombre si considéra Me des industries diverses et possédant chacune des procédés et des conditions variant avec la région, avec l’avarice de l'exploitant, la routine, les habitudes et le climat, de résumer les risqués inhérents à chaque profession et a chaque spécialité d'ouvrier dans une même industrie,

M. de Freycinet a déclaré que (ouïes les industries étaient insalubres, c'est vrai et toutes le sonl inégalement aussi, -—et les ouvriers, selon r&ge, le sexe, la santé et le tempérament y sonL inégalement exposés à la destruction. Ces dangers sont variables, on peut les éviter en partie ; mais ce qu'il importe do démontrer, c’est que, indépendamment des remèdes spéciaux et partiels que l’on do il apporter à la destruction de l’homme par la production industrielle, il est un facteur qui domine Ions les antres, c'est la durée même du travail ; et c’est à ce titre que la formule des Trois- Huit est une solution bien autrement efficace que toutes les lois fuîtes ou à faire sur la protection du travail. On peut isoler Jes engrenages et les courroies, de façon ii les empêcher de happer les hommes abrutis de travail et de fatigue; on peut substituer un phosphore inoffensif a celui qui empoisonne peu à peu les travail leurs* mais

on ne pourra pas remplacer le mercure, le plomb, l'arsenic, I*éleclrîclié, la vapeur; on nepoiirraem jucher les ou vriers de certains ateliers de vivre dans la poussière et la chaleur étouffante, — mais on peut les y laisser moins longtemps emposês , c'est-à-dire permettre à l'homme de réparer le mal qtio ïe travail vient de lui faire, eL de reproduire sa force de travail et sa force de vie, compromises toutes deux* avant d'en fournir à nouveau aux dépens de son organisme affaibli,

La réduction de la journée de travail sera aussi utile moralement que physiquement au salarié* Elle est en quelque sorte une condition indispensable à la venue pacifique de la Révolution à laquelle aspire l'humanité en mal d'émancipation sociale.

Dangers et accidents professionnels* —Les machines sont une cause de destruction des plus malthusiennes, elles moissonnent la classe ouvrière en herbe, car ce sont les enfants qui sont tes plus atteints* Sur 100 accidents (Proust), 41 frappent des enfants au-dessous de 13 ans (!}, 30 des jeunes gens de 15 h 25 ans, t3 des adultes de 25 à 40 ans, et le reste au delà. Les derniers, des vieillards, car on vieillit vite dans le travail, sont sans doute ménagés en vue des caisses ouvrières de retraite que leur réserve le projet Conslans-Rouvier.

D'après les statistiques allemandes, les manœuvres sont les plus éprouvés parmi les adultes de chaque industrie. Lu Allemagne et en Autriche, les patrons sont considérés, sauf démonstration du contraire, comme responsables des accidents arrivés pondant 1 p travail, et les assurances son! obligatoires. Eh France, grâce au

LH DROIT A L’HYGIÈNE

régime de celle fameuse liberté dont nous sommes si fiers, le massacre est toléré dans la plus large mesure et nous n avons pas de bonnes sla lis tiques d'assurances. Quelques compagnies ont bien essayé, dans les grands centres d’extermination, comme Roubaix par exemple, d’engager les ouvriers à s’assurer euæ-métnes, et ont dû pour céla dresser des tables de risques professionnels, sur lesquelles l’assurance se réglait selon la catégorie des assurés ; mais ces fables sont Irop vagues et assez mal faites*

Ou en a établi en Autriche de plus complètes et de mieux sériées, et Tou comprend pourquoi Nous les empruntons à notre tour à M* Napias : elles divisent les professions en douze catégories* Nous pensons que chacun de nos lecteurs sera charmé de voir évaluer sa peau par tes assureurs, de savoir le coefficient de destruction attaché à sa profession. La proportion des chilFres que nous allons don ner ensuivant l’ordre ascendant peut s’appliquer à la gravi lé des risqués et dangers que les auteurs ont évaluée dans chaque classe d’ouvriers. On accorde tout de sur Le 100 a 81 aux ouvriers des fabriques de poudre, de dynamite, de mélinife, etc.

Il semble que la vraie protection du travail, s’il y avait quelque logique dans notre anarchie sociale, devrait fixer des minimums de salaire proportionnels a ces coefficients île mortalité si élevés. Il n’en est rien*

— 8Ü à 65, pour les fabriques de cartouches, de capsules, d’allumettes, de cellulose, les scies circulaires et à rubans,

— 64 à 53 [jour les couvreurs, ferblantiers et zin-

SOCIALISEE

gueurs pour bâtiments et poseurs de paratonnerres.

— 52 à 43 f machines à couper le fourrage» les ma-, chines à faucher, la construction des ponts et tunnels, grnes à vapeur, les carrières, les travaux des ports, les fabriques d'asphalte* chantiers de terrassements, etc,

— 42 â 3;i, moulins à vapeur, sucreries, charpente*

— 34 â 2S, machines à battre et h labourer, machines k égruger, construction des wagons, fondeurs de fer et d'acier, fabriques de machines agricoles, fabrique do canons, chantiers do construction de navires, tes fabriques de phosphores, de produits phosphoreux, les papule ries, cuirs et peaux, etc,

— 27 à 22, les tôleries, b a lits-fourneaux, h ri quelleries à vapeur, forges et chaudronneries, fabriques de rivets et boulons, fabriques d'acide nitrique el chlorhydrique et raffineries d’huile, le pii âge et Je broyage du tan, etc,

— 21 â 18, fabrication du coke, usines de cuivre, laiton et zinc, fabriques d'armes, polissage de l'acier, les fabriques de potasse, tic salpêtre, d’acide sulfurique, de blanc de zinc, de minium, fabriques d’huiles pour la peinture, fabrication des briquettes, raffineries de pétrole, distilleries,

- 17 a 14, orfèvreries avec moteurs mécaniques, lrave il de la tôle et du fer, les fabriques de chaînes, de coutellerie, de serrurerie, fabriques d’appareils de précision, le tannage du bois, les blanchisseries, imprimeries et lithographies mécaniqu es*

— 13 h il, taille et polissage de la faïence, poteries et porcelaines, verreries, tréliteries T savonneries et par-

LE DROIT A l/lIYGlÈNG

fumeries» filatures, le blanchissage* la teinturerie et l'impression sur étoiles, les fabriques de chocolat, de chaussures»

— 10 à 8* ta bimbeloterie en fer et acier, les fabriques de montres, d'instruments de musique, tes tissages divers, la bonneterie* la reliure* te cartonnage, la sellerie, les brosses, les chapeaux de paille, ta boulangerie, le travail de ta corne et de l'écume de mer,

— 7 kl}, l'orfèvrerie, bijouterie, fabrication des gants, de la lingerie, des vêlements, du tabac, etc.

Mais ce tableau est encore trop large, et il faudrait entrer dans chaque industrie, comme le fait M. Xapîas, d’après Schiller et Burkbardl dans un autre graphique où l’on voit encore des chiffres très différents pour tes diverses spécialités* dans une môme industrie.

Ainsi, dans la filature de coton, par exemple, les ouvriers employés aux laminoirs et aux bancs a broches ont 14 12, les batteurs s’élèvent a 154 et les chauffeurs mécaniciens et manœuvres a S2 ; le risque total restant à 2t. -Dans les lissages de coton, les bobînaurs, les ourdisseurs on! 4, les ! is.se urs 9, les colleurs O, les manœuvres 44, Le risque total est cependant de 10. Dans le lissage de ta soie les variations sont moindres, mais dans l'imprimerie sur coton, les imprimeurs ont 14, tandis que les manœuvres vont jusqu’à 71, etc,

La loi allemande précise encore davantage ; elle établit des cas d^nvalidité selon le membre ou le segment de membre frappé de rigidité ou totalement perdu. Les catégories font monter les coeffîeienlsde cotisation* mais non les salaires.

Mais il ne s’agit ici que d'accidents brusques, de dangers immédiats, nous verrons que la destruction a des procédés infiniment plus variés et plus subtils, sur lesquels l'assurance obligatoire n’a guère prise et qui sont aussi motus connus des intéressés. Un phtisique entre k rhôpital sans savoir d’où lui vient son mal; comment aurait- il l’idée d'en rapporter la responsabilité à ceux qui lui oui pris k la fois son travail et sa vie?

Supposons, sans même les examiner, que les lois les mieux intentionnées aient été votées maintes fois pour protéger le travail, ce sérail bien méconnaître notre pays de liberté que de supposer un moment qu’elles seraient appliquées; mais le fussent-elles, existe-t-il pour l’aveUgle, l’estropié, le phtisique une indemnité équivalente à ce qu’ils perdent?

Il est bien évident à priori que si le salaire que l’on abandonne à l'ouvrier valide el en pleine activité de travail est très inférieur au produit que l'on relire de ce travail, — l'indemnité qu’on lui accordera alors qu'il ne peut plus être utile k l’exploitant géra tout k fait insuffisante a l’entretien de ses béquilles. Et s'il a de la famille, si ses enfants sont malades de la maladie qu’il a contractée dans le service industriel, qui paiera la casse ?

lies accidents du travail sont presque tous dus à l’incurie des chefs d'industrie, à leur avarice et quand ils proviennent du fait mémo des victimes, ce qu’on finit toujours par démontrer, on oublie de faire constater par combien d’heures, d'années d’abrutissement et de misère le travail avait appesanti, figé leurs facultés d’atlen-

LE DROIT A l/û YGlÈNE

lion, combien elle® étaient surmenées pur Ja durée et la continuité même du travail ; sans cela, on comprendrait peut-être mieux qu’avec des journées ptus courtes les ouvriers seraient moins longtemps exposés d’abord, plus attentifs» et aussi plus exigeants vis-à-vis des patrons h qui on a trop laissé voir que les accidents ne leur coûtent jamais cher.

Déformations organiques pro fesstonnelles , — Les travaux spéciaux rivalisent «le descriptions empruntées aux auteurs tes plus compétents ; et nous sommes fort porté à croire que tout ce luxe de détails n’existerait pas si les hygiénistes officiels pouvaient supposer que les intéressés arriveraient un jour à s'en procurer. Nous ne eltennis .pas les auteurs, et nous emp ru nierons simplement nos renseignements aux traités les plus classiques et lès [dus accrédités.

Nous y relevons, sans ordre et sans plus ample descrîption, les principales déformations el altérations organiques connues, comme fa grenouille des ravageurs, débardeurs et arracheurs de bateaux* les gerçures, callosités et rétractions des mains chez les blanchisseurs el blanchisseuses, le choléra des doigts f le rossignol des mêgissiers, les fus lu les, fe char bon chez les tanneurs, crini$rs, pelletiers» marchands do peaux ; les furoncles, les érysipèles, etc., chez les fîlateurs et cardeurs de laine, de lin, de soie.

On connaît la main des brun raseuses, la main gauche du marbrier, la droite du maréchal-ferrant, les ampoules des pieds îles mineurs et houilleurs; la gale des épiciers, l'eczéma des cuisiniers, les mains brûlées des

foulons,lit peau euîte des forgerons, verriers, pâtissiers, le psoriasis des boulangers, Ins conjonctivités meuliers el caillou leurs des ouvriers en nacre de perle, les abcès des doigts chez les dévideurs de cocons de soie ; le mal de ver t le mal de bassine, les ulcères et la gangrène die/ ceux qui manient les verts arsenicaux et toutes les couleurs minérales en général, etc.

Il y a des abcès, des érosions, des ulcères dans beau * coup de professions, mais certaines d’entre elles entraînent aussi des troubles internes plus ou moins graves, comme chez les vanniers, les ouvriers qui pèlent les oranges amères, et dans une foule de produits chimiques et pharmaceutiques, en particulier les su! fa Les de quinine et de cinchonine, sî employés.

Ce sont là des lésions par blessures, par contacts prolongés ou répétés ; il y a des déformations par attitudes vicieuses ou trop longtemps soutenues. On observe chez les tourneurs, outre certaines callosités de siège constant sur les mains, une déviation de tout le thorax, le côté droit porté en avant, les cotes rétrécies et les pieds élargis vers la pointe, surtout !e gauche. Chez le cordonnier, outre l'attitude assise persistante, l'index coupé par le fil, le pouce aplati, la poitrine est encore défoncée au creux de l'estomac, Les Lu il leurs, culs-de-jatte par profession, ont des inflammations sur les parties du pied qui portent constamment sur le siège ; ils ont eux aussi la poitrine défoncée.

Les aiguiseurs présentent des ulcères aux jambes el le corps est tout à fait désaxé. Tou les ces déformations sont naturellement plus prononcées et plus défini-

LE DROIT A l’HYGIÈNK

lives quand l'artisan y est soumis dès sa jeunesse.

Les clou liera et ferronniers boilent très souvent, parail-il encore. Leur main droite est déviée el se ferme de plus en plus; les tourneuses qui font marcher à bras les dévidoirs des cocons ont la colonne vèrlébrale infléchie, les bras longs, les jauibes atrophiées et cagneuses ( on ne parle pas du bassin, il serait intéressant de savoir comment se passent les couches de femmes ainsi contrefaites). Les cantonniers, tailleurs de pierres, tonneliers, matelassiers, souffrent des genoux et des doigts ; les tourneurs en bois sont 1res déformés, ceux qui emploient l’herminelte ou la soie verticale deviennent bossus ; les houilleurs de Belgique ont les jambes cambrées, les pointes des pieds en dedans et les mollets en dehors; le bassin lassé, tordu ; beaucoup boitent.

KL comme les femmes ont un travail aussi pénible que celui des hommes, on voit d’avance comment ces bdssjns abîmés supposeront les grossesses et les couches. Dans quelques mines d’Angleterre (Proust) l'humidité est telle qu'elle mouille en quelques mi miles les ouvriers jusqu'à La peau * Dans d'autres, Pair est si chaud qu’on y travaille à demi-nu. En lin, certaines galeries sont sî étroites, que les ouvriers y sont recherchés en raison de P exiguïté de leur (aille. Aussi roncontre-t-on un grand nombre d'enfants dans certaines mines.

Les houilleurs sont presque tous voûtés; les courbures et les maladies de l'épine dorsale sont très fréquentes parmi eux.

!/enfant dès mines étant obligé de courir continuel-

SOCIALISAI Ë

femenl sur le sol inégal, sans bas el sans souliers, il se glisse enlre les orteils des fragmente de charbon et de pierre qui occasionnent des phénomènes d'irritation locale et vont même jusqu'à les rendre boiteux.

Tous les manouvriers connaissent la y du poignet; le pied des gendarmes, douaniers et facteurs est classique ; les brîquetiers qui mâchent la pète, les teinturiers qui tordent les soies sont obligés de s'arrêter quelquefois à cause de l'inflammation des jointures^ On connaît les paralysies de l’épaule et lés atrophies chez les forgerons ; on a décrit les crampes des écrivains, des menuisiers, graveurs, pianistes, compositeurs d'imprimerie, émail leurs de photographies, rouleuses de cigares, etc.

Il est évident qu'une foule de ces lésions disparaîtraient en diminuant simplement Indurée du temps pendant lequel les ouvriers y sont exposés; celle mesure, nous le répétons, eeraiL bien plus immédiatement utile à prendre que les procédés de préservation soi-disant en usage, l'interdiction de certaines matières dangereuses, contre laquelle la fraude a toujours prévalu ; car la surveillance est nulle de la par L de ceux qui devraient chercher moins platoniquement à redresser celle déformation, cette dislocation du type humain chez le travailleur, celui qui produit et reproduit pour la société entière.

Et nous sommes heureux de trouver chez M. Napias, qui les emprunte à Romazzinï, ces paroles :

<i Il faut convenir que les métiers deviennent une source de maux pour ceux qui Ipsexercenl, et que les malheureux artisans, trouvant les maladies les plug

LE DROIT A L'HYGIÈNE

graves là où ils espéraient trouver le soutien de leur vie et ceint de leur tamîlle, meurent en maudissant leur ingrate profession

IJ y a longtemps que lîamuz/aui est mort; il nu pu même voir lu prise de possession du territoire national par ii ne bourgeoisie avide de liberté au point de vouloir la liberté de tout te monde.

il ue put soupçonner l'accaparement de toute la vitalîlé, cette division à l'infini des forces humaines en vue d’une surproduction et d'une surmisère menées de front, et qui en moins de cent ans de règne industriel et bourgeois fit descendre la natalité française au-dessous de celle de n'importe quel pays d’Europe.

Et encore Ramazzini ne pouvait voir comme aujourd'hui le triste héritage que ces estropiés et ces empoisonnés du travail laissent à leur misérable descendance, comme la terrible et presque universelle tuberculose et les affections nerveuses si variées et si définitives qu'ils transmettent à leurs enfants quand des poisons comme le plomb ou d'autres ne les empêchent pas d'en avoir.

INTOXICATIONS CAR LES MATIERES l'JfKM I K*ms

Le Plomb,

Nous laisserons de côté la manière un peu brutale d'absorber le plomb, dont la classe ouvrière a pu maintes fois apprécier tes effets* lors des massacres de l’Ëmpireel de la République; les hygiénistes officiels liront jamais pu l'étudier de près et on ne peut raison-

nabiement pas exiger de nos gouvernements qu’ifs renoncent ii ce moyen de modération des revendications ouvrières qu'ils jugent déplacées.

Mais les moyens lents d'absorption font infiniment plus de victimes en faisant moins de bruit et ici les hygiénistes sont «ans cesse sur le champ de bataille, qu'ils co rm c issu ni bien. Les hôpitaux possèdent contin licitement des saturnins, connue on dit, des ouvriers plombifères, bien étudiés des médecins. Je me rappelle avoir observé» dans un de nos grands hôpitaux parisiens, un petit garçon de 13 h 14 ans,qm rentrait à l'hôpital pour sa cinquième colique de plomb. Un le gâtait.

La question est des mieux connues. Nous la résumerons brièvement.

Les ouvriers employés â l'extraction, au triage et surtout au grillage du minerai sont exposés aux coliques el aux autres affections saturnines.

En Saxe, d'après ïlirt, sur LOGO de ces ouvriers, 870 sont atteints ; leur mortalité est de 18 0/0 par an. Il est vrai qu’on ne trouve pas cette fréquence en France*

Mais une fois extrait, le plomb va multiplier ses victimes* La fabrication de la céruse avant tout, avec les procédés employés qui font varier le nombre et lu gravité des accidents, comme à Lille, où certaines fabriques, pour 100 ouvriers, donnent annuellement de 1)2 à uG malades* Nous empruntons à Ai* Proust la nomenclature des différentes professions dans lesquelles le pomh exerce son action très meurtrière* Disons en passant que le plomb, une fois entré, s emmagasine et ne déloge plus que très difficilement.

LE DROIT A L’HYGIÈNE

Les ouvriers des Ta!triques de plomb de chasse, étumenrs, fondeurs de caractères, imprimeur#) lapidaires, laîlLeurs et polisseurs de crîsLaux, fabricants de vieux meubles {polisseurs et pûnceurs), ouvriers des manu lac. turcs déglacés, potiers de verre,faïenciers, porcelainiers> verriers, vitriers, fabricants de potées d’étain, d’émaux, ouvriers t rayai Haut h la contre-oxydation du fer, fabricants de verre mousseline, doreurs sur bois et sur laque, teinturiers employant le sucre de plomb, ouvriers préparant certains vernis (ûpir d’imprimerie), peintres en bâtiment, en voitures, en décors, lettres et attributs, sur porcelaine, peintres et vernisseurs de métaux, broyeurs de couleurs, fabricants de papiers peints, de Cartes d’Allemagne, de cartes glacées, dessinateurs en broderies, ouvrières en dentelles, en soie, couturière?, ouvrières travaillant l'alpaga anglais, hoiLes de conserves de la marine, chauffeurs et mécaniciens, métiers à la Jacquard fabricants de bâches, carde urs de crins, tisseuses de coton, dévideuses de laines colorées en orange, pharmaciens, gantiers parfumeurs,fabricants de cosmétiques, ceinturon ni ers 7 a fi lueurs, marlèleurs et fondeurs de plomb, fabricants de soldats de plomb, fondeurs de enivre, de bronze, ferblantiers, bijoutiers, joailliers, orfèvres, polisseurs de camées, de caractères d'imprimerie, bronze urs pour étiquettes, etc., etc.

On voit que le plomb a de multiples usages, sans compter celui d’alourdir les produits qui se vendent au poids. On le voit aussi, il est impossible de le proscrire de toutes cés industries dont nous n’avons donné la longue liste que pour montrer d’abord l’immense

variété des professions dans lesquelles le plomb entre comme cause immédiate d'inLoxication ; montrons, en outre, que tous ses effets sont parfaitement connus des industriels et do ceux qui sont chargés de la santé publique*

Ajoutons seulement que quelle que soit la bonne volonté de nos gouvernants et de nos savants, nous les défions de trouvera opposer à la mort par le plomb une entrave aussi générale et aussi efficace que la réduction du temps pendant lequel on le laisse opérer sur des milieux d'individus au moins aussi intéressants que les cobayes de laboratoire. Le reste n’est que détail, — la plupart du temps sans application.

Le plomb pénètre dans l'organisme par toutes les voies d’absorption* Il anémie doutant plus qu’il s’adresse directement aux globules rouges du sang ; le cœùr grossit et devient gras ; il peut donner de l’asthme, il se loge dans les poumons, le foie, le cerveau, la moelle. On connaît assez la terrible colique de plomb, les paralysies, les tremblements, les maux de tète.

On sait que le plomb donne son nom li une goutte spéciale, on a décrit des folies qui relèvent de lui, etc. 11 va plus loin, il dépasse l'individu et le détruit dans sa descendance ; il tue l'espèce elle-même*

Le plomb fait avorter, ou bien l'enfant meurl en naissant, ou reste idiot, ou devient épileptique, etc* On a relevé jusqu’à 22 avortements et 4 enfants morts pour 27 grossesses ; 32 fausses couches pour 43 grossesses chez des femmes empoisonnées par le plomb ; quand c'est le père qui est saturnin (c’est le nom des victimes

LE DROIT A L*HYGIÈNE

du plomb), <;a ne vaut guère mieux ; sur 141 grossesses où le père était atteint, on a relevé 82 avortements, 4 avant terme, 5 morts-nés. Sur les uÜ vivants, 20 sont morts avant \ an, et 15 de 1 à 3 ans. En lin quatre seulement sur lit vécurent après 3 ans.

Mais jamais les plus beaux massacres d'ouvriers et d'ouvrières par Tannée nationale, ou impériale, jamais les fameuses commissions militaires n’ont espéré atteindre ce chiffre. Quand on songe aux magnifiques funérailles de AI. Thîers, qu’avait-il fait d’approchant ¥ Et les avorte uses que Tou condamne, que sont elleauprès de cette abominable morl-auœ-gosses qu’on appelle l’industrie ?

Je ne fais absolument que copier un traité que tous les médecins ont entre les mains, dont Tailleur est membre du comité consultatif d'hygiène. Je me rappelle avoir autrefois entendu le professeur Bail, à Sainte-Anne, comparant les deux terribles puisons qui envoient tant de monde dans les asiles d’aliénés, dans les hôpitaux, dans les prisons et dans la Seine, constater que l'un, l’alcool, excitant génésique, multipliait ses victimes de génération en génération, procréant les mu lad les les fil us diverses et les plus complexes, tandis que l'autre, le plomb, avait au moins la conscience d’éliminer de l’espèce humaine,dès la naissance, les porteurs de ses dépôts morbides,taillant ainsi dans la racine une foule de maladies que les médecins ne peuvent connaître parce que la mort va trop vite. C’est une consolation à îa rigueur.

Le Cuivre et le Zinc, comparés au plomb, sont près-

Hî

Le Mercure frappe, luî aussi, touL d'abord ceux qui l’exinueni et ceux qui lui donnent ses premières adaptations chimiques; puis les êta meurs de glaces, fleuristes, empailleurs, photographes, bijou liera et orfèvres, fabricants de draps imprimé*, fabr ica 11 tstTam line, da masseurs de canons, doreurs, chapeliers,etc. Il attaque surtout la bouche, souvent d’une fa^on très grave ; la phtisie est fréquente dans son domaine, ainsi que les tremblements, les paralysies et fa liai blïssement intellectuel. Il provoque f avortement, comme le plomb, ou bien des produits qui ne valent guère mieux que des avortons.

L r Arsenic* Ils sont encore bien nombreux, tes malheureux qui ont affaire à ce poison. On cite les ouvriers de fabriques de plomb de chasse qui cumulent ainsi deux poisons, les ouvriers en papiers peints, broyeurs de couleurs, imprimeurs, salineurs, découpeurs, feuillagiâfcés, fabricants d fl abat-jour verts, corroyeurs, couturières, ouvriers, travaillant au veloutage, apprêteurs d 1 étoffe, teinturiers, imprimeurs sur étoffe ,pein 1res en bâtiments, fabricants et marchands de couleurs, peintres de décors, fleuristes, ouvriers des fabriques d^anilino, fondeurs, fabricants d'acide arsénieux, etc.Il y a ['empoisonnement aigu et le chronique. Le dernier commence par l'inappétence, les maux de tète, les nausées, La diarrhée, les douleurs, l'anémie ; pins viennent la lièvre et te reste si on ne quitte pas la profession. Les yeux, le nez, les bronches sont irrités. IJ y a des ver lige s, des paralysies, des ulcérations, etc.

Le Phosphore fait principalement ses victimes des ouvriers employés à la fabrication des allumettes, qu*it

LU DROIT A L’flYGlÈNl

comble de douleurs d’estomac* de coliques* de bronchites avec étouffements, de maux de tète* d'engourdisserneiit, de dépression intellectuelle* et surtout de la nécrose des mâchoires* si connue des ouvriers. Il prédispose à l/avortement. Maïs nos hygiénistes semblent trouver une consolation et une explication à ce meurtre perpétuel* à cette mort aux gosses aulorisée, patentée* privilégiée, dans cette constatation que dans les fabriques d’allumettes comme dans celtes de céruse* on ne a rencontre guère que le rebut des classes les plus infimes ou de pauvres ouvriers que le chômage d'une autre industrie force à chercher là une occupation temporaire. Ces individus sont d’one extrême malpropreté* se nourrissent mal > et se livrent de la manière lu plus forte aux excès alcooliques ». C’est donc du bon mallhusiasianisme, rinduslriejoué le rôle d'une émoncloire. Nous comprenons dès lorsque l'économiedeces vies humaines doive céder le pas à l’économie que trouvent les fabricants à préférer le phosphore qui tue, mais coûte moins, à celui qui coûte cher* mais a l'avantage tout à fait secondaire d’ètre inoffensif*

Les hygiénistes rappellent encore les accidents professionnels qui frappent les ouvriers livrés à la production et à rusage de la benzine, de la nitro-benzine, de Vaniline , et de la vosaniline, qui se complique de l'action arsénieuse, du sulfure de carbone et de l'oxyde de carbone, que connaissent les travailleurs des hautsfourneaux et bien d'autres ; de ïaeide carbonique que toutes les professions dans les espaces clos comportent toujours, et qui asphyxie en particulier les brasseurs*

SOCIALISAI K

les vignerons dans leurs cuves, les fabricants de papier» les raffuiçurs, distillateurs, tonneliers, fabricants de levure, de vins de champagne,ceux qui travaillent aux fosses, aux lombes, etc. ; de ('hydrogène sulfure (tanneurs, corroyeure, vidangeurs, égou tiers, elc.) du gaz d'éclairage, des alcools impurs ou dénaturés, par les ouvriers des docks, dégustateurs, apprMeors de chapeaux de feutre, d'étofïes de soie, gaziers, ébénistes, etc, 5 etc.

Avant de défendre l'usage de tous ces poisons, ce qui est actuellement impossible* il est absolument urgent d’en défendre l'abus, el la formule des trois-huit est & ce sujet la plus efficace el la plus radicale.

Mais il est encore une matière première indispensable à tout travail et que les chefs d'industrie devraient fournir largement au travailleur, c'est lair respirahlc. Or, il n’est pas de matière première plus falsifiée que celle-là.

En dehors des dangers de déflagration, comme les coups de grisou dans les mines, en dehors de la pauvreté eu oxygène qui caractérise tous tes milieux industriels, des gaz assez dangereux, comme l’acide carbonique, l'oxyde de carbone, l’hydrogène sulfuré, carboné, etc M et une foule de dérivés de la houille el de vapeurs métalliques produisent ensemble cette cachexie bien connue sous le nom d'anémie des mineurs* AL Simon (cité par Proust) chef du service sanitaire anglais, établit que les 300.000 mineurs du Hoyaume-üm suceo m be n t gé né ralilfïl e n l de bon n e heu re u des bron-

LE DROIT A l/HYGlIÏNE

oh Ile s et k îles pneumonies occasionnées par l'atmosphère impure qu'ils respirent, La phtisie et îa scrofule y ro ni très fréquentes*

L'air respiraJde doit contenir 21 parties d'oxygène 0/0 Or, d'après May le et Leblanc, l\iïr tles mines ne peut contenir que t4 et même 9,6 d’oxygène. On conçoit combien Ü doit être pénible et dangereux de suturées conditions; mais si l’on ajoute à cela que le travail si fatigant de la mine prélève une dîme considérable sur l'oxygène déjà insuffisant que respire le travailleur, que la nécessité de respirer plus souvent accroît l'inhalation des gaz et des vapeurs toxiques, on peut facilement se rendre compte de la quantité de vie humaine consommée par l'entretien des actionnaires d'une mine de charbon, possesseurs du sol et du soussol, propriétaires du contenant et du contenu, tant charbon que mineurs. No lez en outre que ces ouvriers déjà si du retirent rationnés par la pauvreté d'oxygène de la mine, sont le plus souvent rassemblés par points et se font ainsi une terrible concurrence respiratoire, mettant en revanche en commun l'infection de l'air par les produits du travail musculaire, de la fatigue, les sécrétions et les exhalaisons concourant à l'intoxication corn mnne.

Il faut, dii-qh, à l'adnlle* environ 22 l i E res d'oxygène par heure lien que pour respirer, lien faul bien davantage pour .fournir un travail pénible. Or, l'industrie ne le fournit qu exceptionnellement* Si l'on pouvait apprécier la ration moyenne d'airrespirable fournie aux travailleurs par l'ensemble des industries, on

s'expliquerait l'asphyxie totale de toute une classe, celte gui produit tout el ne consomme rien, pas môme Pair.

« Otuié sera pas étonné, dit M. Proust, do voir la * phtisie pulmonaire exercer ses ravages, surtout chez « des individus qui habitent des locaux trop étroits, « chez les soldats caser nés dans des baraquements in- « suffisants, chez des ouvriers qui travaillent dans de a pelîts ateliers, chez les classes pauvres enfin, dont <* les habitations n'offrent qu'un espace insuffisant

On connaît le mal et le remède, croyez-le bien. Maïs on laissera le malade périr ou se guérir lui-méme ; encore fera-t-on tout le possible pour l’en empêcher*

Nous insisterons plus loin sur l'insuffisance de Pair respîrable ; nous étudierons maintenant, toujours d’après les moins suspects de [nos auteurs, la destruction lento de la classe ouvrière, non plus pat Pair trop pauvre en principes indispensables à la vie humaine, mais par Pair trop riche en principes nuisibles, trop surchargé de poison, de poussière. Ces dernières agissent mécaniquement en se logeant dans tout l'appareil respiratoire, en enflammant et en altérant rapidement sa texture intime. Elles sont, de l’aveu de Ions, une cause puissante de phtisie, et le tableau que nous allons montrer offre des chiffres terrifiants.

Les hygiénistes classent les poussières en minérales et métalliques, végétales et animales. Ce sont les premières qui tuent le plus de monde. Ou a relevé le nombre de phtisiques pour 100 malades pris dans chaque profession à poussière {presque tou Les le sont

w mon a l'iït^iènb

plus ou moins), et l'un voit par exemple que sur 100 malades, il y a 80 tailleurs de silex qui sont phtisiques, CD à 70 aiguiseurs d’aiguille^ 50 à 60 tailleurs de limes, 40 y. (ïQ lithographes et brossiers, fabricants de passoires, rémouleurs et lai Heurs de meules, 30 à 40 mouleurs, ouvriers en cigares, horlogers, tailleurs de pierres fondeurs en caractère (le plomb aidant), coi Tfeurs, 20 à 30 graveurs» tapissiers, tisserands, voituriers, vernIsseurs, peintres (toujours te plomb), pelletiers, etc.

Le tabac, outra qu’il empoisonne, rend phtisique, a encore d'autres effets non moins précieux; il Fait avorter, et on sait de plus que beaucoup d’enfants meurent de maladies cérébrales. D’après une statistique établie, sur cent jeunes ouvriers confectionneurs de cigares, de 12 à 1 h ans, 72 tombèrent malades dans les six premiers mois de leur séjour dans la fabrique (Koslial).

Le coton tue aussi beaucoup de monde, des cardeurs, débourreurs, aiguiseurs, fi leurs et ral lâcheurs. Pour te lil fin, ces derniers travaillent à une température qui peut atteindre 40°. On peut s’imaginer avec quelle rapidité les crac trnls de phtisiques doivent se sécher, se pulvériser, se volatiliser et devenir ainsi aptes à propager l’atroce maladie, chez ces ouvriers dont les poumons sont déjà malades et dont la transpiration même estime cause de refroidissement rapide. Les batteurs à la main ne peuvent être gardés plus de deux à trois ans. Les ouvriers employés à l’effilochage et à Pécabochage de la ouate souffrent tous de la poitrine. Le gazage, qui exige une température élevée, est également très mal-

sain* D’après M* Mu ad ni la, en Angleterre, chez les ouvriers des manufactures de colon, fa mortalité est deux fois plus élevée que chez les campagnards, et chez les tisseurs, on meurt cinq fais plus de maladie de poilr ne que chez les ouvriers qui travaillent en plein air, Notez que toutes les mesures que les cheis d’industrie ont consenti, bien rarement, à prendre pour ne pas perdre de inonde à la fois, consistent à placer les ouvriers dans de forts courants d'air, sous forme de ventilation, et dont les malheureux sont naturellement les premiers à souffrir et à se plaindre* Le système entier est bien compris. D'ailleurs, qui se plaindra ? l'ouvrier? IL ne vit qu’à celle condition^ et, s'il meurt, celui qui attendait sa place ne se plaindra pas davantage. L'ouvrier qui, d’après nos ministres et nos savants, n'accepte le salaire que par libre contrat, accepte tout aussi librement [ asphyxie et la phtisie. 11 donne la vie pour la bourse et limdemenl ne garde ni Tune ni l'autre.

Les boulangers, qui Ira vaillent la nuit dans la poussière de farine ne sont pas les plus atteints par la phtisie ; mais, en revanche, ils ont des affections rhumatismales fréquentes, une grande anémie, et meurent pour la plupart du cœur. En temps d’épidémie, ils sont tout désignés pour la peste, la lièvre jaune, le choléra, le typhus. Pendant la célèbre peste de Marseille, les boulangers moururent en si grand nombre el si rapidement que bon dut appeler les boulangers des villes voisines pour subvenir aux besoins du peuple. On ne dit pas ce qu'ils devinrent à leur tour*

LG DROIT A l’üYGIÉHE

La moitié des brossiers malades sontdes phtisiques* Les verriers, ou Ire l'emphysème et d’autres maladies pulmonaires inhérentes à leur métier, se transmettent facilement la syphilis en soufflant tour à tour aux mêmes tubes. La vie moyenne du verrier ne dépasse pas 42 ans et tSO 0 Ü des malades te sont de lu poitrine*

Nous pourrions signaler une foule d autres affections qui relèvent de la mèmè cause, mais en voilà bien assez. Le tableau n T a rien de gai. Nous constaterons seulement que les auteurs classiques connaissent bien le mal et que si Ton n'y a pas remédié, c'est qu’il s'agit (f de graves intérêts particuliers », que la science ne peut méconnaître, n'est ce pas? Il est bien plus simple de berner les ouvriers avec de grosses caisses de re irai te, fournies par eux, ni qui les feront patienter jusqu'à leur mort, après laquelle nous reconnaissons volontiers qu’ils n auront plus besoin de rien.

Nous avons rapidement passé en revue les risques de destruction que court ta classe ouvrière, nous étions voir maintenant combien on lui laisse peu de chance d’y échapper* Le plus borné des paysans sait bien qu’il faut de temps en temps laisser reposer sa terre et changer la culture et l'ensemencement pour ne pas épuiser le sol ; Ü sait aussi qu'il faut le fumer pour maintenir son rendement a un taux suffisant. Ces simple règles économiques sont méconnues des capitalistes, pour qui l'ouvrier est moins que la lerre au cultivateur : tandis que celui-ci modifie sa culture pour garder à la lerre sa santé et sa force, ceux-là gardent leur in-

rîuslrie et renouvellent leur personnel à mesure qu'il s’épuise; On a les ouvriers pour rien, relativement k ce qu’on en tire. Le paysan de V. Dupont dit de ses bœufs :

Ile gagnent dans îine semaine

Plus d'argent qu'ils n*en ont coûté.

Il ne Faut pas à l’ouvrier une journée de travail pour donner à son employeur le double de ce qu’il en recevra. Le repos qu'on lui ménage est le chômage et la misère, et si l'alimentation de l'ouvrier est supérieure à ce qu’elle était autrefois (la falsification à part, bien entendu), son rendement est bien plus considérable encore. Les salaires étant toujours au minimum, il faut vivre à bon marché : le travail étant maximum, il faut chercher à réparer les forces perdues et préparer celles du lendemain (Nous verrons plus loin que c’est ma Lé rie 11 e m e n t impossible).

lîien se nourrira bon marché constitue le mythe le moins populaire que nous connaissions : c’est irréalisable en ville, dans les conditions actuelles de la production et de l'approvisionnement individuels. La falsification produit un bon marché relatif, et l'ouvrier paie encore trop cher une nourriture malsaine et dangereuse et doit chercher dans les excitants de toute nature leslimniant nécessaire à son travail quotidien. IL s'accoutume à la nourriture journalière comme à l'atmosphère da son atelier, associant le poison de l'une à celui de ('auIre et il vil comme cela, travaillant autant d’années qu'il en vil, jusqu'à ce que l'hôpital le nourrisse enfin

LE imt>ÎT A l'hygiène

sans travailler, chose inouïe pour une classeduul îe sort est de travailler sans être nourrie. Dans des professions nombreuses on mange h sur le pouce* au pied levé», ou dans de peliis restaurants ou l'on est ramené fatalement soit par dés dettes, soit par H impossibilité de trouver mieux ou plus près du chantier* La digestion se fait a râtelier, à tour de bras, dans la poussière et dans le bruit, dans Fefïorl, ou dans l'immobilité presque absolue*

Ksi-il besoin de rappeler que la falsification fait ses ravages surtout dans la classe travailleuse et que les moyens platoniques que Fou feint de temps à autre d imaginer pour paraître y obvier, restent absolument inefficaces ou n’onl d’autre résultat que d élever la sophistication à la hauteur d'un arl*

Mous avons dit plus haut que l’aliment îe plus indispensable à l’homme qui travaille est F oxygène. Or, écoute» a ce propos la jolie petite page suivante, que nous empruntons intégralement a ta conférence de AL Naptas, dont nous parlions au début :

a Les forces que l’homme peut employer au travail de l’atelier ont des limites qui ont pu être calculées. Pe tien ko fer et Voit placent dans une chambre de verre, hermétiquement close, un ouvrier vigoureux, nourri d’une alimentation mixte se rapprochant de celle qui lui est habituelle et chargé de tourner une roue autour do laquelle s’enroule une chaîne supportant un poids de 25 kilos* En déduisant de la journée de cet homme tes interruptions occasionnées pârdes repas et le repos, il avait l'ait, h la (in du jour, tl heures d'un travail assez pénible.

et Cet ouvrier était pesé à son enlrée et à sa sortie de la rage de verre ; les aliments aussi étaient pesés et analysés et on analysait l'air & son entrée dans la cage et a sa sortie. Je ne veux pas entrer iciplusavant dans le détail de cette expérience, mais il suffit que je dise qu'il en résultait que l'homme, pendant une journée de travail de 0 heures, avait dépensé, sous forme d’acide carbonique, 192 grammes d’oxygène de plus qu’il n’avait pu en aspirer pendant le même temps. C’était un dé~ ficit, et, pour le couvrir, il avait fallu qu’il consommât environ 20 0/0 de la provision d'oxygène emmagasinée dans tout son corps.

« Heureusement que pendant la nuit et le repos notre homme absorbait, comme cela est normal, plus d’oxygène qu’il n’en dépensait ; mais l’activité respiratoire étant moindre, il ne récupérait pas loule la provision nécessaire [jour entreprendre une nouvelle période de travail, Pattenkofer et Voit estiment que la déperdition jou r n a lièire d’oxygène n’est pas compensée par une nuit de repos quand le travail est très fatigant, et il peut se faire que cette déperdition exagérée, ce déficit journal lîer, atteigne 10 et même 20 0/0 !

ce C’est sur ces expériences et ces chilires que te Docteur lloegler (de Bâte) s’est appuyé pour démontrer la nécessité du repos dominical. Au moyen d une courbe ingénieuse, il montre que, chaque jour amenant un déficit, il faut hebdomadairement un jour complet de repos pour revenir au point de départ, c’est-à-dire pour récupérer la quantité d’oxygène nécessaire à assurer les combustions journalières qui, par le fait

LS DROIT A ^HYGIÈNE

du, travail exagéré et malgré le repos de chaque nuit, mettent chaque jour l'organisme en déficit.

n Mais ces expériences s'appliquent à un travail déterminé et assez rude ; d’autres travaux nécessitent moins de force, et d autres moins d'attention, li faut aussi tenir compte de l'insalubrité du milieu, de l'atmosphère du travail. Ne vauUü pas mieux, par exemple, travailler douze heures au grand air, même avec des efforts un peu pénibles, que huit heures seulement dans une atmosphère viciée par des gaz ou des poussières irritantes ou toxiques ? Il faut savoir enfin que pour une même durée le travail est d'autant plus fatigant et même dangereux qu'il nécessiLe plus de force et moins de variété ! La variété permet une sorte de répartition générale des pertes subies par 1 organisme ; mais si le travail, toujours le même, fa il travailler toujours et uniquement les mêmes groupes de muscles, ceux-ci peuvent finir par s'atrophier ; c'est ainsi qu’on a observé quelquefois mie paralysie spéciale chez les forgérons, paralysie due à une atrophie des muscles deltotd.es,

t< Enfin, ce qu'ou ne saurait calculer, mais ce qui' esl réel, c'est que le surmenage physique constitue une prédisposition morbide dangereuse en mettant l'or ganisine en état de recevoir plus aisément les contagions »,

Et M. Napias, constatant que 9 heures sont de trop, en demande non pas 8, mais 10 1 H est vrai que c'est au nom do la liberté*

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