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distincts d'après leur degré de culture, leur manière de vivre, etc., est encore assez modéré. Ce que l'on appelle généralement travail coopératif n'est qu'une des très simples formes du travail collectif tel qu'il est effectué par des groupes d'ouvriers non différentiés.
Seule une appréciation uniquement basée sur des indices extérieurs peut donc arriver à la conclusion qu'avec l'éloignement du ou des propriétaires capitalistes, le plus essentiel soit fait déjà pour la transformation des entreprises capitalistes en entreprises socialistes viables. En vérité, la chose n'est pas si simple que cela. Ces entreprises capitalistes sont des organismes fort compliqués et l'écartement du centre auquel aboutissent tous les autres organes, signifie pour elles, si cet écartement n'est pas accompagné d'une tranformation radicale de l'organisation, la dissolution prochaine.
Ce que la société elle-même ne peut pas prendre en mains, soit par l'intermédiaire de l'Etat, soit par celui des communes, elle fera joliment bien, surtout à des époques mouvementées, de provisoirement abandonner, en tant qu'entreprise, à lui-même. Les procédés apparemment radicaux se révéleraient très vite être les plus inefficaces. Des associations viables ne se créent pas du jour au lendemain, sur commande ; elles doivent pousser. Et où le terrain leur est favorable, elles pousseront d'elles-mêmes.
Les associations britanniques possèdent déjà actuellement une fortune d'au-dessus de 360.000.000 francs, une somme que Lassalle
— sous forme de crédit d'Etat — estimait suffisante pour réaliser son plan d'association. Comparée à la fortune nationale britannique, cette somme n'est toujours qu'une partie bien petite du capital national. La quatre-centième partie peut-être, si de ce capital on défalque le capital placé à l'étranger et le capital mis en ligne de compte deux fois. Mais elle ne représente nullement tout le capital des ouvriers anglais. En outre, la somme s'accroît toujours. Pendant les dix années de 1887 à 1897 elle a à peu près doublé, et elle s'est accrue plus rapidement que le nombre des adhérents. Ce nombre augmenta de 851.211 à 1.468.955, tandis que le chiffre du capital monta de 11.5 millions de livres sterling à 20.4 millions. Et l'accroissement de la production est, depuis peu, plus rapide encore. Sa valeur n'était, en 1894, que de 118.800.000 francs, tandis qu'en 1897 elle atteignait le double presque, à savoir 224. 4 H). 000 francs. Deux tiers environ en reviennent à la production propre des sociétés d'achat en commun (Einkaufsgenossenschaften), tandis que l'autre tiers est réparti sur toutes sortes d'associations, dont une grande partie n'étaient que des sociétés d'achat en commun modifiées, etc. La production propre des sociétés de consommation ou d'achat s'est plus que doublée pendant ces trois années: sa valeur s'accrut de 62.400.000 francs à 1-4G.000.000 francs.
Ce sont là des chiffres tellement énormes que l'on se demande involontairement où cette croissance s'arrêtera. Des fervents de l'associa-
tion ont calculé que, si les associations anglaises accumulaient leurs profits au lieu de les distribuer, ils seraient à même, dans une vingtaine d'années, d'acheter tout le territoire national y compris toutes les maisons et toutes les fabriques. C'est là un calcul merveilleux, dans le genre du fameux calcul d'intérêt du sou annuel. Seulement, dans ce calcul, on a oublié de mettre en ligne de compte la rente foncière et, en outre, on a supposé une progression d'accroissement qui est une impossibilité physique. Les calculateurs ont également oublié que les classes les plus pauvres sont presque inabordables par la société de consommation ou que, du moins, elles ne pourraient être gagnées par ces sociétés que fort lentement. Ils oublient que les campagnes n'offrent qu'un champ fort restreint pour l'activité des sociétés de consommation, et que ces sociétés elles-mêmes peuvent bien réduire les frais du commerce intermédiaire, mais non pas les supprimer. De sorte que, pour les entrepreneurs privés, des nouvelles possibilités naissent sans cesse qui leur permettent de s'adapter aux situations changées et que, quant aux sociétés de consommation, le ralentissement de leur croissance devient à un moment donné une nécessité presque mathématique. Ce que les calculateurs perdent aussi de vue, — du moins n'en font-ils pas mention — c'est que si elles ne payaient pas de dividendes, les sociétés de consommation entreraient aussitôt dans une période de stagnation, puisque pour des classes très nombreuses de la population ce sont juste-
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ment les dividendes — cette pomme de discorde pour les doctrinaires de l'idée associative — qui constituent le charme principal de la société de consommation. S'il est fort exagéré de dire, comme beaucoup le font aujourd'hui, que les dividendes de la société de consommation ne sont pas un critérium du meilleur marché de ses denrées et que le commerce individuel fournit, en moyenne, la plupart des denrées aussi bon marché que la société de consommation de sorte que le dividende ne serait, en somme, que le total des petites augmentations inaperçues du prix de certains articles, la remarque n'en est pas tout à fait dépourvue de fond. La société de consommation ouvrière est au même degré une sorte de caisse d'épargne qu'elle est un moyen de combat contre l'exploitation parasitaire du commerce intermédiaire. Or, comme chez beaucoup de personnes la fibre de l'épargne n'est pas très développée, elles préfèrent les commodités d'approvisionnement que leur offre l'épicier à côté, aux douceurs du dividende qui nécessitent toujours des dérangements plus ou moins grands.
Voilà dôjà un des facteurs qui, surtout en Angleterre, ont rendu et rendent encore très difficile l'extension des sociétés de consommation. L'ouvrier anglais n'est pas du tout un fervent de l'épargne. Et il serait absolument erroné de prétendre que l'Angleterre a toujours fourni un terrain favorable pour les sociétés de consommation. Bien au contraire. Les habitudes de la classe ouvrière et la grande extension superficielle des villes, que comporte le système
des cottages, compensent largement, sous ce rapport, l'avantage des salaires plus élevés. Ce qui a été obtenu ici est, en premier lieu, le fruit d'un opiniâtre et courageux travail d'organisation.
Et c'est une œuvre qui en valait et en vaut encore la peine. Quand même la société de consommation ne ferait pas autre chose que d'abaisser graduellement la quote-part de profit du commerce intermédiaire, elle accomplirait encore son œuvre salutaire pour l'économie politique. Et il est hors de doute que son action aille dans cette direction. 11 y a ici un moyen par lequel la classe ouvrière peut s'approprier, sans destruction immédiate d'existences, et sans avoir recours à la violence — qui, nous l'avons vu, n'est pas une chose si simple — une part considérable de la richesse sociale, qui sans cela servirait à augmenter le nombre des possédants, c'est-à-dire à fortifier leur classe.
La statistique des associations nous révèle de quels chiffres il s'agit. Avec un capital total de 440.400.000 francs et un débit total d'une valeur de 960.600.000 francs, 1483 sociétés de consommation ouvrières anglaises réalisèrent, en 1897, un bénéfice total de 143.600.000 francs. Gela représente une quote-part de profit de 15 1/4 % sur les marchandises vendues, et de 33 1/2 °/o sur le capital employé. De même les boulangeries coopératives qui, en réalité, ne sont autre chose que des sociétés de consommation. Elles réalisèrent, avec un capital de 6 millions de francs et une vente de 10.200.000 fr. , un bénéfice de 1.440.000 francs, ce qui repré-
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