‹ Socialistes anglaisChapitre 18 sur 36 · II · texte numérisé non relu

II

Les congrès et l'avenir des Trade Unions.

Les congrès des Tiade-Unions avant et après 1890. — Congrès de Liverpool. — Congrès de Newcastle — Congrès de Glasgow. — Congrès de Belfast. — Congrès de Norwich. — Situation privilégiée créée au collectivisme, grâce à la représentation des Trades-Councils et au Nouvel Unionisme. — Le coup d'état du Comité Parlementaire. — Congrès de Cardiff. — Congrès d'Edimbourg. — Congrès de Birmingham. — Conclusion. — La National Free Labonr Association. — La grève des mécaniciens en i8q7.

Un grand intérêt d'ordre moral s'est toujours attaché aux congrès des Traâe-Unions. Les Unions professionnelles représentent, en Grande-Bretagne, l'élite des travailleurs et elles y forment le véritable parti ouvrier anglais. Le nombre de leurs associés, — ils sont aujourd'hui environ un million, — leur solide organisation financière, les résultats surprenants que les Unions ont obtenus maintes fois dans les luttes pour la fixation des salaires de leurs membres, sont faits pour forcer

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l'attention et même inspirer le respect. Aussi n'est-il pas étonnant que l'assemblée annuelle des délégués des Unions soit un sujet d'attention pour presque tous les esprits cultivés de l'Angleterre. Les congrès des Trade-U nions constituent, en même temps, une source d'information de premier ordre pour quiconque désire s'éclairer sur les tendances du monde trade-unioniste : c'est là, en eftet, que se manifestent le plus vivement les divisions qui se produisent entre les adhérents, et c'est en comparant les vœux émis par ces assemblées qu'il est le plus facile de se rendre compte des évolutions successives des Trade- Unions.

Jusqu'au congrès de Liverpool, en 1890, les Trade-Uiiions s'étaient bornées à émettre des vœux dont les plus hardis tendaient à l'extension des lois sur les fabriques, sur le travail des femmes et des enfants, tout au plus à la surveillance sanitaire des ateliers domestiques et à la revision de la législation sur la responsabilité des patrons en cas d'accident. En i8go, le Nouvel Unionisme prit pied au sein des Trade-Unions et amena un changement de scène complet. Tout d'abord, le nombre des membres, celui des sociétés adhérentes et des ouvriers représentés se trouvèrent presque doublés (congrès de Dundee, en 1889 : 211 délégués représentant 171 sociétés et 885. o55 ouvriers; congrès de Liverpool, en 1899 : 457 délégués représentant 3 11 sociétés et

1. 470.191 ouvriers) et, avec ces éléments nouveaux, un esprit nouveau pénétra dans les congrès : les débats prirent des allures plus vives, plus hardies, plus agressives contre le capital, contre l'ordre social actuel; des questions irritantes furent soulevées ; les Trade- Unions se laissèrent du même coup entraîner sur le terrain de la politique pure. Cette situation se compliquait d'une animosité croissante entre les Anciens Unionistes et les membres les plus avancés de la nouvelle école, qui manifestaient chaque jour d'une façon plus marquée leurs tendances collectivistes. Le congrès de Liverpool se distingua surtout par le vote d'une résolution tendant à l'adoption, par la législature, de la journée obligatoire de huit heures dans toutes les industries. En 1891, à Newcastle, le même principe fut repris et il }• eut en outre un vœu pour la formation d'un parti indépendant du travail. Les visées socialistes sont nettement accusées, l'année suivante, au congrès de Glasgow : celui-ci charge son Comité Parlementaire a de préparer et de présenter à la Chambre des communes un bill restituant au pays la propriété des métaux et des minéraux r> ; il demande la transformation de l'industrie minière en une exploitation de l'Etat, la municipalisation des tramways, c'est-à-dire leur gestion par les communes, la réforme de la Loi des pauvres, en vue de fournir aux citoyens sans ouvrage un travail productif suffisamment rémunéré. Le congrès de

Glasgow insiste spécialement sur la nécessité de l'action politique indépendante ; à cet eftet, il charge son Comité Parlementaire :

(( D'étudier attentivement et de préparer un projet en vue de la représentation indépendante du travail, en s'attachant spécialement aux difficultés financières ; ce projet devra être soumis aux Unions assez à temps pour pouvoir être discuté à fond avant la prochaine session.

)) Le congrès, tout en regrettant la défaite de tant de candidats du travail aux récentes élections générales, se réjouit de ce que l'on ait pu constater quelque amélioration dans l'ancien état de choses. En prévision, cependant, d'autres élections générales à une date peu éloignée, le congrès insiste auprès des métiers organisés et auprès des classes ouvrières en général sur les points suivants : 1° Une pression doit être exercée sur leurs membres pour qu'ils s'engagent à donner la priorité au paiement des membres du Parlement par l'Etat, au paiement par le Trésor des frais de vérification des élections et à d'autres réformes électorales également importantes ; 2° Une campagne politique active doit être entreprise, afin que les candidats du travail soient désignés à la fois dans toutes les circonscriptions où ils auraient des chances sérieuses de succès ; 3° Le moment est venu où les droits du travail doivent être sauvegardés dans le choix des candidats et où ni la richesse ni les influences de parti, ni les services rendus à un parti ne doivent avoir la priorité dans la répartition des sièges entre les districts industriels »(i).

Le congrès de Belfast, en 1893, ajouta plusieurs résolutions, elles aussi empreintes de socialisme, aux programmes votés précédemment; mais nulle part les tendances nouvelles ne se manifestèrent aussi énergiquement qu'à la réunion tenue en 1894 à Norwich. U Independent Labour Party venait de

(i) On trouvera dans l'ouvrage déjà cité de I\I. René Lavollée un résumé fort complet des congrès des Trade-Unions, depuis i8go jusqu'en iSgS.

se constituer, avec le programme collectiviste comme base, sous la présidence de l'agitateur bien connu Keir Hardie. Dominé par celui-ci et par quelques-uns de ses amis, le congrès de Norwich vota le programme collectiviste dans sonentièreté. Depuis plusieurs années des prédictions s'étaient fait entendre qui annonçaient la conversion complète des Trade-U nions au socialisme. En 1894, ces prédictions paraissaient plus que jamais devoir se réaliser. Cependant ce progrès si rapide du collectivisme contenait en lui-même la cause de son peu de stabilité et de sa ruine : une réaction violente se produisit, à l'issue du congrès de Norwich, au sein de la fraction modérée. Les membres du Parliamentary Committee, presque tous unionistes modérés, virent qu'un remaniement complet des statuts pouvait seul écarter des congrès les meneurs qui y entretenaient l'agitation socialiste, et dont la plupart ne représentaient même pas les Unions qu'ils prétendaient dominer.

En effet, les Unions n'étaient pas seules représentées au congrès. Les Trades Councils y envoyaient aussi des délégués et l'esprit général des Trades Councils était différent de celui des Trade- Unions. Les Trades Councils sont des réunions composées des représentants des divers métiers d'une ville, où, dès lors, on ne s'occupe pas des intérêts professionnels spéciaux à chacun d'eux, mais des intérêts locaux — et parfois généraux — communs à tous. Déjà cette condition rend leur

base moins nette que celle des Unions ; en plus, ils bornent en général leur activité à émettre des vœux ; leur organisation financière est à peu près nulle. Parfois, dans les moments de grève, les Trades Coiincils créent une agitation et déterminent un mouvement général d'opinion, secondant ainsi, dans une certaine mesure et par une action parallèle, l'influence des Unions ; souvent, au contraire, ils compromettent celles-ci inutilement.

Le Parti Indépendant du Travail trouvait dans les Trades Coiincils un terrain tout préparé à son action; la discussion de sujets spéculatifs rentrait essentiellement dans son programme, et il était plus facile que partout ailleurs de proclamer l'insuffisance des Trade-U nions dans un milieu généralement étranger à leurs représentants. Les leaders unionistes ne se rencontrent guère en effet dans les Trades Councils ; le vague des délibérations, le manque de sanctions répugnent à leur esprit pratique, à leurs habitudes sérieuses (i).

Jusqu'en 1894, il y avait donc deux éléments distincts représentés aux congrès des Trade- Unions : d'une part, les délégués des Trades Councils, de l'autre, les mandataires des syndicats professionnels. Or, c'est à cette double provenance des membres des congrès qu'il faut surtout attribuer la double tendance que reflètent les résolutions, depuis 1890 : d'une part, les unionistes sont préoccupés surtout d'intérêts professionnels, éco-

(i) V. Paul de Rousiers : Op. cit., pp. 343 et suiv.

nomiques; de l'autre, les délégués des Trades Coimcils soumettent au congrès des vœux d'une portée souvent platonique, mais empreints de collectivisme, et ceux-ci sont presque indistinctement ratifiés, grâce à l'indiftérence de la majorité des délégués, qui ne voient là qu'un jeu sans conséquence.

En 1894, la patience des unionistes modérés se lasse; le « jeu » prend en effet des proportions inquiétantes. Le congrès de Norwich venait de confier au Comité Parlementaire la mission d'élaborer un nouveau règlement et de le présenter à la réunion suivante. Le Comité, fort de cette autorisation, un peu vague, il est vrai, de préparer les modifications nécessaires au règlement, y chercha un moyen d'écarter du congrès les Trades Councils et de favoriser autant que possible les partisans de la tradition trade-unioniste, à l'encontre des politiciens.

En conséquence, le Comité inséra dans le nouveau règlement les clauses suivantes : « aucune représentation ne sera acceptée au congrès des Trade-Unions comme sincère et effective (bona Jide) si elle n'émane pas directement d'une Trade- Union; personne ne peut être délégué au congrès des Trade-Unions s'il n'exerce pas effectivement son métier au moment de l'élection, à moins qu'il soit fonctionnaire permanent et salarié de son Union ». De cette manière, le Comité éloignait les délégués des Trades Councils et toutes les per-

sonnes qui auraient pu, par un artifice quelconque, s'imposer aux membres d'une Union et se taire déléguer par elle au congrès.

De plus, comme VIndependent Labour Party avait trouvé un appui dans le Nouvel Unionisme, on voulut accentuer encore la réaction en fortifiant par un mode de votation spécial la repésentation des Unions anciennes et puissantes. D'après le règlement en vigueur à Norwich, toute société avait droit à autant de délégués au congrès qu'elle comptait de fois deux mille membres, mais, naturellement, les Unions très nombreuses n'usaient pas de la plénitude de ce droit, car le déplacement d'un grand nombre de délégués eût absorbé une somme considérable. Elles se contentaient de quelques membres soigneusement choisis, et, comme les délégués au congrès votaient par tête, il arrivait que des sociétés puissantes ne fussent pas représentées proportionnellement à leur importance. Leur influence pouvait être contrebalancée par quatre ou cinq Unions de création récente, peu nombreuses, à peine organisées. En conséquence, le nouveau règlement permit de substituer au vote par tête, qui donne une voix à chaque délégué, le vote par cartes qui confère aux délégués d'une Union un nombre de voix proportionnel à l'importance de cette Union : « On votera par cartes, dit l'article 8, chaque Union ayant droit à une carte par mille membres ou fraction excédant ce chiffre (bien entendu si elle

a acquitté les droits de 25 francs par mille membres, etc. pour sa représentation au congrès) ».

Une véritable révolution était opérée dans la composition des congrès par ces dispositions : la fraction collectiviste voyait une bonne partie de ses forces éliminées; du coup elle perdait ses orateurs les plus écoutés, Keir Hardie et Tom Mann. D'autres trade-unionistes de valeur, tels que John Burns et Broadhurst, se trouvaient également frappés d'ostracisme, et cette décision allait être sans appel, car le comité parlementaire, chargé de l'organisation du congrès suivant, avait décidé, à l'encontre de la procédure régulière, que les nouveaux règlements seraient applicables immédiatement et sans approbation des délégués.

La colère fut grande dans le camp socialiste et le congrès tenu l'année suivante à Cardiff fut un véritable champ de bataille où chacun des deux partis vint défendre pied à pied ses positions. D'un côté, les collectivistes et, avec eux, quelques Nouveaux Unionistes, tels que J. H. Wilson, adversaire de VIndependent Labour Party, s'élevèrent vivement contre le coup d'état du Comité Parlementaire. Celui-ci, de son côté, exposa sans ambages au congrès les motifs de sa conduite : « Si ces congrès, déclara M. David Holmes, président du comité, doivent être des congrès de Trade- Unions, il faut qu'ils en aient les caractères et ne deviennent pas un pandevioniwn politique, ainsi qu'il arrive depuis quelques années ». Et

M. James Mawdsley, secrétaire d'une Union de fileurs du Lancashire, ajouta : « Le congrès était en danger d'être exploité par des hommes qui sont réellement en dehors du mouvement ouvrier; il était temps de montrer que le congrès des Trade- U nions n'est ni un congrès électoral ouvrier, ni un congrès de VIndependent Labour Party, ni un congrès libéral ou tory, mais simplement un congrès ouvrier ». Cependant, M. J. H. Wilson déposa une proposition infligeant un blâme au Comité Parlementaire et demandant « que le congrès refusât de sanctionner la mise en vigueur du nouveau règlement, jusqu'à ce qu'il lui eût donné son approbation par un vote ». La proposition fut mise aux voix et rejetée par 604.000 voix contre 347.000, soit aSy.ooo voix de majorité.

Sur plus d'un autre point, le congrès de Cardift, débarrassé de l'influence encombrante de presque tous les leaders de VIndepeiident Labour Party, guidé, d'autre part, par l'attitude ferme du parti modéré, donna gain de cause aux partisans de l'ancienne école. Toutefois, considérées dans leur ensemble, les résolutions votées à Cardiff constituent un assemblage des plus étranges : à côté de vœux qui sont un véritable échec pour le collectivisme, il s'en rencontre d'autres qui lui sont absolument favorables : ainsi, la plupart des résolutions collectivistes votées à Norwich sont votées à nouveau et subsistent dans leur intégrité. L'impression qui se dégage de cette réunion est la

suivante : la réforme du Comité Parlementaire a mis un temps d'arrêt aux progrès du socialisme : elle a rallié autour du parti modéré les éléments non encore contaminés par les idées nouvelles; elle a, d'autre part, éloigné des Trade-Unions ceux qui avaient des attaches collectivistes. Ce qui domine, c'est l'absence d'orientation de la grande masse des délégués, qui, non encore habitués à la direction nouvelle des idées, hésitent à abandonner les utopies brillantes qu'ils ont caressées pendant les dernières années.

Grâce au congrès de Cardili", le terrain se trouva déblayé ; pendant l'année qui suivit, les esprits eurent le temps de se calmer et les idées se fixèrent.

Le congrès de 1896, tenu à Edimbourg, refléta ces excellentes dispositions : il constitue, je crois, le premier pas dans la voie nouvelle où le Trade- Unionisme semble appelé à entrer; à ce point de vue, l'œuvre du congrès d'Edimbourg continue l'évolution dont le signal a été donné à Cardififpar le parti modéré.

Dans son discours d'ouverture, le président du congrès de 1896, M. Mallinson, insista spécialement sur deux points : tout d'abord il engagea les socialistes à ne pas développer leurs utopies; d'autre part il recommanda de ne pas confondre les Trade-Unions avec un parti politique ouvrier. « Ayons un parti politique ouvrier, dit-il, mais qu'il soit établi en dehors du Trade-Unionisme et

qu'il ne vienne pas en son lieu et place. La force du Trade-Unionisme a toujours été de fournir aux ouvriers des deux sexes, de toutes les races, de toutes les opinions, un terrain commun où ils pourraient unir leur action pour améliorer les conditions de leur travail. C'est seulement en maintenant cette large base que le Trade-Unionisme peut continuer d'être pour les ouvriers une arme de défense dans la lutte qu'ils ont entreprise. » Ces conseils de M. Mallinson ont porté leurs fruits. On a compris que les socialistes ne sont plus les maîtres au congrès, comme ils croyaient l'être à Norwich ; les socialistes eux-mêmes ont partagé ce sentiment, car ils ont retiré spontanément la résolution par laquelle ils demandaient au congrès de voter le programme socialiste (nationalisation du sol et de tous les moyens de production, d'échange et de distribution des richesses).

Les membres de V Independent Labour Party étaient en nombre relativement restreint au congrès : de leurs champions d'autrefois, il ne restait plus guère que Ben Tillet : encore ce dernier vient-il de se retirer de la scène politique, sa santé ne lui permettant pas de poursuivre ses travaux. Au surplus, V Independent Labour Party a encore baissé, en i8g6 et en 1897, dans l'estime du monde trade-unioniste, qui se rend compte maintenant des menées ambitieuses^ des politiciens.

La fraction collectiviste compte, toutefois, de son côté, un bon nombre de membres. Mais ce

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nombre est bien réduit depuis 1894 et le rôle des collectivistes à Edimbourg a été celui d'une minorité impuissante, ainsi que cela résulte du vote de plusieurs résolutions. Une analyse du congrès ne rentrerait pas dans le cadre de cette étudeCO; signalons toutefois une proposition qui, parmi toutes les motions soumises aux votes du congrès, a fourni aux membres des différents groupes la meilleure occasion de se compter. La résolution suivante avait été proposée par M. Curran, membre de VIndependent Labour Party :

« Dans l'opinion de ce congrès, il doit y avoir contrôle public, toutes les fois que des fonds publics sont affectés à des dépenses scolaires; considérant que notre système actuel d'éducation d'Etat, fondé, comme il l'est, sur le « commercialisme », et en désaccord avec les forces économiques qui tendent vers le collectivisme, ne réfond pas aux besoins d'éducation de la nation, et que dés lors il est de toute nécessité que ce système d'éducation soit complètement refondu et édifié de telle sorte qu'il respecte véritablement le principe de l'égalité des chances ; considérant aussi qu'il est nécessaire d'introduire dans les écoles d'Etat les meilleures méthodes de la pédagogie, afin de procurer à chaque enfant le développement physique, intellectuel et moral qui fera de lui le digne citoyen d'un Etat coopératif; pour toutes ces faisons, nous donnons mandat au Comité Parlementaire d'insister auprès du gouvernement sur l'urgence dune loi conçue suivant les indications de la présente résolution. »

En face de cette motion, qui, il faut le remarquer, fut volée dans ces termes mêmes par le congrès de Cardiff, se dressait une autre proposition: celle-ci, après avoir affirmé, comme la précédente, la nécessité du contrôle public sur

(i ) "Voir le compte-rendu détaillé que le Musée social en a donné dans sa livraison d'octobre 1896.

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les dépenses scolaires de l'Etat, se bornait à demander :

« La réorganisation de notre système d'éducation sur une base plus large et plus démocratique, par l'introduction dans toutes les écoles publiques élémentaires des meilleures méthodes de la science pédagogique, afin qu'il soit possible de procurer à chaque enfant le développement physique, intellectuel et moral qui fera de lui le digne citoyen d'un Etat coopératif; pour toutes ces raisons nous donnons mandat au Comité Parlementaire de suivre attentivement le développement de toute mesure législative relative à l'éducation publique et de faire dans ce but tels actes qu'il jugera opportuns, tout en insistant, en même temps, auprès du gouvernement sur la nécessité d'introduire un projet de loi conçu suivant les indications de cet amendement. »

M. Ben Tillet feignit de ne voir aucune différence entre les deux propositions ; mais son opinion ne fut partagée par personne. Le second projet est, en effet, d'allure beaucoup plus modérée et M. Ben Tillet comprit si bien que l'adoption de ce projet serait une dénonciation du socialisme par les Trade-Unions, qu'il s'épuisa en efforts pour faire passer la première rédaction. Au vote à mains levées, i3i voix contre Ii5 se prononcèrent en faveur de la résolution des modérés. Ben Tillet réclama alors le vote par cartes. Mais ce mode de votation ne fit qu'accentuer son échec en portant à 640.000 le nombre de voix favorables à la rédaction modérée, tandis que l'opinion socialiste ne réunit que 325. 000 voix.

Le même jour, le congrès passa à l'examen d'une proposition ainsi conçue :

« Dans l'opinion de ce congrès, le temps est venu où les différences politiques entre trade-unionistcs doivent cesser d être une

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barrière qui les empêche de s'unir sur un large programme des intérêts des travailleurs; nous donnons mandat au Comité Parlementaire de soumettre aux syndicats la question suivante : Consentez-vous à souscrire un penny par trimestre à une caisse fondée dans le but de soutenir, aux élections législatives, les candidats qui font profession de Trade-Unionisme effectif et qui ne sont inféodés à aucun des vieux partis politiques, tory ou libéral ? »

Le congrès, en repoussant cette motion par i36 voix contre 62, montra que la politique pure ne devait plus jouer dans les Trade-Ujiions qu'un rôle effacé. Cette sage réserve était un progrès considérable quand on la compare au vote par lequel, trois ans auparavant, le congrès de Glasgow reconnaissait la nécessité d'un parti politique ouvrier indépendant, soutenu directement par les T rade-Union s.

A côté de ces résolutions et d'autres encore, qui marquent un retour du congrès vers les anciens principes, certains vœux regrettables ou tout au moins bizarres ont subsisté à Edimbourg. Ainsi, le congrès a voté la nationalisation du sol, des mines et des chemins de fer; il a « invité le gouvernement à présenter une loi obligeant les autorités municipales de tout le royaume à adopter un système de pensions de vieillesse pour leurs employés » ; il préconise « la municipalisation de tous les docks, quais et entrepôts du royaume )). De même, un vœu réclame « une loi générale réduisant dans toutes les professions et dans tous les métiers la durée de la journée de travail à huit heures, etc. ».

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Le congrès tenu en 1897 à Birmingham ratifia la plupart des résolutions votées à Edimbourg. 38i délégués, représentant i. 093.191 ouvriers, y assistèrent. M. J. V. Stevens, de l'Union des ferblantiers, fut élu à la présidence.

Jetons un coup d'œil sur les travaux de ce congrès. Tout d'abord un vœu est adopté en faveur de la nationalisation des terres, des mines et carrières, des docks, des chemins de fer, des canaux. Le congrès vote également la municipalisation des eaux, de l'éclairage et des tramways; un projet de pension pour tous les travailleurs âgés ou impotents; la limitation légale de la journée de travail à huit heures dans tout le Royaume-Uni (par 923.000 voix contre 141.000); la fédération de toutes les Trade-U nions dans un but d'assistance mutuelle. Sur la motion de M. Curran, le congrès exprime sa sympathie à l'Union des mécaniciens, dans la lutte qu'elle a entreprise pour l'obtention de la journée de huit heures Uj.

( I ) La grève actuelle des mécaniciens a son origine dans une requête adressée aux constructeurs de machines par les mécaniciens de Londres, en juin 1897, afin d'obtenir la réduction de leur travail à huit heures par jour. En réalité, ce que les mécaniciens demandaient, c'était seulement que le travail supplémentaire, aujourd'hui d'un usage presque général dans leurs ateliers, commençât une heure plus tôt chaque jour. Sur 270 patrons, 23o accédèrent à cette demande ; les autres soumirent la question à la Fédération des patrons et celle-ci répondit en refusant d'accorder les huit heures et en prononçant le lock-out contre les mécaniciens de Londres et de plusieurs autres districts. L Union des mécaniciens décréta, de son côté, la srréve générale

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Mentionnons aussi l'adoption, par SgS.ooo voix contre 274.000, d'une résolution conçue dans les termes suivants :

« Considérant que le travail des enfants et les abus auxquels il donne lieu de la part du capital sont de nature à nuire aux enfants, en même temps qu'ils constituent une injustice à l'égard des parents et un crime contre la société ; considérant que dans les écoles les classes des enfants riches et leurs récréations sont organisées autrement que celles des fils des travailleurs ; considérant qu'il y a de malheureux parents tout disposés à enlever leurs enfants à l'école pour les envoyer à la fabrique, le congrès estime qu'il est temps que la Grande-Bretagne cesse d'édifier sa puissance et de battre monnaie en sacrifiant des âmes et des vies d'enfants. Dans cette vue, le congrès charge son Comité Parlementaire de demander provisoirement au gouvernement : 1° la prohibition du travail des enfants en dessous de quinze ans ; 2° la prohibition de tout travail de nuit en dessous de dix-huit ans. >■>

D'autre part, le congrès vote à l'unanimité une résolution tendant à donner une plus grande extension au principe de la coopération, spécialement de la coopération productive; enfin, la création d'un fonds spécial pour la représentation directe des intérêts ouvriers au Parlement est repoussée à une forte majorité.

et ainsi, peu à peu, la crise s'étendit à tout le Royaume-Uni. Par le nombre des grévistes, par les secours énormes qui leur sont distribués chaque semaine, par les sympathies excitées dans tous les rangs des travailleurs, par l'attitude énergique des deux parties en cause, la grève de 1897 ^^^ assurément un des plus terribles conflits entre le capital et le travail dont ce siècle ait été le témoin. A ce jour, les négociations entre les délégués de la Fédération patronale et les délégués de l'Union des mécaniciens sont à peine entamées et il est impossible de prévoir quand la lutte prendra fin. Il est toutefois certain, dès à présent, que les conséquences matérielles de la grève seront ruineuses pour les Unions syndicales comme pour les constructeurs de machines.

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Dans ses grandes lignes, le résultat du congrès de Birmingham a été pratiquement le même que celui de la réunion d'Edimbourg. Ce serait commettre une erreur que d'y voir une recrudescence de socialisme ; on peut seulement conclure de la phraséologie propre à quelques résolutions et de l'importance numérique de certains votes, à une légère marche en avant des tendances Néo- Unionistes. Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que, les esprits étant plus ou moins surexcités cette année par la grève des mécaniciens, l'œuvre législative du congrès a pu en subir le contre-coup.

Le vote et l'observation de pareilles lois entraîneraient, à coup sûr, des perturbations profondes dans l'organisation économique et industrielle de l'Angleterre ; il ne faut pas toutefois s'inquiéter outre mesure de leur ratification par les congrès d'Edimbourg et de Birmingham. Cette place réservée dans l'œuvre des congrès au rêve, à l'utopie s'explique par un penchant marqué vers l'idéalisme, penchant qu'on retrouve en Angleterre plus spécialement peut-être qu'ailleurs. Le tempérament anglais est ainsi fait qu'après s'être appliqués avec un sens pratique admirable et une merveilleuse activité à la tâche qu'ils se sont imposée, nos voisins ont besoin aussi d'un délassement complet de leurs facultés; dans leurs moments de repos, ils dépouillent volontiers l'homme d'aftaires qui est en chacun d'eux et complaisamment ils se laissent entraîner à con-

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struire des châteaux en Espagne, autrement dit à se forger un idéal de vie sur la terre. Le congrès annuel des Trade-Umons est une véritable vacance pour quelques centaines de travailleurs anglais; quoi donc d'étonnant à ce qu'ils s'abandonnent penchant ces jours à une manie d'ailleurs sans conséquences, — alors surtout qu'ils y sont sollicités par des apôtres à la langue bien pendue, ceux-ci socialistes convaincus.

De plus, les délégués sont habitués de longue date à se voir soumettre chaque année des vœux identiques, à peu de chose près, aux vœux qu'ils ont votés l'année précédente ; la formule de tous ces vœux est la même : « le Comité Parlementaire est d'avis que... », et « le congrès charge son Comité Parlementaire de faire présenter au Parlement un projet de loi... ou d'insister auprès du gouvernement pour que... «. Or, les délégués n'ignorent point qu'un pas énorme reste à franchir pour que leurs vœux soient transformés en lois et ils savent fort bien que le Comité Parlementaire ne réussit pas, généralement, à remplir sa mission. Nous ne croyons point que les délégués de Birmingham se fassent la moindre illusion sur le sort de leurs résolutions, d'ici au congrès de i8g8. Et même, comme l'écrivait naguère un correspondant du Times, « les congrès des Trade-Unions ont depuis si longtemps l'habitude de voter des résolutions pour toutes sortes de réformes impossibles et ont une telle expérience des résultats

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négatifs qui ont suivi leurs votes, que nous ne pouvons guère nous figurer que les délégués soient fort désappointés lorsque, dans un an, ils s'apercevront que le sol, les mines et les chemins de fer n'ont pas encore été nationalisés, que notre système d'instruction n'a pas encore subi de réforme intégrale, que la taxation des revenus du sol n'a pas encore été fixée et qu'il leur est possible, comme auparavant, de formuler des résolutions sur ces sujets et sur beaucoup d'autres encore ».

Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que, même aux deux derniers congrès, un tiers environ des délégués était favorable à l'opinion socialiste ; comme me le disait un vieux congressman, « ce sont toujours les gens d'opinions les plus avancées qui crient le plus fort » : rien d'étonnant donc à ce qu'ils arrivent parfois à se faire le mieux écouter. C'est le cas de reprendre, en le généralisant, l'aveu d'un socialiste bien connu : M. Edward Aveling écrivait, en effet, à la fin de 1894, dans VEre Nouvelle, au cours d'un article sur le congrès de Norwich, » qu'il ne fallait pas attacher beaucoup d'importance au vote de la résolution de Keir Hardie » (le programme socialiste).

A un autre point de vue encore, on aurait tort de conclure de certains votes des congrès d'Edimbourg et de Birmingham à la force du socialisme dans les Trade-Unions. « S'il résulte de la comparaison des divers scrutins qu'un tiers environ des

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mandataires délégués était favorable à l'opinion socialiste, cette proportion est loin de se retrouver parmi les mandants eux-mêmes, surtout parmi ceux appartenant à des professions spécialisées. Par exemple, la nationalisation des mines, qui, depuis une quinzaine d'années, est votée régulièrement par tous les congrès, est une question qui laisse indifférente la quasi-unanimité des mineurs; ceux-ci ne l'ont jamais examinée, elle ne les intéresse pas » (i).

En nous basant sur ces diverses considérations, nous croyons pouvoir conclure que, dans ces dernières années, les Trade-Unions ont manifesté une tendance toujours plus marquée à s'affranchir des utopies socialistes et de l'esprit de politique pure, pour inaugurer une tactique rajeunie où le self-help sera combiné avec les exigences de la situation nouvelle et, en particulier, avec certain recours à l'Etat.

Il ne faut donc pas regarder la naissance du Néo-Trade-Unionisme comme un malheur pour la destinée des organisations syndicales : ce mouvement, considéré en lui-même, était juste ; il témoignait d'une louable vitalité et il a donné aux anciennes Unions un renouveau de vigueur. On peut regretter les exagérations auxquelles le Néo- Unionisme a donné lieu, à ses débuts : mais ces

(i) Mtisée Social, (octobre 1896); p. i5i.

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exagérations marquaient l'exubérance d'organismes complètement neufs et inexpérimentés ; aujourd'hui elles ont presque disparu. Le développement de l'organisation syndicale est nécessairement favorable aux idées de modération. Le seul fait que de jeunes Unions ont pris naissance prouve déjà que les ouvriers de catégorie inférieure ont senti la nécessité de défendre leurs intérêts et compris qu'eux seuls, au moyen d'Unions fortement organisées, peuvent les défendre. A diriger ces intérêts, les plus turbulents se sont assagis, ont acquis de l'expérience : ils comprennent de mieux en mieux qu'au lieu de s'adresser à l'Etat pour l'obtention de satisfactions chimériques, ils doivent plutôt compter sur eux-mêmes pour la réalisation des améliorations possibles ; ils recourent dès lors aux moyens qui ont fait le succès de leurs devanciers et ils constituent des syndicats de plus en plus semblables aux anciennes Unions par l'organisation; ainsi augmentent tous les jours, parmi les travailleurs anglais, la confiance mutuelle et la solidarité qui doivent assurer leur marche vers un avenir meilleur.

Quelques esprits prévenus, semble-t-il, contre les manifestations du Trade-Unionisme — et, particulièrement, du Nouvel Unionisme, — voient dans la grève actuelle des mécaniciens le triomphe de ce qu'ils appellent « les exigences malsaines du Trade-Unionisme » ; on laisse même entendre que cette grève et l'agitation qui règne aujourd'hui

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dans le monde syndical anglais seraient le prélude d'une période d'hostilité ouverte entre le capital et le travail, tandis que la poussée presque générale en faveur de la journée de huit heures marquerait un nouveau pas dans la voie collectiviste. Aux Trade-Unions on oppose la National Free Labour Association :

a Contre les tendances actuelles des Trade- Unions, écrit la Réforme Sociale, et contre l'action despotique qu'elles cherchent à exercer sur l'ensemble des travailleurs anglais, souvent même sur leurs propres membres, une réaction a fini par se produire. Elle s'est manifestée par la fondation, il y a cinq ans déjà, d'une association rivale, la National Free Labour Association. Formée d'ouvriers demandant la liberté du travail, elle se recrute pour une grande partie parmi les unionistes révoltés contre le joug intolérable que fait peser sur eux ce qu'ils nomment le New - Unionisni, c'est-à-dire les syndicats transformés d'après les principes chers au cœur des politiciens socialistes » (i).

Nous ne croyons pas qu'il faille attacher une bien grande importance à la National Free Labour Association. Comparée aux Trade-Unions, cette organisation a joué jusqu'ici un rôle minime dans l'histoire des revendications du travail en Angleterre; à coup sûr, elle ne représente pas, comme les Trade-Unions, le « travail organisé » dans le

(i) Réforme Sociale, ler novembre 1897.

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Royaume-Uni. Et il n'est même pas exact de dire que les membres les plus conservateurs des Trade- Unions, les Anciens Unionistes, font partie de cette association. En effet, les mineurs du Durham et du Northumberland, quoique opposés plus que jamais à l'interventionnisme, n'en sont pas moins restés membres des Trade-Unions et assistent à leurs congrès ; ils se bornent à protester par leur attitude contre les idées qu'ils ne partagent pas.

Le Spedator, journal connu pour ses tendances conservatrices, écrivait le i6 octobre dernier : « Nous n'avons pas une bien haute opinion de la National Free Labour Association, quoique ses leaders assurent qu'elle compte deux cent mille membres. Quelle place ces membres occupent-ils dans le monde du travail? La moitié, croyons-nous, ne demanderait pas mieux que d'entrer dans les anciennes Unions, si cela était possible; les autres paraissent actuellement tout disposés à constituer de leur côté des syndicats organisés sur le type des anciennes Unions. »

Il semble que la National Free Labour Association a toujours été et est, aujourd'hui plus que jamais, une arme de guerre à l'usage des patrons dans leur lutte contre les Trade-Unions. Les patrons ne demandent pas mieux que de favoriser une association se posant en rivale des Unions syndicales; plusieurs d'entre eux exercent même une pression sur leurs ouvriers, qu'ils tâchent d'enrôler dans les rangs du Free Labour,

S'il ne faut pas voir dans les Frce Labourers les sauveurs de l'avenir, il ne faut pas davantage considérer les Trade- Unions comme disposées actuellement à mettre en danger l'ordre social par leur attitude dans la grève de 1897. Tout d'abord, cette grève n'a aucune connexité avec la propagande socialiste. De plus, la réduction des heures de travail en vue de laquelle elle fut décidée n'a pas, en Angleterre, le caractère excessif qu'elle aurait sur le continent. En effet, l'Etat a adopté dans ses ateliers la journée de huit heures et plusieurs établissements privés ont imité son exemple; d'ailleurs, dans la grève actuelle, un bon nombre de patrons ont accédé à la requête des ouvriers. Si la lutte a pris des proportions aussi formidables et semble à quelques-uns devoir creuser davantage l'abîme qui règne entre le capital et le travail, la faute en est, croyons-nous, beaucoup moins aux Trade- Unions qu'aux patrons. Ceux-ci, en refusant de prêter l'attention voulue aux propositions des ouvriers, mécontentèrent ces derniers; puis, ils traînèrent en longueur les pourparlers avec l'Union des mécaniciens, écartant à plusieurs reprises l'idée d'un arbitrage, différant jusqu'au milieu de novembre de conférer avec les délégués de l'Union. Ils ont montré par là, comme me l'écrivait récemment une publiciste anglaise, Mrs Crawford, que leur but était avant tout de briser les Unions en les acculant à une résistance désespérée. L'attitude des patrons a d'ailleurs

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été l'objet de réprobations émanant de milieux divers et les mécaniciens en grève ont trouvé des sympathies et des secours dans toutes les classes de la société et même en haut lieu.

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