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Le mouvement du travail est un mouvement religieux

2. — La religion du mouvement du travail n'est pas une religion de classes, mais bien une religion qui se propose de grouper les membres de toutes les classes dans un commun effort pour l'abolition de l'esclavage industriel.

3. — La religion du mouvement du travail n'est ni sectaire, ni dogmatique : c'est une religion libre, qui laisse à chaque homme la faculté de régler, comme il l'entend, ses rapports avec la Puissance à laquelle il doit l'existence.

4. — L'émancipation du travail ne peut être réalisée que pour autant que les hommes apprennent à connaître les lois économiques et morales de Dieu et s'efforcent, de tout leur pouvoir, d'y conformer leur conduite.

5. — Le développement des qualités individuelles et l'amélioration des conditions sociales sont nécessaires pour émanciper l'homme de son esclavage moral et social.

Quels sont les rapports de la Labour Church avec VIndependent Labour Party?

Je cède ici la parole à M, Sims, que le lecteur a appris à connaître plus haut et qui s'occupe activement de la Labour Church, à Bolton.

« Ces deux groupes, me dit-il, sont entièrement indépendants l'un vis-à-vis de l'autre ; il ne faut pas les confondre : beaucoup de membres de VIndependent Labour Party ne sont pas membres de la Labour Church et la réciproque est tout aussi vraie. Cependant il y a une connexion étroite entre ces organisations et la raison en est que chacune d'elles trouve dans l'autre son principal appui. La Labour Church a besoin du Parti Indépendant, dont les membres sont particulièrement disposés à accueillir sa propagande, à seconder et même à diriger ses efforts. Le Parti Indépendant, de son côté, a trouvé dans la Labour Church un.

puissant soutien. La nécessité d'avoir une religion existe pour tout le monde, même pour les socialistes..., que dis-je? surtout pour les socialistes. Le but des socialistes est, en effet, le perfectionnement des individus. Or, rien n'est plus propre à la réalisation de cette fin que l'entretien constant, dans le peuple, de l'émotion religieuse, et ceci s'applique spécialement à l'Angleterre, pays où chacun est plus ou moins porté vers le sentiment religieux. Le peuple anglais a besoin d'une religion ; il ne se sent pas suffisamment nourri par la perspective des seuls avantages matériels de la vie, il veut un idéal plus élevé...

— Mais, qu'entendez-vous par religion?

— Par religion, nous entendons la réalisation la plus adéquate du bonheur sur cette terre. A la base de notre religion est l'amour mutuel de tous les hommes. Nous ne repoussons pas le culte à Dieu ; nous le reconnaissons même comme nécessaire ; mais chacun peut le lui rendre de la façon qu'il juge la plus convenable. Pour moi, j'admire beaucoup le Christ, mais je me borne à prendre dans ses enseignements ce qu'ils contiennent de socialiste...

» Nous, socialistes, nous avons tout à gagner en donnant à notre propagande une base religieuse. La religion du travail que nous préconisons est un puissant instrument de succès pour la cause sociaHste, parce qu'elle amènera insensiblement au socialisme et les enfants, toujours attirés par ce

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qui est beau ou touchant, et les adultes, même ceux qui, actuellement, ne voudraient pas se faire membres de VIndependent Labour Partv.

» La Labour Church répond parfaitement à ces besoins de l'homme du peuple anglais. Sa carac^ téristique est la liberté la plus entière. Elle n'est pas une organisation socialiste, mais elle est ouverte à tout le monde, aux socialistes comme aux non-socialistes, à ceux qui croient au Christ comme à ceux qui ont foi dans Bouddha. Les membres de VIndependent Labotir Party dominent, il est vrai, dans nos trente ou quarante Labour Churches. Mais il s'y trouve aussi des adhérents qui se croiraient compromis en assistant à un meeting du Parti Indépendant : ils n'iraient pas entendre Tom Mann parler dans une réunion d'Indépendants, mais demain ils iront en foule à un service de la Labour Church, écouter un discours socialiste du même Tom Mann. »

Tom Mann, dont nous voulons dire quelques mots, en terminant ce chapitre, est un des membres les plus convaincus de VLidependent Labour Party et de la Labour Church. Agé de quarante ans à peine, il a déjà fourni une carrière bien remplie. Après s'être intéressé presque exclusivement, jusqu'en 1882, aux mouvements trade-unioniste et coopératif, il passe brusquement au socialisme et devient, en i885, un membre actif de la Social- Democratic Fédération. Dès lors il parcourt tout le pays, propageant les principes marxistes et recher-

chant, surtout dans le Nord, des adhérents au collectivisme. Bientôt ses préférences le portent à embrasser la cause des travailleurs les plus déshérités. Après avoir déposé dans le Nord de l'Angleterre les germes du parti ouvrier, il revient à Londres, en 1889, pour y organiser l'Union des ouvriers du gaz et diriger, avec John Burns, la fameuse grève des dockers. A la fin de cette grève, Tom Mann est nommé président de l'Union des dockers, dont il organise les forces jusqu'en 1892. Par le désintéressement qui inspire ses actions, il s'acquiert l'estime d'un grand nombre d'ouvriers; il devient même, à un moment donné, le chef du mouvement Néo-Unioniste et est nommé au poste de secrétaire des T rade-Unions. L'on sait comment, à la suite du coup d'état de Cardiff, en 1895, Tom Mann se vit exclu du Comité Parlementaire et du congrès des Trade-Unions ; en échange, il recueillit aussitôt le secrétariat de VIndependent Labour Party, qu'il a conservé jusqu'aujourd'hui.

« Tom Mann, me disait un jour un membre de la Fabian Society, est ce que nous appelons a very clever man (un homme très capable) ; son grand défaut et, malheureusement, le trait dominant de son caractère, c'est qu'il est par trop changeant : tour à tour disciple de Henry George, membre de la Fédération, trade-unioniste et coopérateur, libéral convaincu dans la London Reform Union, — qui est plus Fabienne que les Fabiens eux-

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mêmes, — leader, enfin, de VIndependent Labour Parfv, il laissait entendre, il y a une couple d'années, que, s'il pouvait rentrer dans les Trade- U nions comme secrétaire, il n'hésiterait pas à abandonner le poste qu'il occupe aujourd'hui dans le Parti Indépendant. »

Tom Mann est, au surplus, un esprit profondément religieux. Peu s'en est fallu qu'il acceptât un poste dans le clergé de l'Eglise anglicane et ce ne fut pas sans peine que ses amis parvinrent à l'en dissuader. Il est compté actuellement parmi les principaux leaders du mouvement religieux démocratique dont la Labour Church est une des manifestations.

Parler de Tom Mann, c'est évoquer presque nécessairement la figure de John Burns. Nous consacrons à ce dernier le chapitre suivant.

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