Attribution du droit de suffrage à tout le peuple
4. Abolition des fausses maximes qui servent de base aux distinctions de classes.
M. Headlam et les socialistes chrétiens de l'extrême gauche défendent avec une insistance spéciale le principe de la nationalisation du sol. Sur ce point, ils acceptent les doctrines de Henry George et ils rejettent l'idée d'une compensation à accorder aux propriétaires. Ils soutiennent que l'impôt sur le
(i) Rev. Stuart Headlam : Christian Socialism. Voir aussi le manifeste de la Gttild of Sf Matthew intitulé : Clérical appointme7it and temire.
sol doit être élevé graduellement à vingt shillings par livre sterling; mais, disent-ils, cette mesure s'établira d'une façon si lente que le dommage causé aux propriétaires sera bien moindre qu'on se l'imagine. « D'ailleurs, écrit M. Headlam, un système de compensations serait profondément injuste, car que sont les propriétaires, sinon des spoliateurs, qui tombent sous le coup du huitième commandement : «Tu ne voleras point». En effet, ce qui donne au sol sa plus-value énorme, c'est le nombre des habitants, des travailleurs qui l'avoisinent. Or, qui empoche le bénéfice ainsi réalisé? Les landlords, tandis que ceux qui ont tout produit en sont exclus. » Et à l'appui de cette démonstration, M. Headlam accumule des textes de l'Evangile et des paroles du Christ, dont la conclusion invariable est que, s'il y a en ce monde des gens qui méritent tous les maux et de véritables voleurs, ce sont les riches.
La propagande de la Giiild of 5' Matthew est analogue à celle de la Christian Social Union, mais son influence est bien moindre auprès du clergé anglican. Ceci nous permet de formuler une conclusion générale par rapport à l'ensemble du socialisme chrétien anglais.
En réalité, un certain nombre de membres du clergé protestant d'Angleterre montre, depuis quelques années, une vive sympathie pour les réformes sociales, mais, en dehors d'un groupe restreint, le socialisme n'a jusqu'à présent guère de
28o SOCIALISTES ANGLAIS.
prise sur eux. D'une façon plus spéciale, le socialisme chrétien ne paraît pas appelé à jouer en Angleterre un rôle bien considérable. Il n'y a presque pas de « socialistes chrétiens » dans la véritable acception du mot. Un bon nombre d'entre eux, comme nous l'avons vu, ne se disent même pas socialistes; d'autres, qui s'appellent socialistes, sont seulement partisans d'un ensemble de réformes dont ils ne précisent pas toujours la portée, mais qu'ils décorent du nom de socialisme, parce que, disent-ils, « ils croient que ce terme est celui qui répond le mieux aux idées chrétiennes de charité et de justice » . Quant à ceux qui sont véritablement socialistes, le lecteur a pu juger que la plupart ne sont guère « chrétiens » ou que, du moins, ils ont créé à leur usage un christianisme de fantaisie.