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LEUR UTILITÉ POUR LES ÉPARGNANTS

Devant l’extrême diversité et le nombre considérable des titres qui se traitent sur les grands marchés internationaux, le capitaliste, même averti, éprouve quelques difficultés à se constituer un portefeuille présentant la plus grande sécurité possible et offrant le rendement maximum. Il en est de même — quoique à un degré moindre — en ce qui concerne les marchés simplement nationaux. Comment, par exemple, pour le capitaliste français moyen, ne pas se fourvoyer parmi les quelque 2.500 titres inscrits actuellement au marché officiel de Paris (1) ?

(1) Ces titres représentaient, en septembre 1931, une valeur globale de 400 milliards de francs environ (dont plus de 300 milliards, il est vrai, pour les seules rentes et obligations industrielles).

Voir l’ Annuaire analytique des Sociétés cotées. Editions de la Société de Statistiques économiques et financières, Paris, 1932.

Et nous ne parlons pas des valeurs figurant à la cote du syndicat des banquiers au comptant ou à terme (coulisse), — il y en a plus de mille — ni de celles que rassemble le « Marché hors cote » (400 titres environ), ni de celles qui sont cotées dans les 6 Bourses à Parquet de province (Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Toulouse), ou dans les Bourses sans Parquet, comme Nancy, Nice, etc.

Nous sommes loin des 126 valeurs qui, en 1852, époque où commençait le grand mouvement d’expansion industrielle, figuraient à la cote officielle de la Bourse de Paris (2).

La gestion rationnelle d’un portefeuille moderne, la détermination du moment opportun pour vendre ou acheter, la conduite à tenir devant des événements politiques ou économiques susceptibles d’influencer Îe marché, sont autant de questions auxquelles le capitaliste a parfois quelque peine à trouver une solution.

D'ailleurs, serait-il suffisamment averti et assez riche pour effectuer les placements les meilleurs qui soient, pour les diversifier convenablement de manière à obtenir une bonne répartition des risques ($), qu’il n'aurait pas toujours les loisirs nécessaires pour surveiller minutieusement son portefeuille. Or, cette

(2) Pujo,*op.-cit..p. 12;

(3) On trouvera dans l’article de M. A. P. de Mirimonde déjà cité (« L’assurance des risques de placement »), une énumération intéressante de ces risques, logiquement classés : d’une part en risques particuliers à chaque entreprise, risques professionnels, risques régionaux ou nationaux, risques internationaux: d’autre part, en risques naturels, risques fechniques, risques politiques, risques financiers, risques économiques.

Mains

surveillance est plus nécessaire aujourd’hui que jamais ; elle est indispensable de la part du capitaliste qui ne veut pas voir disparaître le fruit de son travail et de son ‘économie et celui des générations qui l'ont précédé. Car le temps n’est plus des fortunes « édifiées en s’asseyant dessus (quel langage !) ({) ». Supposez, par exemple, dit M. Hacault, un capitaliste assez riche et doué de flair pour avoir su, à la fin de novembre 1907, -— époque qui fut, dans la période qui précède la guerre de 1914, le moment de la dépression boursière maxima — investir un million en valeurs mobilières alors considérées comme des valeurs « de père de famille », « dorées sur tranche ». Voici les achats raisonnés, répartis en tranches de 200.000 francs environ, auxquels il a abouti, en date du 3 décembre 1907 :

Acheté Cours Total 44 actions de capital Suez (nominal 500 fr.) ..... 4.590 » 201.960 »

168 actions Crédit Lyonnais 1.190 >» 199.920 >» 119 actions Rio Tinto .... 1.685 » 200.515 »

460 actions De Beers ord. 434 » 199.640 »

113 actions Ch. de fer Nord 1.760 » 198.880 >»

PE Le 1 bu ee 1.000.915 »

Les frais d’achat sont pris sur le revenu et passés

par frais généraux.

(4) Raoul Hacault. Préface de l’ouvrage de L. L. B. Angas, intitulé « Investment » (Traduction française de Gaël Fain, Paris, 1931).

Placement excellent et définitif ! Les années passent. Les événements se déroulent,"parmi lesquels la grande guerre. Remarquez qu'aucune des sociétés choisies par notre capitaliste n’en est touchée dans ses œuvres vives (pas même la Compagnie des chemins de fer du Nord). Les années passent encore et nous voici aujourd’hui, vingt-quatre ans après. Nous avons supposé notre portefeuille demeuré immuable, bloqué dans un coffre. Seuls auraient pu le modifier des droits de souscription à de rares augmentations de capital ; nous supposons, pour la commodité du calcul, qu’ils ont été vendus et employés comme un revenu, ce qui est une théorie pratiquée par d’aucuns. Supposons aussi, pour simplifier, qu'il n'y ait pas eu d'amortissement d’actions de capital. Que représente, au 5 novembre 1931, le capital investi dans des conditions si sûres en valeurs à revenu variable si habilement choisies ?

La cote nous l'indique avec sa froide impartialité :

88 actions de capital Suez fa ne (nominal 250 fr.)..... 13.275 » 1.168.200 »

168 actions Crédit Lyonnais 1.875 » 315.000 » 119 actionsuRio#Tinto UOTE 203.966 >»

460 actions de Beers ord.. 312 » 143.520 +»

113 actions Ch. de fer Nord 1.905 » 215.265 » AL EO LAINE EE een 2.045.951 »

C’est à peine plus que le coefficient 2, alors que nos malheurs monétaires exigeraient le coefficient 5, et qu'une équivalence de pouvoir d’achat réclame-

rait au moins le coefficient 6. Calculé en or, notre placement si prudent de 1907 s’est déprécié des 2/3.

Sans doute, nous avons pris comme terme final de comparaison l’époque où sont écrites ces lignes, c’està-dire une heure de profonde dépression boursière ; mais elle est comparable à l’heure où avait été choisi le premier terme, époque de crise boursière, elle aussi. Que si l’on veut épiloguer sur l’usage des droits de souscription (en Crédit Lyonnais, en Rio-Tinto), admettons que ces droits aient été utilisés à souscrire et que, par suite, le nombre d’actions possédées se soit accru, et représente au total un capital actuel de 2 millions 1/2, si l’on veut. Sans nous embarrasser de chiffres précis, nous constatons — c’est le seul point à retenir et qui nous paraisse incontestable, — que,

“malgré toutes les chances mises dans le jeu, l’enrichissement ne s’est pas produit, l’immobilité n’a pas été profitable.

Peut-être un autre choix de valeurs eut-il donné de meilleurs résultats ; il serait trop facile de faire ce choix après coup, ou d'éliminer les titres qui ont laissé un déchet, pour ne garder que les meilleurs. On peut toutefois tenir l'exemple que nous avons donné comme le type d’un placement moyen en valeurs à revenu variable, basé sur la plus grande sécurité du moment. Au reste, d’autres démonstrations aboutiraient à une conclusion analogue. M. Alfred Neymark a établi, durant de longues années d’avantguerre, dans chaque numéro du journal « Le Rentier », des placements types sous la rubrique « Que

faire de son argent ? ». Il accolait ainsi cinq ou six types d’actions industrielles de bon aloi, et autant d’obligations, pour obtenir un rendement net moyen de 4 % environ. Reprenez ses tableaux et, sans tenir compte des obligations qui se sont dépréciées automatiquement en même temps que la monnaie dans laquelle elles étaient libellées, suivez le sort du capital actions à travers toutes ses vicissitudes : la perte variera, suivant les cas. Mais, là encore, l’immobilité n’aura pas été profitable.

Ajoutons enfin que le capitaliste est souvent dans l'impossibilité de posséder dans les milieux financiers internationaux des relations suffisantes pour être informé en temps utile de lopportunité de tel ou tel placement ou de certaines réalisations urgentes.

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Les Sociétés de placement (du modèle britannique) nous paraissent précisément susceptibles d'apporter à ces graves problèmes la plus heureuse solution. M. Christian Lazard résume ainsi qu’il suit (5) les avantages qu'elles peuvent et doivent procurer aux capitalistes.

« D’abord, et surtout, elles confèrent la sécurité, « tant par la division des risques que par laccumu- « lation des réserves. À ce double titre, le trust de « placement constitue pour ses actionnaires une

(5) Dans la « Revue des Deux Mondes », n° du ler février 1931.

sorte d'assurance contre la perte, et c’est là un point sur lequel on ne saurait trop insister,

« En outre, le choix des placements est fait par des. hommes de métier mieux renseignés que la moyenne des capitalistes, généralement absorbés par les soucis de leur profession. Les gérants, dont le rôle est d’être sans cesse à l’affût des nouvelles, sont mieux placés que les particuliers pour pouvoir saisir l’occasion de réaliser un bénéfice ou de se débarrasser d’une valeur en limitant la perte. Comme ils représentent des capitaux importants, ils sont à même d'obtenir des renseignements sé-

rieux et précis en s'adressant directement au siège

des sociétés. Quand le Trust a pris une certaine

extension, les établissements spécialisés dans les émissions prennent l’habitude de proposer aux gérants des titres avant la souscription publique, titres que le Trust peut acquérir ainsi dans de meilleures conditions que les particuliers.

« Les frais de commission et courtage sont réduits au minimum pour les Trusts, qui opèrent en Bourse par paquets importants.

« Le Trust décharge le capitaliste de toutes les formalités ennuyeuses qu’exige la gestion d’un portefeuille, par exemple d’aller toucher des dividendes pour quelques titres isolés, de signer et d’envoyer des pouvoirs, de surveiller les émissions nouvelles, d'examiner s’il y a lieu ou non d’exercer les droits de souscription, le cas échéant de vendre ces droits. Au cas de vente de ces droits de souscription, le Trust, qui en détient un grand nombre,

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« pourra obtenir un meilleur prix que les particu- « liers. »

Lors de l’ouverturé d’une succession, il sera plus simple de déclarer une valeur unique qu’un grand nombre de valeurs diverses.

Enfin, les bonnes valeurs de Trust ont, en général, . un marché large, et il est facile de s’en débarrasser si l’on a besoin d’argent.

« Cet ensemble d'avantages matériels », conclut M. Lazard, « justifie déjà largement l’existence des « Trusts de placement, mais il me semble qu'on peut « leur reconnaître en outre des avantages sociaux « très appréciables, puisqu'ils peuvent servir à dé- « tourner leurs actionnaires de toute idée de spécu- « lation et à les protéger contre les dangereux « tuyaux » qui sont prodigués à tous les capitalistes « par des intermédiaires, dont on peut dire sans « exagérer qu'ils ne sont pas toujours absolument « désintéressés. »

Reprenons en détail les plus importants des points ci-dessus.

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&« SAFETY FIRST ». — LA SOCIÉTÉ DE PLACEMENT CONFÈRE LA SÉCURITÉ DU CAPITAL ENGAGÉ

Tous les placements présentent à la fois une somme de qualités et certains risques : risques provenant de la nature des titres, risques géographiques, risques industriels. Quand on procède à l'achat de valeurs

mobilières, on doit envisager chacun de ces risques, et, pour parer dans une certaine mesure à leurs conséquences éventuelles, il faut s’efforcer de répartir ses placements en un grand nombre (f) de valeurs diverses. La règle est logique. Elle répond à un principe du calcul des probabilités et au vieil adage qui recommande de « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». Cependant, de bons esprits ne partagent pas cet avis, et le grand industriel américain Carnegie, par exemple, soutenait que plutôt que d’éparpiller tous ses œufs dans de nombreux paniers, il vaut mieux les mettre tous dans le même panier et le bien surveiller.

D’autres sont moins absolus, dans un sens comme dans l’autre. C’est ainsi que M. André Liesse fait observer (7) que Ia division des risques, « tout en de- < meurant une règle à conserver, tend à ne plus « offrir aujourd’hui la probabilité d’efficacité rela- « tive qu’elle avait avant la guerre. En dépit de la « politique douanière de réaction suivie par la tiès « grande majorité des nations, il existe, entre les « marchés financiers du globe, une solidarité gran- « dissante. La répercussion de. Ia crise de Wall « Street, il y a un an, s’est fait sentir partout, avec « plus ou moins d’intensité il est vrai, toutefois avec

(6) C’est à dessein que nous ne disons pas « dans le plus grand nombre possible. ». Car la Société de placement, tout en répartissant ses risques, doit éviter d’avoir une poussière de titres. Pour que sa surveillance soit efficace, elle doit, à notre avis, limiter à 150 au 200, par exemple, le nombre des paquets de titres qu’elle détient.

(7) Dans l’ « Economiste Français » du 22 novembre 1930, sous le titre « Tentatives de protection de l'épargne ».

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« une universalité indiscutable. On n’ignore pas non « plus cette sorte de phénomène, comparable à celui « de l'induction en électricité, qui entraîne les va- « leurs similaires, de qualité bien différente souvent, « dans une poussée de hausse ou dans une chute de « baisse. »

Nous croyons, quant à nous, que la formule de la Société de placement permet de concilier heureuse: ment toutes les opinions, puisque lactionnaire de Investment Trust n’a qu’un panier à surveiller (c’est l’Investment Trust lui-même), mais que ce panier est pour ainsi dire lui-même placé dans plusieurs centaines d’autres panier$ à la fois (ce sont les Sociétés dont l’Investment Trust est actionnaire) (8).

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M. Varangot (?) a très bien exposé les différents aspects qu'on doit successivement envisager pour obtenir une répartition judicieuse de ses placements. Nous les résumons ci-dessous :

I. — Diversification au point de vue du caractère des placements :

a) Placements « de tout repos », en valeurs parfaitement garanties, mais d’un rapport relativement faible ;

b) Placements plus spéculatifs en valeurs présentant plus d’aléas, mais aussi d'importantes chances

(8) Voir A. Druart : « Le Trust de placement ». (9) Varangot, op. cit. pp. 102 sqq.

de plus-values et un rendement particulièrement élevé.

IT. — Diversification au point de vue de la nature des valeurs (1) :

a) Valeurs à caractère obligataire, dites à revenu fixe : rentes, obligations, bons ;

b) Valeurs dites à revenu variable : actions (actions ordinaires de valeur nominale différente, actions de préférence de rangs divers, etc...) ; parts de fondateur ;

c) Valeurs mixtes : obligations à revenu variable, obligations participantes, actions privilégiées cumu-

latives.

III. —— Diversification au point de vue géographique et politique.

Répartition des placements entre pays neufs et pays arrivés à un stade avancé de perfectionnement

industriel et social.

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