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Quelle que soit son origine, la holding peut et doit jouer, une fois constituée, un rôle économique de première importance. À cet égard, elle l'emporte de beaucoup sur la Société de placement pure. Et peutêtre peut-on trouver dans ce fait une sorte de justification de la tendance qu'ont, trop souvent à notre avis, les dirigeants des Investment Trusts américains à orienter leur activité vers le contrôle des Sociétés dont l’Investment Trust est actionnaire.
Nous nous proposons de montrer rapidement comment la holding, par le fait même qu’elle coordonne les activités des entreprises groupées sous son contrôle, réduit les frais généraux de chacune d'elles ; comment aussi, en s’interposant entre l'épargne et l’industrie, elle peut alimenter celle-ci en capitaux à un prix modéré ; comment, enfin, en apportant aux producteurs une prospérité à laquelle participent les salariés, les consommateurs et même les épargnants, elle contribue à donner une assiette solide aux finances publiques, dont le désordre est à la fois un effet et une cause de troubles économiques. |
SECTION PREMIÈRE LE SERVICES QUE LA. HOLDING REND A SES FILIALES Bien des Sociétés de portefeuille, nous l’avons vu notamment à propos des banques d’affaires (‘), inter-
viennent dans la gestion d’entreprises industrielles, entre lesquelles elles peuvent établir d’utiles liaisons.
(4) Voir supra, p. 62.
Elles les surveillent, ne serait-ce que pour sauvegarder le capital qu’elles y ont engagé; elles leur apportent le concours d’administrateurs expérimentés; souvent, elles leur consentent des avances de fonds, aide financière qu’elles accorderont d’autant plus volontiers qu’elles verront, dans les entreprises patronnées par elles, une clientèle pour leur département bancaire.
Les holdings bien gérées font du « financement » dans un autre esprit. Sans doute, elles procurent les capitaux nécessaires à Ja création d’une entreprise nouvelle, qui ne pourrait pas se constituer s’il lui fallait s'adresser directement au public, ou qui ne le pourrait qu’en assumant des charges excessives. Elles ressemblent par là aux Sociétés de « lancement » (< promoting companies »), et aux Syndicats financiers. Mais elles en différent très heureusement en ce sens que — du fait même que les fonds dont elles disposent ne leur ont pas été confiés à court terme (les holdings n’acceptent guère de dépôts) — elles attendront qu’une entreprise nouvellement créée ou réorganisée soit devenue productive, pour inviter le public à y participer. Elles auront soin, d’ailleurs, de conserver par devers elles des ressources liquides suffisantes pour être en mesure de pourvoir — aux époques où l’argent se fait rare — au développement des entreprises qu’elles patronnent. A ce titre, elles méritent le qualificatif de « sociétés de financement » (« financing companies ») dans le meilleur sens du mot.
La holding ne se borne d’ailleurs pas à assurer les
opérations financières isolées que ses filiales peuvent avoir besoin de réaliser. Elle assure aussi en permanence la trésorerie du groupement qu’elle contrôle, et cela, à meilleur compte que si ses diverses filiales devaient le faire elles-mêmes, chacune pour son compte. La holding emprunte en effet aux meilleures conditions possibles, en raison de son importance même et de l'intérêt qu'ont, de ce fait, les grandes banques à s'attacher sa clientèle. Elle répartit ensuite entre ses filiales, suivant les besoins de chacune, les fonds qu’elle s’est ainsi procurés.
D'autre part, parmi les nombreuses filiales d’une grande holding, il en est qui peuvent avoir, à certaines époques, des fonds disponibles. Comment les mieux utiliser qu’en les remettant à la holding, qui pourra dès lors les mettre à la disposition de celles de ses autres filiales qui sont au même moment en quête d'argent ?
Ainsi la holding joue-t-elle à la fois le rôle de banquier et de: caisse de compensation pour tout son groupe, et cette forme d'activité, profitable aux filiales, est aussi pour la Société-mère une source importante de revenus.
Remarquons cependant, écrit à ce sujet M. Janin (5), « que les avances consenties par une Société « de contrôle à ses filiales sont des créances d’un ca- « ractère particulier. Elles sont, en effet, accordées le « plus souvent à des sociétés dont le développement « est en cours où qui ont besoin d’un appui pendant
(5) Janin, op. cit. p. 99.
Pts
< une période difficile de leur existence. Ces filiales « seraient donc très embarrassées et parfois mises en « fâcheuse posture si elles se trouvaient dans l’obli- « gation de les rembourser (6).
« La Société-mère est ainsi tenue de laisser ces som- < mes à la disposition de ses filiales (pendant tout le <« temps qu’elles jugent nécessaire), sous peine de < manquer au rôle de soutien financier qu’elle s’est « fixe. À son propre point de vue, elle doit donc con- « sidérer que de telles avances sont des immobilisa- < tions, au même titre que les participations qu’elle < possède dans ses filiales. Une Société de contrôle « bien gérée n’avancera donc des fonds à ses filia- «< les qu’au moyen de ressources dont elle est assu- « rée de conserver la libre disposition pendant une
« ceciaine période ».
Quand elle est assurée de l’appui financier d’une holding puissante et bien dirigée, une entreprise peut avoir une politique à plus longue vue, mieux entretenir et renouveler davantage son outillage, que si elle n’avait à compter que sur ses propres moyens. De plus, en raison des concours techniques qu’elle
(6) Nous ajoutons ici, « d’un seul coup ». C’est ce qui s’est passé dernièrement pour la « Société Cotonnière de Saïgon », au capital -de 20 millions de francs, une des nombreuses filiales de la « Société Financière Française et Coloniale » (groupe Octave Homberg). Au cours de l’Assemblée générale cxtraordinaire du 3 novembre 19%1 qui a dû prononcer la dissolution anticipée de ia Cotonnière de Saïgon, la Financière Française et Cuiloniale s’est vu accuser d’avoir étranglé sa filiale en exigeant d’elle le remboursement immédiat des 900.000 franes qu’elle lui devait. (Voir « la Vie Financière », du 6 novembre 1931).