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modent généralement à l'Etat et doivent vivre en paix avec lui ; et le prix en est qa'eiles ne 8*opposent point à ses bats, mais an contraire aident & leur réalisation.
Il était de mode pendant un certain temps de méconnaître cette particularité de l'Etat et de laisser croire que TEtat n'apparaît et ne fonctionne que comme l'égal entre les égaux au nombre des associations humaines, c CSommunOt Département, Etat » telle était la formule. C'étaient peut-être des tendances louables qai l'inspi^ raient; entre autres celle d'introduire dans l'Etatle principe du < gouvernement direct » et de ï « autonomie » de ses « membres », comme dans les communes et dans les départements. Mais la vérité est que les communes et les départements doivent obéir à l'Etat, tandis que l'Etat n'a à obéir â personne ; la souveraineté est le caractère distinctif de l'Etat, par lequel il diffère énormément de toutes les sociétés humaines. Une construc* tion allemande récente (celle de Hugo Preusz) de Téchelle de l'évolution : < commune, Etat (Staaf), et Empire (Reich) » n'est pas plus juste. La différence fondamentale entre la commune et l'Etat est claire ; l'Etat est souverain et la commune doit obéir à ses ordres. Mais tandis que cette différence entre TBtat et la commune est claire et indabitable» le rapport entre l'Etat et l'Empire (qui, remarquons le en passant, est un phénomène particulier qui n'a rien de typique) nous présente une phase transitoire, il est saisi dans un devenir, et la science ne peutdonner sur sa forme future qu'un pronostic ambigu : aujourd'hui les Etats allemands ne sont plus des Etats complets, et TEmpire n'est pas encore un Etat. Ce rapport pourra encore durer
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longtemps, mais finalement, ou bien PEmpire devra devenir ua £tat, ou bien les Etats redeviendront des Etats ; en un mot, nous avons devant nous un prooessas de transformation locale, et il est prématuré d'attribuer à ces éléments la qualité de tj^pes accomplis, d'3^ voir l'échelle consolidée de l'évolution des sociétés humaines. Une photographie momentanée ne doit pas nous illusionner sur le cours de l'évolution historique (Gomp. notre ouvrage : Oesferreickisehes Stcuttsreeht, Vienne, 1890, p. 50 et aussi : AUgemeines Staat&rechU 1897, p. 151).
s 2G l'état
L'Etat est un type indépendant, une collectivité sociale sut generis et, si Ton veut, le plus haut degré, le couronnement de toutes les sociétés humaines. Seul l'Etat a une in tluence décisive sur les destinées des peuples dans l'histoire du monde ; lui seul est un facteur dans la production de Thistoire du monde.
L'étude de l'Etat est, par conséquent, une partie intégrante de la sociologie ; mais toutes les erreurs et illusions sur sa nature proviennent précisément de ce qu'on a voulu constituer une science particulière de TEtat, tandis qu'il ne peut être compris que dans Tensemble de la sociologie, et que seule la sociologie peut donner une position juste du problème et jeter une lumière claire sur son étude.
Cette importance pour l'iiistoire vient à l'Etat de ce qu'il est un perpetuum moHle, dont la vie collective n'est jamais en repos. Selon sa nature la plus intime il doit réagir sur son entourage, par conséquent aussi sur les Etats qui se trouvent dans la sphère de son action. De là les actions et les réactions éternelles de tous les Ëtats les uns sur les autres et le courant de l'évolution sociale ainsi produit, tout cela se déroulant aveclaméme
nécessité naturelle, que le courant galvanique produit par le contact des plaques chargées d'électricités contraires dans la pile voltaïque.
Si les Etats étaient séparés par des murs chinois infranchissables oa par des obstacles invincibles, il aurait pas d'histoire extérieure des Etats. Comme il n*en est pasainsi, que lesËtats, au contraire, réagissent les uns sur les autres et doivent réagir grâce aux tendances naturelles, qui leur sont inhérentes en tant que groupes sociaux, l'histoire ex trrieure des Etats apparaît. A l'intérieur des Etals régneraient également la tranquillitéet la stagnation éternelles, si les groupes se ciaux se comportaient d'une façon indifférente les uns envers les autres et ne réagissaient pas les uns sur les autres.
Comme il n'en est pas ainsi, comme ces groupes, de môme que les Etats, réagissent les uns sur les autres conformément aux tendances naturelles qui leur sont inhérentes, nous voyons apparaître Thistoire intérieure des Etats, c'est-à-dire une série de luttes sociales et de situations respectives de pouvoir qui en découlent avec tous leurs phénomènes concomitants.
La différence fondamentale entre tous les groupes et cercles sociaux d'uncôtéetl'Ëtatde l'autre amène égale* ment une division en deux de la tâche de la sociologie : d'un côté, elle a à observer le système des mouvements des Etats, et de l'autre les systèmes des mouvements des cercles et groupes sociaux à l'intérieur des Etats.
Ces dernières observations nous conduisent à la connaissance des lois de la vie sociale à l'intérieur del'Ëtat, ou^ si Von veut, à la théorie de la politique intérieure; les premières à la connaissance des lois de la vie interna-
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tionale, donc & la théorie scientifique propre de la politiqae extérieure. Ainsi nous arrivons au nœud qui relie la sociologie à la politique, en faisant de cette der-
nière, comme nous l'expliquerons encore plus lard, une partie iulé^rante de la sociologie.
La éUmentê tociaux dê PEUU,
Les éléments sociaux de l'Etat, dont l'action réciproque en engendre et soutient révolution intérieure, sont produits par son organisation économique,* par l'organisation du travail.
Leur nombre est au fond limité, et leurs formes sont dans tous les Etats à peu près les mêmes. Cela provient de ce que l'organisation du travail est déterminée par les besoins des hommes, aussi bien corporels que ceux qu'on appelle spirituels. £n face de ces besoins partout identiques se trouve la nature, partout identique dans ses propriétés essentielles, qui doit intervenir dans la satisfaction de ces besoins. Partout l'homme a besoin d'une nourriture qu'il doit puiser dans le sol d'une manière directe ou indirecte. Ce travail est partout le plus dur au point de vue physique et exige la plus grande partie des forces humaines. Par conséquent, il faut qu'il y ait partout beaucoup d'ouvriers du sol, agriculteurs ou pasteurs. En face de cette majorité se trouve partout une minorité de gouvernants, car la domination est» par sa nature, dévolue à la minorité. La majorité est, d'un côté, incapable de gouverner, et d'autre part,a besoin de direction, de domination. Nous retrouvons ces parties composantes partout oii il y a des Etats, ' car elles sont inséparables de l'Etat, elles en forment les éléments constitutifs.
Ici s'ajoute une troisième partie composante, qui n'accomplit pas le dur travail de la production des matières brutes et ne s'approprie pas directement la plus grande partie des fruits de ce travail, mais qui sait, par Vindustrie et le amener graduellement une partie considérable de ces fruits
dos mains des gouvernants dans ses poches, et ramasser le
capital.
O sont les trois «'léments ossenlielsrlo ('ha(|iH' J-ltat, qui naissent nécossaircinont partout (U' la qualité même des besoins humains et de la modalité de la iiat(n (',qui est à la disposition des hommes pour la satii^faclion de leurs besoins.lls pourront être plus ou moins développés, occuper un degré plus ou moins élevé de la civilisation, être plus ou moins modifiés \ dans leurs formes vitales par les conditions extérieures delà
\ nature, être reliés les uns aux autres par des orjranîsations,
) dont la diversité n'a rien d'essentiel ; mais ro qui doit rester
partout identi([ue dans son essence, c'est leurs rapports réciproques, car ils découlent d'une loi sociale suprême et naturelle, à savoir que tonte collectivité sociale, tout groupe tend à vivre aux dépens de tous les autres et, soucieux de continuer cette vie dans l'avenir, à augmenter toujours sa puissance ; (Comp. notre « Précis de Socù^ie », 111, §| 6-13).
LA LOI SUPHÈÛIE DE l'ÉVOLUÏIO.X SOCIALE
Mais quelle est donc cette loi suprême, selon laquelle tous les groupes sociaux accomplissent comme tels tous leurs mouvements î Quelle est cette force, qui joue dans
les mouvements éternels des grou[»es sociaux le rôle de la force de l'attraction dans le système solaire, parce qu'elle empêche ces groupes de suivre leurs propreschemins dans le monde de l'histoire, parce qu'elle les rapproche, les enchaîne les uns aux autres, les pousse à se combattre mutuellement et à entrer dans les combinaisons politiques les plus diverses, où souvent les uns doivent disparaître pour laisser la place libre aux autres ?
La réponse à cette question ne peut prétendre à aucun attrait de nouveauté ; elle est très simple, même presque triviale ; car cette loi suprême est celle de la conser- ^ vation ; cette force qui produit toutes ces merveilles de l'évolution sociale n'est })as autre que la tendance à la conservation de soi-même. Tout groupe social est animé de rinstinct de la conservation ; et de la prévoyance soucieuse de cette conservation dans l'avenir découle la tendance à l'élévation constante du bien-être. Or, la conservation aussi bien que l'élévation du bien-être exigent Tacquisition d'une somme toujours croissante
de biens extérieurs, qui doivent assurer l'une et l'autre.
Au nombre de ces biens extérieurs comptent aussi les services des hommes, car telle est la nature de l'homme que, pour sa conservation et son bien-être, il ne peut pas se passer des services des antres hommes. Il s'en suit que la tendance d'un groupe social à la conservation et à i'élévation de son bien-être devient la tendance à la domination et à l* asservissement des autres groupes sociaux, donc la tendance au pouvoir qui, & son tour, dès que plusieurs groupes ayant la même tendance se rencontrent, doit se transformer en lutte pour la domination sur les autres groupes sociaux. Mais tous ces mouvements des groupes s'accomplissent sous la pression d'impérieuses lois naturelles ; il en résulte donc ensuite la nécessité de tout devenir historique et sa conformité aux lois naturelles.
Obéissant à la nécessité, les peuples primitifs sont forcés, d'abord, d'entreprendre des expéditions de pillage et de brigandage, oû les forces des adversaires se mesu* rent. Quand les expéditions répétées de pillage et de brigandage ne paraissent plus assez rémunératrices aux plus loris, alors nécessairement ils passent à l'asservisseuient permanent des [leuplades voisines (ou transmarines) et les forcent à l'exploitation intensive des territoires conquis. Ainsi est inaugurée la formation des Etats et en même temps l'augmentation territoriale continuelle des Etats de conquérants et l'évolution des grands Etats.
Cette marche est typique. Nous la retrouvons à toutes les époques et dans toutes les parties du monde, car elle découle nécessairement des conditions naturelles. Mais
il y a un fait simple et naturel qui, tôt ou tard, pousse in ésistiblemeat tout Etat à sortir de ses frontières et à attaquer les autres sociétés pour les exploiter, — phénonoméne^ sans lequel il n'y aurait pas d* « histoire uniyerselle ».
'Ce fait c'est la fécoiidilt' des feinmes. L'accroissement de la population force chaque société à augmenter les moyens de subsistance, mais, comme l'accroissement de la production du sol, qui se trouve possédé par cette société, ne peut pas dépasser certaines limites, il ne lui reste donc qu'à songera exploiter les sociétés voisines ou bien, chez les peuples situés aux bords de la mer, les sociétés transmarines.
Le plus simple scbéme du processus historique* c'est donc la rencontre de deux groupes hétérogènes, dont chacun aspire à utiliser Tautre pour ses propres buts. Ce sim[)le schèmeest seulement obscurci dans une certaine mesure, mais non essentiellement cliangé,par la structure sociale plus compliquée des Etats.
De la loi suprême de toute révolution des Etats, c*està-din^ de leur tendance à l'augmentation de la puissance, découle une loi secondaire, notamment que chaque Etat tâche d'empêcher l'augmentation de la puissance d un Etal voisin, qu'il s'efforce de soutenir « l'équilibre politique » et ne permet pas, tant qu'il le peut, de l'altérer à son préjudice. Une autre loi secondaire est que chaque Etat vise les plus grands moyens d'exercer sa puissance et les plus grandes facilités de se les procurer, donc que chaque Etat continental gravite vers la mer, qui est le moyen d'entretenir une force maritime et de conquérir tout ce qu'elle permet de conquérir. Chaque
Etat trouve dans cette tendance vers la mer des obstacles opposés, âutaat que possible, par les Etats rivaux, qui craignent l'augmentation de sa puissance.
De même cliaque Etat aspirera à avoir des frontières naturelles, par conséquent, pour ne pas en t^tre privé, il entreprendra des guerres contre les Etats qui le séparent de ses frontières naturelles. Il y aura également des luttes incessantes entre deux Etats voisins pour les frontières naturelles.
A rintérieur, chaque Etat doit aussi nécessairement tendre à l'augiDentalion de sa |tuissance, donc augmenter la force armée et, par conséquent, chercher à élever la valeur et la production des biens, qui rendent possible Tentretien de la force armée. Et aucun Etat ne peut contenir & son gré toutes ces tendances et leur imposer des limites librement déterminées. Car, au milieu de la poussée générale, il faut choisir entre les deux alternatives : ou bien se pousser en avant, ou être repoussé en arrière. Il n'y a par conséquent pas de choix pour le plus puissant des monarques, car lui et son Etat se trouvent au milieu d'une poussée mondiale irrésistible. Le même impératif catégorique de la loi naturelle domine également toute révolution sociale à Tinténeurde l'Etat.
Si nous nous délivrons delà fausse conception atomiste et individualiste de l'Etat, selon laquelle la société poli-
que n'est que le total de tous les individus (libres et égaux !) qu'elle contient, il ne nous sera pas très difficile de découvrir les vrais éléments composants de l'Etat dans les états, classes ou cercles sociaux, en un mot dans les groupes sociaux qui réagissent éternellement
les uns sur les autres, selon le même principe, conformément à une méthode identique, si l'on peut s'exprimer ainsi. Et ce principe, encore an coup, ce n*est pas autre chose que l'expression de celte loi suprême de toute évolution historique et sociale ; lutte pour la domination dans VEtat.
Quel que soit l'Etat que nous considérons, qu'il appar* tienne à l'antiquité ou aux temps modernes, qu'il soit situé en Europe., en Asie, en Amérique ou en Afrique, nous trouvons partout au moins l'antagonisme, l'action mutuelle de deux groupes sociaux, les gouvernants et les gouvernés. Les destinées, l'évolution de chaque Etatpareil,dépendentdes rapports réciproquesdeces deux groupes etdes changements de ces rapports. Ceschangements sont inévitables. Car le moui>ement est la loi suprême du monde des phénomènes sociaux, comme de toute la nature. 11 n'existe pas de stabilité dansies rapports mutuels des groupes sociaux. Car la tendance mentionnée de chaque groupe à élever son bien-être, la tendance qui en résulte à élargir la sphéré de sa domination et, lie Tautre côté, â relâcher ses chaînes, é])raale et secoue incessamment la situation établie, ne la laisse jamais au repos, forme l'éternelle roue motrice du processus social et pousse toujours en avant révolution sociale.
Ce qui détermine la régularité de cette évolution, c'est que ces tendances des groupes sociaux, basées sur cette loi sociale suprême de la conservation et de l'augmentation du bonheur, sont essentiellement toujours les mêmes et apparaissent seulement sous des formes diver-
ses selon le temps et les conditions, selon la diversité du i^ilieu extérieur et des conditions de l'existence (1).
Mais en général, révolution intérieure de l'Etat est subordonnée à sa force extérieure, et celle-ci est le but auquel doit servir toute l'évolution intérieure. Cette relation, ou, pour mieux dire, cette dépendance, à laquelle aucune évolution intérieure d'un Etat ne peut échapper, s'explique très simplement. L'élément le plus puissant à l'intérieur de l'Etat est toujours celui qui a en même temps le plus d'intérêt dans sa puissance extérieure.
Ceux qui dominent dans l'Etat ont le plus grand intérêt à soutenir cette puissance, et le mo3^en le plus sûr qui y mène,- c'est sans doute la conservation de l'Etat. De là ce phénomène bien connu, que l'Intensité du patriotisme national ([)olitique. staatlich) des éléments sociaux de l'Etat est directement proportionnelle à sa puissance à l'intérieur.
Celui des éléments sociaux qui se trouve au sommet de l'Etat, montre toujours le plus vif intérêt à sa conservation : si, dans les luttes intérieures de l'Etat, il éprouve une perte de puissance et d'influence, il se fait aussi dans son patriotisme une brèche considérable, et il se met à espérer son salut c de l'extérieur ». Ce sont des phénomènes aussi naturels que le lever et le coucher du soleil.
Mais comme tout ce qui arrive dans l'Etat par voie d'autorité et qui y est obligatoire, procède de l'initiative ou du moins du consentement de la classe dominante, il s'en suit que toute cette évolution, qu'elle se déroule
1. Voir les exemples dans notre « Préùii de Sociologie », III, 1 2.
dans le domaine de la législation, de l'administration, de l'économie, de la science, de l'art protégés par l'Etat, a toujoars, d'un côté, le caractère de la conservation de TEtat et porte Tempreinte de la classe dominante et de ses intérêts, de l'autre, vise la coiiûrmation de la puissance extérieure de l'Etat.
Là est la corrélation entre toute révolution intérieure des États et leur histoire extérieure internationale ; c'est ce qni faitquerhistoireintérienren'estque Tappendicede l'histoire extérieure et est déterminée parcelle-ci, et qui cause en même temps la supériorité d'importance et d'intérêt de l'histoire extérieure sur l'histoire intérieure, cette dernière ne pouvant être comprise et expliquée que par la première.
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