‹ Sociologie et politiqueChapitre 15 sur 26 · L* « EXPLOITATION » SOCIALE · texte numérisé non relu

L* « EXPLOITATION » SOCIALE

Ce qui fait la différence principale entre les formes de

rutilisalion,ou,si Ton veut, de l'exploitation d'un groupe par un autre, c'est le mo^'cn emplo3^é, la force et la contrainte, ou bien la ruse et la circonvention pacifique. Cette dernière forme de l'exploitation correspond à un degré plus avancé de laciTili8ation,da moins de celle du groupe exploiteur ; d'ailleurs ces deux formes s'accompagnent souvent et se soutiennent mutuellement. Quand, par exemple, l'Angleterre força ses colonies d'au-delà les mers à acheter uniquement des marchandises anglaises et interdit aux vaisseaux étrangers l'accès de ces colonies, c'était l'exploitation en partie forcée» en partie pacifique.

Cette dernière forme est d'ailleurs le but de toute la politique dite commerciale. L'histoire des traités commerciaux n'est que le récit des tentatives d'exploitation pacifique mutuelle des nations, ou,si Ton veut,des luttes pacifiques pour la plus-value à tirer des relations commerciales mutuelles. Le môme principe sert de base à toutes les luttes économiques à l'intérieur de l'Etat. Ce sont toujours certains groupes sociaux, liés par la communauté des intérêts matériels, qui aspirent à tirer un

profit exclusif de leurs relaiion& économiques avec les autres groupes, ou, si Ton préfère uneautre expression, qui TBolent circonvenir ou exploiter les autres groupes

dans les relations économiques.

C'est par cette loi sociale générale que s'explique le fait qu'autrefois la noblesse s'adjugea le droit exclusif à la production de i'eau-de-vie; elle avait pour but d'obtenir un profit exclusifau dépens des autres groupes^qui consommaient de ?eau-de-vie.Les nations commerciales de rEuru[)e, comme les Hollandais, les Anglais, font la même chose dans l'Asie orientale ou dans les îles de l'Océan pacifique, quand ils monopolisent pour eux le commerce de l'opium.

C'est encore la même chose, quand le groupe social des propriétaires terriens demande des droits sur le blé etlesétablit par voie législative pour se faire ainsi payer un profit exclusif par tous les autres groupes sociaux, ou quand les industriels demandent et obtiennent un droit protecteur sur un produit industriel. Toute cette « exploitation» intérieure procède sous laformedu droit, s'accomplit sans contrainte armée. Mais l'essence de la chose reste la môme.

Si l'on considère à ce point de vue toute la marche de la vie intérieure et extérieure de l'Etat, on acquiert la conviction que ce qui en est l'âme, ce qui est le facteur leplus puissant de toute la politique extérieure et intérieure, c'est la lutte des différents LToupes sociaux pour la conservation et l'augmentation du bien-être au moyen de l'exploitation, qui est la plus facile à réaliser' par la domination; d'où il résulte que cette lutte revêt partout et toujours la forme de la lutte pour la domination.

Ces tendances et mobiles,simpleset faciles à comprendre, engendrent, grâce à la variété et & la. diversité de

grandeur et de force, des propriétés el inclinations psychiques chez les groupes sociaux, toute cette foule de phénomènes sociaux et toute cette succession d'évônenements sociaux, dont la représentation a été de tout temps la tâche de Phistoire,dont la conduite et la manœuvre est Taffairc de la politique pratique, mais dont l'explication scientifique doit être le but de la sociologie et d'une science de la politique, formant une de ses parties.

Le tekimê iùciologiquê.

Sans doute, en remplissant ce monotone schème sociologique, nous ne remplacerons jamais le récit historique amusant par sa variété : mais tel n*est pas non plus le but à atteindre. Une généralisation philosophique n'u pas besoin d'être amusante, et la sociologie n'a nullement la prétention de remplacer Thistoire»

Biais d'un autre côté, il serait erroné de croire que la sociologie en tant que science est épuisée par ce simple schème et que tout son contenu est donné par ces deux mots : « exploitation sociale ». Caria sociologie tient la guerre et l'exploitation sociale en dernier lieu seulement pour àe&moyens, lesquels sont utilisés nécessairement et sans que les groupes sociaux en aient conscience, pour de plus hauts buts ou ey/i?;» naturels. Or, dans toute opération et dans toute étude d'une opération, les moyens forment l'élément secondaire, et les buts et effets, l'élément supérieur el essentiel, l'ar consé(pient, en sociologie aussi il s'agit moins de constater ces moyens de la marche de l'év()luti(m sociale, que de montrer comment ils intei viennenl pour la réalisation dos buts ou des résultats de l'évolution sociale.

Chaque exposé sociologique partira donc naturellement du fait partoutidentique de la pluralité donnée d'éléments sociaux^ hétérogènes, et de la lutte sociale qui en résulte : mais il attachera son attention principale à la manière et aux facteurs socio-psychiques, par lesquels, de ces luttes toujours renouvelées sur des terrains de plus en plus Jarges, naissent ces grandes civilisations que nous devons admirer partout, comme le résultat de l'évolution sociale*.

Ici nous n'avons plus devant nous un schème monotone, mais, au contraire, la plus grande variété : car ces civilisations elle-mémes nous présentent à leur tour les plus grandes différences.

Ce qui nous apparatt donc finalement comme la t&che de la sociologie, c'est de montrer comment, des pluralités partout données d'éléments sociaux hétérogènes,qui obéissent partout dans leurs tendances et mouvements naturels et nécessaires à une loi sociale suprême, se dégagent avec l'intervention de facteurs socio-psychiques très variés et diversement colorés selon l'époque et le lieu, des civilisations différentes, qui ensuite se comportent à leur tour l'une vis-à-vis de l'autre comme les éléments hétérogènes sociaux au début de l'évolution, de manière que ce processus évolutif n'arrive jamais au repos, mais que, toujours renforcé, élevé à un degré supérieur, avec intervention de facteurs socio-psychiques plus puissants au point de vue qualitatif et quantitatif,il passe aux formes plus élevées, ou bien, s'étant épuisé dans un temps et un espace donnés, se transforme en un processus de décomposition sociale.

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