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LES TENDANCES DES COLLECTIVITÉS

Cette tendance  l'augmentation de puissance, dont

nous venons de parler, anime chaque État entant qu'être naturel, c'est-à-dire collectivité naturelle (à distinguer d'« organisme ))),en tant qu'unité historiquement formée, et est tout à fait indépendante des sentiments, goûts, inclinations et tendances des individus, non seulement de ceux qui jouent dans la collectivité un rôle subordonné, mais même de ceux qui s'y trouvent au sommet.

Nous abordons par celto phrase le plus difficile problème de la sociologie : l'indépendance des tendances collecHvês au regard de la volonté individuelle. Cela paraît invraisemblahle,semble un paradoxe (l).Car,peut-

1. Je tieos pour Tobjection la plus sérieuse qui ait été faite à ma sociologie, celle de Durkheim (« Revue philosophique », ijB85,T. Il, p. 63â) d*no cdté, et de Simmel {La différenciation sociale, t. cidessous notre livre IV), de l'autre, & savoirquela conception d'une « colJeciivilé » animée d'une tendance unique et générale coutient rpiplqiie chose de mystique et môme est une id(''e « aventureuse » (Simnicl). Mais je crois que celle ohjeotifin n'est pas fondée à mon égard et ne peut provenir que d'un malentendu . Voici la critique (le iHirklieim : " N est-ce fias faire reposer toute la sociologie sur une de ces idées confuses que Guiijplowicz relève parfois et si sévèrement chez ses adversaires ? Sans doute, une -société est up être, une personne (?i) Mais cet être n'a rien de métaphysique. Ce n>st

on répondre, la collectivité, lasociétéje groupe se compas une substance plus ou moîiis transcendante, c^est un tout composé de parties. Mais alors, le premier problème qui s'impose au sociologue, n'est-il pas de décomposer ce tout, de dénombrer ces parties, de les décrire et de les classer, de chercher comment elles sont groupées et réparties? C'est justement ce que Schallle ;i voulu

faire Puisqu'il n'y a dans la société que les individus, ce sont

eux et eux seuls qui sont les facteurs de la vie sociale ».

Eh bien, nulle part que je sache, je n'ai désigné le groupe social, la collectivité, comme étant un être indépendant, un organisme ; j'ai seulement indiqué le fait que les groupes et les collectivités se . comportent dans révolution sociale d'une façon unitaire, comme s'ils étaient des êtres ayant une seule volonté. Si je me sers de la comparaison comme d'un moyen indispensable de la comprében* sion, avec la réserve expresse que ni le groupe ni la collectivité ne sont un organisme, je crois m'ôlre préservé contre le reproche de « métaphysique » qui, ici, équivaut à celui de « mysticisme ». L'aftion uniforme des collectivités, par esouiple, des partis, des hita(s, — mais nous l'obsorvonR chaque jour et à chaque heure ; Tcxpression : « ils aiiissont couiiiie un seul être », ne >erail-ellc plus permise sans provoquer le grief de « métaphysique «TNaturcllenient de la constatation de cette action unie des collectivités, qui n'est pas égale à la somme des volontés de tous leurs individus, k l'explication de la manière dont naît cette action, il y a encore très loin ; ici il y a encore place pour des explications sociologiques qui devront être données par la suite ; mais le manque d'une explication d'un phénomène, en tout cas très naturel, n'a toujours rien de mystique.

Je dois opposer la même réserve à la remarque de Simmel {La différenciation sociale, p. 85, relativement à la p. 149 de ma Sociologie), qui, dans mon affirmation, à savoir que « le groupe, dans ses actes, obéit toujours à l'impulsion <lo ses inléréts >% ce qui permet de conclure à l'existence d'un phénomène conforme aux lois naturelles, voit iino des « idées sociologiques les plus aventureuses ». Le fait même, Simmel l'accorde ; il conteste seulement qu'il résulte d'une loi naturelle, mais le déduit de l'organisation du groupe opposé à l'individu^. Je suis d'accord avec lui sur l'explication de ce fait, mais je ne crois pas qu'elle soit en contradiction avec rafflrmation que les mouvements des masses sont déterminés

pose d'individus, elte n'est pas un organisme, elle n*a pas de volonté par elle-même.Ce gue faittin groupe,une collectivité, ne peut être expliqué que i)ar la volonté de ses parties composantes, par la volonté des individus qui la forment. Ht pourtant, c'est le contraire qui est vrai.

Considérons seulement la réalité et consultons l'expérience. L'individu, du moins l'individu normal, n*a pas d'autre tendance que son succès personnel et celui

des siens.

Mais qu'est-ce donc qui le pousse vers les entreprises qui ne sont certainement pas profitables à son bonheur et succès, qu'est-ce donc qui poussa toujours les empereurs allemands vers Tltalie, Napoléon P' à Moscou, qui

pousse les monarques européens civilisés et aimant la paix vers les entreprises guerrières répétées, qui répugnent à leur sentiment personnel et ne contribuent pas à leur bonheur personnel ? Si c'était la cupidité ou la vanité, ils seraient criminels. Qui considère les choses impartialement et olijectivement, doit convenir quece sont les tendances irrésistibles des collectivités, qui, dominant les sentiments, les inclinations et les volontés des perfionnes,attîrent les individus dans le tourbillon des événements ; que ce sont les courants sociaux qui emportent avec eux les individus. Ces courants, nous ne pouvons les expliquer que par des tendances inhérentes aux collectivités, qui restent partout et toujours les mêmes,

par les lois nnlurelles î Le point litigieux entre moi et Simmel n'ost pas du tout la coniijroliension de la conduite du groupe, mais la notion de la « loi naturelle ». Mais ceci c'est de nouveau un chapitre tout différent sur lequel je m'explique longuement dans mon Précis de Sociologie^ II , § i .

notamment tendance à laconservation^àTaugmentation dn bien-être, par conséquent à la domination sur les antres collectivités voisines ou plus ou moins à leur portée. Dès lors, la loi suprême de l'histoire peut très facilement tenir dans la formule suivante : « le plus fort l'emporte sur le plus faible, deux égaux en force s'unissent pour être supérieurs à un troisième égal en force et ainsi de suite ». C'est non seulement la loi de l'histoire, mais de la vie toute entière ; nous la voyons se coiifirmer, que nous considérions à travers un microscope la vie qui grouille dans une goutte d'eau, ou la vie des tribus,peupies et nations, inscrites sur les feuillets de l'histoire.Ne perdons jamais de vue cette simple loi, et Ténigmeau premier abord insoluble de l'histoire politique nous apparaîtra claire et simple ; de ce facteur unique résulte tout ce spectacle varié, dans l'explication duquel les historiens font intervenir,on quantité infinie,des motifs psychologiques individuels, qui n*expliquent rien.

Le pessimisme.

Cette conception, qui est nôtre, de l'ensemble de l'évolution de l'histoire humaine encourt sonvent le reproche de c pessimisme >. Or, le mot « pessimisme » sonne mal, on y attache la signiftcation d'un blâme. Quant à sa signification vraie, on ne se rompt pas la téte à la comprendre, et pourtant, il y en a plusieurs, et chacune ne comporte point nécessairement un blftme. Si je repousse résolument le reproche de pessimisme dans une des significations courantes, je n'ai nulle intention de repousser ce qualificatif de « pessiiniste 9 dans une autre acception. Il est donc nécessaire de s'entendre avant tout sur les divers sens de ce mot.

Celui-ci s'est d'abord généralisé comme épithète de la philosophie de Schopenhauer et ensuite de Hartmann , ot dési ,<]^n a it cette opinion que la vie dans ce pire des mondes est tellement misérable, qu'il ne vaut pas la peine de vivre et que la plus grande sagesse consiste par conséquent, à détruire la « volonté de vivre ». Dans ce sens le caractère de blâme attaché à ce mot peut être fondé. Mais on oublie que cette conception pessimistedeSehopenhauer etdellartmann est composée H'nn juire- . ment, qui sert de prémisse (« ce monde est le pire de tous les mondes possihh s > i et d'une conclusionqui en est tirée(« donc il ne vaut pas la peine de vivre »). Abstraction faite de ce que ce ju irciTientsurles vicesde ce monde peut comporter desdegrés très différent,ce qui donnedéjàlieu à un pessimisme, pourainsi . dire plus ou moins avancé,Ia conclusion de Schopenhauer et de Hartmann ne découle point nécessairement de ce jugement. Car elle pourrait être aussi toutautre,par exemple : ce monde, il est vrai, n'est pas le meilleur, il est peut-être même le pire, mais comme nous ne pouvons pas nous en procurer un autre, et puisque nous vivons, il vaut donc toujours la peine de goù* ter entière cette vie, même telle quelle (1).

1. Le pessimisme de Scliopenliauer cl de Harlmann est, comme on sait, la paraphrase philosophique du byronisme :

Goont o'er the joys thine hours bave sees

GouDt o*er thy days from anguish free.

And know, whatever thoa hast been

Tis sometbing better net to be.

Mais tandis qu'on est forcé de pardonner au poète un pareil bilan esimtipllement faux de la vie, on n'est tenu à aucune indulgence envers les philosophes, quand ils font de faux comptes, comparent dans le bilan do la vin dos frrnndcurs incommensurables (joie et douleur) et déduisent un soldo dr lavorable à la vie. La joie et la douleur sont ini'oniinensuriihlcs déjà pour cette raison que la joie cause encore la joie même par son souvenir, tandis que toute douleur non seulement est passagère, mais encore cause également la joie, précisément par le fait de sa disparition. Naturellement, cela n'est vrai que pour une vie normale d'un homme et ne prétend pas Tétre au cas d'un malheur excepUonnel; mais même au milieu

Du degré plus ou moins élevé de TapprédatioD pessimiste de ce monde et de la possibilité des conclusions contradic* toiresà tirer de ces appréciations, il découle qu'il peuty avoir des pessîmismes fort distincts, qui difTèrent les uns des autres comme le jour de la nuit, s'étant placés à des points de vue absolument opposés par rapporta la question la plus importante de l'atlitude à prendre vis-à-vis de la « vie ».

Il en résulte d'abord que l'épithète de pessimiste, que l'on * applique volontiers partout où l'on rencontre un élément quelconque de la conception de Schopenhauer, ne dit encore rien, et que tel pessimisme peut totalement manquerdes conditions qui autoriseraient à y attacher la signification générale de blÂme. Car, évidemment, celui-là n'est pas pessimiste au sens ordinaire de ce mot, qui tout en reconnaissant peu de valeur à la .vie dans ce monde, la considère pourtant comme digne d'être vécue jusqu'au bout. Ce dernier pessimisme constitue même au fond le plus grand optimisme, et si l'on voulait classer d'une manière scientifique les diverses nuances du a pessimisme il faudrait l'appeler « pessimisme optimiste »^ et alors le sens de blâme propre à l'épithète de pessimiste disparatt de lui-même, même le cas contraire apparatt, et ceci pour une bonne raison.

C'est que ce serait évidemment illusionner le monde d'une manière peu scientifique, que de vouloir présenter l'évolution de l'humanité ici-bas comme une idylle où seule la vertu est victorieuse et le vice toujours ch&tié. Cette conception; avec la signification que nous attachons' à ces mots et toujours relativement à la vie individuelle, ne s'applique pas du tout à l'évolution sociale de l'humanité, ne s'applique pas à l'histoire. Pourtant on appelle « optimistes > ceux qui l'imposent par

d'un pareil mallieur, il ne lient qu'à un cerlain ëtat d'Ame et de sentiment de donner une v;ileur positive à la vie, < omme le trahit le vers suivant d'uu autre grand poète du pessimisme, le malheureux Leopardi :

E il naufragar m*è dolee in questo mare.

force il la réalilr (|ui est loui autre, cl nous la présentent masquée. Vn éloge pareil <'ontient. au |H)iut de vue scientilique Je plus ixrand MAïuo. (lai' pareille illusion <'st mensonge, donc condauiiiable ]»uur cela seul. Que l'on traite de « pessimiste » la représentation strietementréaliste de l'évolution histoi ique, elle aura, en outre de sa valeur scientifique, une valeur pratique irjappri'ciahlc j)our la vie.carelle assure ce calme et cette •satisfaction philosophique, qui proviennent de la connaissance de la vérité.

Car tandis que ces représentali(Mis « optimistes » de l'évolution hislori(jue uicnent à cliatjtie pas dans l;i vie réelle à des désillusions, au mér'ontcnlfMuent, à r ii^iieur. au désespoir et aux crimes, la rcpréscidation d<' r<'volidion liislori(jue, qu'on appelle '( pessimiste »,mais qui au fond n'est que simplement réaliste, ouvre le ( liemin h la compréhension vraie de la vie et, par suite, à la conciliation de l'houime avec la réalité.

Par conséquent .tandis que Irs i cpi ésenlaticMis « 0{)limisles», comme des feux follets, conduisent sur les fausses routes et vers les précipices de la perversité, on trouve au bout de la conception soi-disant c pessimiste », mais au l'ond seulement réaliste du monde, la récompense de toute vérité, l'harmonie intime entre l'homme et le monde.

l'influence du groupe sur l'lndividu

Assarément il n'est pas impossible d'expliquer, comment rindivida est dominé par la collectivité et ses tendances. La clef de cette explication c'est que la conduite

de chaque individu est déterminée non par des motifs psychologiques individuels, mai s par des motifs sociaux, c'est-à-dire que l'individu agit dans toute situation selon l'opinion de son entourage. C'est unfàil auquel on attache trop peu d'importance.Qu'est-ce qui pousse le négociant failli à se suicider? C'est d'aburd qu'il ne veut pas paraître failli devant « le monde», c'est-à-dire devant les hommes avec lesquels il a des relations. Nous avons choisi cet exemple parce qu*il montre d'une façon évidente, comment les motifs sociaux prévalent même sur les plus forts instincts individuels. De pareils mobiles agissent dans la vie collective sur chaque individu, si indépendant qu'il paraisse. La cause en est que l'homme ne peut vivre solitaire, qu'il est une créature de horde, ne peutjamais renier ce caractère et se laisse toujours guider par l'opinion de sa horde.

Qu'est-ce qui décide l'Européen à s'exposer vêtu à la chaleur du soleil des chaudes journées d'été, ce qui ne correspond nullement à ses besoins individuels, mais

bien à l'opinion du f monde » ? Qu'est-ce qui nous force k obéir à la mode?Les motifs sociaux. Cela est vrai pour les choses les plus petites et insignifiantes, aussi bien que pour les plus grandes et importantes.

Le petit bourgeois se dirige selon V « opinion publique » de son entourage; le monarque puissant est attentif au « verdict de l'histoire », c'est-à-dire, à l'opinion de son entourage sur ce qu il convient ou ce qu'il est nécessaire de faire dans une situation donnée.

Mais cette « opinion publique » se forme socialement, c'est-à-dire, non par des considérations individuelles, mais par le contact mauicl d'au grand nombre d'hommes, et obéit aux intérêts du groupe. ,

Cette dernière circonstance explique, pourquoi l'opinion du groupe se prononce toujours contre la diminution et pour l'augmentation de sa propre puissance.

Cette opinion approuve celui qui augmente son bien et ses ressources^et désapprouve celui qui perd son avoir. Les petits et les grands sont également soumis à Tempire de cette opinion. Et Tefflcacité de cette opinion va des masses inférieures d'une collectivité le long de toute l'échelle sociale et, se fortifiant toujours, atteint ceux qui se trouvent au sommet.

Un chef d'armée se laisse pousser par cette opinion à livrer une bataille, quoique les chances en soient défavoraljles à son armée ; par quelle voie celte opinion l'influence-t elle ? Elle se forme par le contact des soldats entre eux,se transporte au corps des officiers el,par rétat-major, gagne le chef, qui compte avec l'opinion de l'armée.

Si l'on poursuit plus loin l'examen de la formation de

cette opinion au contact des foules, on rencontre naturellement des motifs égoïstes individuels. La victoire

sur les ennemis réserve des profits à l'individu, que ce soit le butin ou la distinction. Néanmoins cette opinion n*agit que socialement, car rindividu,qui sera peut-être ^ poussé, par des motifs personnels plus forts, à renoncer aux profits espérés, se trouve sous l'empire de Topinion publique, qui obéit à l'intérêt général. De la môme manière se forme l'opinion de chaque groupe, de chaque coUecti vité,et c'est encore d'une manière identique que, montant l'échelle sociale, elle emporte irrésistiblement les individus qui sont au sommet. C'est l'explication de la servitude de la vi>lonté individuelle envers les tendances des collectivités, qui seules déterminent leurs mouvementset tous leurs agissements ou al>stentions politiques.

LBS bASSS NATtItoLLES DB l'ÉVOLUHON filSTOBIQUË

Deux faits déterminent la manière dont agit et se réalise cette simple et grande loi naturelle, qui régit les relations des groupes sociaux : c'est d'abord le grand nombre des groupes étrangers dont se compose rbuma* nité, et ensuite, leur dissémination sur la terre. Mais il fautici remarquer ce qui suit: La tli.slributiondes hordes humaines sur la terre n'a jamais été régulière, parce que la qualité du sol de notre terre n'est pas uniforme. De môme que notre globe ne présente que des lambeaux de terre fertiles qui sont séparés par des montagnes et des mers inhospitalières, de même, plus nous reculons dans l'histoire, et plus la distribution des liommes sur la terre nous montre des agglomérations de hordes dans certains foyers de yie.Dan8 les contrées fécondes.nous trouvons un certain nombre de hordes, qui sont séparées par les déserts, les montagnes ou les océans des autres foyers de vie très-èloignés où se meut de nouveau un certain nombre de hordes humaines.

Ces foyers de vie deviennent plus tard des centres de civilisation que nous connaissons. Ils représentent l'arène de l'histoire de l'humanité. A ce point de vue ils ont tous une valeur égale, bleu qu'ils ne se trouvent en aucun

rapport matuel. Le centre de la civilisation entre le Tigre et TEuphrate ne vaut pas un iota de plus que celui entre le Mississipi et l*Ohio ou celui entre l'Océan Pacifique et les Cordillères.

Les historiens européens aiment à représenter Thistoire européenne comme la plus belle fleur et le Arait mûr de Thistoire de l'humanité : ils oublient pour la plupart qu'il 3^ a eu et qu'il y aura toujours des fleurs et fruits pareils dans toutes les parties du monde habité. Pourtant, il faut dire, pour la justification de Thistoriographie européenne, que les Hindous et les Chinois n'agissent pas autrement.

Considérons donc ces nombreux, foyers de vie disséminés sur le globe ; nous allons voir, commentnotre loi naturelle exerce son action, d'abord au sein des foyers isolés, ensuite dans les rapports qui se lient entre les centres de la civilisation.

Dans chaque foyerde vie hisiorique,le même spectacle se déroule ; au milieu des tribus nombreuses, les plus fortes deviennent classes dominantes, fondent à leur gré et profit des organisations et» par la division forcée du travail^poussent le développement de la civilisation aussi loin que possible. Pendant la marche de ce phénomène, s'accomplit peu à peu la disparition des différences primitives de race, et restent seules des différences de classe et d'état social. Si jusqu'à ce moment l'évolution s'est avancée parles impulsions incessantes venant d'en haut, de la minorité dominante, maintenant commence un mouvement opposé du aux impulsions de la réaction d'en bas^ des masses asservies.

£Ues se soulèvent vers la lumière et la liberté -, elles

réclament leur part aux biens de la vie, aux conquêtes de la civilisation : ce mouvement secoue fiévreusement toute l'organisation, qui faiblit,chancelie et n*aplus assez

de forces pour résister aux attaques subites trèléments étrangers. Ces étrangers se présentent toujours, car entre temps an processus social qui se déroulait au loin, a dépassé ses frontières locales et, franchissant les obstacles naturels, a atteint l'organisation affaiblie pour s'emparer des sucs vitaux de la société en décroissance et en faire profiter son organisme grandissant. Et voilà que le même procès,qui vient de se terminer en petit, recommence en grand. Mais aussi bien que là en petit, ici en grand, c'est toujours l'action d'une seule et simple loi naturelle.

LES PHÉNOMÈNES SOGIO-PSYCIUQUES

Mais ici surgit la queslioii : celte loi sociologique de i'égoïsme de chaque groupe et de son antagonisme envers les étrangers, suffit-elle à elle seule pour nous expliquer l'évolution de tous les phénomènes sociaux les pins divers qui apparaissent dans le cours de l'histoire humaine, et cette explication, basée sur cette loi, suffitelle pourformer la matière d une science indépendante ? La réponse affirmative à celte question dematide à être examinée de prés.

Le choc physique de deux groupes hétérogènes et l'assujettissement de 9[\n d'entre eux par l'autre, qui se •produit au commencement de l'organisation de l'Etat primitif, ne procure pas encore Taccomplisscment de cette loi sociologique fondamentale ; cela ne fait que la mettre en branle. C'est seulement à cet instant que commence l'évolution sociale proprement dite ; car c'est seulement l'action réciprotiue des éléments sociaux de l'Etat ainsi mis en relations, qui, en se prolongeant, dégage peu à peu une certaine quantité de forces sociales latentes, qui poussent cette évolution sociale en avant dans toutes les directions et la transforment en l'évolution progressive d'une civilisation. Les jacleur^, qui ac-

qaiërent de l'influence sur cette évolution et qui la favorisent sont en partie extérieurs, en partie intérieurs. Parmi les extérieurs nous classons d'abord les conditions

naturelles données de l'existence, comme le sol, le climat, la situation géographique, la fécondité, les propriétés antropologiques du peuple, et ensuite aussi l'accroissement de la population par l'immigration des autres groupes sociaux, par liaison avec les tribus et peuples voisins, etc.

Au nombre de mobiles intérieurs, nous comptons les qualités psychiques propres à chaque groupe social donné, la langue, la religion, les mœurs particulières, les coutumes, les capacités, les inclinations, les aptitudes, etc.

Ces divers éléments intérieurs s'unissant dans les combinaisons les plus variées avec les facteurs extérieurs énumérés, leur action engendre, malgré cette loi si simple qui se trouve à la base de tout mouvement 80cial,une telle diversité de phénomènes sociaux et socio*psycbiques, que, de même que la représentation de leur côté individuel forme la matière inépuisable de Thisioriographie, de môme leur explication par des lois. sociologiques, qui s*y trouvent au fond, fournit une tâche presque interminable pour les explorations sociologiques.

l'influencë des facteurs socio-psychiques sur

Ji'âVOLimON SOCIAUt

Pour expliquer ce que nous venons de dire, nous devons examiner tous ces facteurs socio-psychiques qui

s'affirment par leur influence dans la marche de l'évolution sociale. Ce sont d'abord tous les éléments qui forment rhétérogénéité des divers groupes sociaux et qui, ensuite,sont en partie vaincus et disparaissent dans l'évolution sociale, en partie reçoivent d*elle leur complète floraison et développement. Aces facteurs socio-psychiques appartient en première ligne la langue. Elle était le produit spontané et naturel de chaque groupe ethnique et réunissait ses membres, en les isolant» d'autre part> de tous les autres groupes, ayec lesquels ils ne pouvaient

pas s'entendre.

Quand unclioc liostile se produitentre les groupes hétérogènes, ladiftérence des langues est, dansTorganisation du pouvoir, qui s'en suit, un obstacle aux relations pacifiques, obstacle qui est peu à peu éliminé par une loi sociale analogue à la loi d'adaptation. La manière dont cet obstacle est éliminé, peut être différente: il peut naître une langue mêlée; une langue peut tout à fait céder la place à une autre ; les voies de ce processus peuvent

être dififérentes, mais son résultat est toujours le môme: Tunification de la langue (Comp. « La lutte des races «).

Examiner l'influence de la langue, en tant que facteur socio-psychique, sur révolution sociale et l'action réciproque de celle-ci sur la langue, et en établir la régularité, c'est une des nombreuses et difficiles tâches de la sociologie.

Et il en est de même des autres phénomènes socio-psychiques : la religion, lesmœurs, les usages et coutumes, le droit, l'art, les industries et les métiers, etc. Chaque groupe social apporte avec lui dans l'union politique toute une dot de tous ces biens socio-psychiques, dont il est gratifié par la nature, et là commence aussitôt l'opération de l'adaptation sociale.

Or, chacun de ces biens est un produit de l'action mutuelle de l'individu et de son groupe, chacun de ces biens s'est formé exclusivement par voie sociale,il est un précipité psychique de la vie sociale du groupe et le résultat des nombreuses adaptations de l'individu au groupe. Le groupe entrant dans une organisation sociale plus grande, le même processus recommence d'une manière plus forte et doit, par conséquent, arriver au même résultat, donner les mêmes produits seulement sous une autre forme. Les frottements et les luttes, les éliminations et les liaisons réciproques donnent finalement naissance à des résultats nouveaux de l'adaptation, à des formes plus hautes, à des civilisations nouvelles, à de nouvelles agglomérations politiques et nationales.

Montrer comment toutes ces différentes évolutions s'accomplissent uniquement par les actions et réactions

sociales, d'une façon tout à fait indépendante de l'initiative et de la volonté des individus, contre leurs idées et désirs, malgré leurs tendances c idéales > qui se croisent toujours avec les nécessités sociales,telle est la suite

de la tâche de la sociologie.

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