LIVRE PRËMIËH
LA MTURË m lA SO^CIOLOGIË
LA SOClOLOCrlE £ST-£LLË U2î£ SCIËKCE lljDÉPENDAKTfi ?
Que la faideur des choses accomplies laDOODce ce qui agit et vivifie ;
Dans le changement du pbéno mène devine ce qui reste éternellement.
La « sociologie » nous offre un spectacle étrange. D'un côté, on en parle toujours comme d'une science im- . portante, fondamentale, nouvelle, même science de l'avenir ; mais de l'autre, et non moins fréquemment, son droit même à l'existence est non seulement mis en doute, mais franchement nié. Cette divergence des opinions justiliera une nouvelle investigation sur IsL uafifre de la sociologie et de nouveaux efforts pour répondre aux questions concernant son objet, ses problèmes et ses fins, enfin son droit au rang d'une science indépen-
dante. Selon l'étymologie da terme, la sociologie doit être évidemment une science de la société humaine ;
mais la difriculté de àdinir exaclement la nature et le domaine d'une pareille science provient de ce que, d'un côté, la notion de la «société» n'est pas claire (1), de l'autre, de ce qu'il existe un nombre considérable de « sciences sociales > et, en plus, de celles dites « sciences do l'intellect », qui s'occupent aussi bien de la soci^Hé humaine, que de ses produits intellectuels les plus divers, de manière qu'il n'est point facile d'entrevoir le rôle à ^ échoir à une c sociologie » nouvelle et indépendante.
Evolution de la notion de la a société ».
( j' sor.'iil un snjol int<'rt'ssafil ]tniir les « chcrcheui-s », qui veulent décnuvi'ir tniijoiii.^ «les « piédéeesseurs >» «'t riioinme (en léalilé d'ordinaiie iiili ouvable (jui le jivemier a mis en eirridaliim un<^ idée nouvelle, que de résinidie la (piestiuu (le savoir qui. le preniiei", eréa en Allemagne la (- science sociale » ? (Connue la notion de la <« sociidé •> jaillit d'abord de lu constatation fie ranlaunni^nu' existant entre les classes dominantes et les choses doniim'es. on ]n mi rait considérer (pu: c'est cbez Scldeicnnacher. n n des jtremiers. que celte id(»ejj:erma,car il euqiloie mèuie re\|)re<sion y siM'i(''t('' » et soulij^ne, en rapport avec elle, préciséuienl cet antagonisme social existant dans 1 Ktat, Dans un discouis sur le « devoii" éducatif de l'Klat ». |)r(ni(mc('' le iti d(''cend)re INl i. il di'M-lare notamment que l'Klat est « une sociél('(les iiouvernants et des jïouviM'nés, que ce s«)nt les nK'mos pers(mnos (pn sont les uns et les autres, seidement ipu' cliacun i'epr('sente l'autoritt^ dans un acte donné, et devient sujet dans un autre acte » ; « mais
i. Voir les ouvrages de Tauteur: « Altgemeines Staatsrecht », 1697, p. 49 ; « Précis de Sociologie », 1806, p. 439 m*
en Tabsence complète de cette forme, ajoute-t-il,l*£tat n'existe
point (1)».
En ce qui concerne la formation de cette société existant au sein de TEtat, Schleiermacher paraft également s'être formé une opinion exacte, car il donne l'état de horde comme ayant précédé rétat policé. « Je n'ai pas l'intention, dit^il* de me. reporter à un état de nature imaginaire, qu'il soit guerrier ou non, mais à celui que l'histoire donne comme véritablement et immédiatement limitrophe h l'état de civilisation [)i-(>[)rement dite, à savoir h l'état... de horde ». Pour la question de savoir, comment l'Etot et la société sont sortis de cet état de • horde, Schleiermacher ne se laisse pas plus dominer par aucune des illusions courantes à Tépoquc où il vivait, et même plus tard encore. Il est vrai qu'il s'occupe d'abord du cas où, à la suite d'échanges favorables, les différences sociales apparaissent au sein même de cette horde, mais il est évident qu'il ncc'roit pas tout à fait a un procès pareil, admis parle plus içranfl nombre, cl immédiati'm<Mit il lui oppose une autre po«sibilité, pnraît avoir ses prrfc renées. « Considérons mainteiiaiil un autre eas. » eoiiliiiuc-t-il h l'endroil eilé, « supposons (pie la inu'de ne passe ])()inl inlérieurenienl et par olleinéme à l'état fie société civilisée, mais ijn elle sul)juguc une aiili'e horde ou soit elie-nième siihjii,i;iié(^ par ceKfîMiiIrehorde, el voilà (pie des deux connnnnautés ])i inulives un Klal se form(> sni- inu? liase d'inégalité, de manière, notamment, que l'une d'elles devienne dominati"ir(\ et (pie l'antre soit asservie ... )> Il parle plus loin de la «> lac.e dominante « el su|>|>ose que celle-ci soit « plus uoi)le,soil pai son essein*e. soil en vertu de ciiToiislain^es (|ni aient mieux favorisé s» m (U'vclojijienM nt ; (pi'elle ait véen au milieu de UKenrs plus nol)les el les a ii iiicul({uées par l'éducalicm <•! sa jeunesse, » et ipie la race asservie, au contraire, « apparaisse inteiacnire aux domiiiateiiis. plus ijfi'ossière. nioin< cultivée ». Kt il continue encore : <* il y a une grande re.ssendjlance entre les rapporU de deux races
i* Œuvres de Schleiermacher, lii, à, p. i3i
pareilles, primitivement inégales, et celui qui existe dans nos institutions entre la noblesse et la bourgeoisie... » L'endroit suivant du même discours peut nous prouver que Schleîerma* cher envisage aussi VévolHlion de l'Etat au point de vue social, donc qu'il peut être considéré comme prédécesseur également des sociologues français.
« il reste maintenant à parler de la plus imposante contexture de l'Etat, à savoir, quand il se forme un Etat de grand style, que ce soit soudainement ou graduellement, en englobant dans un grand tout une notable quantité de peuplades séparées. La première secousse surmontée, chaque race se remet à chercher son existenc(> pniprc, le fait d'être incorporée dans une vaste unité devient pour elle une relation pu- ' rement extérieure, les vieilles coutumes et mœurs affirment leurs droits partout où elles ne sont pas réprimées par la force, qui, d'ailleurs, ne se fait sentir qu'extérieurement. Les moeurs servent de base à l'éducation, qui, par conséquent, reproduit toujours avec peu d'écarts, la vieille vie isolée, bornée, de la race séparée, sans se pénétrer de l'unité du majestueux ensemble. Tant qu'il en est ainsi, l'Etat ne présente une unité que par rapport à l'extérieur ; quant à l'intérieur, il n'est pas plus uni que l'Etat aristocratique ; nu rontraire, il présente une multiplicité encore plus compli(|uée. Les diverses parties de l'Etat peuvent ainsi loni^temps former un simple agi'égat,8ur- . tout dans des conditions politiques siiiiples.et se trouver entre " elles en rivalité aussi grande qu'avec les parties séparées d'autres Etats pareils... Mais, tùt ou tard, il arrivera que le jxouvernement sentira qu'il est nécessaire tle convertir cette multiplicité en une unité véritable, d'inculquer à chacune des |)arlics organiques un vif senliincnt de rensenibie et de subordonnera ce senliincnt celui de l'existence propre, poui* «jue r.imonr de la eu e et du canton ne s'oppose poinlà celui de la patrie et du peuple... »
Si Selileierniaeher a. de cette uianièie, luliodiiil le point de vue sociol<n:i((ue ilaiis révolutinn intérieure des Ktats. Frédéric List a lail la même chose pour les rapports extérieurs», in-
ieraationaux. Le raisonnement de Schleiermacher contredit la science politique française,qui n'a vu dans la nation qu'une somme d'individus égaux en droits ; List de son c6té fait observer que la théorie antérieure « de la pure humanité, des purs individus, n'a pas remarqué les nations w. II indique lui-même que la « différence caractéristique » du système de l'économie nationale créé par lui.estla « nationalité. ». « Tout mon édifice est b&ti sur la matière de la nationalité, comme intermédiaire entre l'individu et l'humanité », dit-il dans la préface à son « Système national de l'économie politique » (1831).
Ainsi furent en réalité ouvertes à la sociologie en Allemagne les deux pei-spectives: celle de l'intérieur de l'Etat et celle de ses rapports extérieurs, et fut inan.i<uréc la réaction contre la science politicpie atoniiste française.
Les germes des idées sociales se développèrent plus tard, vers la quatrième dizaine d'années du siècle, déjà scms l'inlluence de la littérature socialiste et sociiilnirirpie (pii. à cette éj)t)(jue, s'est forlenuMit accrue en Fi'ance aussi, eu sorte (|u'à côté des trois piunuieis scieutiliques de la science sociale en Allcinaiiiic : Mohl, Slein et (ineist. Rield aussi a pu j)! niliiire son ouvrage populaire et tunginal sur u la société civile » \ IS.'il). Rielil réunit eu un svslème les idées sociales alcu's en voiçue et sait nous donner, comme illustration de ce système, uiu' image de la « société « telle (ju'en réalité elle s'i'lail développée en Allemague. « société civile u'est pas la uièmecliose que la société politique ». telle est la nouvelle vérité de notre siècle, écrit-il, et, visant le lihéralisuie de ce leui|)>. celui de l'i-i ftlf (le Motteelv et <le Welcker. il ajoute : il est iui|M)ssiljlc (pie la .«société coui})osée de diverses parties soit identi(jue à l'Etat. « (> (pii est réel, c'est la diversité sociale ; ce qui est idéal, c'est l'unité ».
« L'étude du peuj)le dev?ait être le foudeuieut de toute la science politique, et non l'étude des systèmes du dioit [)olitiipie ». La science du peuple (dtuh- de la soriété pulymère) appartient, selon l'auteur, aux sciences auxiliaires, non exis-
tantes encore, de ta science politique. Mais un jour elle apparaîtra dans les chaires et même dans les examens ! Cette science de ravenlrdevrait être une «ethnographie socialo*politique » et représenter le peuple dans ses groupements sociaux. « La science de la société civile est au fond une science de VinégtU&é naturelle dans la société... mais cette inégalité est la source d'une abondance de vie inépuisable ». Après ces idées introductrices vient chez Riehl une représentation artistique des classes populaires allemandes. Ce livre eut une influence plus grande que cent dissertations sociologiques et provoqua de nouvelles études scientifiques sur ce sujet. Tout d*abord, Stein continua vers I8S0 ses investigations sur l'Etat et la société et Gneist continua à approfondir la question par ses descriptions des rapports entre la société et l'Etat en Angleterre.
Pareille fut l'influence de l'ouvrage de Treitschke : « La science sociale » (Die Gesellschaftswissenschaftt 1851), qui, au point de vue formel, se prononça contre la formation d'une science sociale séparée, que réclamaient Mohl et Riehl. Après avoir brièvement exposé les théories de Mohl sur les groupements (cercles) ^iaux (communes, unions communales, familles, races, états, é^i^^lisesel confréries, unions de familles et de peuples), Treitschke pose la question : « mais qu'est-ce qu'il ya de commun entre tous ces groupements sociaux? » et évidemment son opinion est que ces groupemente sociaux ne peuvent faire l'objet d'une science à pari qu'à la condition de pouvoir être ramenés à un dénominateur commun, et seulement dans la mesure où cela est possible. Or, « chaque groupement social repose sur un intérêt difîérent » (p. 65), et comme tout inlér(^t est, u par sa nature inùaie, égoïste et exclusif », on ne peut donc songer à une science qui jjuisse englober toutes ces ctioses liétérogènes ». Une science sociale ne peut exister qu'îi condition qu'il se dégage de la notion de l'Etat, « si restreinte qu'on la conçoive, une série de conclusions importantes et vraies pour tous les Etats ». Mais il n'en est pas ainsi quand il s'agit des intérêts sociaux. « Les intérêts
— so-
dés gi'uupes sociaux sont hétérogènes par leur origine même.» C'est pourquoi il n'y a pas à songer à une science sociale indépendante; mais la science de l'Etat ou la politique doit embrasser en même temps l'étude de l'Etat et celle de la société. Cette puléinique de Treitschke contre Hohl est purement formelle ; au fond ils sont tout & fait du même avis. L'importance de la .société pour l'Etat et rimportance de l'étude scientifique de la société étaient déjà universellement reconnues vers la fin rie la cincpiième décatie du .sit>cle. La question de savoir, si celte étude devrait donner lieu à une science sociale spécialisée.ou bien si elle devrait entrer dans la science politique, dont le domaine et l'objet se seraient élargis et agrandis, est apparemment une question purement formelle et secondaire. Pourtant, cette divergence des vues a une raison plus profonde.
Si Treitschke se prononce en faveur de l'incorporation de toute la science sociale dans la science politi(iue, c'est parce qu'il considère toute société au point de vue exclusif de l'Etat, et qu'il définit l'Etat comme équivalent à la nation dans sa vie commune, unie et extérieure, tandis que Mohl se forme en réalité une notion tr(''s n'streinle de l'Etal, « qui ne présente qu'une unité des personnes » et ne laisse point de place aux :;ruujMMnenls sociaux. Mais comme eu réalité l'Etat pio\ iciil des luttes sociales pi éfédentes.il est plus coiifonuc à la loijicpie de considérer la science poliliijiie coiumc une pailie couiposante de la sociologie, et non inversement, ainsi que le veut ïreilscbke.
D'ailleurs, ni Mobl ni Treitsclikc. jii les autres écrivains. qui Iraitaicui à celle époque de la s» lence sociale, n'ont vu le fond de la question, (iC n'est pas l(» fait de l'existence d'une société qui enjustilieune science spéciale. car toute cboscqui existe au sein de l'Etat n'exige point uiu* science spéciale. cl sous ce ray>port les crili«pies de Treilscbke étaient fondées. Seul le fait, (pii aloi's lesla (■nniplètement en deliors de la diseiission e! dunt nous pai'lerous plus lui ii. le fait que les i;niupes soci.iux représentent un système de mouvements, qui s'ellectuenl selon des
lois ctinslaiilt's et iiiv.'ii iahlcs, soul fait donne le di'(»it de fonder une seienco .spéciale de la société. .Mais coni me re point (le vue denienra tout h fait l'I ivinger aux. déi»als, il n'est point étonna ni (|u'en l éalité, après « l'essai rrititpie » de Tn-itsclike, on s'en tint, en Allenïa.Lrnc. à traitei- dans les s<'iences politiques tout ee qu'il y avait à dire sur la soriété, ce (pii en Allemagne était d'autant plus facile que le besoin de reclierclier eette réiicularité des mouvements sociaux et politiques était satisfait pur l'histoire de la civilisation, qui se développait puissamment.
11 est vrai que cette recherche des lois était dirigée d'un seul coté : on se bornait sinq)lement à juxtaposer tous les faits his1<»iiques qui devaient démontrer un progrès <'(Uistant du genre humain. Mais ceux ipii ne se déclaraient point satisfaits par celte idée seule, idée d'ailleurs fort discutable, du « pr(»grès de l'humanité » et poursuivaient d'autres points de vue encore pour l'évolution des peuples et des Etats, s'eiïoi'çaieot toujours de trouver a les lois de l'évolution sociale ».
Ainsi. Fr. Ri)dinger(l) veut trouver « les lois du mouvement dans la vie politique » et déduit la formation de l'Etat de « l'action des lois naturelles », qui, ensuite, par l'intervention des hommes, se transforment en « lois morales». De « l'action combinée des lois naturelles et morales sort la loi de l'organisation politique, » qui conduit l'Ktat à une liberté politicpie plus grande, car « la victoire 11 na le de la liberté est l'idéal sublime des hommes». En un mot, Rœdingcr fabrique ses «lois du mouvement » dans l'Etat simplement pour y appuyer le régime constitutionnel.
(i'est ici que se rappiu-te aussi la tentative de Herman Doergens de trouver a la loi de l'histoire » (2). « Ce qu'on appelle philosophie de l'histoire, dit-il avec raison, a été jusqu'à nos
1. « Die Gesetxe der Bcwegung im Slaatsleben », Stuttgart, 4864.
2. « Arisloteles oder Ciher das Gesetz der Geschicbtc », Leipzig, 187S li.
jours une série d'essais manqués». L'histoire de la littérature historico-philosopliique fournit, selon lui, la preuve, « qu'on n'a p.i!^ considéré les forces dans les impulsions qu'elles ont exercées dans l'histoire, et dans leur action, d'un côté solidaire, de l'autre reproductrice, mais seulement les phéno> mènes au service d'une idée reHgîeu8e,commeBossuet,Goerre8 et Schlegel; au service delà science, comme Voltaire, Lessing, Iselin, Herder,ou bien â*VLneidée logique, comme Hegel, ou enfin d*une idée [joIUique, comme Kant et Buckle, et que ces phénomènes, or lea a explicjués par leur cause. Dès lors, selon la somme de phénomènes que paraissait représenter l'histoire, on accumulait une somme d'explications. De la multiplicité des causes psychologiques on n'est pas passé à l'unité du point de vue, qui est pourtant indispensable pour arriver à trouver la « matrice » de tous les faits » (p. 27 ).
Cette unité du point do vue ne peut être trouvée que daus la « loi de l'histoire w.qui, évidemment, doit être la mômcpour toutes les périodes de l'histoire (p. 30). Maintenant il y a la (jiiostiun : « riuiinaiiité est-elle une ou divisée i » et les recherches floiveiU être dirii^ées sur le point de savoir, « s'il y a nue loi spéciale de révolution j)oiir chatpie rare, ouhien si la même loi est apjilicahle 1\ toutes les rares, et (pielle en est la formule dans l'un ou dans l'autiv de res ras 1 »
Hernheim (Lehrlmch der historisrhen Metlio/k, Manuel de la méthode histuri(jue, p. 30). jireMiit de uouv(Mux (x'rfectionnemenls de l'histoire. |)arre (|ue, dit-il. notre épO((ue a sur les y>récédenles la suj)ériorité d'avoir roinin is les phénomènes éroiioiiii(|ues et sociaux ; parce «pie uous avons créé une srienre ju.sipi'à présent inconnue de l'éromunie nationale et de la Noriolo,i;ie. et il l envoie les historiens aux o'uvres sociuloj;i(pH^s de SjM'iirei- et de Srhaeffle. pour qu'ils y puisent la notion de révolution. Dans le chapitre 4c) sur les rapports entre l'histoire et la sociologie, il appelle celle-ci science auxiliaiie de l'histoire.
Ma^isaryk {Versurh Pincr konkrcien l.ogik, lassai d'une logique coucrète, p. 138 ss.) met la .sociologie, comme étant la
>i'i(>iii <' (les plx'nonK'iios sociaux, .-i In dorniAif idacc (au point tir vtH' i'lin)iiiilnu;i;|ii(' ) <laiis si>s deux liirrarrhics des sciences. Son «»))j(îl, c'est la «> socirlr et l'hisloiro linniainc » ; elle nous (Miscii^nc « les conditions de rexistcnrc de la société linniaine ; (die s'ellorce d'ex|jlitjH('r, en (|iioi consiste le sens de l'oi'i^anisation sociale, comment et |)onr(|iioi la société se nient, croît, se développe », « «die trait(» de rintluence de la natui'e sur la société, étudie l'individu en tant (pie facteur social, examine la nature des rappoi'ts gcnésiqucs et familiaux et, enlîn, analyse rorganisation même de la société. Dans ce but, elle divise la notion de lu Société, en analyse l'oiganisation intellectuelle, morale, religieuse, politique, économique, et b'occupe, enfin, du laniçaue et de l'éci iture (?), dans la mesure où ils servent le contrat social...». « Sur les caractères scientifiques, la raison d'ôtre et la nécessité de la sociologie, les hommes sans pa^i pris, estime Massnrvk, ne conservent plus aujourd'hui de doutes », il y a pourtant encore « beaucoup de théoriciens et surtout de praticiens et de politiciens, pour qui la sm iologie est incommode ; à un certain nombre d'entre eux déplaît, selon Massaryk, seul le mot sociologie, qu'il rappelle le socialisme «.En outre, estimet-il, il ne serait pas sans utilité de «'entendi-e sur le terme, car la science que nous nommons sociologie », est appelée par les autres : c philosophie de Thistoire», a métapoli tique >, c science sociale t , t philosophie du droit », c statistique « histoire de la civilisation », etc., etc.
Il ressort de ces raisonnements de Massaryk qu'il ne tient nullement la sociologie pour une science spéciale et indépendante. II croit, il est vrai, que m sous chacun de ces termes est cachée une différence quelconque, réelle ou méthodique, dans la compréhension du sujet; mais au fond il n'y a aucune différence». S'il y en avait,ce qu'il y aurait de plussimpl6,ce serait de renoncer au terme superflu de sociologie, puisque son objet, comme l'énumération ci>dessus le prouve, ne manque point de noms et de définitions. Mais alors on ne voit pas, pourquoi Massaryk a assigné à ce nom c sans objet indépen-
dant » une place dans la classification des sciences. Col oxpoipic de Massaryk montre suffisamment le manque de < Im te en ce qui concerne notre sujet, et prouve la nécessité de la faire entière.
LA RAISON d'ëTRË D£ LA SOCIOLOGIE
Les arfirmations des adversaires de la sociologie : qa*elle n'est point une science indépendante, que, sous
une nouvelle enseigne, elle traite les objets de sciences indépendantes plus anciennes, comme la philosophie, l'histoire, l'histoire de la civilisation, l'économie politique, la science politique, la politique, la philologie, la science des religions etc., etc., ne sont malheureusement que trop justifiées par Tétat où se trouve la littérature sociologique (1).
I. Nous l'iteroDs ici quelques mois d'une lettre de Loreoz de Stein, qu'il nous aécrite en 1883 après réceplion de noire « Précis de Sociologie «, parce quils sont caractérûliques pour le manque de Tues claires, en ce qui concerne la nature de la sociologie, ni^roe chez les spécialistes les plus éminents. « Je suis monlê contre la sociologie, parce qu'if m'a été toujours impossible de formuler ce qu'au fond elle est, car avec la confusion franco-anglaise des mots et fies idées, il ne reste plus rien qui, d'une manière ou d'une antre, ne soit sociologie, inclus l'éleclricité et les lim lcries, » Jusqu'à quel point, d'ailleurs, Slein. ce fondateur de la science sociale, était méllant envers la sociologie, et jusqu a (|ucl point il ne savait pas où il fallait la nietlrc dans le svstènie des sciences, on le voit dans lu suite de sa lettre, où il exprime l'espoir d'apprendre par mon livre, « quel est le groupe des spécialités sclentiflques dont cette sociologie présente une partie (ormulable ».
Il paraît que je ne puis pas me flatter d'avoir, par mon « Précis
Si la sociologie a la prétention d'être une science indépendante, elle doit fournir la preuve qu'elle a un objet
indépendant, ou du moins, qu'un objet connu et traité par les autres sciences, Test par elle à un point de vue nouveau et jusqu'à présent inconnu (1).
Cette preuve, il faut la fournir, négative et positive, pour montrer d'abord que les objets des autres sciences rapprochées ne sont pas ceux de la sociologie, ou du moins qu'elle ne les traite pas de la même manière que les autres sciences ; ensuile,que son objet est en effet tout à fait indépendant, et que les autres sciences ou bien ne
de Sodologîe », beaucoup coutribaé à éelairdr la notion de la science sociale, puisque G. Rliinelin {Deuttche RundschaUt^.Ôit p. 36: c La Notion delà Société)», se plaignait encore, en 1S89,« qu'il est difll* die de dire, de quoi s*ocenpe cette science, car avant tout il faudrait
pouvoir délimiter ce dont elle traite, — toute science de la nature ou de l'histoire, philosophie, art, droit, morale et religion y trott« vant leur place ». Eh bien, je réussirai peut-être dans le cours des explications qui vont suivre, à faire apparaître rt>bjet de la sociologie et à moulrer que, malgré l'unité de son sujet, elle n'a point besoin de renoncer à traiter des (jucstions fondamentales de la philosophie, du droit, de la morale, de la religion et même de l'art.
1 . Van der Rest déflnit d'une façon tout à fait juste ce qu'on doit exiger pour justifier la fondation d'une nooTelle science. « Il faut ~ dit-il — qn*ooe série d'études, qui, jusqu'à présent, a échappé aux recherches humaines, soit découverte ; s*U s'agit d'un domaine déjà exploré, il faut du mohis avoir découvert une nouvelle i^éthode, capable de dissiper les doutes et les erreurs antérieurs et de nous conduire par une voie sûre à la connaissance de la vérité ; ou enfin, en l'absence d'un nouvel objet ou d'une nouvelle méthode, il faut, du moins, avoir jeté sur une série de |)hénoménes une telle lumière que, gri\ce aux nouveaux horizons ouverts, !a science paraisse renouvelée » (w la Sociologie », p. 4). Je suis tout à lait d'arcord sur ce point ;ivec Van der Rest et j'estime que, s'il était impnssiltle de satisfnirc à ces ronditions. il serait inutile de donner à la sociologie le rang d'une seicnce.
s'en occupent guère, ou bien s'en occupent d'une manière différente. Si la sociologie ne peut pas fournir cette dou-» ble.preuTe, elle n*a pas droit & l'existence.
Les adversaires de la sociologie.
Comme représontant de l'école Ihéorique qui nie le droit de la sociol(»f;io au ranj? d'unr scionce indépondantc, nous rilerons ici Dillhcy. I n (diapiire de son «c Introduction dans les sciences de rintelIcM-l », dont jus(ju*;i prnsonl (1880) un seul volume a paru, est intitulé : m La phiio!>uplii(> de l'histoire et la sociologie ne sont p.is des sciences véritables m.II juslille cett(; aflirmation, en disant d'abord que << la grande lAche de. l'historiographie consi<|pt.) toujoins dans la représentation artistique, cpii ne peut pas être dépi érj/'c par la rage de généralisation de certains savants anglais et français » (p. 114). Cette « rage de généralisation » de Dilthey traliit sa propre rage contre les généralisations qui, ne le satisfaisant pas, lui paraissent dénuées de valeni-, et comme il ne peut pas les remplacer par de meilleures, le conduisent à cette opinion désespérée que a les théories sociologiques et historico-philosophîques qui ne voient dans la représentation de ce qui est particulier rien qu'une matjère brute pour leurs abstractions t, sont fausses (p. 115).
Dilthey exprime son mécontentement contre « le préjugé, qui soumet les travaux des historiographes à un procès mystérieux .pour transformer alchimiquement la matière des particularités trouvée au cours de ces travaux, en Tor pur de Tabstraction, et forcer l'histoire à livrer son dernier secret i>, préjugé qui lui paratt « exactement aussi étrange » que Tétait « le rêve d'un philosophe naturaliste alchimiste qui sont geaità arracheràla nature son grand mot.» Dilthey ne parait pas prendre en considération que la philosophie alchimiste de la nature a eu également son importance dans le développement de la science en tant que degré .de l'échelle céleste,
et comme il ne peut, lui, faire produire à la « matière des particularités 9 aucun « or de l'abstraction », il nie l'importance et la raison d'être de tous essais pareils. « Cette opération restera toujours entachée d'improductivité, «dit Dilthey, en visant la philosophie de l'histoire, et il a raison dans la mesure où la philosophie de l'histoire s'efforçait de montrer « la pensée d'un plan unitaire dans le procès historique mondial : une pareille démonstration ne peut évidemment pas être faite avant que le procès ne se trouve terminé devant nousi^.Gar estil, par exemple, possible de deviner le plan d'un vaste b&ti- . ment, quand on n'a devant soi qu'un coin de tracé ou un fût de colonne ? Et qui peut nous dire que nous connaissons une partie plus grande du cours de l'histoii'e ?
Mais comme Dilthey identifie la sociologie avec la philosophie de l'histoire, il dénie h celle-là aussi tout droit à l'existence et tout caractère scientifique. La seule diflérence entre la philosophie de l'histoire et la sociologie iju'il aperroive (do celle-cHl ne considère que « l'école française »), est la suivante-: la sociologie ne se soucie pas seulement d'arriver à « la connaissance de l'enchaînement de l'ensemble », mais elle « espère aussi, grâce à la compréhension de cet enchaînement, amener une direction scientifique de la société ». Par rapport à la philosophie de l'histoire et à la sociologie de Comte cette distinction n'est pas inexacte ; mais qu'est-ce qui donne à Dilthey le droitde tirer, des eflbrts infructueux faits pour résoudre les problèmes scientifiques, la concla.sion que ces elï'orts doivent toujours rester vains ?
Mais l'erreur fondamentale de Dilthey consiste précisénieiit en ce (|u'il néi^lige coiiipir-tenient la dilVérenee <Mitre la piiilusophiedi* l'hisloireel la sorioloirie.i lelte dernière ne vfMit prononcer aucun arrêt sur le <* procès Instoriijue » toul cnlier, |>aire (pi'elle ne le connaiM pas. Te (lu'ellc se proftose, c'est exclusivcmciil l'iMiidr de la iialiir<'. de la p( mi' ainsi
dire, de pmcès. qui [xuii'taal jMHd èlic rimiiuc par la niuindrc IVactinndii |>n)cès liisloriqm', l»)ul comnw* la cpialité d'un minéral par la moindre particule d'un bloc, ou connue
les proprif'tôs chimiqiK's d'un fluide par la moindre goutte de co fluide, (juand Diilhey estime (|ue la philosophie de l'histoire « peine pour résoudre la quadrature du cci clc », il peut avoir raison ; mais cela ne s'applique nullement à la sociolo* g:ie. car elle renonce complètement au problème de la « raison de l'cnsenihle » et ne s'occupe que des qualités du procès historique, dont l'essence reste éternellement la même.
LJL SCIENCE 80GIÀLB BT LA. SOGlOLOaiE
ÂvaQt qa'on paisse entreprendre cette double preuve, il faut d*abord écarter un malentendu, qui est provoqué,
partagé el propagé non seulement par la littérature anti-sociologique, mais aussi parla littérature sociologique» à savoir la confusion de la sociologie, en partie avec le vaste domaine de la science sociale, en partie avec la politique sociale. Par c science sociale > (l) on peut, si précisément on le veut, comprendre l'ensemble des sciences qui ont trait à la vie de la société. Ce ternie s'impose dans deux cas. D'abord, quand on veut parier
4. FoQilIée (« La Science sociale eonteroporaîDe », Paris, i9SSi), dédare, il est Traî, que « la constitution de la science sociale sur les bases positires semble la principale tftche de notre siècle », mais il nous laisse totalement ignorer ce qu'il comprend par « »slence sociale ». Car s'il lui désigne la tâche « d'étudier les sociétés humaines à un double point de vue : dans leur idéal et dans leur n^'alité », — cette tAche appartient à toute une SfTie de sciences morales et politiques, en commençant par l'iiisloire jusqu'à l'économie politique et la science juridique. La « science sociale » doitelle remplacer toutes ces sciences et les rendre siiperilues, ou bien en devenir une encyclopédie V D'ailleurs Fouillée s occupe surtout dans son livre de TEtal, et veut concilier la théorie du contrat social et la « théorie organique de TEtat >. C'est là de la philosophie politique et juridique. Comp. encore là-dessus, dans la suite» le ch. III*
de certains traits ou signes communs des diverses sciences politiques et sociales et qu'on cherche un nom pour leur totalité. Si l'on veut, par exemple, comme le fait Karl Meuger, parler de la méthode de ces sciences par opposition à la méthode des autres systèmes de sciences, le terme « sciences sociales » se présente avec commodité. Mais cette expression ne désigne dans ce cas nullement une science spéciale, elle est simplement la dénomination collective de Téconomie politique, de la science financière, de la science administrative, etc. Mais comme l'ensemble de nos sciences n'est point, encore une fois, une science spéciale et in(ie|)endante, le terme « science sociale », employé avec cette signification, n*a rien à faire avec la sociologie, qui veut être une science spéciale et indépendante.
De même Inama-Sternegg emploie les expressions : f l'élude de la société », « la science sociale », pour désigner un ensemble indétermiaê de sciences qui s'occupent des (i phénomènes sociaux t. Sans nous donner une délimitation claire et nette de cette science sociale, il paraît considérer l'économie politique comme une de ses parties, mais la statisticiue est pour lui un « moyen des recherches sociales scientifiques » (.1) ; il parle aussi des t recherches historiques dans le vaste domaine de la science sociale », sans entrer dans rénumération explicite des parties séparées de ce « vaste domaine ». Chez Inama-Sternegg, de même que chez les autres statisticiens, comme par exemple Morpurgo ;^2j, il est difficile
. i. Inama-Sternegg :«Die Quellen der historischen Bevolkcrungsstatistik », dans la Slatisl. Mooatschrirt, XII, 1886, p. 387... «la science sociale, mais surtout récononiie politique ». Oie Statistik und die Socialwissenscbaften, i877.
de saisir la limite et la diftérence entre la statistique et la science sociale ; pourtant Inama-Sternegg (1) paraît apercevoir cette différence dans la méthode et indiquer comme signe distinctif de la statistique, ses < moyens spécillques de la détermination quantitative. >
Le fait qu'un uji and nouihre de statisticiens (conime par exemple Morputgoi considèrent la statistique comme une science sociale, et même comme la science sociale unique ou, du moins, la plus important*', procf'Mle simplement de l'eî'reur qui les conduit à donner sans plus de farons le raui:; de la « science sociale « x«t" £;o;j^ï;v à une science (|ui a spéciaU'ment rhomme pour objet : ils croient que la « sociélT' » n'est pas autre chose «pie le plm iel de « l'homme u. La stalisli(jue s'occupe de riionnnc et des masses d'hommes, mais pas do?. sociétés. Car les dirtV'i'ences entre les i^roupes hnmains, (pii en font des sociétés, ne sr» laissent pas exprimer directement j)ar des nombres; ces (lillV'rences ont pour la statis1i(|ne une iinportaiu;e secondaire et sont néi;lii;ées par elle devant d'antres pointsde vue. T^a statisli(pie s'occupe de préférence d(\s« phénomènes et rap[)orts collectifs » ; la sociologie, de la coordination et du î;roupement social, ('/est ainsi à peu prés (pi'il nous faut définir par avance la différence enlrela statistique et la sociologie, avant qiu^ nous la revoyions de près (voir cidessous : La slatislique et la sociologie).
i. loama-Sleroegg : Geschichte undStatistik (Stat. Monatschrift, 4888).