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CHAPITRE V

LnirrKs statiques des aciRÉcjats.

Section première. — Limites statiques des a^ré^^ats, — Distribution des climats; les lignes isothermes, isochimènes et isot hères.

Nous avons jus([u'ici étudié séparément : i° les caractÎM-es des agrégats, en tant que masses inorganiques ou organisées ; 2® les limites naturelles des corps inorganiques et organiques considérés in abstrarto, c'est-à-dire indépendamment des corps où leurs éléments sont intégrés. Xous allons maintenant combiner ces deux facteurs — agrégats et limites — et montrer comment, dans la réalité, d'une façon constante et nécessaire, toute masse ne se différencie du milieu ambiant qu'à condition d'être limitée. Ce que nous av(ms fait au point de vue des mathématiques, de la mécanique, de l'astronomie,

< 1 1 Essai de Psycholng'ie ffénérale, Paris, F. Alcaii, 1891.

de la physique, de la chimie, de la biologie et de la psychologie abstraites, nous allons essayer de Texposer au point de vue des phénomènes concrets, en tant que niasses, dont s'occupent les sciences également concrètes correspondantes aux premières : l'astronomie terrestre, hi géologie, la minéralogie, la botanique, la zoologie.

Nous allons donc considérer ces i)hénomènes concrets en tant que masses délimitées par des zones d'ensemble.

Dans le chapitre consacré aux limites astronomiques, nous avons suffisamment déjà montré que c'est là que se rencontre la meilleure preuve que l'équilibre de tout corps résulte de sa composition propre en correspondance avec le milieu ambiant; cette loi de mécanique générale préside à la formation même de notre planète. Il est inutile d'y insister davantage, si ce n'est pour rappeler que l'histoire de cette formation est en rapport avec celle de tous les êtres et de leur distribution à la surface du globe par un facteur dérivé, le climat.

Notre globe, d'abord à l'état de fusion, a toujours été se refroidissant; en même temps son écorce s'épaississait et son atmosphère, devenue moins vaporeuse, entretenait à sa surface une température moins élevée. Nous savons qu'il y a eu des phases successives de température et que chacune de ces phases a été marquée par des modes spéciaux d'existence ; les végétaux et les animaux n'apparaissent que quand la température est compatible avec leur vie et que l'air contient plus ou moins de carbone et d'oxygène.

La distribution des fossiles prouve que c'est très tard, au début seulement de l'âge t<îrtiaire, que se produisit la différenciaticm des zones et celle des organismes correspondants. Ainsi des lois mécani(iues et physiques naturelles ont déterminé la formation et les différenciati(ms consécutives de notre planète :

i^' Inégalité dans la croûte solide produite également par le refroidissement ; saillies et dépressions ; montagnes et vallées;

2*^ Raccourcissement du diamètre terrestre par le refroidissement;

3" Apparition de l'eau, conséquence de l'abaissement de la température du globe à un certain degré; jusque-là l'eau avait flotté à l'état de vajjeur;

4'* Action de Teau sur Técorce terrestre : nivellement des saillies, limon entraîné comblant les vallées où il se dépose j>ar couches ;

5" Apparition des organismes dans la période où Técorce terrestre est recouverte d'eau.

Les organismes en général sont constitués en grande partie d'eau combinée avec <rautres matériaux ; tous sont des agrégats semi-fluides.

Entre les organismes et les inorganismes il n'y a de différence que dans les modes spéciaux de combinaison des éléments premiers constitutifs des corps bruts, donc simplement des différences des mouvements. Le nombre des corj)s simples auxquels tout se ramène est actuellement de 76 dont une quarantaine, les plur» importants, suffisent par leurs combinaisons à constituer les roches, les eaux, Tair, les plantes et les animaux.

Au début de la vie organique, la température, sur la terre, était à la fois plus élevée et plus uniforme. Un abaissement marqué de la température aux deux pôles se ])roduisit sans doute au commencement de la période tertiaire jusqu'au moment de l'apparition des premières glaces. La vie dut fuir ou s'adapter; de là des métamorphoses. Durant la période quaternaire la température descendit au-dessous de la température iK*tuelle. L'Asie septentrionale et moyenne, l'Europe (»t l'Amérique du Nord se recouvrirent de glace du pôle jusc^u'aux Alpes; de même à partir du pôle Sud; il ne resta ((u'une zone intermédiaire où s'accumulèrent les formes organiques; de là une grande destruction d'espèces ou la transformation des autres. Dans la période post-glac»iaire, les êtres organisés reprirent la direction des pôles avec leurs nouveaux caractères et ceux «pi'ils acquirent peu à peu en cours de route.

Le (*limat ue fut donc pas primitivement divisé en zones comme actuellement. Suivant la loi générale de structure, il fïit d'abord homogène; l'atmosphère vaporeuse qui environnait d'abord notre globe y entretenait une température uniforme de serre chaude. Aussi tous les terrains sédimentaires, silurien vt dévonien, de cette période, ont-ils une flore et une faune spéciales, essenti(»llement maritinu's. De même chaciin<» des cMuichcs géologicpies, avec* sa flore et sa faune

particulières, a eu son milieu général et son climat correspondants. L'homogène tend toujours à se différencier d'autant plus facilement que sa masse est plus considérable. D'après les fossiles découverts, il est certain ([ue non seulement le (»limat général s'est modifié, mais que des variations locales se sont produites. Des animaux , dont les débris ont été retrouvés dans des contrées actuellement tempérées, comme la France, la Belgique, TAllemagne, l'Angleterre, ne pourraient plus vivre qu'entre les tropiques ou tout au moins dans les z(mes «emi-tropieales.

Il faut retenir de ces temps préhistoriques, au point de vue de la philosophie des limites naturelles et des frontières sociales, que la température de la terre s'est modifiée à diverses rei)rises et ([ue cha<pie fois les races animales ont émigré <lans le sens de ces variations. Alors commencent naturellement à se dessiner des zcmes végétales et animales distinctes; à l'origine, il y avait (*ertes de nombreuses variétés zoologiques, mais leurs gro!q)ements étaient moins distincts; la promiscuité était leur caractère dominant. Au conti*aire, vers les époques ternaires et cpiaternaires, clnKiue grand continent a déjà des espèces propres.

Pendant l'époqiie pliocène vi i)ostpliocène, le centre de l'Kurope scMnble s'être fortement r(»froidi ; sa t(»mpérature de torride devint glaciale; les aninuuix de cette })artie du globe émigrèrent vers l'Africpie, tandis (jue ceux des contrées boréales les remi)lacèrent dans le centre, attendant ])()ur retourner à leurs lieux d'origine (juc la temi)ératurc de l(Mir patrie ncmvelle s(» radoucît.

La période quati^rnaire (pii précède la nôtre ne ])araît i)as en être séparée par aucune variation ])rofonde; sa faune se lie à la nôtre; on y voit se développer des milliers de mammifères et de mollusques terrestres. L'homme est certainement le contemporain de cette épcxpie, ])cut-ètre menu» celui de la précédente, tout au moins par un tyjx» de transi ticm.

Cliaipie li(Mi de la terre a son climat propre dét(»rminé par une foïde de conditions variables dont c(»rtaines cependant peuvent être considérées (»omme relativement générales et permanentes.

Le mouvement de notre planètt* et sa situation ])ar ra])])ort au Soleil sont la conditiim (»xtcrne, générale et constante des

climats et des températures; la prédominanee, soit des eaux, soit des terres, en est la cause générale et constante interne.

Le climat maritime diffère du climat continental. Pour le premier, les moyennes d'hiver et d'été sont i)eu divergentes ; récart augmente pour les seccmds; la même latitude n'a donc pas nécessairement le même climat.

Si, par une ligne continue, on unit sur le globe les localités ayant la même température moyenne hivernale et pai' une autre ligne, celles qui ont la même moyenne estivale, ou obtient deux lignes. Tune isochimcne^ l'autiT isolhêre^ dont les courbes et les irrégularités tienn(»nt à l'inégale distribution des mers et des continents. La ligne isotherme est celle qui résulte de la moyenne de la température générale de Tannée. Entre les tropiques, la latitude et les lignes isothermes tendent à ccm fondre leurs courbc^s.

La ligne de temj>érature maxima coupe Téquateur terrestre sous le méridien de Singapour et de Tahiti, traverse TOcéan Pacifi([ue dans sa i)artie méridionale et TAthintique dans sa partie septentrionale; la température moyenne qui corresl)ond à cet é([uateur thermal est de 28^80.

La température moyenne dépend aussi, du reste, en dehors des deux conditions fondamentales, externe et interne, ci-dessus indiquées, de causes particulières, telles que l'altitude relativement au niveau de la mer, l'état hygrométrique, les vents dont les !ins scmt plus ccmstants i\ue les autn»s et certains courants nuirins t(*ls que le (iulf-Stream. Le i)ercement de l'Istlmu» de Panama, s'il modifiait la direction de ce courant pouri'ait agir sur la t(Mnpérature de certaines ])arties de l'Europe.

Les premiers histcu'iens, philosophes et théoriciens politicpies ont générahMiient acc(U'dé une influence excessive et surtout trop inflexible aux climats non seulement sur la distribution d(»s diverses variétés de resi)èce humaine, mais sur hMirs «jualités physi<pu's, morah^s et inteUectuelles et même sur la foiMuc de IcMirs gouverncnuMits. Cette influence est loin d'être unique ei absohu»; elle n'est (pie relativement ccmstante. Une observation plus approfondie des civilisations divcrs(»s dans le tem])s et dans resj)ace a réduit à de l)lns faibh^s variations l'action produite par l'influence des climats dont h^ rô\e semblait prédominant depuis Hérodote

et Aristote jusqu'à Montesquieu et même aux yeux de quelques-uns des créateurs de la i)hilos(>i)hie eontemporaine de riiistoire.

Certains elimats, surtout le climat humide et chaud, favorables à une nourriture végétale en ra])port avec la vie nutritive et l'activité princi])alement musculaire des sociétés primitives, semblent avoir été les milieux les plus appropriés à la formation des sociétés rudimentaires.

Quelle que soit l'action de la structure géographique, quelle que soit l'influence exercée par le climat, quelles que soient les variations de l'espèce humaine, celle-ci appartient à un type anatomique et psychique uniforme. C'est nécessairement au point de vue mental et social que ses variations seront les plus accentuées, ces facteurs étant les plus si)éciaux, les plus élevés et en même temps les moins stables; mais, d'un autre coté, en vertu de leur complexité même; ils sont aussi les plus modifiables, de telle sorte que le résultat du i)rogrès de la civilisation doit être naturellement l'établissement d'un niveau général de plus en plus élevé.

Maintenant, (piel a été le berceau de l'humanité ; son emplacement dépend-il unicpiement du climat? Le berceau est-il unique ou multiple dans le temps et dans resi)ace? La question est pendante entre l'hypothèse monogéniste et polygéniste.

Ce qui est i)lus important pour la science positive, c'est de rechercher <pielles ont été, dans tous les cas, les conditions nécessaires d'api)arition de l'homme sur notre globe. Cette recherche peut aider à la soluticm même de la controverse.

Nous savons aujourd'hui qu'il existe une corrélation entre les quatre facteurs suivants :

I" Le système dentaire humain; il est analogue à celui des anthropoïdes; l'iiomme primitif fut principalement un frugivore comme ces derniers, avant de devenir omnivore;

2'* Le système alimentaire, végétarien; c'est le plus simple;

3" Le milieu; les régions semi-tropicales humides étaient les plus favorables à une végétaticm abondante;

4** La prédominances de la vie musculaire sur la vie nerveuse et inti^llectuelle i)riinitive; ov la vie musculaire n'exige pas une alimentât i(m essentiellement azotée.

Toutes ces conditions (»t les types sociaux j>rimitifs corré-

latifs se rencontrent eneore réunies précisément dans les zones semi-tropicales et môme tropicales mais surtout maritimes.

En évoluant vers les zones tempérées, l'homme devient de plus en plus Carnivore; scm activité est non seulement musculaire, mais devient nerveuse et cérébrale, donc psychique; celle-ci devient de plus en plus considérable; la nourriture azotée s'impose. Alors Thomme devient Carnivore et omnivore, tout en conservant le système dentaire de ses ancêtres.

Haeckel, partisan de l'origine monophyléiique d<» l'espèce humaine, place le berceau du genre humain dans un ccmtineut actuellement submergé par l'Océan Indien et qui rejoignait à l'ouest, Madagascar et l'Afrique, au nord l'Inde et l'Indo- Chine; à l'est il s'étendait jusqu'aux îles Philip])ines et à Bornéo; au sud, il s'étendait vers le Tropique du Capric<«-ne. Ce ccmtincnt, la Lémuric, fut d'après lui la souche des douze espèces humaines distribuées à la surface du globe. L'anglais Sdater avait appelé ce continent Lémurii» d'après les prosimiens qui le caractérisent.

Au moment où il publiait sa Création naturelle^ Haeckel (j). 6i3 de la traducti(m fran(;aise) plaçait hypothètiqucment l'existence du berceau de l'humanité dans ce continent en partie disparu et dcmt il ne subsiste que» des fragments dans le Sud de l'Asie, dans l'Océan Indien. Là aurait été la patrie primitive de rhomme,de cet Homo primi^enius hypothétique provenu des singes anthropoïdes mais dont on ne (connaissait alors aucun reste fossile. Cet homme-singe intermédaire, d'après son hypothèse, était très dolichocéphah* et très pn>gnathe; ses bras étaient relativement plus longs et plus robustes, ses jambes plus coiirt(»s et i)lus minces, etc., etc.

Bien que rexistence de la Lènuirie soit aujourd'hui considérée c(unme insuffisamment prouvée, cet hoino primigeniu» a été dé(»ouvert à Trinil précisément dans une des îles de la Sonde, à Java, (»t ce pithecanthropus erertus^ intermédiaire (»ntre le gibbon et l'honnue, appartiendrait à l'èpociue tertiaire. Dès lors, à i)ropos de cette découverte, G. dk Mortillkt, dans Fornintinn de lu Sation française, p. 221 et suivantes (I^iris, Alcan, 1897), pouvait conclure que : « l'homme, produit de lentes tninsformations et d'innombrables modifications successiv(»s remontant à l'origine des êtres, (»st un mammifère

qui occupe le sommet de l'échelle animale. Son i)réciirscuir le plus immédiat est le pithecanthropns erectus, de Java, qui a de grandes affinités avec les gibbons, anthropoïdes du sud-est de l'Asie. L'homme est donc très probablement originaire de ces régions... Avec l'homme commence une division géologiciue nouvelle : la quaternaire. »

Le climat en rapport avec le système dentaire, le régime alimentiiire, en un mot avec des conditi(ms internes et internes a donc exercé une influence incontestable sur la formation et révolution de respèce humaine.

i^uant aux grandes civilisations anciennes et à celles qui leur ont succédé ou qui s'y sont annexées depuis, les mêmes influences ont continué à agir mais suivant des modes de plus en plus complexes et spéciaux. *I1 faut rejeter comme inexacte et simpliste la conception encore trop généralement acceptée de l'évolution générale des civilisations d'Orient en Occident. L'évolution s'est plutôt opérée delà zone* semitropicale vers la zone tempérée et, de cette dernière de plus en plus au nord de l'Equateur. Toutes les grandes sociétés connues antérieures à notre ère, sont au nord de l'Equateur et ont remcmté de plus en plus vers le nord, comme le montre le tableau suivant :

Ancien Pérou: entre le 2'* degré lat. nord et le 37'* degré sud; zone semi-tropicale.

Ancien Mexique: entre le i5'* et le 3o'* degré nord ; z<me semi-tropicale.

Egypte : entre le 18'* et le 82'' degré n(n-d (non compris les extrémités tropicales en dehors de sa civilisation).

Inde: entre l'Equateur et le 35'' degré nord (non compris ses extrémités tropicales en dehors de sa civilisation).

Assyrie et Syrie: entre le 3o'* et 38** nord; zone scmi-troi)icale.

(yhine : entre le 2o'* et 4^'' nord ; zone tempérée.

Bactriane, Médie, Perse : entre le 25" et 4<>" nord ; zone semi-tropicale et tempérée.

Asie-Mineure : entre le 36" et ^'2* nord; zime tempérée.

(rrèce, Thessalie, Epire, Macédoine: entre le 36" et le 4*-i'* nord ; z(me tempérée.

Italie, du sud de la Sicile aux Alpes centrales: entre 36 i 2** et 46 1.2" nord ; zone tempérée.

Espagne : entre le 36^* et 44^* nord ; zone tempérée.

Gaule : entre 44" ^^ ^^"^ nord ; zone tempérée.

Bretagne: entre 5o° et 55^ nord; zone tempérée.

Germanie: entre 48" et 56^ nord ; zone tempérée.

Etats Scandinaves et Russie d'Europe : 4^" à 70" niird ; zone tempérée.

Etats- Tnis et Canada: 38 et 70" nord ; zone t<împérée.

L'Europe entière est comprise entre les isothermes de 20" et de o" centigrade de température. En Asie et en Amérique cette zone, privilégiée dans les conditions sociales actuelles, est deux fois moindre.

En môme temps que la civilisation progresse des z(mcs semi-tropicales au-dessus de rp]quat<îur vers le nord, elle tend à progresser des zones semi-tropicales du nord et du sud de l'Equateur et même des zones tempérées vei*s le sud.

Sous réquateur, c'est l'Afrique qui a la température moyenne la plus chaude (20" à 5o*'), conditicm à peu près aussi défavorable pour la civilisation que le froid excessif. Ceci, avec le i)eu de développement de ses côtes maritimes relativement à la surface continentale, développement inférieur à celui de l'Asie, de l'Amérique du Sud, de l'Australie, de l'Amérique du Nord et surtout de l'Europe, explique le retard de (ûvilisation de la plus grande partie de ce continent, sauf dans le Nord et le Midi. Pour l'entraîner dans le courant mimdial, l'Europe doit la prendre à sa remonpie malheureusement d'une manière trop généralement violente et de nature à rabaisser sa propre valeur morale et civilisatrice.

La structure et les limites géographiques de la Terre ne doivent être du reste considérées que comme relativement ctmstantes. Toute la surface de notre globe a été primitivement a<iueuse. 11 faut aussi se rappeler que depuis l'apparition des terres, certaines se sont affaissées pour faire place à la mer, que d'autres se sont soidevées. La Méditerranée a été une mer intérieure, alors ({u'à la place du détroit de Gibraltar un isthme reliait l'Espagne à l'Afrique. (Juand l'homme existait déjà, l'Angleterre a été, à divers(»s reprises, unie au ccmtinent. L'Europe elle-même a été réunie à l'Amérique septentrionale. La mer <lu Su<l a formé autrefois un vast-e continc^nt dont les îles actuelles étaient les cimes montagneuses.

A la pla(*e de l'Océan Indien, était peut-être un continent

s'étciidaiit le long de TAsie méridionale depuis les îles de la Sonde jusqu'à la cote d'Afrique; nous avons vu que c'est dans cette Lémurie que l'iioninie, suivant Ilaeckel, se serait dégagé de la forme simienne anthropoïde.

D'un autre côté, des mers se sont transformées en terres avec des lacs intérieurs, tels que certains déserts de l'Afrique et de l'Asie. L'Iran primitif a évolué autour d'un de ces grands latîs transformé aujourd'hui en désert. Le flot ronge continuellement certains rivages et s'éloigne de certains autres. Cependant, bien que la structure géographique change sans cesse, elle peut être considérée comme un des facteurs relativement constants de la structure et j)ar conséquent des limites et zones de distribution des sociétés. Dans tous les cas, les frontières sociales sont toujours en rapport constant avec les limites géographiques et se déplacent ou tout au moins se modifient avec ces dernières.

Si ncms jetons un coup d'œil d'ensemble sur la structure géographique actuelle de notre globe, nous remarquons que ses parties solides sont divisées en trois grandes masses séparées les unes des autres par la mer. L'Europe, l'Asie et l'Afrique forment la masse orientale du globe ; les deux Amériques, sa masse occidentale ; l'Australie, le i)lus petit des trois continents, forme la masse sud-est de l'ancien monde. Autour de ces trois masses continentales émergent des îles réunies le plus souvent en groupes ou archipels. Ce sont, en général, des terres arra(*hées aux continents ; certaines sont le produit de soulèvements.

L'ensemble des masses continentales terrestres est de 4 millions de kilomètres carrés ; celui des îles, de 200,000 kil. (*arrés. L'Asie est plus vaste que rEurox)e, l'Afrique et l'Australie réunies.

L'espace occui)é j)ar les mers est de beaucoup le plus considérable; il est : : 2,8: I.

Si Von fait passer un méridien par l'île de Fer, l'hémisphère oriental, au ])oint de vue solide, est à l'occidental : : 2 i 2 : i ; de même, l'hémisjdière septentri(mal est au méridional dont il est séparée par l'équateur : : 3 : i.

Ainsi, notre globe se partage (»n deux hémisphères, principalement liquides, nmis d<mt l'une» est i)lus continentale que l'autre. Des géographes partagent même le globe en d(nix

hémisplières encore plus distinctes : Tune terrestre, mais où l'eau est cependant encore à la terre : : 1,22 : i; Faut re aquatique, où Teau est à la terre : : 11, 3 : 2. Cette classification est au moins aussi naturelle que les précédentes et peut aider à l'interprétation de l'évolution des sociétés suivant leur situation dans Tune ou l'autre de ces situations.

Dans tous les cas, nos origines les plus lointaines et nos conditions les plus générales actuelles simt aquatiques. Certains mammifères terrestres, comme la baleine, sont retournés à leur élément liquide ; d'autres animaux sont amphibies ; Thomnie a transporté partout en lui-même son milieu liquide ; nous savons que nous sommes constitués de plus de ])artic»s liquides que de parties solides; notre corps renferme envir<m 65 j). c. d'eau ; celle-ci y est d(me aux parties solides : : 1,54 : i. Ce milieu accompagne cliacnm de nous, de même que les terres et les mei-s accompagnent l'humanité.

C'est ainsi que nous complétcms même notre ancien milieu maritime ])ar les éléments salins indispensables à notre alimentation et qui entrent également dans notre constitution.

Cette corrélation statique entre l'humanité et la structure géographique semble avoir été entrevue par Platon, lorscpie parlant de la civilisation grecque, i)lus que toute autre» \mr s(»s côtes et par ses îles essentiellement maritime, il écrivait : w Comme des grenouilles aut(mr d'un marais, nous nous sommes assis au bord de la m(»r » et aussi par Strabox qui, observant ce même rapport statique (Mitre la condition géographique de la Grèce et sa civilisation, disait que les (irecs sont (( amphibies ».

Ce qui pour ces anciens i)enseurs n'était sans d<mtc qu'une figure, est une réalité.

Les îlots naturels cmc^rgcs des flots, les îlots artifi(*iels créés plus tard au milieu des lacs (cités lacustres), les rives des rivières, plus tard celles des grands fleuves et leui-s deltas, les rivages d(»s nu'rs intérieures ensuite, finalement ceux d(*s grands océans furent les étapes succ(»ssives dés civilisations en corrélation avec la structure géographique ; chacune de ces limites naturelh^s se transforma successiv(*ment en moyens de communication et de pénétraticm de plus en plus étendus jus(prà l'avènement de cette structure à la fois géographique» et sociale int(»r(*ontinentale qui s'affirme de

l)liis en plus depuis quatre sièeles, transforinant naturellement la structure et la fonctions des frontières et, dès lors, aussi nécessairement leur philosophie.

La frontière, la limite extérieure, le front (frons), moyen de défense et d*attaque se transforme en une organisât! cm interne de protection du groui)e, mais aussi en unt^ oi'ganisation de pénétration vis-à-vis de l'extérieur; à mesure que Tc^nveloppe est comme criblée de toutes parts par les relations intersociales, la membrane protectrice disi)arait et se transforme en organes intersociaux; l'enveloppe devient de plus en plus distante des centres internes coordonnés; la fonction protectrice et de pénétration n'est i)as supi)rimée, mais simplement modifiée ; même dans la société mondiale, la fonction persiste, elle est constante; seules ses formes varient.

Skctiox II. — Distribution géographique, orographique ^ hydrograph iq ue.

Maintenant que nous avons exposé les limites constantes et nécessaires de toutes les forces élémentaires abstraites qui entrent dans la composition du tissu social et con(*ourent à son équilibration, nous pouvons envisager ces forces dans leur distribution naturelle.

Steffens a le premier constaté une certaine symétrie générale, un ordre structural, c'est-à-dire statique, dans la distribution des diverses parties du globe.

Les deux Amériques sont réunies par un isthme et se continuent par l'archipel des Antilles à l'est; dans leur partie septentrionale, vers l'ouest, elles ont une péninsule, la Californie.

L'Europe et l'Afrique sont de même unies i)ar un isthme atftuellement brisé, mais dont les débris apparents scmt la pointe de l'Italie, la Sicile, l'île de Malte et la presqu'île que termine le cap Bon. L'archipel grec occupe la position corresp<mdante aux Antilles ; l'Espagne et la France rei)roduisent par leur structure et leur situation péninsulaire celle de la Californie.

Pour l'Asie et l'Australie, le cataclysme a été plus complet;

tout le continent sud a été morcelé; l'Australie en est le principal vestige. L'archipel des Philippines et des Moluques correspond aux Cydades et aux Antilles, l'Arabie à la péninsule hispano-française et à la Californie.

La Terre a, en résumé, une structure géographique d'ensemble, une incontestable symétrie, résultant des forces qui ont concouru à sa formati(m; cette symétrie a subi et continue à subir des variations ncm seulement locales, mais générales. Les unes et les autres ont naturellement produit sur les populations animales des variations correspondantes; ces variations sont cependant dominées et limitées par la constance et la régularité de la structure géographique d'ensemble (pii elle-même est déterminée par les lois les plus générales de la mécanique universelle.

Le fait que les masses continentales actuelles auraient, à un certain moment, été rattachées les unes aux autres, et l'existence d'un continent aujourd'hui disparu, rendent possible /7iy/>«//icsc de l'apparition d'un coujde unique d'êtres issus des anthropoïdes et qui, se rei)roduisant et s'améliorant par la sélection naturelle des plus aptes, se seraient répandus sur la surface de la terre en s'adaptant successivement à des milieux spéciaux, suivant des directions dont on iiourrait approximativement indiquer Tordre général.

La sociologie abstraite n'a i)as cej)endant besoin de cette hypothèse; il lui suffit de reconnaître l'ordre constant (|ui apparaît dans la structure géograi)hique du globe et jusque dans ses variations; il lui suffit de dégager l'unité et l'identité fondamentales de resi)èce humaine, malgré ses variations accessoires, lesquelles, à tous les points de vue, biologique, psychique et social, sont limitées; il lui suffit enfin d'être à même de déterminer quels sont les milieux, notamment cl imatériques et alimentaires, qui correspondent aux (conditions anatomiqucs, intcdlectuelles et sociales de l'homme primitif.

On peut donc, d'un dernier trait, définir la géographie d'ensemble, en constatant (pie l'ancien monde s'étend de l'est à rou(»st sur la moitié du gh)be, mais n'occupe, en latitude, (|u'un espace beaucoup plus (Hroit; les continents du nord s(mt ])lus étendus et dcv(»loi)pés ; ils se distinguent par une plus grande continuité de la terre f(»rme, par une plus grande variété de contours, ]uir la nuiltijdicité des golfes (»t d(»s mers

intérieures, des îles et des presqu'îles. Au sud, tout est massif, plus étroit; la strueture int/érieure et extérieure plus simple, moins variée; Thumanité a i)u y naître, y essayer ses l)renHers pas et môme s'y développer; mais c'est surtout dans les continents du nord qu'elle s'est différenciée, désanimalisée et supérieurement organisée.

Si les occ^ns et les mers fournissent la division la plus naturelle et la plus générale des diverses parties du globe, des divisions plus spéciales résultent du relief du sol. Là, toutefois encore, nous observons, sinon une configuration d'ensemble absolument uniforme, dans tous les cas, des systèmes généraux coordonnés de la plus grande importance pour la statique sociale et notamment au point de vue de la distribution et des limites naturelles, transitoires ou non, des populati(ms. Cette solidarité des systèmes géographiques et orograpliiques est aussi la base de la constante solidarité passée et future <les sociétés, solidarité affirmée aussi bien j)ar leurs relations que par leur absence de relations effectives. Cette dernière, en effet, établit aussi entre elles une conformité relative de structure et de vie.

En Asie et en Europe, la direction des chaînes de montagnes est surtout dans le sens des parallèles, de l'est à l'ouest ; ce phénomène naturel est important ; il est en rapport avec la direction des cours d'eau et des vallées; il explique les immigrations, lentes ou brusques, i)acifi(iues ou violentes, d'Asie en Europe.

En Africpie, en Amérique, en Australie, la direction orographique générale est dans le sens des méridiens, du nord au sud, sauf l'Atlas qui se rattache au système européen, comme la contrée elle-même se relie à l'Europe par son climat, sa végétation, sa population et son histoire.

Quant à la division usitée entre l'Europe et l'Asie, elle est arbitraire. Du Pacificpie à l'Atlantique, par l'Altaï, le Thian- Chan, le Kuen-Lun, l'Himalaya, le Caucase, le Taurus, les Alpes, les Carpathes et les Pyrénées, la chaîne est continue, le système est unique; l'Europe est dominée orographiquement par le système asiati([ue dcmt elle est la continuation ; l'impérialisme russe et turc la rattachent encore à l'Asie et à son système de grandes monarchies absolues dont même la France républicaine subit la tradition. De plus, en Europe

comme on Asie, les ramifications des principales presqu'îles qui se détachent de ce tronc central, telles que le Kamtchatka, la Corée, les deux presqu'îles de l'Inde, l'Arabie, ritalie. la Scandinavie, courent du nord au sud. Seul, l'Oural, de la mer d'Aral au golfe de Kars, constitue une barrière naturelUs conforme du reste à la <lire(*tion des ramifications du nord au sud, indiquées <»i-dessus, entre l'Asie et rEuroi)e.

Cette structure orographique générale, avec ses ramifications spéciales, mais cependant régulières, a exercé une influence considérable, non seulement sur la direction de l'c^nsemble de la civilisation, mais sur ses formes et ses tendances i)articulièi;es. Dans les vallées, petites ou grandes, limitées par des massifs m(mtagneux, des populations de souche commune se sont égarées et isolées, vivant pendant des siècles à l'écart les unes des autres et donnant naissance à des structures sociales variées; les flots homogènes ou successifs des immigrants se sont partagés en petits lacs intérieurs ; les variétés, les races, les nationalités se sont accentuées par cet isolement. Il en fut ainsi notamment dans l'Europe centrale et méridionale; la (irèce et l'Allemagne en sont des exemples frappants. Toutefois, ces variations s(mt des variaticms a<*cessoires ; ce qui domine, c'est la dépendance de toutes les parties de l'Europe et de l'Asie vis-à-vis d'un système orographique général et commun. C'est ainsi que la Belgique, par ses plaines et ses montagnes appartient à l'ossature générale de l'Europe et de l'Asie; elle se rattache à la plaine CMmbrique jusqu'à la ride de l'Ardenne; par cette dernière, elle se lie fortement au tronc Hercynien et aux Alpes; au «lelà de l'Ardenne, elle s'unit à la Lorraine et à la Bourgogne», <*'est-à-dire au versan méditerranéen qui incline l'Europe V(*rs rAfri(|ue. Dans sa géographie et son orogra ï)hie reposent les premiers fondements de sa civilisation non s(»ulement locale mais internationale.

Ce sont les hauteurs qui fournissent k»s limites naturelles les plus persistantes du territoire et des poj)ulations; elles sont des murs de séparation. Dans les montagnes également se réfugient en général les populations vaincues; là se cons(»rvent d'une faeon vi\ace, à l'abii de l'influence militaire et autoritain» des ccmquérants, et, favorisées i)ar des mœurs simples «M rudes, les f<u'nn»s (communautaires et libertaires

rigides et étroites des soeiétés qui parviennent de cette manière à éehaiiper à révolution despotique à peu près générale. Quant aux populations soumises elles s'entassent d'ordinaire dans les vallées où elles se livrent aux travaux pacifiques, tandis que sur les hauts i)lateaux s'installent les ccmtpiérants. Souvent, après de longs siècles, les sociétés plus vast<*s issues de la concpiête, forcées elles-mêmes et devenues désireuses de se dépouiller de leur structure despotique, cherchent à rattacher leur transformation ])rogressive aux formes primitives des groupes restés indépendants, formes conservées gruce à l'isolement même de ces derniers. Alors rinfluencc de ces groupes peut devenir d'autant plus considérable que, par le cours de la civilisation, les sociétés militaires, déjà elles-mêmes basées sur la division du travail social notamment militaire et industriel, se sont plus ou moins transformées en sociétés j)acifiques et, politiquement surtout et nominalement égalitaires. La Suisse, i)ar exemple, véritable noyau central de l'Europe, avec ses multiples vallées et montagnes exerça cette influence bienfaisante non seulement par sa propre évolution nuiis par son action éducatrice et réformatrice sur la France aux XVII P et XIX^ siècles.

D'autres séparations naturelles, plus insurmontables même que les moïitagnes, sont les déserts tel que le Sahara; mer et désert semblent avoir la même signification dans les langues anciennes : mare, mer, en latin; en sanscrit niaru, désert. En Asie, il faut noter les steppes qui s'étendent jusqu'en Europe et, spécialement, le désert salé, qui remplaça la mer intérieure autour de laquelle évoluèrent les tribus primitives de l'Iran avant de se disperser dans des dire(*tions diverses. Dans l'Inde, il y a Xesjuiif^les ([ui furent un obstacle à la formation d'une unité nationale et favorisèrent les conquêtes successives du pays en isolant et en divisant les résistances particulières. En Amérique, il y ales/>a/n/>a.s,oii se conservent encore les habitudes errantes des liordes primitives.

Les régions forestières peuvent aussi, dans certaines conditions, servir de limites et d'obstacles. Celles de la Gaule Belgique et de la Germanie présentèrent aux Romains les mêmes difficultés que plus récemment et encore actuellement offrent les forêts américaines et celles de l'Afrique.

Après les montagnes, les déserts, les forêts, les mers et les

océans, les cours d'eau, surtout les grands fleuves, sont les séparations les plus naturelles; comme les chaînes de montagnes, ils forment de grandes lignes de partage ayant diacune leur constitution originale. Un fait est important : souvent le lit du fleuve couj)e une chaîne et se trouve i)erpendiculaire aux strates des montagnes, par exemple le Rliin dans la partie supérieure de son cours, la Meuse à Fumay. C'est un facteur favorable à un développement de la structure et de la masse sociales; en effet, à un certain moment, le fleuve deviendra un moyen de communication entre des régions primitivement is(»lées par les montagnes qu'il perce comme les tunnels le feront artificiellement i)lus tard.

Généralement, dans la partie supérieure, la pente du lit fluvial est forte, les rives hautes et escaii)ées, la largeur petite, le courant plus ou moins violent, suivant la hauteur des montagnes d'où il s'échappe. Dans les pays oii, comme en Suisse, plusieurs cours d'eau prennent naissance, <*es complications viennent s'ajouter aux autres causes naturelles d'isolement des civilisations locales.

Les crues et les inondations des fleuves, les grands marécages, furent aussi des facteurs d'isolement; en Europe, ils furent et sont minimes en comparaison de ceux d'Asie et d'Amérique; le Brahmapoutre et le Gange dans l'Indi», le Hoang-IIo et le Yang-Tsé-Kiang en Chine, le Paraguay, l'Amazone et le Parana dans l'Amérique du Sud; le Mississipi dans celle du Nord, furent longtem|)s et sont encore en partie des éléments hostiles à l'extension des rap])orts sociaux, bien que comme tous les autres, ils aient pu favoriser leur fixation première.

Les civilisations ])réhistoriques des petites rivières semblent avoir précédé celles des grands fleuves et des grands lacs; puis viennent celles des mers intérieures; enfin, quand la civilisât i(m dc^vient mondiale apparaissent les grandes structures sociales océaniques, des mers intercontinentales et en ce sens également intérieures. Aujourd'hui, les cités les plus importantes, notamment les capitales sont à peu près toutes sur des rivières, des fleuves, des mers ayant une issue directe ou indirecte dans les océans. Ces o(»éans, ces barrières naturelles d'autrefois, se sont transformés en organes de coordination supérieure de toutes les circulations locales et

I)articMilières des choses, des liommes et des idées. Ainsi se sont constitués les fondements d'une structure sociale unitaire et d'ensemble dont les différents stades furent limités de moins en moins étroitement i)ar des conditions à la fois constantes et variables mais dont le développement quoique mondial n'en reste pas moins limité dans l'espace comme dans le temps par l'étendue et la durée de la planète.

La civilisation dans les deltas des grands fleuves telles que les civilisations Egyptienne, Assyrienne, Chinoise, plus tard italique, (îauloise, Germaine, exige déjà un grand développement collectif en étendue, en durée et en intensité; elle nécessite en effet d'énormes travaux également collectifs, simultanés et successifs des génératicms : canaux, digues, routes, etc. Mais vojez la différence : autrefois ces travaux s'(*xécutaicnt i)ar des populations d'esclaves, par des troupeaux de vaincus; aujourd'hui, comme en Hollande, c'est une véritable petite république collectiviste, avec ou sans administration centrale, qui administre et dirige tous les travaux relatifs à l'entretien des digues ; cet entretien et l'élévation des eaux dans une partie de la Belgique et en Hollande, exigent des travaux constants, et une communauté naturelle d'efforts, de surveillance et de direction. Ainsi, chaque polder forme une sorte de personne civile (Watcrin^ue) ; il est administré par un conseil élu par tous les propriétaires du polder; c'est le conseil exécutif de ces petites républiques agricoles qui commande et dirige les travaux nécessaires; les frais de ceux-ci sont couverts par une contribution proportionnée à l'étendue de la propriété de chacun (i).

Cependant, au-dessus de ces modalités variables représentées par l'Egypte d'un côté et la Hollande de l'autre, nous reconnaissons de nouveau ici une loi statique constante des rapp<n'ts du travail avec le milieu; dans l'espèce, c'est la nécessité d'un travail collectif imposé ])ar les conditions des milieux naturels. Cette grande cooj)ération servile ou volontaire qu'exige la mise en civilisation des Deltas est récompensée par leur fertilité naturelle généralement supérieure; elle contredit la loi trop absolue de Ricardo en montrant que si les terres les plus fertiles sont d'abord mises en exploitation, ce sont seulement celles (jui présentent ce caractère

:ii K. DE Lavki.eyk. — Hnpport ail Conffri's tt^rivoh» de Paris, 187S. i3

relativement à chaque état de civilisation et aux moyens dont cette civilisation dispose. Les terres les plus fertiles au sens absolu ont été longtemps les moins accessibles à la culture. A son tour leur mise en exploitation produit des progrès ultérieurs. Aussi les civilisations deltaïques malgré la haute antiquité de quelques unes appartiennent à une période relativement moderne. Il en fut ainsi pour le Xil, l'Euphrate et le Tigre, le Pu, le Rhône et, dans les derniers temi)s, pour le vaste et unique delta formé par le Rhin, la Meuse et TEscaut. Ces deltas, ainsi que beaucoup d'autres, out été, sont encore ou seront, de plus en plus, comme dans Tlnde, la Chine et les deux Amériques, le siège de grandes sociétés préparatoires à celle que les mers et les océans où ces grands fleuves débouchent, faciliteront de plus en plus entre les divers territoires et les diverses variétés de Tespèce humaine.

Ainsi la statique sociale, avec ses particularités toujours présentes, bien que souvent atténuées et transformées, se résume finalement en une statique universelle dont la structure géographique, orographique et hydrographique apparaît comme le tissu à la fois osseux et fluide, non pas extérieur et distinct mais intime, de la grande société humaine et des innombrables sociétés de structure, de complexité et de spécialité graduées qui la composent. Les mers et les océans, les vallées et les montagnes, etc., font partie intégrante de la civilisation humaine au même titre que la carapace de la tortue et le squelette de Thomme, les gaz et les liquides font partie de leur substance animale. Le théâtre de l'humanité est inséparable des a(*teurs qui y jouent le drame ou la comédie de la vie ; de même que riiomme porte en lui-même son milieu ac^uatique, de même l'adaptation de la société à la nature entière n'est pas seulement figurée, une relation idéale, mais réelle», c'est-à-dire exprimée par des liens organiqu(»s tels que chaque société nous apparaît comme une combinaison sublimée de tous les éléments du monde inorganique, organique et sensible jusqu'au degré le plus élevé de la sensibilité cons(»iente et mêm<» méthodique (i).

I Kliskk Reci.IS, (i coffra phie universelle. liorzE.vr. Histoire du sol de V Europe.

A. Mai RV, Lu Terre et V Homme.

.MKTriixiKOKF. Lu Cinilisution elles trrunds fleunes.

Section III. — Distribution des minêruux.

Bien que le terme de minéral soit indépendant de la notion d(» eorps solide, l'eau de mer et Tair étant des minéraux, en j»;énéral les minéraux sont dépendants do eertains terrains auxquels leur distribution est intimement liée. Leurs zones de distribution S(mt d(me délimitées par l(»s eouehes géologi([ues. Toutefois, comme eelles-ei varient à de petites distances, les agrégats minéraux paraissent avoir une distribution aussi incohérente que celle des terrains eux-mêmes ; on n\v observe pas tout d'abord <»es lois générales qui t'i*appent davantage dans la distribution de la flore et de la faune. Cependant, ce rapi)ort entre la nature des teri'ains et Texistencedes minéraux divers est une loi stati(iue constante de la nature inorganicpui, loi qui est à son tour en rapport avec l(»s conditions d'existence et l'évolution sociales.

La forme des minéraux elle-même n'est pas essentiellement constante; elle dé])end notamm(»nt di» la température. La i)lupart ])euvent passer tour à tour de l'état solide à l'état liquide ou à l'état gazeux. Cependant, à la température qui règne actuellement à la surface du globe, ces corps inorganiques demeurent d'une manière à peu près constante à l'un de ces trois états; ceux qui ont la forme solide, les minéraux, sont les plus nombreux.

La coexistence de l'usage de certains minéraux avec ('Certains stades de civilisation donne aux sociétés une structure industrielle spéciale : la pierre, Me fer, le cuivre, l'or, l'argent, le charbon (mt joué et jouent encore dans l'évolution des sociétés un rôle considérable. Au point de vue qui nous occupe, il faut noter qu'ils aident à un certain moment à la formation de zones industrielles, tout au moins en partie différentes des zcmcs purement militaires ou politiques et dont le contact avec d'autres zones suscite à la fois soit de nouveaux conflits et des barrières, par exemple de douanes, soit de nouvelles communautés d'efforts basées sur la division du travail social.

La dispersion même des minéraux, également nécessaires, dans des centres divers, est un facteur favorable à la cohésion sociale ; elle s'opjmse à l'égoïsme et à l'isolement des sociétés

aussi bien qu'an monopole exclusif de Tune au détriment de l'autre. Dus les temps préhistoriques, l'existenee de certaines roches concentrant, dans certaines régions, la fab ri caticm des outils et des armes de pierre, établit des relations entre les groupes moins favorisés sous ce rapport et c(»s premiers centres industriels.

Le fer se rencontre en Asie, au Mexique et dans hi République Argentine, en France, en Allemagne. Le cuivre à Terre-Neuve, au Lac Supérieur, dans le Cornwall. en Saxe, au Ilartz, en Savoie, Piémont, Suéde et Xorwège, Hongrie et Russie. L'argent en Souabe, Saxe, Bohème, Xorwége, Espagne, États-Unis, Pérou, Mexique, Chili, Bolivie. L'argent est essentiellement un produit américain. En 1895, sur 5,3 millions de kilogrammes d'argent fin, l'Amérique en produit 44 "iilli<>"s, soit 83 p. c. du total. L'Australie, qui vient immédiatement après, n'en j)roduit que 5oo,ooo kilogrammes environ.

Eu ce (pii concerne la production de l'or, il résulte d'une étude de ^L dk Foville, Lh Géographie de Vor^ insérée dans les Annales de Géographie, du i5 mai 1897, que les centres «le production de l'or dans le monde peuvent se classer, suivant leur importance proportionnelle, à cette époque, de la manière suivante en représentant par i centimètre carré la valeur de 20 miUi(ms :

Etats-Unis d'Amérique. . . 241. > eenti m. carrés.

Afrique du Sud 240 » »

Australie. ....... 23 1 » »

Empire russe i.*>o » »

Mexi<pie v3o » »

Chine 3o >• »

Inde anglaise 25 » »

(*olombic i5 >» »

(iuyane anglaise 12 » »

)» française 12 » »

Brésil II.5 >» «

Canada 10 » »

Japcm (»t C«)réc 8 » »

Chili () » w

Venezuela 4*^ ^* '*

Inde hollandaise 3.5 centi m. carrés.

Guyane » 3 » »

Amérique centrale .... 2.5 » )>

Côte d'or 2 m »

Ethiopie 2 » »

Mailagascar 2 » »

Le platine se trouve en Colombie, Brésil, Haïti, Canada, Bornéo et dans TOural.

Enfin, la houille et l'anthracite, qui alimentent toute notre vie économique et domestique, abondent en Virginie, en Pensylvanie, dans l'État de New- York, dans la République Argentine, au Pérou, dans la Nouvelle-Zélande, en Chine, en Sibérie, dans le nord de THindoustan, dans le nord, le centre et le midi de la France, cmi Angleterre dans le Northnmberland, le Statïordshire, le Laneashire et le pays de dalles, en Belgique et dans l'Allemagne rhénane.

Chacune de ces zones minéralogiques coïncide avec des zones industrielles spéciales qui se forment au fur et à mesure que chaque espèce de minéral est susceptible d'être socialement utilisée; chacune» coexiste avec des structures sociétaires d'abord locales et étroitement limitées, mais insensiblement nous voyons ces centres locaux se fondre dans une» activité générale et commune; l'or et l'argent, par exemple, arrivent à être entraînés dans le torrent de la circulation universelle au service non plus de sociétés isolées, mais d'une civilisation dont le cercle s'agrandit chaque jour, lis deviennentdes organ(»s spéciaux au service de la vie économique internationale, et non seulement nationale, à tel point qu'ils ne s<mt pas toujours et nécessairement les plus abondants dans les contrées qui les x)roduisent.

L'industrie moderne avec sa division croissante du travail, laquelle n'est cependant que raspe(*t négatif de sa coopération également croissante, arrive ainsi à substituer cmi partie à la dispersion naturelle des gisements qui l'alimentent une concentration i)rogressive et supérieure qui implique un abaissemerit croissant des liniites naturell(*s, conformément à ce que nous avons <lcjà observé au point de vue pui'cment géographique.

Quand, à la chaleur et à la force motrice einpruntc(»s aux

iiiinéraux eonibiistibles, arrive à s'ajouter réleetrioitc, alors le monde est iniir pour sa vie unitaire et consciente.

KixTiox IV. — Distribution des vc^étHUX.

Alfhoxsk i)k Caxdolle, dans sa Géographie botanique raisonnée^ expose admirablement les lois statiques et même dynamiques de la distribution des végétaux à la surface du globe. Un aperçu rapide des i)lus essentielles de ces lois relatives aux organismes végétaux, nous préparera naturellement à cette conception positive d'une i)hilosophie des frontières sociales qui fait l'objet de cette partie fondamentale de la statique que nous étudicnis en ce moment.

La distribution des végétaux est tout d'abord en rapport avec les diverses époques géologiques; leur distribution actuelle l'est aussi avec celle des périodes antérieures.

En général, la distribution des esj)cccs végétales dépend : I" de la C(mstitution des diverses x)arties de l'écorce superfii'ielle du globe ; 2** de leur exposition à l'action du soleil et de la lunuére; 3" de la chaleur; 4" ^le l'humidité.

La plante est fonction du sol et du climat.

Au-dessous de o", la végétation s'arrête, de même au delà d'un certain degré de chaleur. La distribution des végétaux ne saurait cependant être formulée par la moyenne des lignes isothermiques; elle se régie sur les sommes de température utile pour les végétaux, somme variable suivant les périodes de végétation, suivant les tei'rains, etc.

Chaque espèce de plante a sur le globe, ainsi que Ta dit de Humboldt, sa courbe qu'elle ne peut franchir, et Schouw a compté sur la terre plus de vingt régi(ms botaniques, dont chacune est le domaine d'un groupe de i)lantes tout à fait à part, à tel i)oint que si ces groupes devenaient fossiles, les géologues ne se décideraient qu'à gran<rpeine à les rapporter à une même période.

Chaciue espèce occupe sui* le globe une région dont les limites sont fixées x)ar des obstacles matériels, tels que la mer, les déserts, les montagnes, ou par des (conditions cl i matériel ues. L(»s ])lantcs surmontent parfois les premiers obsta<'lcs, grâce à leurs njoyens naturels de dissémination ou

même artificiels, pur riiitermédiaire des hommes, des animaux, des vents, des eourants. Cependant elles ne sauraient vainere Taetion eontinue d'un elimat contraire. Celui-ei reste victorieux et établit finalement la frontière. Ces constatations sont importantes au point de vue des sociétés en général et de la distribution de Tespéce humaine ; elles montrent la part prépondérante exercée pai* le climat sur les organismes les plus simples relativement aux autres obstacles matériels; ceux-ci sont des barrières moindres; mais d'un autre côté, les organismes supérieurs ont une capacité d'adai)tation et de diffusion supérieure.

Au nord, les espè(*es végétales annuelles scmt arrêtées i)ar le froid de l'hiver et la sécheresse de Tété; au sud, par la sécheresse de l'été ou par une humidité excessive trop prolongée. Les limites occidentales et orientales sont moins fixes. En Europe, la grande humidité des côtes occidentales et la grande sécheresse» de la partie orientale, combinées avec la différence qui existe entre les températures maritimes i)lus uniformes et les températures continentales excessives, produisent des limites obliques propres à chaque espèce et rarement parallèles. Le grand nombre de causes qui agissent en sens différents sur leur distribution détermine une extrême variété dans la direction des frontières de chaque espèce.

TiCS montagnes présentent, au point de vue des fnmtières végétales, des successions analogues à cc'llcs qui s'observent du pôle à l'équateur. Ainsi, la plupart des esj)èccs possèdent deux habitats corr(»s])ondants, l'un sur les montagnes, l'autre en plaine, dans les régicms septentrionales ; leurs limites en altitude corresjxmdent à leurs limites en superficie.

Nous avons déjà noté que les causes \os j)lus générales de délimitation des (»spèccs sont, outre la nature du terrain et le climat, la sécheresse ou l'humidité relatives des divers pays.

Cha<|ue espèce a une zone d'habitat de superficie et de configuration très diversc»s Nous verrons qu'il en est de même pour les diverses variétés de l'espèce humaines non seulement à raison de leur variété même, originaire ou acquise, nuiis à raison aussi de leur stade de civilisation. En ce qui conc(»rne les végétaux, les habitats allongés de l'est à l'ouest se trouvent principalement dans l(»s nombreuses familles du Nord et sous les degrés moyens de latitude» Au contraire», les espèe*cs elont

les habitats s'éteiuloiit du Xord au Midi, se trouvent suitout entre les tropiciiies.

L(»s familles des zones tempérées et boréales présentent plus souvent le phénomène d^uibitats à diamètres fort inégaux.

Si l'on généralise ces distributions spéeiak^s, (m reeonnait trois grandes direetions suivant lesqueUes les espèees végétales se proi)agent ou se sont autrefois propagées :

I" Les pays autour du pôle aretique;

2" La zone de la Méditerranée se proh>ngeant à l'ouest vers les Canaries, les A<;ores, Madère ; à l'est, vers le C'auease et la Perse;

3" La grande ligne des Florides ou du Texas à Montevideo.

A ees lignes de distribution principales, on peut ajouter eelles des montagnes de rEiu*oi)e et de l'Asie tempérée, eelle de la ('alifornie au Chili et eelle de Tlnde au Sénégal.

En général, la configuration d(»s habitats des espèees parait tenir j)lus aux conditions physiques et géograi)hiques (pi'â la nature propre de ces espèces; ««ette loi statique s'affirmera encore plus énergiquement chez les animaux et surtout chez rinmime qui forme une espèce unique.

IjVs stations nc^ctnlcs sont les IcK'alités réunissant les vouditions ])ropres à la fixation et au développeuient d<» charpie esj)èce. L(»s milieux, c'est-à-dire les suppcu'ts indispensables à l'existence» <le chaque ])lante, forment les conditions primaires de cluKiue station. Ainsi, les eaux ilouces ou salées j)our les plantes aquatiipies, la terre pour les <*hampignons tubéracés; certaines esi)èces végétah^s menu» pour les plantes parasites; l'atmosphèn» (U'dinaire i)our la grande majorité <les c»spèc(»s. ('ha<*un<» «le C4»s stations exclut la totalité <h»s (»spèccs <lcs autres stations. On renuirquera i m médiat enu»nt la distinction fondam(»ntale qui sépare, à ce i)oint de vue, les variétés de l'i'spèce» humaine des espèces végétales multiples. Les variétés humaines, bien qu'ayant (l(»s habitats distincts appropriés à leurs caraetèr«»s spéciaux, sont loin d'étri* aussi exclusive»» Tune» à l'éganl des antres et, dans tous les cas, le r/r/»/V/i/ie/î/ <le moins en moins.

On observe deux mod(»s de riêquence «les i's[)èces sur U» globe :

I" Ou elles abon<lent dans uni» localité, les individus étant

groupés les uns i)rès des autres, et ee sont les espèces sociales;

2" Ou bien, c'est dans un pays qu'elles ])rédonHnent, alors on les dit fréquentes ou répandues.

L'agglomération des individus d'une même espèce tient à la constitution de l'espèce elle-même et aux (•onditions de chaque station de localité.

Il y a des plantes qui nuisent heauccuip à leurs voisines : a) par la rapidité de leur croissance (saules et autres bois blancs); b) par la durée de leurs souches (graminées et cypiracécs vivaces); c) par l'ombre de leur feuillage (hêtre, sapin).

Elles sont antisociales les unes à l'égard des autres.

D'autres espèces ont une abondance extraordinaire de graines que lèvent ne peut disperser aisément ou qui germent promptement et constamment (arroche, mercuriale, coquelicot).

Enfin certaines plantes sont pourvues de moyens de multiplication très favorables par subdivisions ou ramifications (rencmcules, aquatiques, fraisiers). Leur constitution, dans tous les cas, les rend naturellement sociales.

Quant aux conditions de chaque station des localités, la présence de matières favorables à la végétation de telle ou telle espèce doit multiplier ces dernières; au contraire, l'absence de telles autres matières nécessaires à la vie d'autres espèces doit exclure celles-ci (légumineuses dans les terrains calcaires, bruyères dans les lieux stériles, plantes nivales au sommet des montagnes).

Le climat, au contraire, n'influe pas sur la sociabilité des plantes: l'espèce reste sociale jusqu'à la limite où elle peut vivre. Au nord, il y a des forêts de telle ou telle espèce jusqu'à la limite géographicjue de l'espèce même. Quand on va du centre de la France vers le midi, on voit se suc<»éder les espèces sociah»s de cette z<me à l'état d'agglomération brusque (cistes, tèrébinthes, lavandes).

En général, plus il y a dans un pays d'espècc»s différentes (jui peuvent se disputer la place sur chaque station, moins il y a d'esi)èces agglomérées. Ainsi, dans les pays équatoriaux, il y a moins d'esi)èccs sociales, la végétation étant plus riche eu espèces «|ue dans les régions boréales. L'unité de l'espèce humaine est une ccmdition favoral)le à sa socialité.

La vulgarité ou la rareté d'une espèce, en un pays, tiennent à la constitution de chaque espèce et à des influences extérieures. Les espèces ne sont presque jamais communes dans un pays à proximité de leur limite géographique, les individus sont plus rai)prochés vers le centre de Thabitat de l'espèce.

Le calcul a montré que l'aire moyenne des espèces est d'autant plus petite que la classe à laquelle elles appartiennent a une organisation plus parfaite. Cette considération a son importance pour la sociologie; ici, la perfection de l'organisation est un des facteurs principaux de l'extension des sociétés humaines. Ainsi> les cryptogames ont l'aire la plus étendue, les plantes annuelles une aire plus étendue que celle des bis-annuelles, puis viennent les plantes vivaces, puis les arbrisseaux et arbustes; enfin, l'aire la plus restreinte est celle des arbres. En sorte que l'aire moyenne des végétaux phanérogames parait être d'autant j)lus grande que leur durée est plus courte.

Parmi les conditions secondaires, il faut ranger la consistance du sol, le degré d'humidité, l'^ibondance de lumière, etc. Il en résulte des stations également bien distinctes : rochers, sables, marais, forets. Rarement, une même espèce peut vivre dans deux de ces stations, du moins sous le même climat.

(juant aux conditions tertiaires, elles résultent des modifications spéciales et nombreuses qui peuvent modifier les précédentes stations. Ainsi, les forets peuvent être à feuilles cadu(iues ou persistantes.

Plus une station est habituellement froide ou humide, plus la proportion des espèces communes (»st ccmsidérable ; ces causes, en effet, deviennent ahn-s des fa<*tcurs prédominants qui s'opposent aux variations des causes locales. Ainsi s'explique de même la vie uniforme des populations boréales ou des zones principalement maritimes, même dans les civilisations les plus compli<pièes, avec un caractère cependant moins exclusif, comme le montre le dévelo])i)ement industriel de certains centres maritimes.

Dans les régions sèches et (»haudes, les causes spéciales et locales reprennent au contraire leur importance; les différencias y sont plus c<msidérables entre les stations et la végétation moins uniforme. « Il faut, comme le dit M. Maurv,

que dans une région oliaude la même station soit très vaste, comme cela a lieu pour le Sahara africain ou les Pampas de r Amérique méridionale, pour que Tuniformité apparaisse. » Cette uniformité, dans les mêmes conditions, nous apparaît d'une fa(;on frappante dans la structure et dans la vie des populations humaines.

Une autre loi de la statique végétale est que Taire moyenne des espèces est d'autant plus grande que leur taille moyenne est moindre ; ainsi le royaume des mousses et des lichens est excessivement étendu. Xous savons, d'un autre côté, que des civilisations peu élevées et uniformes peuvent occuper des espaces immenses comme en Afri([ue et les anciens Indiens d'Amérique. Certaines croyances, par exemple l'animisme, ont été sans doute plus universelles que les plus grandes religicnis.

Il ne semble pas, au contraire, y avoir de (corrélation entre la statique humaine et la loi végétale d'après laquelle l'aire moyenne des espèces d'une mcnje famille diminue à mesure qu'on va du pôle arctique aux extrémités australes des continents, loi qui est cependant aussi applicable à l'aire moyenne générale des espèces.

Les régions les plus séparées des autres par des mers on des déserts sont, en général, celles qui offrent le plus d'es])èces propres, ainsi le ('ap de Bonne-Espérance et l'Australie. Xous avons noté la même loi à propos de nos observations sur l'influence de la géographie générale et de l'orographie sur la formation des races et des nationalités.

Parmi les espèces phanérogames, dont l'aire est cependant la plus grande à raison de leur i)erfection organique, aucune ne s'étend sur la totalité de la surface terrestre; aucune, notamment, ne se trouve à la fois sur l'équateur (au moins dans les plaines) et aux extrémités opposées des continents, vers les deux pôles. En fait, la masse même du milieu physique, par son étendue et ses variati(ms naturelles, forme obstacle à ce que le règne végétal constitue un empire uni(|ue et uniforme. La mer elle-même représente une région botanique particulière où, à côté de royaumes étendus et ])uissants, des aires spécifiques très petites, principautés tout à fait minuscules, se rencontrent dans les îles les moins étendues et les plus distantes des autres terres.

En dehors de ces limites plus ou moins spéciales, Tempire de la végétation a des limites générales infranchissables. Elle ne dépasse pas 5,<kk) mètres dans les (/Ordillères, 2,700 sur les Alpes, 1,000 en Islande ; au niveau de la mer, les limites s'arrêtent vers le 7">*' degré

Tant que les conditi<ms des localités ne changent pas, les mêmes espèces y continuent d'année en année, sauf intervention de riiomme ou des animaux domesti([ues. Cependant, on remaniue des phénomènes spontanés de rotation et d'alternance; ainsi, d(»s espèces d'abcnnl abondantes et exclusives deviennent rares et f(nit pUice à d'autres; par exemple, dans une prairie, les graminées font place aux légumineux. des forets de chênes ou de hêtres sont remplacées, sans rint(»rvention humaine, par des essencM^s résineuses ou réciprocpn»ment.

Les plantes forment aussi naturclh^nïcnt des sociétés; ces agrégats d'individus d'une même (»s])ècc s(mt dét(»rminés, d'un côté, par la structure d(» l'espèce même, de l'autre, jmr h»s conditions de chaque* station. Des grouiics de plantes s<mt en guerre continue» avec leurs voisines par leurs racines, h»ur hauteur, leur feuillage», leui-])rolifération excessive; toutefois, si la lutte» est permanente, la e*e>oj)ératie)n l'e^st e'»gale»ment ; le»s hautes forêts aussi bie»ii ejue les faibles gramine*M*s se e*e)nse»rveMit e't se eléve'lop])e»nt, surte)ut e»e)nnne masse's et non ce)mme» inelivielualités; au suri)lus, même» ise)le'»es et malgré rexce'llene'c ele leur e*emstitution inelivieluelle, les plante»s ont leur e'xiste»ne»e» lie'»e» à e*elle ele* la fixité ele leur habitat; la sedidarité soe'iale» a pe)ur fe)nelement inelestrue'tible la solielarité de temt e*e' epii vit ave»e» le» milie»u ])hvsie|ue'.

I^a elistribution ele»s ])lante»s e»ultivce»s eibéit aux mênu»s le)is strue'turale*s; e»lle»s sont le»s espèe»e»s elome»stie|Ue'»e's; e'hae'une d*elle»s a sa fre)ntièi*e' Le»s e*éréale»s pi*e)])rement elite»s ne remplisse'ut le»ur fone»tie>n eju'à eMUielitiein el'être annue»lle»s ; sans cela, e'lle»s ne» ele)uneraie»nt ])as ele» re'»e*e)lte» ; e)r, e»lle»s ne» se)nt annue»lle»s, epie» si e»lle»s ne» se)nt pas e'ultive*»e»s élans la zenie intertre)pie»ale, sauf élans le»s rcgie)ns asse»z élevées pe)ur epie le» fre>iel y fasse périr tous le»s ans le»s e'haume»s; sans eM»la, e»lle's ele»vie'nelraie'nt vivae'e*s eMunnie» l'hci^be» e*t se» preq)age'raie»nt par re»je»te)ns sans ])reMluiie' ni grains ni épis. ('e»t exenqile» me>ntre e»ne*e>re» une» l'ois el'une» t*a<;e)n frappante» la ]'e»lation slatiepie

constante (jui existe entre toute strueture organique, son milieu et sa fonction dynamique.

L'orge, Tavoine, les pommes de terre ne i)euvent être cultivées en Europe au delà (rune ligne qui passe» par Finnmark, l(»s districts montagneux de la Scandinavie, les îles Féroë et Sh(»tland, c'est-à-dii*e i)ar une frontière qui s élève en certain point jusqu'à 70'* latitude nord et redescend, en Ecosse, à 57M*t niLMue, en Irlande, jusqu'au 52".

Le seigle ne déi)asse pas le 65*' nord et descc^nd justju'au 48"; il est rê])andu dans la ])lus grande ])artie de l'Europe au nord des AljM^s.

Le fronuMit, originaire, (*omme l'orge, l'avoine et le seigle, de l'Asie (*entrjil(s s'arrête du 48" au 57" de latitude nord; il (*ess(» d'être cultivé dans la région intertropicale d'Afrique et d'Améri(iue; déjà, dans le midi de l'Egypte, il est remi)lacé ])ar h» doura ; nous h» voyons rei)araître naturellement vers le 23" de latitude centrait».

Les contrées chaudes sont l'habitat du maïs et du riz. Celui-ci ne dépasse guère le 4^>" latitude nord et même, au Brésil, il ne franchit pas le 3o".

Les céréales ont nécessairement en altitude des limites comme en latitude. Sur l'Himalaya, le riz cesse à 1,000 mètres; l'orge et l'avoine s'arrêtent stMilement à plus de 4»<W)o mètres; en Amérique, le maïs à 2,o(K) et les céréales à 3,(K>o mètres. Au Pérou et au Mexiqiu», la pomme de terre est culiivée jus()u'à 3,5oo mètres au-dessus du niveau de la mer.

Cette distribution des végétaux à la surface du globe intervient, comme nous le verrons jdus tard, au même titre que la structure géograi)hi(|ue de notre planète, (pie la ré])artiti(m des climats, que rorograi)hie et l'hydrographie et (jue la distribution des minéraux, dans les structures particulières des sociétés humaines qui couvrent nos planètes; toutes elles en expliquent en i)artie les variations secondaires. Nous avcms vu que la distributi(m des minéraux est en rapport avec les c(mches géologiques; celles-ci le sont, surtout superficiellement, avec la végétatiim. Les produits comestibles, naturels ou non, sont, de leur côté, en rai)port avec la statique alimentaire et dès lors avec les divers stades de civilisation dont ils c<m(*ourent à tracer la structure et les limites

La distribution des cultures est, en partie seulement, le fait

de riioinnu»; rlle dépeiul de la distribution nalurelle des végétaux en général (*t cette dernière du milieu géologique et eliniatéri(|U(s la civilisation, à son tour, à elia<*un de sc^s stades, est subordonnée à ces conditions inorganiques et organiques en ])artie constantes, en ])artie variables. A mesure (pie, dans nos études, nous passons des phénomènes inorgani([ues aux i)hénoniènes vitaux et surtout sociaux, nous constatons cpic» la comidexité croissiinte des ])hénoniénes suit une marche i)arallèle à celle de leur modificabilité. Xous ne pouvons nullement modifier la structure astronomique, très faiblenjent la structure géographique et climatéri(]ue de notre globe ; les climats, les c(mtinents et les mers ont des limites relativement immuables ; ces limites, les végétaux et les animaux h»s franchissent difficilement ; riiomme, au c(mtraire, transforme les fleuves, les mers, les océans en voies de communication, il perce les montagnes et parcourt les déserts ; il fait plus, il se modifie et s'améliore c<mstamm(»nt lui-même, ("ependant, ne le i)erdons pas de vue, toutes s<»s variations, tous ses progi'ès sont limités à chaque moment du tem])s, dans (duKpu» i)arti(» de l'espace, par des lois statiques constantes telles que, i)artout et toujours, chaque partie de toute structure sociale est nécessairement en corrélation avec toutes l(»s autres et au s<»rvice de rensemble. Dans les sociétés, comme chez les individus et dans la nature en général, tout mouvement implique une écpiilibration constante: l'ordre et le ])rogrès scmt deux termes qui expriment les deux aspects inséparables d'une même loi : la loi d(» solidarité constant» de toutes les i)arties constitutives des cori)s sociaux.

Sfxtion V. — Distribution des unimnux.

11 est i)eu aisé d'établir d(»s limites biogéographiques également bien applicabl(»s à tous les groupes d'organismes; ceux-ci ne se sont pas tous constitués à la même éi)oque géographique; dès lors, ils n'cnitpas vécu dans la même C(mfiguration t(»rrcstre et maritime; ils n'ont ])as, j)ar conséquent, subi l(»s mêmes vicissitudes, accompli les mèm(»s migrations, ni couvert des aires de dispersion comparables. Toutefois, il <»xiste des délimitations fauniques générales très distinctes et

— ICJI —

dont les domaines caractéristiques forment des roj^aumes, des provinces, des régions si)éciales de la planète.

Ce qui est important pour Tétude des frontières sociales, c'est cpi'une limite biogéographique n'est pas une ligne sans épaisseur; entre deux grandes provinces contiguës, il y a toujours, le long des bords, un mélange plus ou moins étendu par suite de pénétration récii)roque; toujours il y a un territoire» de ])assage, une région de transition et de mélange. Ce point est à retenir. Il en résulte qu'il y a deux lignes-limites séparant la région de transition de Tune et de l'autre i)rovinces de ce territoire de passage, une ligne avec prédominance de (»hacun de ses côtés des éléments faunesques de Tune (^t de l'autre ])rovince, ])lus une ligne nu\venne où l'équilibre se produit.

Dans une étude sur « La ligne de Weber », limite zoologique d(» l'Asie et de l'Australie, insérée en 1904 dans le Bulletin de la Classe des sciences de l* Académie de Belgique ^ M. P. P(»lseneer a montré qu'entre l'Australie et l'Asie, la limite zoologique et la ligne des plus grandes profondeurs se su])erposent assez exactement sur toute leur étendue; c'est un vrai thalweg sous-marin de i,5oo mètres de profondeur au minimum. L'ancienne ligne de Wallace doit être abandonnée ; notamment Sakhalin, le Japon, Formose, Java ^»t Sumatra, les Philii)pines, Bornéo, Célèbes et toutes les îles de la Sonde jusqu'à Timor sont reliés à l'Asie; les Moluques, Kei, Aru, Tenimber et la Nouvelle-Guinée se rattachent à l'Australie. La ligne des plus grandes ])rofondeurs passe entre Célèbes et les Mohupies, puis par Sula et Buru par la mer de Banda et enfin, à l'est de Timor avant de rejoindre les grandes profondeurs de l'Océan Indien.

Une fixité relativement constante est la loi de la structure géographique, climatérique, géologi(iue et minérale; cet aspect devient moins prédominant dans la distribution des zones et des espèces végétales; là déjà, outre les influences des milieux externes interviennent d'autres causes naturelles dont la principale est la sélection et qui tendent à adapter les organismes végétaux à des conditions spéciales en les différenciant en espèces et en variétés.

La structure physio-psychique des animaux introduit dans c(» complexus statique de nouveaux éléments modificateurs

résultant i)rin<Mi)al(Miu»nt de lu iiiotilité siipérioure dérivant de leur constitution musculaire et de leur intellectualité ])lns ou moins élevée en rapport avec leur système nerveux. Muselés et nerfs sont les organes d'une vie de relation ])lus s])éeiale, l)lus complète. Aussi Tétude des lois qui se dégagent de la distribution des animaux sur la surfa<*e terrestre est -elle la transition naturelle à la reclierche de celles qui se rapportent à la distribution de Tespèce humaine. Cette dernière, à son tour, est la base de la i)liilosopliie des frontières sociales et l)olitiques proprement dites.

L*état actuel de la distribution des animaux a scm point de départ dans les transformations géologiques et géographiques antérieures; la distribution des animaux correspond toujours à ces deux c(nuliti<ms, ainsi qu*à la flore et à la faune ellemême aux dépens desquelles certains animaux subsistent.

Ainsi que Ta expliqué M. le professeur A. Lameere dans s(*s le<;cms sur le transformisme, la répai*tition géographique des organismes prouve leur transformisme. Ce principe avait été nettement établi par Ch. Darwin et aussi par Walla<*e (Island Life). Cette répartition est, en effet, sous la dépendance des conditions extérieures : de la constitution géologique du sol qui fait varier la flore et partant la faune, du climat, des barrières naturelles (déserts, chaînes de montagnes, mers, etc.), de Tétat intérieur de la planète. Ainsi de grandes îles renferment les mêmes animaux que le continent voisin, parce qu'elles y étaient jadis rattachées. La répartition géographique des animaux témoigne aussi en faveur de la sélection naturelle, e'est-à-dire de la survivance des plus aptes; ainsi, les petit<»s îh»s surgies de TOcéan ne renferment que des types qui ont i)u s y transporter, oiseaux, chauvessouris, inse<*tes, ou y être transportés, lézards, rats, etc. Les insectes y sont pour la plui)art aptères; ceux qui avaient, par une variation, iierdu leurs ailes, avaient, en effet, plus de chances de s'y rei)roduire, n'étant pas exposés à être entraînés vers la mer. Ces explications m» devront pas être perdues de vue quand nous nous occuperons de la distributi<m des variétés de Tespèce humaine.

Bien que, sous certains rapports, les moyens de locomotion des animaux soient supérieurs à ceux des végétaux, il semble <iue les fornn^s animales et leurs habitats, depuis cinquante

sirclos, n'ont fçuère variô dans les civilisations historiques les plus anciennes, TEgypte, la Habylonie, la Perse, Tlnde, la Chine et la Grèce, à en juger d'après les vestiges et les documents de ces anti([ues civilisations.

Cette constance remarquable, qui s'étend en partie au m<mde social, tient évidemment à Tétroite connexion statique qui relie entre eux les phénomènes physiques, botaniques, zoologiques et sociologiques. Cette explication est rcxi)lication naturelle et positive de Torigine des espèces.

La formation de celles-ci est une dérivation du phénomène général de la variabilité des êtres organisés. Cette variabilité (»st sous la dépendance de Tinfluence du milieu et accessoirement des modifications introduites accidentellement dans leur structure. Ij'hérédité fixe ces variations et les transmet chez les descendants Toute cellule, en se divisant, partage entre Tes cellules-filles les caractères essentiels de la cellulemère y comi)ris ceux (jui s(mt le résultat d'une variation. Intervient alors aussi lu lutte pour rcxistencc qui procède par l'élimination d^s moins aptes au sens relatif de ce mot; cette lutte se manifeste <( par une destruction effroyable d'organismes et principalement d'(n'ganismes jeunes non encore arrivés à l'âge où ils sont aptes à se reproduire... Elle est causée : i" par la limitation des subsistances à la surface du globe; 2" par les accidents, intempéries, cataclysmes, maladies, i)arasites, etc., qui peuvent assaillir les êtres vivants. Elle ne (consiste pas en une bataille ouverte des individus d'une même espèce les uns contre les autres, mais bien en un acharnement à se i)rocurer les subsistances fournies fré<iuemment par d'autres espèces, et dans ce (*as elle présente un caractère uctif, ou en une résistance aux intempéries, etc., et dans ce cas elle présente un caractère /ias-si/. La lutte pour l'existence est avant tout la lutte contre la mort. » (A. Lameere.)

Cette sélection naturelle aboutit à la survivance des plus aptes qui, réjiétée de génération en génération, aboutit à la création d'espèces nouvelles.

Darwin et Hac^ckel sont d'avis, spécialement en ce qui concerne les organismes supérieurs les plus parfaits, plantes ou animaux, chez lescpiels la différenciation cellulaire est poussée à un certain degré, que chaque espèce animale et

végétale n'a été produite par la sélection naturelle qu'une fois, en un seul moment de temps, en un seul point de Tespaee. C'est le centre de création de respèce. La multiplicité et la complexité des conditions de ces formes supérieures devaient difficilement, d'après eux, concourir plus d'une fois. La sociologie positive n'est pas directement intéressée à rad()])tion de cette hypothèse des centres uniques de création. En la supposant même inexacte, la sociologie peut S4» (*on tenter de la constatati<ni conforme des partisans et d(»s adversaires <le cette doctrine, constatation d'ajirès la<|uene, dès l'origine, il y eut une tendance naturelle» i)our chaque espèce de se nndtiplier et, dès lors, de sortir de son ou de s(»s centres de création devenus trop étroits et de s'mlapter à des ccmditions d'ahord faiblement puis de plus en plus ftu'tement divergentes.

Ces déplacements excentriques sont actifs ou passifs, volontaires ou involontaires. Ils sont involontaires lorsqu'ils sont provoqués par les déplacements d'autres corps de la nature (Darwix, /Je V origine désespères, cliap. XI etXll). Plus une espèce se déplace facilement, plus elle se répand rapidement, ainsi les animaux ailés, articulés et vertéhrés. De là la grande uniformité de leur structure, malgré rénorme diversité de leurs formes superficielles extérieures. Cette loi reçoit son application la plus (*onq)lète dans resi)èce hunlain(^ la plus mobile de toutes, et dont l'uniformité spécifique domine tout<»s les variétés particulières.

Les contrées voisim^s n'offrent jamais des faunes radicalement tranchées ; on passe par degrés insensibles d'une faune à l'autre. Cependant les transitions sont moindres que chez riiomme. Des espèces identiques siî rencontrent sur de vast(»s <*(mtinents et ne présentent, d'une région à l'autre, — que d(»s différencias ou variétés locales dues à des influences particulières. Ainsi, cha<iue région du Nord au Midi de l'Afrique, a, pour ainsi dire sa variété propre d'antilope. Ces différenciations graduées se» remarquent également et plus encon» dans la répartition de l'espèci» humaine, dont les types extrêmes sont reliés, même dans leur distribution géographique, par des transitions assez régulières.

Partout où existe une certaine affinité d'habitat, sans qu'il faille nécessairem(»nt identité complète, des races, des

variétés d'uiu» même espèce se présentent. Les conditions de riiabitat leur servent de limite. Ainsi, à Bornéo (»t à Snmatra, d'après le naturaliste S(ddegel, l'orang-outang se» retrouve» toujours dans des localités analogues; il ne» fréquente jamais les localités différentes même voisines, bien qu'il n'y ait aucun obstacle ou frcmtière ])hysique qui l'en empêche. Certaines espèces communes de l'Amériqiie du Xord se n^trouvent sous la menu» latitude, mais australe, dans l'Américiue du Sud. Au ccnitraire, les animaux de deux contrées relativement rapprochées, ceux de la pente occidentale d(»s Cordillères et ceux du Brésil, diffèrent spécificiuemcnt.

c< L'influence du climat et de l'habitat se réduit généralement à un développeuient ]>lus ou moins comi)let do c(»rtaincs parties et à une diversité dans les tcMutes. Cette influence se fait sentir, du n^stc», inégalcMuent suivant les genres ou l(»s espèces, chacun ayant une ])uissance de conservation du type plus au moins prononcée». Mais, il y a, pour c(»rtains types bien déterminés, des barrières infranchissabl(»s, et, dans les limites assignées i)ar la nature. c(^ type subit des modificatiems légères, sans qu'on i)uisse détermin(»r si ces variétés sortent d'une même souche» ou se sont produites à côté les unes des autres. » (A. MAruv, Lu Terre et r homme.)

En résumé, le milieu interne géograidiiepie, climatériquc, géologiepu» et alimentaire, en rai)p(n't av(»c la structure» interne» des espèces animale»s, ele'»termine et eledimite leur habitat ; cedui-ci s'étenel d'autant plus fae*ileme»nt epie l'e'spèe'c est ])lus mobile e)u le elevient elavantage par la sélee'tiem naturelle e»t radaptatie)n pre)gressive aux milieux. Dès le)rs, le carae*tèr<» femdamental ele la pe)pulatie)n eles granels emi)ires ele la faune e»st runife)rmité de structure, ele'»guisée seulement élans leurs apparene»es extérieures. Pe)ur l'espèeu» humaine», epii e»st l'espèe^e animale la ])lus réi)anelue de toute»s, runife)rmité e»ssentie»lle» n'y e'st altére»e ejue pai- des variatie)ns très limiteVs e»t surtout superficiedU's epii n'en elétruisent pas le type e«e)mmun.

Passems maintenant ele ces le)is statiejues de la distributie>n de» la faune en ge»néral à l'observât ie)n eles limite»s ele» eiuelejuesuns de ses royaumes partie-uliers.

Les crustacés ont leMir système» ele distribution partie»uliei'. La re»partition île leurs habitats est e*e)nditie)nne»e ))rineMi)ale'ment i)ar la te»mi)érature eles eaux. D'après Dana, ils

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occupent cinq régions prin(»ipalos : i" la région ocoidontalc,' embrassant les côtes américaines des Océans Atlantique et l^aeifique ; 2" la région (uiropéenne, de])uis le cap Ilorn jusqu'aux Shetland ; 3" la région orientale, comprenant la côte (u-ientîtle de TAfrique, les côtes sud-t*st de l'Asie, les îles d(» la mer des Indes et de l'Océan Pacifique ; 4" lii région arcticpu* du Kamt<*hatka à la Norvège ; 5" laz(me antarctique, y compris la Terre-de-Feu, les Malouines et la Nouvelle- Zélande.

Les reptiles, crocodiliens, (qdiidiens, sauriens et chéloniens, de môme les batraciens, sont les plus sédentaires de tous les animaux. Ils remplacent la migrati<m par riiibernation et la léthargie. Leur domaine ])ar excellence est dans les contrées intertropicales ; le nombre des espé(»es et des individus de cha(iue esi)èce diminue à mesure (lu'on s'avance vers les ])ôles ; les batraciens sont ceux qui s'en rai)prochent le plus. Le domaine des reptiles, autrefois bien plus étendu, s'(»st limité avec la différenciation des climats.

Autant la distributi<m des rei)tiles est fixe, autant celle des oiseaux est déi)ourvue de délimitations tranchées ; on a, du r(»ste, entrevu d(»puis Tinventicm des aérostats (»t les expi»riences d'aviation, l'influence énorme que la locomotion aérienne exercerait sur les fnmtiéres sociales non seulement économiques, mais morales et ])olitiques de l'espèce humaine ; c'est là un bel (»xemj)le de la c(H*resp(mdai»<*e constante entre la structure sociale interne et externe avec la structure des frontières. L(»s puissants moyens de locomoticm des oiseaux expli(iuent naturellement pourquoi leur distribution géogiii- ])hi([ue change, ])our la plupart d'entre eux, suivant les saisons. Cette influence des saisons n'est cependant pas une cause simple (»t absolue ; elle est en rapport avec une autre condition fondamentale et primaire, la nécessité de pourvoir à la nourriture dont la poursuite est facilitée ou entmvée suivant les saisons. C(» s<mt ces ecmditions alimentaires, bien ])lus (|ue les variations de température, qui obligent, comme le montre l'expérience, les oiseaux à émigrer. « Là où disparai sscMit les ])etits animaux qui fournissent aux oiseaux leur pàturt», là où cessent de croître les végétaux, dont les graines ou h's bourgeons sont leur subsistance ordinaire, les oiseaux disparaissent. »

Les variations atmosphériques de rAiiiériqiie du Xord étant plus prononcées que dans nos climats, les esi)éeos voyageuses y sont plus nombreuses. Les unes émigrent par couples, d'autres espèces i)ari)etites c(mipagnies, beaucoup par bandes de phisieui's milliers, avec un chef et dans un ordre souv<Mit déterminé. La stru(*ture de ces agrégats d'animaux tient évidemment non seulement à Tacticm des cliuïats, des vents, etc., mais aussi aux ressources alimentaires, abondantes ou clairsemées, (|ui sont à leur dispositi(m, aux dangers extérieurs dont ils sont menacés, aux instincts (»t aux habitudes nés de ces expériences réi)étées.

Il y a des es])èces cosmopolites, telles que le corlx^au commun qui supporte également le chaud et le froid; du Cap de Bonne-Kspérance au (iroenland, du golfe de Mexicpie à la Ijaie triludson, on le rencontre, partout où il trouve sa ration aliment-îiire normale. C^eux <lu Xord, comme l'espèce humaine des mêmes contrées, ne se distinguent de ceux du Midi que par une extrême voracité.

11 y a cepen<lant des espèces d'oiseaux sédentaires et si)éciales à (certaines régions; ce sont celles qui, par sélection et adai>tation, sont parvenues à y écpiilibrer d'une fa<;on constante leur constitution i)articulière et la nécessité de la conservati(m de l'espèce avec les conditions des milieux géographique, dimatérique et alimentaire. Klles n'émigrent pas parce qu'elles n'cmt aucun intérêt à se déplacer.

La distribution des mammifères terrestres est naturellement plus fixe; elle est aussi historiquement plus récente. La classification naturelle des divers groupes des fossiles nous montre, en effet, la succession des formes animales dans les couches géologiques suivant l'ordre de leur sui)ériorité relative : i** poissons ; 2" amphibies ; > rei)tiles : 4** oiseaux ; 5" mammifères. (Jette classification historicpie est confirmée par le parallélisme de» l'apparition des mêmes formes dans la loi de succession d(»s états par lesquels passent les embryons des types sui)éi-ieurs.

Dans Tespai^e, tel qu'il est géographiciuement limité aujourd'hui, la faune arctique diffère de la faune tempérée, celle-ci de la troi)icale, et même la faune tempérée septentrionale diffère de celle de la zone temi)érée méridionale. Bien ])lus, dans cette dernière, <m trouve deux régions, celle d(» l'Africpie

centrale et eelle de rAmérique du Siid.Celles-ei sont dissemblables par leurs manimifùres aussi bien que par leurs oiseaux, leurs reptiles, leurs mollusques et leurs insectes.

L'Europe elle-même a des régions mammologiques distinctes.

La région boréale dont la limite est à près au Sud de la ligne isotherme o*\ a ses mammifères spéciaux : le renard polaiie, le renne. Tours blanc. La patrie de celui-ci est moins étendue (pie celle du renard, eelle du renard moins cpie celle du renne ; cette dernière s'étend à l'intérieur des forets boréales où le renard i)olaire ne i>énètre i)as.

La région de rEuroi)e moyenne est bornée» au nord par la frontière du renne, à rou(»st i)ar TOcéan, au sud par les Pyrénées, les Cévennes, les Alpes, le Balean et le Caucase ; à l'est, rOural n'est, comme nous l'avons dit, <[u'une frontière imparfaite entre l'Europe et l'Asie ; aussi, la régi(m zoologique de l'Europe moyenne pénètre dans l'Asie et l(»s vastes plaines au sud-ouest de la Sibérie continuent les steppes de la Russie d'p]uroi)e.

Le versant de la Méditerranée, si remanpiablc p.ar sa structure géographique multiforme, l'est également jiar le grand nombre de petites régions ayant chacune ses animaux propres ; n'est-ce pas là aussi, dans rAi-chii)el, en Grèce, en Sicile, en Italie, dans l'île de Sardaigne, en Espagne et dans le midi de la Gaule «jue, dans, les îles, au milieu des m<mtagnes, si difficiles à franchir par les hommes, aussi bien (pie i)ar les autres mammifères, se fixèrent une foule de l)etites civilisations locales, municipales, régionales dont l'influence se fait encore sentir aujourd'hui Y

Pour les mammifères, l'Australie est totalement distincte de l'Américpie du Sud et de l'Afriejue.

Le 1)"^ Richardson a constaté l'existence d'un grand royaume de faune maritime occupant, dans r()c('»an Pacifi(pic, une zone do ^ii d(»grés au nord et au sud de l'Equateur. ('(» royaume» comprend rensemble des eaux qui baignent l'Anstralie, la Nouvelle-Zélande, l'archipel Malais, la (/hine (»t le .Iai)on: sa ])0])uIation est (Constituée de genres à peu près similaires. Aux frontières de ce vaste empire apparaissent daiitres genres projin^s aux c(mtrées polaires et (pii se mêlent (Ml certains i)oints aux espèc(»s tropicales, ('et empire mari-

tiino n'est pas sans analogie avec les grands empires terrestres et politiques qu'il baigne; les uns et les autres sont également énornu»s par leur étendue et leur populati(m. Il faut iiussi retenir ee mélange des genres qui s'opère aux frontières en général des diverses zones de la faune et qui eorresp(md à un i)liénomène analogue dans les zones frontières des scx'iétés polit i(iues.

!)(» môme que les organes de la eireulation sociale en devenant internationaux agrandissent les limites des sociétés, de même Texistenee des courants marins tend aussi à étendre les limites de ce puissant empire aquatique ; certaines espèces de l'Océan Indien sont ainsi entraînées jusqu'au Ja]>on. De l'archipel Malais, la faune des mers polynésiennes pousse ses avant-i)Ostes et ses colonies jusc^ue dans la mer Rouge et la (*ôte orientale de r.Vfrique.

Ainsi, le long d'une zone qui ne mesure pas moins des trois quarts de la circonférence du globe, et qui embi'asse 6o'» de latitude, se retrouvent en général les mêmes poissons et les mêmes mollusques. « Le Cap de Bonne-Espérance forme comme la grande barrière à laquelle se termine ce gigantesque enq>ire ».

L'Atlantique est moins homogène dans sa faune que le Pacifique»; entre la faune des cotes d'Amérique et celle des eot(»s d'Afrique, il y a des différences imj)ortantcs. Les causes en sont rabsence d'îles et l'extrême i)rof<mdeur des eaux. Natur(»lhMnent, dès loi-s, an d(»là du 44' parallèh» nord, dans la l)artie la i)lus resserrée, les esi)èces communes, telles que le saumon et la morue, augmentent.

c( Dans les eaux connue dans les airs, » ajoute fort bien A. Maury, la nécessité de chercher leur nourriture et d'assurer leur rc»production, oblige les animaux à de hmgues pérégrinations. La plupart des oiseaux et des poissons s<mt ]>lus ou moins de» passage ; i)eu d'esi)èces demeurent absolument cemfinées dans un même canton et, suivant les saisons ou les variati(ms atmosphériques, elles changent de résidence. Des poissons, l(»s uns voyagent isolément, les autres émigrent en masse : nuKiucreaux, sardines, morues et harengs, et, tant (|ue les conditions géographiques et atmosphériques scmt constantes, leur itinéraire l'est aussi. Qu()i(|uc confinées dans les nu»rs polaires, l(»s di.v(»rses (espèces d(» phoques ne se

répaïuUMit pas iiulifféreinment sur tonte la siirfaeo lU» Icuirs eaux glacées; chacune a son cantonnement particulier, plus ou moins étendu. »

Notims que les poiss(ms s'élèvent moins en altitude (jue les insectes, les oiseaux et les mammifères.

Les mêmes conditions géographiques, elimatériques, alimentaires et génésiques ont exercé et continuent à exercer une influence considérable sur les pérégrinati(ms et les habitats des sociétés humaines primitives et même des sociétés modernes; elles continuent à agir dans le i)résent comme dans le passé, bien que d'une façon moins simple et moins générah» à mesure que les sociétés s'adaptent mieux aux nécessités extérieures de plus en plus spéciales et en s'y accommodant, les font même tourner à leur avantage.

Cette puissance d'adaptation supérieure de l'espèce hunuiine entraîne à la fois sa plus grande fixité relative et sou aptitude supérieure à se déi)lacer temporairement ou définitivem(»nt: c'est ainsi que les plus hautes civilisations sont à la fois les plus sédentaires et les plus mobiles, plus mobiles en réalité, en ce qui concerne leurs unités constituantes, que les sociétés primitives, lesquelles s(mt surtout ou tout à fait sédentaires ou tout à fait nonuides. (i)

La haute civilisaticm jouit au degré le plus élevé et, jiar un retour apparent, (jui est en réalité une combinaison supérieure, de la double puissance de fixation et de déplacement, en un mot d'une é<piilibration mobile vivante et (»n réalité la plus stable parce que la plus adaptée, (^'est toutefois dans les lois de la vie animale ordinaire que se trouve le fondement des lois plus complexes de la distribution de l'espèce humaine depuis ses origines juscpià ses stades les plus élevés. Par elles on comprend aussi que la structure et la vie des sociétés, par rintermédiaire de la faune et de la flore, se rat trichent aux grandes lois <le la mécanique universelle.

Ce qu'il inJi)orte surtout de retc^nir au point de vue de la distribution des mammifères, c'est que si cluujue esi)èce a, il est vrai, son aire d'habitation plus ou moins déterminée par la géographie, le climat, le mode et la quantité d'alimentation

^1 ) NoiiiiHlcH en apparence, |Miis(|U elles ne ehan(;:enl pas <Ie milieu eu passant fl'nn habitat i\ un autre analogue*

eu rapport avec sa structure i)r<)i)re, eei)eu(laut, à part les graudes uiutatious eliuuitériques dout uous avous parlé, les habitats des uiauiuiifères sont relativement fixes ; en outre, bien ([u'il y ait des régions zoologiques diverses, ees régions, comme le prouve Tliistoire naturelle, sont liées les un(»s aux autres i)ar des caractères communs.

Cette eomnumauté et cette solidarité zoologique fondamentales, jointes à l'unité et à la solidarité du monde physique, reconnues par nous antérieurement jusque dans la structure orographi(|uc et hydrographique qui produit les obstacles (»t Icsdivisionsnaturcls les plus infranchissables, nous i)réparent à examiner successivement les mêmes problèmes, relativement à cette espèce essentiellement uni(pie et de ])lus en plus solidaire, non s(»ulem(»nt centre ses membres, mais à l'égard de la nature entière, qui constitm» r(»si)èce humaine. Dans l'espèce humaine la solidarité univ(»rselle devient ccmscicnte et philosophique, rhomme s'élève à cette concepti(m générale du monde dont il fait i)arti(».

(^IIAIMTHK VI.

DlSTKlIUTIOX I)K L'kSPKCK Ml'MAlXK.

SiarioN I"". — Théories.

L'espèce humaine (»st en équilibration constante avec elle^ nu*Mne et avec son milieu; cette équilibration peut être considérée c(unme relativement progressive, ou même régressive, mais jamais, si ce n'est relativement stationnaire suivant que ra<la])tation «Icrespèce aux milieux s'applique àdcsconditicms de plus en plus spéciales et complexes, s'arrête aux rapports établis ou abandonne ses conquêtes pour retourner à des relations plus simples (»t plus générales. Kn réalité, Tétat stationnaire immuable n'existe i)as plus que le changement absolu, le mouvement est inséparable de toute structure vivante; toute société recule ou progresse en s(» maintenant, à cluuiue pas en avant ou en arrière, dans un état stati(|uc en correspondance» avec son évoluticm dynamique.

Les rapports des so(Métés avec leurs milieux n'ont i)as tout d'abord été conq)ris de cette manière, c'(»st -à-dire en tant (jue

constituant uniquement des relations statitxues ou dynamiques. La philosophie de l'histoire, imprégnée jusque dans ces derniers temps de Tesprit métaphysique, a tour à tour attribué soit au milieu physique, e'est-îirdire au monde extérieur à riiomme, soit à ee dernier considéré comme indépendant du monde, une valeur exclusive et absolue dans la recherche des causes des formes sociales.

C'est ainsi notamment que la philosophie métaphysi(iue de rhistoire se divise en deux grandes écoles : Tune, principalement mésologique, voit dans Tinfluence des milieux la cause des phénomènes sociaux ; l'autre, surUmt anthropocentrique, ramène à la nature spécifique des différentes variét^*s humaines et tout particulièrement de leurs races, les variations structurales et dynamiques que nous montre à chaque pas rhistoire des sociétés.

Kocholl, dans son Introduction à la Philosophie de r Histoire (Gottingen, 1878) et, après lui. M. L. (iumplowicz, dans La Lutte des races, partagent l'histoire des c(mceptions systématiques des sociétés et de l'humanité en trois phases en i)artic successives, en partie concomitantes. La première, princii)alement théologique, serait rei)résentée i)ar les livres sa<»rés de l'Inde, de la Chine, de la Perse, par la Bible, le Koran, les Évangiles. La deuxième serait surtout rationnelle, idéaliste ou réaliste, suivant qu'elle proclame le libre arbitre absolu de l'homme ou la toute-puissance de l'objet. l*resque tous les historiens et philosophes grecs et romains s'y rattachent. La troisième phase enfin, serait celh* des concei)tions naturelles où la philosophie de l'histoire « recherche les lois naturelles qui dirigent cet élément spécial de la nature, riuimanité, en vert.u d'une éternelle nécessité dans des chemins inflexiblement prescrits ».

Cette classification n'est que partiellement exacte et complet»: bien que conforme, dans ses grandes lignes, à la loi des trois états d'A. Comte, elle s'en écarte en ce qu'elle ne <listingue j)as suffisamment les divers stades des formes religieus(»s, ni les formes transitoires entre la religion et la métaphysique, ni les conceptions diverses de cette dernière, ni surtout l'évolution générale vers la philosophie purement scientifique et positive. La C(mception fondamentale di* cette dernière y est même complètement négligée, c'est-à-dire la

négation de Tabsolii, lequel est le lien et le vice eonimuns entre les trois premières phases. Elle perd également de vue et semble rejeter la possibilité pour les sociétés d'intervenir, dans des limites relatives, dans leur propre structure et dans leur propre direction, ce qui suppose non i)as des lois « éternelles et inflexibles », mais simplement le déterminisme et la relativité des lois naturell(»s de la constitution et de l'activité des sociétés. Les lois naturelles ne sont, en effet, que des rapports abstraits et généralisés ; elles ne dirigent pas et ne régissent pas l'iiumanité comme des forces extérieures ou intérieures; les forces sociales ne sont autres que les propriétés de la matière sociale dans leurs rapports réciproques. Les expressions dont se sert M. Gumplowicz, sont les vestiges d'un langage métaphysique et anthropomorpliique. Seules, les lois i)Ositives, œuvre de riiomme, bien que soumises également au déterminisme social, régissent et gouvernent pratiquenH»nt, à certains moments historiques, par la e(mtrainte physi(pie ou morale, les relations des hommes dans les sociétés civiles et politiques.

Enfin, cette classification ne fait aucune ])lace à la conception, il est vrai nouvelle et cpii est mienne, d'après laquelle, en sociologie, le milieu physique et organique ne fait qu'un uv(^<' riuimanité, de telle sorte que toute société, depuis la plus étroite jusqu'à la société universelle, est une combinaison supérieure des éléments cimstitutifs de la nature entière. L"s hommes et leurs milieux peuvent différer, changer, mais les sociétés sont toujours inséparables de leurs milieux; le monisme sociologi([ue est la phase la plus élevée de la philosophie de l'histoire. Cette doctrine devait naturellement se formuler cpiand, comme aujourd'hui, l'unité de la structure et de la vie sociales s'imposa à la ccmscience collective par sa constitution mondiale

La philosophie de l'histoire, forme jiremière de la sociologie, commen(;a par être une l'éaction légitime et naturelle contre les conceptions spiritistes et anthropomorphiques des religions et notamment du polythéisme greco-romain après, pendant et même avant son évolution monothéistique. Ses progrès coïncidèrent avec ceux des sciences de la nature; tant c|ue celles-ci ne furent pas suffisamment constituées, l'homme et surtout l(»s sociétés fur(»nt toujours interprétés

comme distin(*ts du milieu qu'ils dominaient ou par lequel ils étaient dominés.

Hippoerate de Cos, le grand médecin du V'- siècle avant notre ère, et Hérodote, son contemporain, jetèrent, dans le monde euroi)éen, les bases de la mésologie sociale. « Tout ce que la terre produit, formulait en ])rineipc Hippoerate, est ccmforme à la terre elle-même. » C'est pourquoi « les pays élevés produisent des êtres de haute stature, les pays bas des êtres de petite taille ; dans les régions où les saisons scmt peu accentuées, tous les hommes se ressemblent, et là où la différence entre les saisons est considérable, on observe de grandes différences dans la forme des individus... » « Dans la Scythie, les saisons n'éprouvent (pie peu de variations et s'écartent i)eu de Tuniformité, de là proviennent les ressemblances que les SScythes ont entre eux... En Europe, les vicissitudes des saisons sont considérables et fréquentes, les chaleurs fortes, les hivers rigoureux, les pluies abondantes; puis surviennent les sécheresses prolongées et des vents qui multiplient et diversifient les variations atmosphéricpies. // est naturel que ces influences soient ressenties dans la génération, que la conformation de i embryon imrie et ne soit pas la menu* pour chaque personne, en été ou en hiver, pendant les pluies (m pendant les sécheresses. C'est pour cela, selon moi, <[ue les Européens diffèrent plus entre eux que les Scythes jiour la forme et que, dans chaque ville, on observe entre les habitants des inégalités de taille. » Traité des eau\\ des airs et des lieux, édit. ettrad. de Littré, t. II, p. 53 et s.).

Théodecte de Phasélis, cité par Strabon, disait de même : « Le soleil colore la tête des hommes du sombre éclat de la suie et frise leurs cheveux par sa chaleur desséchante »•.

La théorie (l'Hippocrate, à part la richesse mais l'incertitude «les observations, contenait en germe tous les développem(»nts que [)lus tard, avec Lamarck, Etienne Geoffroy- Saint- H ilaire, (ioethe et leur école, recevra la doctrine du transformisme biologique par l'infuencedes milieux et par la transmissicm i)ar hérédité des variations pr«>duit(»s par le milieu extérieur. Cette doctrine de la transmission par hérédité des caractères acquis vient seulement, dans ces dernières années, d'être sérieusement mise en question, notamment par A. Weisnmn, dans ses Essais sur r hérédité et la sélection naturelle, et ailleurs.

Hénuloto (484-4<^^)» iivec un iléveloppoment scientifiquo moins vaste et moins solide qu'Hippoerate, et bien que fortement encore imbu des eroyanees théologiques de son époque, subit dans ses travaux historiques la direelicm des conceptions mésologiques des naturalistes de son temps. Avec la Bible et toute l'antiquité, il crut à riiérédité même morale, mais cette hérédité, en bien et en mal, était d'ordre divin ; rinfluence des milieux lui apparaît toutefois comme un facteur naturel : « Les pays les plus délicieux ne produisent ordinairement que des hommes mous, efféminés, et la même terre qui porte les plus beaux fruits, engendre les hommes indolents. » (Livre IX.)

Au contraire, la conception sociale de Platon (43o-357) est idéaliste, subjective et anthropocentrique. C'est à la structure naturelle de l'individu qu'il ramène la structure de l'Etat : <c Le caractère et les mœurs d'un Etat sont dans chacun des individus qui le composent; c'est de l'homme qu'ils ont passé dans la société. Il serait ridicule de prétendre que cette énergie passionnée qu'on attribue aux peuples du Xord, comme les Thraces et les Scj'thes, ce goût de l'instruction' qu'on peut croire naturel aux habitants de notre pays, ou cet amour du gain qui caractérise les Phéniciens et les Egyptiens, n'étaient pas dans l'individu avant d'être dans l'État. » {République, livre IV.)

Ainsi, s'affirme dans les essais de science sociale que nous a légués la civilisation grecque, cet antagonisme absolu qui, dans la suite, continuera pendant longtemps encore à diviser les écoles métaphysiques en deux groupes bien distincts, le i>remier cherchant la cause des formes et des mouvements sociaux dans le milieu externe; le second, dans la constitution et les facultés de l'homme, et en déduisanty l'un et l'autre leurs conceptions sociales. Chacune des deux écoles invoque cependant des observations plus ou moins scientifiques, mais la science n'est encore que l'auxiliaire de leurs formules.

Aristote (382-322) réagit contre le subjectivisme idéaliste de Platon; il restitue au milieu son influence sur les sociétés : « Les peuples qui habitent les climats froids, comme l'Europe, sont en général pleins de courage; mais ils sont certainement inférieurs en intelligence et en industrie; s'ils conservent leur

liberté, i*'est au prix de ranareliie et jamais ils n'ont pu conquérir leurs voisins. En Asie, au contraire, les peuples ont plus d'intelligence, d'aptitude pour les arts; mais ils manquent de coMir et ils restent sous le joug d'un esclavage perpétui^l. La race grec([ue, qui est topographiquement intermédiaire, l'cunit toutes les qualités des deux autres. Elle possède à la fois rintelligcnce et le courage. Elle sait en même temi>s garder son indépendance et former de très bons gouvernements, capable, si elle était réunie en un seul Etat, de conquérir l'univers. » (Pnlitùjue, liv. IV, cliap. VI, § i.)

Il faut noter, en dehors du démenti quasi absolu donné à cette théorie mésologique par l'histoire, la tendance à l'abolition des frontières politiques sous sa forme rudimentairc, par la conquête. Alexandre s(*ra l'exécuteur des théories de son maître.

Ce scn-ait cej)endant une exagération d'opposer, d'une façon absolue, le socialisme idéaliste de Platon basé sur la nature humaine, au réalisme d'Aristote, du reste également socialiste, comme on semble trop l'oublier. En effet, d'après l'illustre péripatétieien, (( il est évident que, dans l'ordre de la nature, la cité existe avant chaque individu » (liv. I, ch. I. § 12); il conçoit la société comme un organisme supérieurement différencié : « La société est un géant ayant des mains, des pieds, des sens innombrables, un moral et une intelligen(*e en proi)ortion. » (Liv. IV.) Par là, Aristote se rattache à la sociologie biologique contemporaine.

Dans Les Lois^ Platon subordonne davantage son idéal absolu à la réalité; il reconnaît l'influence des milieux et notamment celle du milieu alimentaire : « Ici les hommes sont d'un caractère bizarre et emporté à cause des vents de toute espère et des chaleurs excessives ((ui régnent dans le pays qu'ils habitent; ailleurs, c'est la surabondance des eaux qui produit les mêmes effets; ailleurs encore, c'est la nature des aliments que fournit la terre, aliments qui n'influent pas seulement sur le corps, i)our le fortifier ou l'affaiblir, mais aussi sur l'àme pour y produire les mêmes effets. » {Lois, liv. V.)

Les deux écoles ne sont pas néc<*ssairement exclusives; elles se mêlent sur certains points ; mais elles ont ceci de (*omnuin avec toutes celles (pii leur ont succédé, i*'est

qu'aucune n'arrive à concevoir la société comme une combinaison à la fois inorganique et organique qui porte en ellemême son milieu avec (^c double caractère. Les contradictions même où tombent nécessairement Tune et l'autre théorie sont la meilleure preuve (pie, sociologiquement, l'homme et le milieu ne font qu'un.

Avec les Stoïciens, l'idée de l'égalité et de la fraternité universelles, parallèle à l'abolition en fait des frontières des petites cités gréco-romaines et à la constitution du monde gréco-romain, se substitue à la conception de la cité antique; en même temps, apparaît pour la première fois la notion métaphysique du libre arbitre absolu de Thomme. Des Stoïciens, cette conception subjective passe dans les écrits de Philon le Juif. On appela libre l'homme vertueux, esclave l'homme vicieux, sans tenir (^nnpte de leur situation sociale et réelle de citoyen ou d'esclave. La science sociale, ou plutôt sa méta])hysique, tendit à devenir psychique, morale et juridique.

Plus de limites entre les hommes, et entre les sociétés plus de frontières ! D'après Pseudo-Plutarque {Fortune (f Alexandre, liv. i), Zenon, dans son Traité sur le Gouvernement^ s'est proposé de nous montrer que nous ne sommes pas les habitants d'un tel dème ou de telle ville, séparés les uns des autres par un droit particulier et des lois exclusives, mais que nous devons voir dans tous les hommes des c(m(»itoyens, comme si nous appartenions tous au même dème et à la même cité. Marc-Aurèle disait : « Comme Antonin, j'ai Rome pour patrie, comme homme le monde. » Epictète, parlant des esclaves, s'écriait : « Rappelez-vous qu'ils sont par nature vos semblables, vos frères, la descendance de Dieu. »

Ainsi, la conception d'un droit naturel humain et universel s'introduisait dans le monde romain en même temps que ses limites extérieures se brisaient pour s'étendre sur les parties les plus assimilées d(»s trois ccmtinents connus.

Le monogénisme de l'espèce humaine était dtnn» conclu comme idéal et d'origine divine; l'évolution parallèle de la doctrine avec l'évoluticm historique de la société n'était pas même entrevue; l'unité de l'espèce humaine avait sa cause dans l'unité du Dieu de l'univers.

Cette c(mception idéaliste et surnaturelle se formule dans le

christianisnie i)ar le divorce du spirituel et du temporel, divor(*e que le moyen-âge catholique étendra aux deux i)ouvoir8 correspondants. L'idée se sépare du fait. Tous les hommes sont égaux et frères en Dieu; entre eux pas d'inégalités, pas de barrières devant le Créateur; mais, dit Jésus, « mon royaume n'est pas de ce monde », « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». C'est-à-dire payez à César le tribut, symbole de la soumission politique. L'égalité chrétienne est extra-mondaine, ni politi(]ue, ni sociale, volontairement possible cependant ici-bas si les grands consentent à se faire petits.

Remarquez cependant dès maintenant que l'abolition des fnnitières entre les classes et les sociétés est conçue comme un des aspects essentiels de l'égalité. Ce fut, en effet, une des fonctiims historiques des frontières de maintenir entre les hommes et les peuples un équilibre tout au moins externe et réalisé par des défenses et des prohibitions, c'est-à-dire par une contrainte extérieure, en attendant, liMir équilibration sociale interne.

Ou sait que la séparation et les limites récipro(|ues du spirituel et du temporel furent le grand problème du moyen âge. Ce problème fait encore partie du lourd passif de notre héritage et son dualisme ne se résoudra finalement (jue dans la concei)tion mcmistique de la société, conception déjà préparée par le monisme ])sychopliysiologique qui s'est lentement mais invinciblement déjà substitué au dualisme corresp<mdant do l'esprit et du corps.

Xaturellemcnt, le Christianisme primitif, négateur des frontières sociales et politiques, le fut également de la propriété exclusive et privée qui est une des formes de la souveraineté et de l'inégalité dans et entre les sociétés. Saint Paul, saint Justin, TertuUien, saint Ambroise, saint Chrysostôme sont communistes autant que cosmopolites.

« Tous ceux qui se c(mvertissent à la foi, dit saint Paul, mettent leurs biens, leurs travaux, leur vie en commun; ils n'(mt tous qu'un C(i»ur, qu'une âme; ils ne forment tous ensemble qu'un même cori>s. Nul ne possède rien en particulier, mais toutes choses sont communes entre eux; c'est pourquoi, il n'y a point de jiauvres ])armi eux. Tous ceux qui ont des biens les vendent et en mett(»nt le prix à la di.sposition

dos apôtres (jui lo distribuent ensuite à chacun selon ses besoins, ^) {Actes des Apôtres, II, 44 î ^^ » ^2.)

(( Dans un seul corps, il y a plusieurs membres, mais tous ces membres n*ont pas la même fonction ; de même, tous les fidèles, quoique plusieurs, ne sont néanmoins qu'un seul corps en Jésus-Christ, étant tous réciproquement membres les uns des autres. » {Ep, aux (Corinthiens, XII, 4 ^^ 5^)

Toutefois, en se répandant dans le mimde, le Christianisme s'accommode insensiblement aux circonstances. Pour saint Clément d'Alexandrie, il ne faut pas renoncer à la propriété privée, mais seulement la mépriser : « Lorsqu'il nous est ordonné de renoncer à toutes nos richesses et de vendre tous nos biens, il faut entendre ces paroles des passions et des mauvais sentiments de notre esprit. »

Ainsi la révolution économique, idéalement impliquée dans la doctrine évangélique, est, non plus seulement rejetée au second plan, mais abandonnée. Des lors, naturellement, avec la c<mception domaniale privée, c'est-à-dire exclusive et limitée, l'idée de souveraineté et d'inégalité sociale et politique, refait son apparition dans la théorie. Saint Augustin fonde le droit de propriété sur le droit divin de souveraineté; celui-ci est le créateur du droit humain; contester le premier, c'est mettre en doute le second. Logique jusqu'au bout, il justifie l'esclavage. Dans cette voie, le suivront à travers le moyen âge jusqu'à la fin du XVIl*^ siècle, saint Thomas d'Aquin et Bossuet. Pendant toute cette période, une hiérarchie de princes a sa base dans une hiérarchie de propriétaires; l'une et l'autre évoluent parallèlement à la hiérarchie spirituelle du reste aussi représentée dans ses sommités par des propriétaires-souverains.

En somme, et c'est ici le point important de notre étude, les transformations des doctrines relatives à la nature des sociétés et si)é<*ialement à leurs limites et fnmtières internes et externes sont toujours en corrélation avec la constitution de la propriété et des classes sociales et avec l'affaiblissement, l'abolition ou la restauration et le renforcement des frontières intersoeiales. Les Etats avec leurs frontières plus ou moins rigides scmt une forme seulement plus vaste de la souveraineté propriétaire privée.

Avec la Scolas tique et notamment avec saint Thomas

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