CHAPITRE IV Les limites sociales
A. Comte consacre le VIP et dernier chapitre du tome II du Système de politique positive ou Traité de sociologie instituant la religion de Vhumanité où il vient d'exposer la Statique sociale ou Traité abstrait de l'ordre humain, à la Théorie positive des limites générales de variation propre à l'ordre humain.
Ce problème des limites des variations sociales est celui dont la solution préliminaire est indispensable pour distinguer nettement la statique de la dynamique sociale ; c'est la ligne frontière où la statique et la dynamique se touchent et se confondent. A. Comte l'a fort bien compris; aussi, eu égard à cette considération, a-t-il fait de son étude le dernier chapitre de sa statique comme transition à la dynamique. Ses successeurs, absorbés par des points de a ne unilatéraux, semblent avoir complètement perdu de vue la question, aussi bien les représentants de l'école biologique que ceux de
récole psychologique eu sociologie, et cependant, guidés par la biologie et la psychologie dont ce problème est une des préoccupations fondamentales, ils auraient dû prévoir a priori que le même problème s^imposait, dans des conditions spéciales, à la sociologie.
Pour d'autres raisons que celles qui ont déterminé A. Comte à terminer sa statique par Tétude des limites de variation, nous croyons devoir en faire le premier problème de la structure générale des sociétés, après celui de Tagrégat social considéré comme masse dont nous venons de nous 0(*cuper. Nous le faisons d'abord pour des raisons de méthode; il s'agit, en effet, i)Our se former une notion exacte d'un superorganisme à rétat statique, tel que le coii)s social, de déterminer tout d'abord, en partant des cas les plus simples relatifs à ses facteurs constitutifs et par conséquent tout d'abord à la nature inorganique, et en nous élevant graduellement aux cas les plus compliqués et les plus spéciaux relatifs aux organismes biologiques avec leurs dérivations biopsychiques et enfin aux superorganismes sociaux, quelles sontlesconditionsd'équilibre générales et spécialesde chacun de ces états ou agrégats naturels et avant tout les conditions qui à tout moment limitent et délimitent leurs masses et leurs formes. Nous avons déjà indiqué certaines conditions générales de leur équilibre externe au point de vue de la masse; il s'agit maintenant de compléter ces notions par la mise en lumière des rapports qui résultent de ces conditions internes et externes et de montrer quelh^s sont les limites nécessaires et constantes dans lesquelles cet équilibre peut osciller ou varier. Xous verrons (jue cette étude des limites de variation en général nous conduira à l'interprétation philosophi(|ue du cas plus spécial des limites sociales de variation et du cas le plus particulier entre tous des limites de variations des frontières dites politiques des sociétés. Le le(»t<îur que ne rebutera pas cette étude me pardonnera l'iraperfectitm inévitable de cette entreprise à raison de sa nouveauté et de sa difficulté; d'autres que moi aplaniront et élargiront la voie que j'ai cru nécessaire d'ouvrir aux recherches de la sociologie.
L'équilibre de tout agrégat n'est jamais absolu; c'est un équilibre relatif, résultant de certains rapports entre les
éléments de la structure interne et entre ceux-ci et le milieu externe ; la structure et la vie des sociétés sont une correspondance plus ou moins exacte de leurs éléments avec l'ensemble et de cet ensemble avec le dehors. Il s'agit d'expliquer comment les sociétés se tiennent debout comme structure, à rétat d'équilibre de toutes leurs parties et vis-àrvis des autres sociétés ou même exclusivement vis-à-vis de tout milieu extérieur même non social bien que susceptible de le devenir; ainsi la mer et le désert qui peuvent être à l'origine un milieu externe isolant peuvent se transformer en milieux sociaux internes ou externes dès qu'ils sont parcourus et intégrés dans un mélange social par la fusion avec le facteur humain. Quelles sont les limites naturelles de la structure des sociétés considérées dans leur ensemble et quelles sont les limites également naturelles des divers organes, appareils d'organes et systèmes d'appareils reliés entre eux dans cette structure d'ensemble?
A. Comte, suivant la méthode surtout subjective et déductive adoptée dans le Système de politique positive, aborde directement la théorie des limites générales de variations propres à V ordre humain, sans une étude préalable des limites sociologiques i)artieulières ; cependant, la loi générale de ces dernières ne peut être que la conclusion et l'expression de ces conditions spéciales relatives à l'ordre économique, génésique, esthétique, scientifique, moral, juridique et politique. Xous persisterons au contraire dans la marche suivie jusqu'ici, du général au spécial, du simple au complexe, du c<mcret à l'abstrait. Nous allons plus loin : d'après nous, le problème des limites sociologiques n'est comi)réhensible et soluble qu'après une vue préliminaire des mêmes questions dans l'ordre inorganique et organique et psychique aussi bien concret qu'abstrait.
La conception d'A. Comte et encore plus celle d'An. Que- TELET, est, en outre, encore beaucoup trop mécanique et physique et c'est pour cela précisément qu'il conviendra de nous habituer à la conception véritablement naturelle de la statique sociale par l'étude, au même point de vue des limites de variabilité, des formes organiques dont les sociétés sont la continuation et un développement et où la statique revêt la forme spéciale et plus compliquée de structure.
Quant à Herbert Spencer, dominé trop exclusivement, bien que par une réaction naturelle et légitime contre les conceptions anciennes, par Taspect évolutionniste des sociétés et des choses en général, il semble avoir complètement négligé cet aspect fondamental de l'équilibre social, cette condition première et sine qua non de toute organisation.
Notre prétention, cependant, n'est pas, et nous croyons même impossible dans Tétat actuel de nos connaissances et avec l'imperfection de nos instruments d'investigation, d'instaurer une philosophie générale de la structure des sociétés ni même une théorie des limites de variation sociale. Tout en le tentant, nous insisterons principalement sur la marche à suivre dans ces études; c'est la méthode qui nous préoccupera avant tout; accessoirement seulement, comme dans les deux volumes antérieurs de notre Introduction à la sociologie^ nous nous permettons de proposer des conclusions générales et abstraites. Même en ce moment la sociologie a un premier desideratum à réaliser c'est de reconnaître quels sont les problèmes principaux à résoudre par elle; cet objet, elle est loin de l'avoir réalisé, l'oubli même à peu près complet du problème fondamental que nous allons entreprendred'éclaircir autant que possible en est la meilleure preuve.
Section I"* Limites mathématiques.
Tous les phénomènes se présentent d'abord à notre connaissance dans leur aspect le plus simple et le plus général, comme plus ou moins nombreux, comme occupant une étendue plus ou moins grande, comme simultanés dans l'espace ou successifs dans le temps. L'objet se distingue du sujet, dans le champ de la conscience, par cette primitive sensation de grandeur ou d'étendue qui arrête notre attention et, par cette résistance, trace, en même temps que des relations, des limites et une distinction entre le moi et le nonmoi.
Au point de vue mathématique. Tordre simultané ou successif d'apparition des phénomènes naturels, aussi bien
physiques que vitaux, psychiques et sociaux, est soumis à des lois que nous fait connaître la théorie des probabilités.
La base de cette théorie mathématique est que les variations quantitatives, dans l'apparition ou la disparition des phénomènes, sont limitées par les conditions ou chances favorables et défavorables à leur production. Ainsi, si on verse au hasard dans une urne 600 boules dont 400 blanches et 200 noires, la loi de sortie des boules blanches sera comme 4 est à 6 ou comme 22 est à 3. Comme on le voit, les variations en ce cas sont limitées par la loi même des probabilités.
Quand les chances sont limitées et toujours les mêmes, le problème est facile : on estime la probabilité mathématique en divisant le nombre des chances favorables à l'avènement par le nombre total des chances. Ainsi, dans l'exemple cidessus, la probalité de sortie d'une boule blanche est ^ on ^, c'est-à-dire qu'il y a deux chances sur trois qu'il sortira une boule blanche; les variations seront d'autant plus rares qu'elles s'éloigneront davantage de cette norme, de cette limite mathématique.
Le problème devient déjà plus difficile quand il s'agit de rechercher quelles sont les chances de réapparition d'un phénomène qui a été observé périodiquement plusieurs fois de suite et dont l'apparition future est indéterminée. Alors la probabilité est d'autant plus grande que le nombre de fois que l'événement a été observé est plus considérable et que nos prévisions s'étendent moins loin dans l'av^enir. Dans ces conditions, pour calculer les chances de réapparation du phénomène, on divise le nombre des observations augmenté de l'unité par le même nombre augmenté de deux unités. Si, par exemple, nous avons observé dix jours de suite le lever périodique du soleil, il y a 11 chances sur 12 que nous le verrons se lever encore le onzième jour; si le retour périodique de ce phénomène a été observé mille fois, la probabilité sera représentée par ||^. On comprend, dès lors, qu'après des siècles d'observations répétées, la probabilité soit équivavalente à une certitude et que l'événement contraire serait considéré comme miraculeux.
La difficulté s'accroît et devient énorme quand il s'agit de faits complexes et surtout de faits sociaux. A elles seules, les sept classes de phénomènes sociaux, considérées d'une façon
indivise comme groupes séparés, peuvent donner lieu à 127 combinaisons de classes: dès lors, on voit que les relations auxquelles peuvent donner lieu les phénomènes englobés dans ces classes sont innombrables au point qu'elles échappent à tout calcul exact, bien qu*on puisse affirmer que les variations i)ossible8 de ces relations ne sont pas illimitées.
Toutefois, au point de vue mathématique, quelque soit le genre d'observations, les résultats observés ne tombent pas indifféremment des deux côtés de la moj^enne, mais dans un ordre déterminé qui est celui de Téchelle des possibilités. La nature de cette échelle est dét^jrminée par le nombre des observations; plus celles-ci sont nombreuses,, plus elles se rapprochent de la moyenne et moins elles contiennent relativement de variations ou d'erreurs. Si, par exemple, je mesure la hauteur d'une montagne et si mes premières évaluations oscillent entre 900 et 1,100 mètres, plus je répéterai mes mesurages, plus le plus grand nombre de ceux-ci se rapprocheront de la moyenne de 1,000 mètres et plus celles qui s'en écartent seront moins nombreuses.
Aussi bien en arithmétique qu'en géométrie, le champ des observations et des variations est limité. On ne peut se faire une idée d'une grandeur qu'en la comparant à une autre grandeur connue et limitée, l'unité. Les nombres sont donc dos rai)ports entre cette unité connue et une grandeur à connaître. « Tout nombre, dit Newton, est le rapport d'une grandeur avec l'unité, m L'arithmétique est donc la science de la /ne.siire des grandeurs. Qui dit mesure dit limita; l'unité qui sert de mesure est limitée: la grandeur cherchée l'est également. De même la géométrie est la science de la mesure de l'étendue. La ligne droite se définit, par exemple, le plus court chemin d'un point à un autre ; cette définition indique un rapport constant et né<*essaire entre deux points qui servent de limites.
Il y a donc des limites mathématiques dans l'appréciation de tous les phénomènes naturels. Comme nous ne pouvons avoir de noti(m exacte de l'espace infini ou de quantités numériques infinies sans évoquer en même temps des mesuies et des quantités finies, tous les phénomènes observables, sont, au point de vue mathématique, des phénomènes conditionnés et limités; tous peuvent être soumis au calcul
dos probabilités. Ceci revient à dire ixifils ont une moyenne qui constitue leur équilibre normal, équilibre dont les variations sont limitées en ce sens qu'elles décroissent à mesure qu elles s'éloignent de cette moyenne. Au point de vue mathématique et i}our autant qu'ils peuvent être exactement comptés et mesi/rés, Joseph Foi:rier,Laplace et Au. Quetelet avaient raison ; tous les phénomènes, y compris les pliéno- . mènes sociaux, peuvent être ramenés à des moyennes.
Lorsqu'on applique le calcul des probabilités et la théorie des moyennes aux faits sociaux pour en dégager Vordre social^ on ne doit toutefois pas perdre de vue, que ces probabilités, ces moyennes ne peuvent s'appliquer qu'à des choses homogènes et non hétérogènes ; or, la structure sociale est constituée d'éléments dissemblables ; la théorie des moyennes et des probabilités ne peut donc être utilisée en sociologie que dans les catégories de faits semblables et abstraction faite de la structure organique spéciale et totale des sociétés, c'est-à-dire des combinaisons d'éléments hétérogènes dans des ensembles organisés; ces combinaisons organiques^ échappent à la statistique et à toute théorie mathématique si \ ce n'est au point de vue de leur nombre et de leur extension. '
Toutefois, en coordonnant les moyennes de chaque classe de phénomènes sociaux dans des périodes déterminées de rcspa<»e et du temps, on peut obtenir une statistique résumant, à un moment et pour un territoire donnés, la statique élémentaire d'une civilisation particulière. Cependant, cette statique basée sur la statistique, sera insuffisante pour expliquer la structure, ("elle-ci implique la notion supérieure d'un agencement qualitatif d'organes unis entre eux pour l'usage d'un ensemble.
Il faut ajouter que les moyennes peuvent varier du tout au tout suivant les époques et les civilisations ; l'homme moyen, même au point de vue de la taille, n'existe pas si ce n'est pour une même population; en prenant la moyenne de toutes les tailles à un moment donné et à un âge déterminé, le plus grand nombre ne correspondrait pas à cette moyenne; en sociologie, les conditions constantes et surtout variables, sont tellement nombreuses et complexes qu'elles échappent > en grande partie au calcul des probabilités et à la-tliéorie des moyennes.
Il est assez intéressant de constater que M. L Gumplowicz tout en faisant la critique en partlejustifiéedeQuETELET, tombe en réalité dans la même erreur, a Lorsque, écrit-il dans La lutte des racesy Sîïssmilch, en 1742, eut imaginé un c( ordre divin dans les vicissitudes du genre humain », les statisticiens se mirent à observer la régularité des mouvements des masses. Seulement ils prirent pour unité, dans leurs observations, la première masse de population, politiquement circonscrite, qui se présenta à leur esprit : les habitants d^une ville ou d'un Etat. Ce ne sont pas là des unitc's sociales naturelles. Voilà certainement la principale cause pour laquelle les statisticiens n'ont pas réussi, malgré leurs recherches, à découvrir des lois universelles. Il est vrai que, depuis, la statistique a accusé une tendance à spécialiser ses observations, c'est-à-dire à rechercher les éléments naturels de CCS communautés politiques en vue de les soumettre à son examen.. C'est en vertu de cette tendance que l'on s'est détourné de la statistique politique pour aborder ce que l'on appelle la statistique ethnographique (Wappats, Czôrnig, Adolf Ficker). QuFrrELET n'a pas contribué à ce progrès. Ne se préoccupant cpie de la société, notion vague et nébuleuse, il arrive à Vhomme moy^en. Cet homme moyen est un résultat du calcul, mais pas autre chose. En fait, ce n'est point sur une société (dépourvue d'existence) que Qietelet institue ses ol)sel•^'ations, mais sur des communautés politiques, telles que des villes et des Etats. Il ne peut arriver ainsi qu'aux lois chiméri([ues régissant Vhomme moyen. Ve ne sont pas là des lois. La statistique ethnographique moderne n'est que transitoire, elle aussi : elle prépare les voies à une statistique qui prendra pour objet les véritables unités ethniques ou sociales et qui arrivera de la sorte à établir les lois véritables de la vie et du mouvement des masses (à quoi elle ne pourrait arriver autrement). »
Malheureusement l'auteur reconnaît que son unité ethnique n'est pas une notion de science naturelle mais n'est plus partout qu'une notion historique. Mais alors le reproche qu'il fait à Quetklkt de n'observer (jue les Etats retombe sur lui-même. En réalité les Etats s<mt des formations historiques et naturelles aussi bien que les races. L'auteur avoue « qu'il n'y a plus aujourd'hui de races dans le sens que la
science naturelle attache à ce mot » mais « on peut très bien désigner par le nom de races les groupes et communautés ethniques et même sociales hétérogènes » et il précise en ajoutant que la race « est un produit du processus historique qui est, du reste, lui aussi, un processus naturel. » Mais alors ce produit n'est-il pas dans la même condition que les Etats, et qu'est-ce que cette unité qui doit servir de mesure et qui se compose d'éléments hétérogènes?
Si donc nous rejetons en j)artie, c'est-à-dire en tant qu'inapplicable aux formes organiques des sociétés, la théorie mathématico-statistique de Quetelet c'est pour des motifs autrement essentiels que ceux indiqués par Gumplowicz, motifs qui impliquent la condamnation de sa propre doctrine.
Il n'en reste pas moins établi que tous les faits considérés | en eux-mêmes, au simple point de vue mathématique, ont des i limites naturelles de variation tant au point de vue du nombre que de l'étendue, précisément parce que tout nombre est limité et que toute étendue figurée est circonscrite. La formule la plus simple des limites de variation et de l'équilibre est donc une formule mathématique.
Si:cTiox II Limites mécaniques.
Comme nous l'avons déjà vu, la notion de force, comme celle de nombre et d'étendue, est une notion relative et limitée; elle suppose au moins l'existence de deux coi'ps plus ou moins étendus, atomes ou mondes. De cette simple coexistence de deux corps naît naturellement une relation, qui se traduit par un mouvement, par un équilibre. Par équilibration, il faut entendre tout mouvement qui tend à produire ou à détruire un équilibre. L'équilibre ne doit pas être confondu avec l'état d'inertie (i): dans tout équilibre
(i) Voir pour cette discussion mes observations dans l'ouvrage en préparation sur les théories statiques d'Ao. Quetei^et, d'A. Comte et de Herbert Spencer.
il y a mouvement; seulement une immobilité relative peut exister entre deux corps quand leur force est arrêtée ; il n'y a pas là absence de mouvement, mais mcmvement neutralisé; tel est Tarrèt produit par la chute d'un corps à la surface de la terre.
La mécanicxue est la mesure des forces: c'est elle qui nous fournit directement la notion d'une statique, d'un état équilibré; la mécanique statique, eu effet, nous enseigne les conditions d'équilibre d'un système quelconque. Il est assez naturel que des économistes, des théoriciens politiques et des sôciologistes aient tenté de ramener l'application scientifique des sociétés à des lois purement mécaniques, de . même que d'autres ont essayé de la réduire à des lois purement mathématiques. Ce processus historique est logique, mais ces explications, précisément par leur caractère trop général et abstrait, sortent du domaine de la sociologie et sont insuffisantes; elles rentrent plutôt dans l'objet de la philosophie générale ; elles peuvent et doivent servir de philosophie première mais non de philosophie spéciale des sciences sociales.
Néanmoins, il est juste de comprendre sous la dénomination de forces, non seulement les propriétés mécaniques^ mais encore les j)ropriétés organiques et superorganiques de la matière. Pour examiner le problème de l'équilibre social, il faut avoir d'abord la notion de l'équilibre mécanique tel qu'il se i)résente dans la matière inorganique, puis passer à la matière organique ; en dernier lieu on passe à la matière superorganique.
Il est à remarquer que les transitions entre ces trois espèces différentes, sous lesquelles se présente la matière, s'effectuent d'une manière continue, par degrés insensibles et non par sauts brusques, en un mot c'est un passage évolutif de l'un à l'autre. Il en résulte que, dans les stades tout à fait inférieurs des organismes, l'équilibration s'effectuera d'une fa(;on encore prépondérante entre les forces surtout mécani(iues comme nous le vcrrcms plus loin.
Rappelons que la mécanique rej)ose sur trois principes ou propriétés fondamentales de la matière, principes démontrables par l'observation expérimentale et dont tout<3 applicati<m industrielle de la mécanique est une extension. Ces prin-
cipes ou lois sont : i*^ la loi d'inertie ; 2" celle de V indépendance des effets des forces ; 3" celle de Vaction égale à la réaction.
La première est suffisamment connue : un corps naturel en repos reste en repos tant qu'il ne survient aucune action extérieure, qu*aucune force n'agit sur lui et s'il se meut sans qu'aucune nouvelle force lui soit appliquée son mouvement sera rectiligne. Quant à la deuxième, elle exprime que l'effet d'une force sur un point matériel est toujours le même quelque soient la vitesse de ce point et les autres forces qui le sollicitent; si le point change, l'effet varie dans le même rapport. Ce principe s'applique non seulement aux forces purement mécaniques, mais encore aux propriétés des corps inorganiques, organiques, et superorganiques en tant qu'ayant pour but de modifier l'état de repos ou de mouvement des parties élémentaires.
Le sociologiste, en étudiant la statique et la dynamique sociales, devra toujours tenir compte que toute force appliquée à un point matériel produit toujours trois effets différents :
i*^ Un certain accroissement de vitesse totale ;
2** Une certaine déviati(m totale;
3° Un accroissement instantané de vitesse ou accélération.
En sociologie aussi bien qu'en mécanic^ue et en physique et allieurs, matière et force sont des concepts abstraits des propriétés qui seules nous sont connues ; leur essence se confond avec leurs effets, par ceux-ci seuls force et matière existent pour nous; c'est par les effets seuls que nous pouvons mesurer h»s forces, les comparer au point de vue de leur troisième effet, l'accélération. Si pour communiquer à différents points matériels une même accélération il faut des forces diffé-. rentes, la conclusion sera que, ces points offrent une résistance inégale. La masse peutdonc être considérée comme la mesure de la résistance au mouvement.
Quanta la loi de Vaction égale à la réaction, elle implique que dans la nature aucune force n'existe isolément. A toute force quelconque correspond toujours une autre force qui lui est égale et qui a un effet opposé. I^a loi de la conservation de l'énergie se rattache aux lois de la mécanique et les confirme, rien ne se perd en fait de force, rien ne se crée; il n'y
a que des transformations qualitatives du mouvement suivant la distance réciproque des points matériels dans l'univers. Mais il esta remarquer que cela suppose Viinioers clos ce qui est impliqué dans le mot Univers mais />a8 établi objectivement.
Section III Limites astronomiques.
Les coi*ps astronomiques ont des structures limitées* des mouvements limités, des influences réciproques limitées. Notre globe est loin d'être homogène ; sa masse se différencie en parties dont les frontières sont bien distinctes ; son noyau intérieur est en fusion ; une enveloppe solide formée de couches superposées lui succède ; une croûte superficielle» relativement peu profonde, puisqu'elle atteint à peine un millième du diamètre terrestre, est le champ clôturé sur lequel végètent et vivent tous les êtres organisés.
Cette enveloppe-limite est le résultat des rapports entre l'agrégat terrestre inorganique et les facteurs externes, astronomiques, atmosphériques, climatériques, etc.
La t<îrre actuelle est un globe d'environ i,6oo lieues de rayon, situé à 87 millions de lieues du soleil, autour duquel il tourne en 365 jours. Son axe est incliné de 67" sur le plan de l'édiptique.
Ces formes-limites de la terre résultent des relations qui ont existé antérieurement et de celles iwîtuellement subsistantes entre sa masse interne au cours de son évolution et les conditions externes au sein et sous l'influence desquelles ces formes se sont réalisées. Parmi les forces externes qui ont concouru à limiter la terre et dès lors à lui donner sa forme générale, il faut signaler spécialement les autres planètes du syst(»me solaire.
La délimitation de la structure et des mouvements du système solaire dépend elle-même d'un système plus vaste. Du reste, depuis la découverte de Xeptune, les frontières du système solaire, mieux connues, ont reculé de plus d'un milliard de lieues.
Les mouvements, comme les formes de la terre et des pla-
nètes, sont des inouvements limités. Autour de la masse solaire, circulent toutes les planètes en exécutant, dans le même temps, un mouvement de rotation sur elles-mêmes. Toutes parcourent leur orbite elliptique suivant une loi générale de proportionnalité des aires de portions d'ellipse parcourues successivement par la ligne droite qui joint une planète au soleil, aux temps employés à les parcourir.
La terre est un sphéroïde environné d'une masse d'air ; cette atmosphère est son enveloppe externe actuelle, enveloppe qui elle aussi est limitée par la nature de sa composition interne en rapport avec la masse terrestre et avec celle des corps extérieurs à l'atmosphère. Les diverses couches géologiques, de leur côté, sont délimitées par leur constitution interne en rapport avec les couches externes.
La terre et les corps célestes en général sont donc des formations limitées dans leur structure et leur mouvement en suite de l'action réciproque des forces externes sur des centres; leur équilibration résulte de cette action réciproque.
De la structure et du mouvement équilibré des corps astronomiques dépendent d'autres structures et d'autres mouvements particuliers également équilibrés. Par exemple, la structure et le mouvement de la terre déterminent la distx'ibution des climats en cinq zones : une torride comprise entre les tropiques, deux glaciales limitées par les cercles polaires, et deux tempérées contenues entre les tropiques et les cercles polaires; de là aussi le partage de Tannée en quatre saisons.
Toutes ces limitations générales auront à leur tour des relations avec la structure et la vie des êtres organisés y compris ceux organisés en sociétés.
Section IV
Limites physiques et chimiques.
Rien ne semble limiter les dimensions des composés inorganiques. Ils sont cependant formés de particules. Ainsi, bien que l'eau n'ait pas de texture ni de structure visibles, elle n'en n'est pas moins formée de molécules distinctes; il
existe entre celles-ei une distance qui les sépare; cette distance provient de leur état thermique, car suivant qu*on chauffe Teau ou qu'on la refroidit, elle passe à Tétat de vapeur ou à l'état de glace, c'est-à-dire que ses molécules acquièrent moins ou phis de cohésion.
Tous les corps inorganisés peuvent prendre des formes définies et augmenter de volume par l'addition de parties semblables. Chaque substance cristallisable a ses formes cristallines propres; elle ne s'écarte jamais de certaines formes géométriques nettement caractérisées quelque soit sa masse Toujours le grossissement s'effectue par addition à l'extérieur du corps de parties semblables existant antérieurement au dehors Les cristaux, les inorganismes les plus parfaits, sont exclusivement composés d'une substance homogène. Tous sont limités par des surfaces planes, se coupant suivant des lignes droites et des angles constants et mesurables. Comme exemples de la loi de limitation physique on peut citer en cristallographie :
I" Lu loi de symétrie : ( juand un cristal i)résente sui' un de ses éléments (angles ou arêtes) une certaine modification, tous les autres éléments cristallographiquement semblables sont modifiés en même temps de la même manière;
2" La loi de dérivation : Si une facette modifiante intercepte sur les arêtes d'un cristal des longueurs x, y et z, toute autre facette placée sur le même élément interceptera sur ces arêtes des longueurs x', y' et z' qui satisferont à la loi que :
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D'où résultent cette forme, ces limites figurées ? Elles sont le produit de deux facteurs : i" la force formatrice interne inhérente à la constitution physique et chimique de la matière même; 2" la force formatrice externe qui est l'expression de l'influence de la matière ambiante. Le concours de ces deux forces, leurs relations réciproques déterminent la
forme et le volume des corps inorganiques, leur composition et leur décomposition, leurs actions et leurs réactions. Leur équilibration est la conséquence du rapport qui existe entre leur structure propre ainsi limitée et le milieu.
La physique et la chimie nous enseignent d'une façon générale que les matières solides, liquides ou gazeuses qui composent lé globe terrestre ne sont pas confusément mêlées; les roches, les eaux, les gaz occupent des espaces définis, limités, ils montrent un certain ordre dans leur disposition statique; cet ordre et ces limites sont les conditions de leur équilibre.
Ainsi, tandis que notre système solaire gravite autour d'un centre inconnu et que, dans notre système, les planètes gravitent autour du soleil, sur la terre même nous voyons tous les corps équilibrés vers son centre par la pesanteur, et toutes les molécules des agrégats inorganiques équilibrées différemment entre elles suivant leurs états différents, sous le nom d'attraction moléculaire. De même aussi toutes les modifications chimiques sont le résultat d'équilibrations moléculaires déterminées et limitées par des relations réciproques.
La loi générale de limitaticm nous apparaît ainsi comme! inséparable de la conception même d'agrégat ou de masse | et d'atomes du monde, dans la nature physique.
La chimie en nous montrant des équilibrations atomiques et moléculaires de plus en plus complexes, nous prépare à la condition d'un nouvel aspect de la statique. La loi des proportions définies et celle des proportions multii)les sont des exemples de limites chimiques. Il nous restera en effet à voir si cette loi de limitation s'étend au monde organique, psychique et social. Déjà la chimie nous montre notamment qu'à mesure que les combinaisons deviennent plus complexes, elles deviennent de plus en plus susceptibles d'être modifiées par les influences physiques et par les actions et les réactions des atomes et des molécules entre eux. Toute combinaison nouvelle par l'invasion d'atomes ou de molécules an milieu d'un agrégat existant doit nécessairement modifier l'équilibration de celui-ci dans sa structure et dans ses mouvements et donner lieu à une équilibration différente de la première. Les corps simples sont les plus stables; ils résistent
presque généralement à tous les réactifs (i). L'expérience démontre, au contraire, l'instabilité croissante des corps composés. Ce caractère se manifeste, avec un maximum d'intensité, dans les corps organisés dont les états d'équilibration sont si variés et si variables que la chimie n'est pas encore parvenue à fixer la nature de plusieurs des produits de ces combinaisons supérieures d'où résulte la vie.
Section V Limites biologiques.
La matière organisée est limitée.
Sa propriété fondamentale, sa force eai'actéristique est une tendance constante à une adaptation de plus en plus complète à toutes les forces du milieu ambiant. Dans les stades inférieurs, cett€ tendance naturelle est favorisée par la division de la matière en portion de surfaces très petites Pareille division, augmentant la surface limite totale étend le champ d'activité de la matière vu que l'énergie vitale s'exerce primitivement d'une façon quasi générale à la surface externe. La vie, c'est-à-dire la somme de toutes ces activités, augmente donc quand la matière organique se subdivise en parcelles très petites. Ces considérations cependant ne paraissent pas absolument applicables à la matière supérieure.
Au point de vue morphologique, la sphère est la surface fermée limitant le volume maximum.
Ce principe doit être mis en rapport avec deux autres théorèmes. D'après le premier, exposé dans la Théorie Capillaire de Laplace, tout liquide soustrait aux forces capillaires, exerce sur lui-même, en vertu de sa cohésion, une pression
(I) TotiH les corps simples ne sont en effet pas stables, ils ne résistent pas à tous les réactifs. Le fluor, par exemple, est un corps simple qu'il est très difficile d'isoler, précisément par ce qu'il se combine immédiatement. Il serait donc plus exact de dire que le carbone ^diamant) est extrêmement stable ; que les composés organiques le sont déjà moins ; que les corps organisés le sont encore moins.
normale à sa surface libre et équivalente à une quantité constante, augmentée du produit de la courbure moyenne de la surface, au point considéré, par un facteur constant qui dépend de la nature du liquide.
Le second théorème, exposé dans le mémoire de J. Plateau, sur les phénomènes d'une masse liquide libre et soustraite à Taction de la pesanteur, nous montre que cette masse ainsi abandonnée à elle-même, affecte la forme d'une sphère, laquelle constitue donc une forme d'équilibre. En effet, dans une sphère, la courbure étant la même partout, la pression dont s'agit dans le théorème de Laplace s'exerce partout et la masse est en équilibre.
La sphère est donc un état d'équilibre entre certaines forces internes et d'autres externes. Appliquant le principe que la sphère est la surface limitée du volume maximum et les deux théorèmes de Laplace et de Plateau aux organismes inférieurs, nous constatons tout d'abord que les conditions exigées par cette application se rencontrent dans ces organismes. D'après Haeckel, les organismes en général renferment une majeure partie d'eau; le corps de l'homme en contient 70 p. c. Le fait est surtout remarquable pour la méduse qui, d'après le même auteur, en renferme 99 p. c.
On peut donc, sans erreur sensible, assimiler pareil organisme à une masse liquide. De plus, ces organismes inférieurs flottant dans les eaux de la mer, sont soustraits à l'action de la pesanteur. Le principe du volume maximum dans une surface limitée, et les deux théorèmes de Laplace et de Plateau sont donc applicables aux organismes inférieurs ; celui du volume maximum est en corrélation directe avec la tendance naturelle de la matière d'emmagasiner le plus de vie possible sous la plus petite surface possible.
Nous pouvons en conclure que la surface limitant la matière organisée élémentaire est bien le résultat d une équilibration entre des forces internes et les forces les plus générales du milieu ambiant.
Si, maintenant, à la suite d'accidents, ou en vertu de leur tendance naturelle, certains organismes inférieurs, dépas-
sant leur limite d'énergie, affectent une forme s'écartant de la forme sphérique et se rapprochant, par conséquent, de la forme cylindrique, immédiatement ils se subdiviseront en plusieurs sphères. Car, un autre théorème démontré par Plateau est que : un cylindre liquide, soustrait à l'action de la pesanteur, devient instable et se subdivise en plusieurs sphères dès que sa longueur excède le contour de sa section droite. Ce théorème pourrait expliquer, en partie, mécaniquement, la reproduction des espèces inférieures, par simple division. Ce fait se serait produit d'abord accidentellement et se serait répété à raison de son utilité.
Ce qui précède nous montre lé rapport naturel qui unit les lois de l'équilibre inorganique à celles de l'équilibre organique. Celui-ci présente cependant des caractères spéciaux qu'il convient de mettre en lumière, et qui, à leur tour, nous préparent à l'interprétation de la statique sociale. Les lois de l'équilibre organique sont le résultat de l'activité même de l'organisme en rapport avec le milieu.
Végétaux et animaux sont composés des mêmes éléments qui entrent dans la composition de la matière inorganique, mais ces éléments sont réunis en des combinaisons qui ne se rencontrent pas dans cette dernière. Il y a une substance essentielle composée d'eau et de matières ])rotéides, grasses, amyloïdes et minérales qui entre dans la texture de toutes les plantes et de tous les animaux en vie, cette substance c'est le protoplasme.
Le protoplasme est une juxtaposition de diverses matières protéiqucs (albuminoïdes) ; pour qu'il y ait vie, il faut que le protoplasme soit intact et qu'il soit imbibé d'eau. Les matières grasses minérales ou amylacées qui forment parfois le protoplasme n'en font pas une partie constituante.
Tandis que rien ne limite théoriquement les dimensions des composés inorganiques, des cristaux, toute masse protoplasmatiquc, dès qu'elle atteint certaines dimensions, se divise spontanément en plusieurs masses distinctes équivalentes à la masse d'où elles dérivent. Le protoplasme n'existe donc qu'à l'état d'individu ayant une taille limitée.
La croissance du protoplasme aboutit toujours à sa bipartition ; cela résulte de la forme sphérique et des théorèmes do Laplaoe et de Plateau, dont il a été question plus haut.
La cellule a toujours une taille limitée, microscopique (les exceptions confirment la règle). C'est pourquoi tous les êtres vivants sont nécessairement formés d'une cellule ou d'une société de cellules.
A la différence des corps inorganiques, la plante vivante croît par l'addition aux substances qui la constituent de substances semblables, mais qui ne viennent pas exclusivement du dehors ; ces substances sont, au contraire, fabriquées dans le corps de la plante à l'aide des matériaux plus simples empruntés à la nature. C'est là un point de vue nouveau destiné à éclairer le problème sociologique ; la vie organique apparaît ainsi comme le résultat de l'activité même de l'organisme, d'une élaboration intérieure, mais toujours en rapport avec le milieu.
La croissance de la plante est aussi parallèle à l'adoption d'une structure définie comme pour le cristal, mais la plante croît par addition intérieure. On ne trouve ni dans le sol, ni dans l'eau, ni dans l'air les composés caractéristiques de la masse de la plante : l'albumine, le gluten, l'amidon, la cellulose et la matière grasse. Tous les matériaux bruts lui sont cependant founiis par l'atlimosphère et par le sol : oxygène, azote, acide carbonique, sels ammoniacaux et eau, argile et silice, chaux, fer, potasse, phosphore, soufre, etc.; toute cette matière première, la plante en sépare les apports divers pour se les assimiler et les réunir en combinaisons nouvelles, à l'intérieur de sa structure — usine où les récentes molécules 6C répandent imrmi les anciennes.
Ce n'est pas tout; à la différence des minéraux, les plantes ptmssent leur développement jusqu'à détacher une partie de leur substance, sous forme de semence ou germe, et ainsi elles reproduisent leur espèce.
Il en est de même de l'animal vivant ; il faut noter toutefois, que la i)lus grande partie des substances qu'il intègre proviennentdirectementd'autres animaux et de plantes. L'animal détache aussi une partie de sa substance, l'œuf, qui donne naissance à un animal semblable.
La forme de tout animal et de toute i)lante est donc le produit des mêmes relations que nous avons indiquées pour les cristaux ; elle résulte de l'équilibration entre doux facteurs, l'un interne, l'autre externe. Il y a cette différence
que réquilibration est plus complexe ; le facteur interne s'adapte spontanément à des conditions plus spéciales, d'où résulte la vie. Cette adaptation ou équilibration elle-même, n'est possible que par une disposition ou organisation internes supérieures.
On comprend, dès lors, fort bien que, dans les formes inférieures de la vie, les individus ne se distinguent pas de l'espèce; pas plus que les cristaux, ils n'ont d'individualité. Ainsi, dans le règne des protistes, intermédiaire entre le règne végétal et le règne animal, et comprenant notamment les monères et les rhizopodes, le caractère saillant de conformation, d'après Haeckel, est « le développement toujours extrêmement inférieur de leur individualité. Nombre de protistes sont, leur vie durant, de simples plastides, des individus d'ordre primaire. D'autres forment, en se réunissant, des colonies de plastides. Mais même ces individus, quelque peu supérieurs, restent le plus souvent à un degré de développement très inférieur. Les citoyens de ces communautés de plastides se ressemblent toujours beaucoup ; il n'y a jamais chez eux qu'une très faible division du travail ; par conséquent, leur organisme social est aussi incapable que celui des sauvages de la Nouvelle-Hollande de fonctions élevées. D'ailleurs, l'union des plastides est ordinairement très lâche, et chacun d'eux conserve toujours, dans une large mesure, son indépendance personnelle ».
Observons que le manque d'individualité correspond à une grande indépendance personnelle api^arente, et que le progrès social, chez tous les êtres vivants, semble, dès lors, pouvoir être naturellement conçu comme coïncidant avec le dévelo]>pement de l'individualité parallèlement à une solidarité croissante. Contrairement au préjugé en vigueur, individualité et solidarité ne sont pas contradictoires, mais celle-ci est la condition, le support de celle-là.
Il semble, à première vue, que les limites des variations morphologiques dans le monde organisé, sont moins précises que dans le monde inorganisé ; à la différence des cristaux, les formes animales et végétales paraissent exclure toute détermination géométrique ; elles sont limitées d'ordinaire par des surfaces courbes, coupées suivant des lignes courbes et des angles variables. Cependant, même au point de vue
des lignes géométriques, les radiolaires et beaucoup d'autres protistes ne diffèrent pas des cristaux ; leurs formes peuvent aussi se ramener à des foi'mes mathématiques déterminées, limitées par des surfaces et des angles constants et mesurables.
Il y a même des organismes absolument amorphes, comme les amibes, qui à chaque instant changent de formes; celles-ci sont aussi peu déterminées que celles des inorganismes amorphes, roches cristallisées, précipités, etc., dont la structure cependant est déterminée par les lois plus générales de la mécanique.
En général cependant, toute structure organisée est limitée ; toute structure, sous son double aspect de masselimite, est une équilibration constante avec le milieu qui fournit les matériaux qui entrent dans sa composition et alimentent son activité. Il y a cette différence que, dans tout organisme, végétal ou animal, cette équilibration variable est le résultat d'une élaboration interne, qui modifie continuellement et les matériaux empruntés au milieu et la structure, ainsi que le fonctionnement résultant des combinaisons supérieures produites par cette assimilation et cette élaboration.
Tout organisme est non seulement limité dans sa structure à un stade quelconque de son évolution, mais cette évolution même est limitée :
« I" Par leur perfectionnement même les organismes arrivent à n'être plus susceptibles de varier en présence de conditions nouvelles. Par exemple, le cheval n'ayant plus qu*un doigt, son espèce périrait, si elle ne pouvait se maintenir qu'à la suite d'une modification nouvelle des pattes ;
» 2** A toutes les époques, il y a eu à la surface du globe une catégorie d'organismes prédominants, très perfectionnés et n'ayant pas laissé de descendants; l'aristocratie de l'époque subséquente ne provient jamais de l'aristocratie antérieure, mais toujours de types non dégrossis, à caractères encore naïfs, et ayant conservé une structure susceptible d'adaptations variées ». (A. Lameere, Le Transformisme).
En étudiant plus tarjd les types sociaux, nous verrons que les variations essentielles de ces types sont également limitées, de telle sorte qu'il est toujours possible de les
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« »r* r*»at i>r:r*iii:sme est ou nne cellule ou une collection de .•♦^:iul«*s oaies entre elles. L'ensemble des formes de tout organisme est donc le produit ou total général des formes de toutes les cellules agrégées.
Ainsi, les formes des organismes élémentaires sont :
i^ Les formes sans enveloppe et sans noyau ;
2^ Les formes avec noyau sans enveloppe;
3^ Les formes avec noyau et enveloppe.
Avec chacun de ces progrès dans Torganisation, Téquilibration avec le milieu est plus parfaite, c'est-à-dire l'être peut se mainticnir en s'adaptant à des conditions externes plus nombreuses, plus spéciales.
Mais, de même que chez les végétaux, cette structure différenciée en un centre et une enveloppe, si elle est suffisante pour l'élaboration de la vie, et comme résistance surtout passive vis-à-vis du milieu, ne l'est pas pour des adaptations, plus précises et surtout plus actives. L'état monocellulaire sert de base à l'état polycellulaire, c'est-à-dire à une association de cellules simples et homogènes. Chez les êtres pluricellulaires, on constate une différenciation en une couche externe et une couche interne. Chez les plantes, il y a extérieurement Yépiderme protecteur et intérieurement le parenchyme assimilateur ; chez l'animal, il y a extérieurement Vectoderme protecteur et sensible, intérieurement Vendoderme assimilateur; cet endoderme limite une cavité digestive qui n'existe pas chez les végétaux.
De même que chez les êtres unicellulaircs supérieurs, la reptation primitive de l'amibe a fait place à la natation au moyen de cils vibratiles chez les infusoires, de même nous voyons l'ectoderme des animaux, cilié en principe pour assurer la locomotion, de même aussi l'endoderme est cilié en principe pour assurer la progression des aliments dans la cavité digestive. Dans la suite de l'évolution, les cils vibratiles de l'ectoderme et de l'endoderme ont disparu et sont remplacés par des mouvements musculaires.
Qu'est-ce donc qui, au point de vue des limites, caractérise dès lors les formes plus élevées des formes inférieures? Le contraste consiste dans une différenciation croissante des fonctions et des organes dans une structure d'ensemble. Le résultat est que la motilité des animaux les plus simples, si faible comparativement aux animaux supérieurs, augmente avec la complexité et la coordination croissante de lasructure; les animaux supérieurs, tout en étant mieux adaptés et plus stables, se déplaceront plus facilement et davantage, dans plus de directions ; leurs frontières ne sont pas absolument fixes au point de vue de leur activité ; ils cherchent leur proie, évitent leurs ennemis, mais leur structure est nettement délimitée. Cette différence dans la capacité motrice est en rapport avec
ramener à linéiques types caractéristiques. Nous montrerons que cette conclusion, qui j)résente de grandes analogies avec la Théorie de la variabilité limitée, exposée par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire dans son Histoire naturelle générale des règnes organiques, peut être basée sur ce que la matière sociale étant limitée, les diverses combinaisons qui peuvent en résulter quoiqu'innombrables dans Tétat actuel de nos connaissances, le sont nécessairement aussi. C*est là une nouvelle explication de la loi du retour apparent aux formes primitives, qui doit être limitée, comme en zoologie, par cette autre loi que l'évolution n'est pas réversible, bien que cette loi soit loin d'être aussi rigoureuse en sociologie. Notre théorie des variations sociales limitées est, du reste, totalement différente de la théorie des formes-limites de A. LoRiA et d'autres sociologistes ; elle n'a pas de caractère absolu, le cadre des variations possibles étant indéterminable en fait, bien que théoriquement déterminé.
La forme primaire résultant de cette équilibration continue de la matière organisée, est la conséquence de cette nécessité rudimentaire et générale; elle se manifeste par l'apparition à la surface de la masse organique, d'une enveloppe on membrane plus ou moins distincte de cette masse ; c'est la première et fondamentale différenciation de tout organisme. La différenciation consécutive est la formation d'un noyau dans la petite masse de protoplasme.
Cependant le i>rotoplasme lui-même a une structure. On connaît un organisme ayant la structure d'une amibe, donc dépourvue de membrane autre que la limite géométrique, et sans noyau, mais avec les éléments essentiels du noyau répartis dans tout le protoplasme. Quand une main centrale se sépare peu à peu du plasme périphérique avec lequel elle se confondait, dès lors l'organisme devient une cellule.
Or, tout organisme est ou une cellule ou une collection de cellules unies entre elles. L'ensemble des formes de tout organisme est donc le produit ou total général des formes de toutes les cellules agrégées.
Ainsi, les formes des organismes élémentaires sont :
I® Les formes sans enveloppe et sans noyau ;
2^ Les formes avec noyau sans enveloppe;
3^ Les formes avec noyau et enveloppe.
Avec chacun de ces progrès dans Torganisation, Téquilibration avec le milieu est plus parfaite, c'est-à-dire Têtre peut se maintenir en s'adaptant à des conditions externes plus nombreuses, plus spéciales.
Mais, de même que chez les végétaux, cette structure différenciée en un centre et une enveloppe, si elle est suffisante pour rélaboration de la vie, et comme résistance surtout passive vis-à-vis du milieu, ne Test pas pour des adaptations, plus précises et surtout plus actives. L'état monocellulaire sert de base à l'état polycellulaire, c'est-à-dire à une association de cellules simples et homogènes. Chez les êtres pluricellulaires, on constate une différenciation en une couche externe et une couche interne. Chez les plantes, il y a extérieurement Yépiderme protecteur et intérieurement le parenchyme assimilateur ; chez l'animal, il y a extérieurement Vectoderme protecteur et sensible, intérieurement Vendoderme assimilateur; cet endoderme limite une cavité digestive qui n'existe pas chez les végétaux.
De même que chez les êtres unicellulaires supérieurs, la reptation primitive de l'amibe a fait place à la natation au moyen de cils vibratiles chez les 'infusoires, de même nous voyons l'ectoderme des animaux, cilié en principe pour assurer la locomotion, de même aussi l'endoderme est cilié en principe pour assurer la progression des aliments dans la cavité digestive. Dans la suite de l'évolution, les cils vibratiles de l'ectoderme et de l'endoderme ont disparu et sont remplacés par des mouvements musculaires.
Qu'est-ce donc qui, au point de vue des limites, caractérise dès lors les formes plus élevées des formes inférieures? Le contraste consiste dans une différenciation croissante des fonctions et des organes dans une structure d'ensemble. Le résultat est que la motilité des animaux les plus simples, si faible comparativement aux animaux supérieurs, augmente avec la complexité et la coordination croissante de lasructure; les animaux supérieurs, tout en étant mieux adaptés et plus stables, se déplaceront plus facilement et davantage, dans plus de directions ; leurs frontières ne sont pas absolument fixes au point de vue de leur activité ; ils cherchent leur proie, évitent leurs ennemis, mais leur structure est nettement délimitée. Cette différence dans la capacité motrice est en rapport avec
la différence du développement de leurs structures, digestive, vasculaire, respiratoire et autres, et principalement avec celle de leur structure contractile, c'est-à-dire avec leur système musculaire et nerveux, avec les organes de la vie de relation. Ainsi, au point de vue de la philosophie générale, toute différenciation structurale est l'aspect morphologique d'une différenciation dans les mouvements internes et externes qui constituent la vie et l'équilibration de la structure peut se ramener aux lois les plus générales de la mécanique, bien que la biologie suppose des phénomènes spéciaux qui, comme ceux de la sociologie, réclament une interprétation et une philosophie particulières.
Le système musculaire est l'organe fondamental qui permet aux corps organisés soit de s'étendre, soit de se retirer, en un mot d'opérer les mouvements appropriés au milieu. Mais, sans système nerveux, les muscles eux-mêmes resteraient passifs; le véritable générateur de la motilité est donc le système nerveux. C'est lui qui transmet les excitations du dedans et du dehors et qui coordonne les mouvements en vue d'adaptations de plus en plus spéciales ; il maintient l'équilibre général au milieu d'une instabilité de de plus en plus intense, il est le régulateur par excellence des oscillations de la statique vivante, c'est-à-dire des structure» organiques. Ce n'est donc qu'en apparence que les corps organisés paraissent indéterminés dans leurs structures et dans leurs mouvements; la vérité est qu'à mesure qu'on s'élève dans la hiérarchie des êtres, les variations plus considérables sont limitées tant au dedans que vis-à-vis du dehors par des agents d'équilibration plus spéciaux et plus énergiques; toujours les organes de la vie déterminent et limitent la structure et la vie.
Cependant à la base de toute la vie organique sous le nom de contractilité, d'irritabilité, de sensibilité, etc., nous trouvons toujours un mouvement et ainsi encore une fois, au point de vue de la philosophie générale, la vie peut se ramener au mouvement et aux lois de la mécanique exprimableselles-mêmes mathématiquement.
C'est en apparence seulement aussi que les agrégats sociaux inférieurs paraissent avoir des limites moins fixes; en réalité, leurs mouvements sont peu nombreux et peu com-
plexes; leurs limites sont strictement déterminées par les conditions simples et générales de leurs structures internes en rapport avec les conditions les plus simples et les plus générales du milieu ambiant, soit exclusivement j)hysique, soit à la lois physique et social. Une mauvaise récolte, une pèche peu fructueuse, la disparition du gibier entraînent parfois des déplacements, mais plus souvent encore Textinction partielle ou môme totale de la horde, à moins que son agrégat ne soit capable de subir ces variations en s'adaptant à ces nouvelles conditions ou en les modifiant. Dans ce cas, il se produira une variation favorable de la structure, un surcroît d'activité ou une extension du territoire de cueillette, de chasse et de pêche, ou bien certaines catégories d'individus se consacreront à une nouvelle branche de travail pendant que les autres continueront de vaquer aux anciennes occupations. Souvent l'accroissement se fera aussi, comme dans la matière inorganique, par un développement externe, par addition ; d'ordinaire cependant il y aura une incorporation, une assimilation donnant lieu à une élaboration et à un développement internes.
Il faut également observer qu'à l'origine l'enveloppe interae, chez tous les êtres, est peu distincte du milieu interne et externe; elle ne se fortifie qu'à des stades déjà élevés. Mais, ce qui caractérise les animaux supérieurs, c'est que l'organisation interne y prend le dessus. Au bouclier, à la carapace du poisson ganoïde (esturgeon) succède une structure interne, chaipente, colonne vertébrale ; c'est à l'intérieur du corps que se fixent les conditions de la stabilité. En revanche, chaque organe devient de plus en plus spécial, chacun d'eux est limité par ses voisins, tous par l'ensemble de la structure. L'enveloppe cesse d'être exclusivement une barrière défensive ou une arme offensive ; elle devient finalement un des organes les plus délicats de la sensibilité, de la vie de relation; elle se plie partout aux mouvements du dedans vers le dehors et aux impressions et aux assimilations du dehors vers le dedans.
Nous verrons des progrès analogues s'opérer dans les structures sociales ; ce qui était une barrière est transformé en moyens de communication, tels les rivières, les fleuves, les mers et les océans. Les frontières en apparence d'.abord
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peu fixes, mais en réalité très rigides, surtout d'une façon • générale, deviennent de plus en plus plastiques et faibles matériellement; des trouées se font, le dehors et le dedans se pénètrent de mieux en mieux, un niveau s'établit comme entre vases communiquants; de nouvelles relations se nouent toujours grandissantes; des sociétés se forment avec une nouvelle structure interne en rapport avec de nouveaux milieux, jusqu'à ce que dans un avenir qu'il est possible d'entrevoir, une vaste société mondiale englobant les diverses sociétés particulières dans une coordination interne suprême réalise à la fois la plus vaste structure et l'équilibration la plus complexe qu'il soit donné à l'intelligence de concevoir. Alors le monde social trouve cependant encore son équilibration et ses limites non seulement dans son organisation infiniment variée mais encore dans les limites mêmes de la planète et de tout le milieu extérieur à celle-ci.
Ce progrès s'opère au fur et à mesure du développement et de la différenciation des fonctions sociales et de leur coordination progressive dans des centres régulateurs de plus en plus élevés. Le problème des frontières et des limites est donc connexe au développement, à la différenciation et à la coordination des institutions économiques, génésiques, artistiques, scientifiques, morales et juridiques; la structure politique par laquelle la volonté collective se dirige dans l'organisation plus ou moins méthodique de la société par elle-même, est le couronnement de toutes les autres. Quand les institutions fondamentales sont étroites, simples et autoritaires, les frontières entre sociétés sont hautes, générales et inflexibles. Ainsi les religions sont plus exclusives et plus mesquines que les métaphysiques, celles-ci que la science et la morale positives. Les sociétés se protègent par des armes offensives ou défensives, par des barrières naturelles ou artificielles, parle protectionnisme et parla libre concurrence avant de se protéger par l'excellence de leur organisation intérieure et internationale.
Avant d'étudier la philosophie des frontières sociales de l'avenir et même celle des frontières des États modernes, structures complexes, il faut pénétrer la philosophie de la limitation et de réquilibi'ation naturelles des choses et des organi^njies en général, puis celle des sociétés primitives.
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pacifiques ou guerrières; il faut enfin rechercher cette même limitation constante dans Tordre économique et successivement dans tous les organes et fonctions sociaux jusque dans l'ordre juridique et finalement politique. Ici encore, comme dans mes observations antérieures, nous verrons de plus en plus les formes sociales contractuelles, y compris les formes politiques également contractuelles, se dégager des formes plus anciennes et plus grossièl'es et limiter les rapports réciproques des unités et des agrégats sociaux ainsi que ceux des sociétés entre elles depuis la plus simple association industrielle jusqu'à cette grande société universelle dont les relations, qui se nouent de plus en plus entre ses diverses parties anciennement délimitées par des frontières infranchissables, préparent la création naturelle.
Cette équilibration constante, qui résulte de la structure interne dans ses rapports avec le milieu, apparaît de la façon la plus admirable dans la statique de ces organismes, les plus élevés de tous, qui constituent l'espèce humaine et spécialement dans l'organisation psychique de cette dernière. Les limites des variations organiques et fonctionnelles y deviennent de plus en plus étendues, tout en restant en une dépendance étroite avec la structure d'ensemble. Apres cela, il ne nous restera plus qu'à observer comment les masses, tant inorganiques qu'organiques, se distribuent en se limitant naturellement dans ou sur le globe terrestre, comme masses, pour être préparés méthodiquement à aborder l'étude des limites et des frontières sociales, lesquelles sont un cas spécial et plus complexe de ces données préliminaires.
Section VI. — Limites anthropologiques.
L'espèce humaine appartient à la classe des vertébrés supérieurs. Le squelette détermine la forme générale de notre corps. Il sert d'attache aux muscles et délimite les cavités viscérales. Ce seul fait nous explique déjà comment la structure d'ensemble des corps organisés, y compris le corps humain, dépend tout d'abord de leur constitution interne, de leur organisation. Celle-ci, au point de vue de l'équilibra-
tion avec le milieu, acquiert une importance et des propriétés de plus en plus considérables ; une équilibration interne résulte de cette organisation. Quel que soit cependant ce per- |
fectionnement de Torganisation et de l'activité internes, la •
structure et le fonctionnement de Tespèce humaine n'en continuent pas moins à rester une application des rapports constants et nécessaires d'équilibration qui existent entre le milieu externe et le milieu interne.
Voyons comment, chez l'homme et chez les animaux en général, se produit l'équilibre dans le mouvement sous l'action de l'excitation nerveuse. Quand les muscles se contractent, ils déplacent les os auxquels ils sont insérés; les muscles représentent les organes du mouvement, les forces motrices; les os servent de leviers. Le point d'appui est fourni par l'articulation; la résistance est l'os lui-même. j
Le jeu des os ou leviers, dans l'ensemble de notre structure, sert soit à maintenir l'équilibre, soit à vaincre de grandes résistances, soit à imprimer des mouvements plus ou moins étendus. Comme exemple d'équilibre on peut donner le maintien de la tête sur l'articulation occipito-altoïdienne : il y a un centre de gravité de la tête ; la pesanteur de celle-ci agit dans le sens d'une ligne verticale tirée de ce centre de gravité, c'est la résistance; le x)oint d'appui est l'articulation ; les muscles de la nuque représentent la puissance. Quand il s'agit de vaincre des résistances, la résistance est entre la puissance et le x^oint d'appui ; par exemple, quand on soulève le poids total du corps sur la pointe du pied.
Quand il s'agit d'exécuter des mouvements plus ou moins étendus, la puissance se trouve entre le point d'appui et la résistance.
Dans tous les cas, aucun mouvement ne s'exécute sans un équilibre correspcmdant. La photographie, au moyen d'instantanés, est un procédé excellent pour noter les différents modes de locomotion : marche, course, saut, vol. Dans tous ces mouvements, il y a toujours un équilibre de la structure interne, c'est-à-dire de toutes les parties de l'organisme entre elles-mêmes et en outre une équilibration de l'ensemble avec le milieu ambiant. Ce dernier ne doit jamais être perdu de vue; il est l'élément essentiel des modifications de tout équilibre et de son maintien. Quand on fait un faux mouvement.
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la chute est accompagnée à la fois d'une équilibration nou- Telle interne et d'une application des lois de l'équilibre général vis-à-vis du milieu. En fait, nous ne nous tenons debout à la surface du globe que par suite d'une équilibration avec le milieu atmosphérique et des lois de la pesanteur.
L'espèce humaine peut être considérée comme une espèce unique à cause des caractères communs anatomiques et psychiques qui existent entre ses nombreuses variétés, à cause aussi des croisements féconds entre les races les plus extrêmes, et comme distincte en partie des autres êtres organisés par des caractères spéciaux qui la différencient d'une manière reconnaissable. Le Dantec a très bien défini l'espèce en disant : « Des êtres sont d'une môme espèce quand ils ne présentent entre eux que des différences quantitatives... » Cette définition de l'espèce invoi[ue uniquement l'identité qualitative; peu importe l'amplitude des inégalités quantitatives. ^
Toutes les variations de structure de l'espèce humaine sont en réalité étroitement limitées. Elles sont elles-mêmes le résultat d'équilibrations internes et externes. C'est-à-dire d'adaptations spéciales dont certaines même sont d'origine sociale.
A. — Le poids du corps humain.
Les variations du poids du corps sont déterminées par quatre conditions spéciales : le milieu physique, la race, le tempérament, l'alimentation. L'obésité est jjartout exceptionnelle ; dans toutes les races, dans tous les milieux, elle tient principalement à l'état hygiénique, à l'inactivité, à l'alimentation excessive ou grossière et insuffisante; les races jaunes, blanches et noires ne s'écartent du poids mo^'^en de resi)èce humaine que sous des influences particulières. L'Arabe, sec au désert, devient obèse dans les villes, surtout dans les classes oisives et parasites.
Le poids moyen du corps humain adulte semble varier de 66 à 42 kilogrammes suivant la population.
que réquilibration est plus complexe ; le facteur interne s'adapte spontanément à des conditions plus sx^éciales, d'où résulte la vie. Cette adaptation ou équilibi^ation elle-même, n'est possible que par une disposition ou organisation internes supérieures.
On comprend, dès lors, fort bien que, dans les formes inférieures de la vie, les individus ne se distinguent pas de Tespèce; pas plus que les cristaux, ils n'ont d'individualité. Ainsi, dans le règne des protistes, intermédiaire entre le règne végétal et le règne animal, et comprenant notamment les monères et les rliizopodes, le caractère saillant de conformation, d'après Haeckel, est c< le développement toujours extrêmement inférieur de leur individualité. Nombre de protistes sont, leur vie durant, de simples plastides, des individus d'ordre primaire. D'autres forment, en se réunissant, des colonies de plastides. Mais même ces individus, quelque peu supérieurs, restent le i>lus souvent à un degré de développement très inférieur. Les citoyens de ces communautés de plastides se ressemblent toujours beaucoup ; il n'y a jamais chez eux qu'ime très faible division du travail ; par conséquent, leur organisme social est aussi incapable que celui des sauvages de la Xouvelle-Hollande de fonctions élevées. D'ailleurs, l'union des plastides est ordinairement très lâche, et chacun d'eux conserve toujours, dans une large mesure, son indépendance personnelle ».
Observons que le manque d'individualité coiTespond à une grande indépendance personnelle apparente, et que le progivs social, chez tous les êtres vivants, semble, dès lors, pouvoir être naturellement conçu comme coïncidant avec le dévelo]>pement de l'individualité parallèlement à une solidarité croissante. Contrairement au préjugé en vigueur, individualité et solidarité ne sont pas contradictoires, mais celle-ci est la condition, le support de celle-là.
Il semble, à première vue, que les limites des variations morphologiques dans le monde organisé, sont moins précises que dans le monde inorganisé ; à la différence des cristaux, les formes animales et végétales paraissent exclure toute détermination géométrique ; elles sont limitées d'ordinaire par des surfaces courbes, coupées suivant des lignes courbes et des angles variables. Cependant, même au point de vue
des lignes géométriques, les radiolaires et beaucoup d'autres protistes ne diffèrent pas des cristaux ; leurs formes peuvent aussi se ramener à des foiunes mathématiques déterminées, limitées par des surfaces et des angles constants et mesurables.
Il y a même des organismes absolument amorphes, comme les amibes, qui à chaque instant changent de formes; celles-ci sont aussi peu déterminées que celles des inorganismes amorphes, roches cristallisées, précipites, etc., dont la structure cependant est déterminée par les lois plus générales de la mécanique.
En général cependant, toute structure organisée est limitée ; toute structure, sous son double asjject de masselimite, est une équilibration constante avec le milieu qui fournit les matériaux qui entrent dans sa composition et alimentent son acti\ité. 11 y a cette différence que, dans tout organisme, végétal ou animal, cette équilibration variable est le résultat d'une élaboration interne, qui modifie continuellement et les matériaux empruntés au milieu et la structure, ainsi que le fonctionnement résultant des combinaisons supérieures produites par cette assimilation et cette élaboration.
Tout organisme est non seulement limité dans sa structure à un stade quelconque de son évolution, mais cette évolution même est limitée :
a I" Par leur perfectionnement même les organismes arrivent à n'être plus susceptibles de varier en présence de conditions nouvelles. Par exemple, le cheval n'ayant plus qu'un doigt, son espèce périrait, si elle ne pouvait se maintenir qu'à la suite d'une modification nouvelle des pattes ;
» 2" A toutes les époques, il y a eu à la surface du globe une catégorie d'organismes prédominants, très pei*fectionnés et n'ayant pas laissé de descendants; l'aristocratie de l'époque subséquente ne provient jamais de l'aristocratie antrérieure, mais toujours de types non dégrossis, à caractères encore naïfs, et ayant conservé une structure susceptible d'adaptations variées ». (A. Lameere, Le Transformisme),
En étudiant plus tar.d les types sociaux, nous verrons que les variations essentielles de ces types sont également limitées, de telle sorte qu'il est toujours possible de les
ramener à i^uelques types caractéristiques. Nous montrerons que cette conclusion, qui présente de grandes analogies avec la Théorie de la variabilité limitée, exposée par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire dans son Histoire naturelle générale des règnes organiques, peut être basée sur ce que la matière sociale étant limitée, les diverses combinaisons qui l)cuvent en résulter quoiqulnnombrables dans l'état actuel de nos connaissances, le sont nécessairement aussi. C'est là une nouvelle explication de la loi du retour apparent aux formes primitives, qui doit être limitée, comme en zoologie, l)ar cette autre loi que révolution n*est pas réversible, bien que cette loi soit loin d'être aussi rigoureuse en sociologie. Notre théorie des variations sociales limitées est, du rest<î, totalement différente de la théorie des formes-limites de A. LoRiA et d'autres sociologistes ; elle n'a pas de caractère absolu, le cadre des variations possibles étant indéterminable en fait, bien que théoriquement déterminé.
La forme primaire résultant de cette équilibration continue de la matière organisée, est la conséquence de cette nécessité rudimentaire et générale; elle se manifeste par l'apparition à la surface de la musse organique, d'une enveloppe ou membrane plus ou moins distincte de cette masse ; c'est la première et fondamentale différenciation de tout organisme. La différenciation consécutive est la formation d'un noyau dans la petite masse de protoplasme.
Cependant le i)rotoplasme lui-même a une structure. On connaît un organisme ayant la structure d'une amibe, donc dépourvue de membrane autre que la limite géométrique, et sans noyau, mais avec les éléments essentiels du noyau répartis dans tout le protoplasme. Quand une main centrale se sépare peu à peu du plasme périphérique avec lequel elle se confondait, dès lors l'organisme devient une cellule.
Or, tout organisme est ou une cellule ou une collection de cellules unies entre elles. L'ensemble des formes de tout organisme est donc le produit ou total général des formes de toutes les cellules agrégées.
Ainsi, les formes des organismes élémentaires sont :
i** Les formes sans enveloppe et sans noyau ;
2** Les formes avec noyau sans enveloppe;
3"* Les formes avec noyau et enveloppe.
Avec chacun de ces progrès dans l'organisation, l'équilibration avec le milieu est plus parfaite, c'est-à-dire l'être peut se maintenir en s'adaptant à des conditions externes plus nombreuses, plus spéciales.
Mais, de même que chez les végétaux, cette structure différenciée en un centre et une enveloppe, si elle est suffisante pour l'élaboration de la vie, et comme résistance surtout passive vis-à-vis du milieu, ne l'est pas pour des adaptations, plus précises et surtout plus actives. L'état monocellulaire sert de base à l'état polycellulaire, c'est-à-dire à une association de cellules simples et homogènes. Chez les êtres pluricellulaires, on constate une différenciation en une couche externe et une couche interne. Chez les plantes, il y a extérieurement Vépiderme protecteur et intérieurement le parenchyme assimilateur ; chez l'animal, il y a extérieurement l'ec/oderme protecteur et sensible, intérieurement Vendoderme assimilateur; cet endoderme limite une cavité digestive qui n'existe pas chez les végétaux.
De même que chez les êtres unicellulaires supérieurs, la reptation primitive de l'amibe a fait place à la natation au moyen de cils vibratiles chez les infusoires, de même nous voyons l'ectoderme des animaux, cilié en principe pour assurer la locomotion, de même aussi l'endoderme est cilié en principe pour assurer la progression des aliments dans la cavité digestive. Dans la suite de l'évolution, les cils vibratiles de l'ectoderme et de l'endoderme ont disparu et sont remplacés par des mouvements musculaires.
Qu'est-ce donc qui, au point de vue des limites, caractérise dès lors les formes plus élevées des formes inférieures? Le contraste consiste dans une différenciation croissante des fonctions et des organes dans une structure d'ensemble. Le résultat est que la motilité des animaux les plus simples, si faible comparativement aux animaux supérieurs, augmente avec la complexité et la coordination croissante de lasructure; les animaux supérieurs, tout en étant mieux adaptés et plus stables, se déplaceront plus facilement et davantage, dans plus de directions ; leurs frontières ne sont pas absolument fixes au point de vue de leur activité ; ils cherchent leur proie, évitent leurs ennemis, mais leur structure est nettement délimitée. Cette différence dans la capacité motrice est en rapport avec
la différence du développement de leurs structures, digestive, vasculaire, respiratoire et autres, et i>rineipalement avec celle de leur structure contractile, c'csWi-dire avec leur système musculaire et nerveux, avec les organes de la vie de relation. Ainsi, au point de vue de la philosophie générale, toute différenciation structurale est l'aspect morphologique d'une différenciation dans les mouvements internes et externes qui constituent la vie et l'équilibration de la structure peut se ramener aux lois les plus générales de la mécanique, bien que la biologie suppose des phénomènes spéciaux qui, comme ceux de la sociologie, réclament une interprétation et une philosophie particulières.
Le système musculaire est l'organe fondamental qui permet aux corps organisés soit de s'étendre, soit de se retirer, en un mot d'opérer les mouvements appropriés au milieu. Mais, sans système nerveux, les muscles eux-mêmes resteraient passifs; le véritable générateur de la motilité est donc le système nerveux. C'est lui qui transmet les excitations du dedans et du dehors et qui coordonne les mouvements en vue d'adaptations de plus en plus spéciales ; il maintient l'équilibre général au milieu d'une instabilité de de i)lus en plus intense, il est le régulateur par excellence des oscillations de la statique vivante, c'est-à-dire des structures organiques. Ce n'est donc qu'en ai)parence que les corps organisés paraissent indéterminés dans leurs structures et dans leurs mouvements; la vérité est qu'à mesure qu'on s'élève dans la hiérarchie des êtres, les variations plus considérables S(mt limitées tant au dedans que vis-à-vis du dehors par des agents d'équilibration plus spéciaux et plus énergiques; toujours les organes de la vie déterminent et limitent la structure et la vie.
Cependant à la base de toute la vie organique sous le nom de contractilité, d'irritabilitiî, de sensibilité, etc., nous trouvons toujours un mouvement et ainsi encore une fois, au point de vue de la philosophie générale, la vie peut se ramener au mouvement et aux lois de la mécanique exprimables elles-mêmes mathématiquement.
C'est en apparence seulement aussi que les agrégats sociaux inférieurs paraissent avoir des limites moins fixes; en réalité, leurs mouvements sont peu nombreux et peu com-
plexes; leurs limites sont strictement déterminées par les eonditions simples et générales de leurs structures internes en rapport avec les conditions les plus simples et les plus générales du milieu ambiant, soit exclusivement physique, soit à la fois physique et social. Une mauvaise récolte, une pèche peu fructueuse, la disparition du gibier entraînent parfois des déplacements, mais plus souvent encore Textinction partielle ou même totale de la horde, à moins que son agrégat ne soit capable de subir ces variations en s'adaptant à ces nouvelles conditions ou en les modifiant. Dans ce cas, il se produira une variation favorable de la structure, un surcroît d'activité ou une extension du territoire de cueillette, de chasse et de i)éche, ou bien certaines catégories d'individus se consacreront à une nouvelle branche de travail pendant que les autres continueront de vaquer aux anciennes occupations. Souvent l'accroissement se fera aussi, comme dans la matière inorganique, par un développement externe, par addition ; d'ordinaire cependant il y aura une incorporation, une assimilation donnant lieu à une élaboration et à un développement internes.
Il faut également observer qu'à l'origine l'enveloppe interne, chez tous les êtres, est peu distincte du milieu interne et externe; elle ne se fortifie qu'à des stades déjà élevés. Mais, ce qui caractérise les animaux supérieurs, c'est que l'organisation interne y prend le dessus. Au bouclier, à la caraî)ace du poisson ganoïde (esturgeon) succède une structure interne, charpente, colonne vertébrale ; c'est à l'intérieur du corps que se fixent les conditions de la stabilité. En revanche, chaque organe devient de plus en plus spécial, chacun d'eux est limité par ses voisins, tous par l'ensemble de la structure. L'enveloppe cesse d'être exclusivement une barrière défensive ou une arme offensive ; elle devient finalement un des organes les plus délicats de la sensibilité, de la vie de relation; elle se plie partout aux mouvements du dedans vers le dehors et aux impressions et aux assimilations du dehors vers le dedans.
Nous verrons des progrès analogues s'opérer dans les structures sociales ; ce qui était une barrière est transformé en moyens de communication, tels les rivières, les fleuves, les mers et les océans. Les frontières en api)arence d|abord
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peu fixes, mais en réalité très rigides, surtout d'une façon * générale, deviennent de plus en plus plastiques et faibles matériellement; des trouées se font, le dehors et le dedans se pénètrent de mieux en mieux, un niveau s'étarblit comme entre vases communiquants; de nouvelles relations se nouent toujours grandissantes; des sociétés se forment avec une nouvelle structure interne en rapport avec de nouveaux milieux, jusqu'à ce que dans un avenir qu'il est possible d'entrevoir, une vaste société mondiale englobant les diverses sociétés particulières dans une coordination interne suprême réalise à la fois la plus vaste structure et l'équilibration la plus complexe qu'il soit donné à l'intelligence de concevoir. Alors le monde social trouve cependant encore son équilibration et ses limites non seulement dans son organisation infiniment variée mais encore dans les limites mêmes de la planète et de tout le milieu extérieur à celle-ci.
Ce progrès s'opère au fur et à mesure du développement et de la différenciation des fonctions sociales et de leur coordination progressive dans des centres régulateurs de plus en plus élevés. Le ]>roblème des frontières et des limites est donc connexe au développement, à la différenciation et à la coordination des institutions économiques, génésiques, artistiques, scientifiques, morales et juridiques; la structui'e politique par la<|uelle la volonté collective se dirige dans l'organisation i>lusou moins méthodique de la société par elle-même, est le couronnement de toutes les autres. Quand les institutions fondamentales sont étroites, simples et autoritaires, les frontières entre sociétés sont hautes, générales et inflexibles. Ainsi les religions sont plus exclusives et plus mesquines que les métaphysiques, celles-ci que la science et la morale positives. Les sociétés se protègent par des armes offensives ou défensives, par des barrières naturelles ou artificielles, parle protectionnisme et parla libre concurrence avant de se protéger par l'excellence de leur organisation intérieure et internationale.
Avant d'étudier la philosophie des frontières sociales de l'avenir et même celle des frontières des États modernes, structures complexes, il faut pénétrer la philosophie de la limitation et de l'équilibration naturelles des choses et des organismes en général, puis celle des sociétés primitives.
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pacifiques ou guerrières ; il faut enfin rechercher cette même limitation constante dans l'ordre économique et successivement dans tous les organes et fonctions sociaux jusque dans Tordre juridique et finalement politique. Ici encore, comme dans mes observations antérieures, nous verrons de plus en plus les formes sociales contractuelles, y compris les formes politiques également contractuelles, se dégager des formes plus anciennes et plus grossièl'es et limiter les rapports réciproques des unités et des agrégats sociaux ainsi que ceux des sociétés entre elles depuis la plus simple association industrielle jusqu'à cette grande société universelle dont les relations, qui se nouent de plus en plus entre ses diverses parties anciennement délimitées par des frontières infranchissables, préparent la création naturelle.
Cette équilibration constante, qui résulte de la structure interne dans ses rapports avec le milieu, apparaît de la façon la plus admirable dans la statique de ces organismes, les plus élevés de tous, qui constituent l'espèce humaine et spécialement dans l'organisation psychique de cette dernière. Les limites des variations organiques et fonctionnelles y deviennent de plus en plus étendues, tout en restant en une dépendance étroite avec la structure d'ensemble. Après cela, il ne nous restera plus qu'à observer comment les masses, tant inorganiques qu'organiques, se distribuent en se limitant naturellement dans ou sur le globe terrestre, comme masses, pour être préparés méthodiquement à aborder l'étude des limites et des frontières sociales, lesquelles sont un cas spécial et plus complexe de ces données préliminaires.
Section VI. — Limites anthropologiques.
L'espèce humaine appartient à la classe des vertébrés supérieurs. Le S(iuelette détermine la forme générale de notre corps. Il sert d'attache aux muscles et délimite les cavités viscérales. Ce seul fait nous explique déjà comment la structure d'ensemble des corps organisés, y compris le corps humain, dépend tout d'abord de leur constitution interne, de leur organisation. Celle-ci, au point de vue de l'équilibra-
tion avec le milieu, aecxuicrt une importance et des propriétés de plus en plus considérables ; une équilibration interne résulte de cette organisation. Quel que soit cependant ce perfectionnement de l'organisation et de Tactivité internes, la structure et le fonctionnement de l'espèce humaine n'en continuent pas moins à rester une application des rapports constants et nécessaires d'équilibrcation qui existent entre le milieu externe et le milieu interne.
Voyons comment, chez l'homme et chez les animaux en général, se produit l'équilibre dans le mouvement sous l'a^»tion de l'excitation nerveuse. Quand les muscles se contractent, ils déplacent les os auxquels ils sont insérés; les muscles représentent les organes du mouvement, les forces motrices; les os servent de leviers. Le point d'appui est fourni par l'articulation; la résistance est l'os lui-même. Le jeu des os ou leviers, dans l'ensemble de notre structure, sert soit à maintenir l'équilibre, soit à vaincre de grandes résistances, soit à imprimer des mouvements plus ou moins étendus. Comme exemple d'équilibre on peut donner le maintien de la tète sur l'articulation occipito-altoïdienne : il y a un centre de gravité de la tète ; la pesanteur de celle-ci agit dans le sens d'une ligne verticale tirée de ce centre de gravité, c'est la résistance; le point d'appui est l'articulation; les muscles de la nuque rej) résentent la puissance. Quand il s'agit de vaincre des résistances, la résistance est entre la puissance et le point d'appui ; par exemple, quand on soulève le poids total du corps sur la pointe du pied.
Quand il s'agit d'exécuter des mouvements plus ou moins étendus, la puissance se trouve entre le point d'appui et la résistance.
Dans tous les cas, aucun mouvement ne s'exécute sans un équilibre correspondant. La photographie, au moyen d'instantanés, est un procédé excellent pour noter les différents modes de locomotion : marche, course, saut, vol. Dans tous ces mouvements, il y a toujours un équilibre de la structure interne, c'est-à-dire de toutes les parties de l'organisme entre elles-mêmes et en outre une équilibration de l'ensemble avec le milieu ambiant. Ce dernier ne doit jamais être perdu de vue; il est l'élément essentiel des modifications de tout équilibre et de son maintien, (^uand on fait un faux mouvement.
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la chute est accompagnée à la fois d'une équilibration nouvelle interne et d'une application des lois de Téquilibre géiïéral vis-à-vis du milieu. En fait, nous ne nous tenons debout à la surface du globe que par suite d'une équilibration avec le milieu atmosphérique et des lois de la pesanteur.
L'espèce humaine peut être considérée comme une espèce unique à cause des caractères communs anatomiques et psychiques qui existent entre ses nombreuses variétés, à cause aussi des croisements féconds entre les races les plus extrêmes, et comme distiucte en partie des autres êtres organisés par des caractères spéciaux qui la différencient d'une manière reconnaissable. Le Dantec a très bien défini l'espèce en disant : « Des êtres sont d'une même espèce quand ils ne présentent entre eux que des différences quantitatives... » Cette définition de l'espèce invoque uniquement l'identité qualitative; peu importe l'amplitude des inégalités quantitatives. .
Toutes les variations de structure de l'espèce humaine sont en réalité étroitement limitées. Elles sont elles-mêmes le résultat d'équilibrations internes et externes. C'est-à-dire d'adaptations spéciales dont certaines même sont d'origine sociale.
A. — Le poids du corps humain.
Les variations du poids du corps sont déterminées par quatre conditions spéciales : le milieu physique, la race, le tempérament, Talimentation. L'obésité est j^artout exceptionnelle ; dans toutes les races, dans tous les milieux, elle tient principalement à l'état hygiénique, à l'inactivité, à l'alimentation excessive ou grossière et insuffisante ; les races jaunes, blanches et noires ne s'écartent du poids moyen de l'espèce humaine que sous des influences particulières. L'Arabe, sec au désert, devient obèse dans les villes, surtout dans les classes oisives et x)arasitcs.
Le poids moyen du corps humain adulte semble varier de 66 à 42 kilogrammes suivant la population.
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Tableau des variations de poids du corps humain.
*3oo Belges (Qiietelet) Kil. 66.2
12,740 Bavarois (Bernstein) » 65.5
Italiens du Nord (Xiceforo) » 65.2
400 Français, chasseurs à pied (Bernard) . . » 64.9
617 Anglais (A. S. Thompson) » 64.8
Italiens du Sud (Xiceforo) w 68.9
i5o Xéo-Zélandais » 68.9
34 Xieobariens (Xovarra) » 62.8
278 Magyars (Bernstein) » 60.7
24 Slaves » 59.2
356 Roumains » 58.4
5o Hindous, caste supérieure (Shortt) ... » 53.2
60 Indigènes du Caucase » 5o.o
5 Hindous, caste inférieure » 4^-7
5o Xigheres, tribus inférieures » 44-^
39 Individus, tribus inférieures de Coromandel
(Shortt) » 42-7
Quetelet a étudié, au point de vue de sa théorie des moyennes, le poids de l'homme aux différents âges; à égalité d'âge, riiomme est plus pesant que la femme, sauf vers l'âge de 12 ans où il y a égalité. La femme parvient au maximum de son poids plus tard que l'homme. Le poids est plus grand chez les garçons et les filles ne travaillant pas dans les fabriques. Pour lui, l'homme moyen sert de type à la fois pour la taille et le poids. Cela n'est vrai que relativement dans un agrégat déterminé et homogène.
B. — La taille humaine.
La taille humaine est limitée dans ses variations et par le milieu et par la structure héritée. L'hérédité tend à maintenir les mêmes caractères si les conditions du milieu physique ou social ne sont pas modifiées.
Parmi les causes de variabilité, on peut noter, le séjour
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dans les villes ou les campagnes, les professions, Talimentation, le climat, la maladie.
Fr. Galton a observé, en Angleterre, la taille et le poids d'enfants de 14 ans fréquentant les écoles publiques : 509 étaient élevés à Londres, 296 à la campagne. La taille de ceux-ci dépassait celle des premiers de 3 centimètres et le poids des campagnards dépassait celui des citadins de 3 kilogrammes.
En ce qui concerne Talimentation, Darwin (La descendance de rhommCy t. P"^, p. 126) dit : « Lorsqu'on compare les différences qui, sous ce rapport, existent entre les chefs polynésiens et les classes inférieures de ces mêmes îles, ou entre les habitants des îles volcaniques fertiles et ceux des îles eoraliennes basses et stériles du même océan, ou entre les Fuégiens habitant la côte orientale et la côte occidentale de leur pays où les moyens de subsistance sont fort différents, il n'est guère possible d'échapper à la conclusion qu'une meilleure nourriture et plus de bien-être n'influent sur la taille. »
Si la taille et le volume en anatomie comparée n'ont qu'une valeur secondaire, les plus grands animaux se rapprochant des plus petits dans les genres voisins, il n'en est plus tout à fait de même au point de vue des caractères sociologiques de l'espèce humaine, le poids et la taille de l'homme y sont en effet des indices en partie sociaux. L'homme sous ce rapport se rapproche des anthropoïdes. Le chimj)anzé a environ i°*3o, les orangs, suivant les espèces, vont de i'"io à i"*6o, le gorille de i™4<> ^ i™75. La taille humaine adulte, sur tout le globe, varie de i à 2 mètres. En France, l'homme adulte a en moyenne i™65.
Du tableau donné par le docteur P. Topinard (Anthropologie, p. 353 et suiv.), il résulte que les plus hautes tailles moyennes appartiennent aux Tehuelches de Patagonie et aux Polynésiens, i'"77, et les plus petites aux Boschimans, i"*37.
On ne doit comparer que des individus de même sexe, ne mesurer que des sujets arrivés au terme de leur croissance, terme variable entre 23 et 33 ans suivant les races; en général, les races les plus petites atteignent plus tôt leur maximum et présentent une moindre différence entre les sexes.
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3oo Belges de 19 ans mesurés par Quetelet avaient i"™66 3()o » 23 » » 1^67
3oo
Les variations de taille dans un même groupe sont d'autant plus étroites, que la race est plus homogène. Ici encore une fois la fusion, résultat de la civilisation, réduit l'amplitude des écarts. C'est en Afrique que se montrent les plus fortes divergences, spécialement entre les Cafres et les Boschimans.
TAUA.E DES ITALIENS, D'APRÈS XICKFORO
Nord i™655 Sicile .
Centre i™644 Sardaigne
Midi i™63i
TAILLES DE I»n700 ET AU-DESSUS
Tehuelclies de Patagonie . i*"777
Polynésiens i'"776 7 populations extraeuropéennes.
Norvégiens i'"727 4 européennes.
Ciifres Amoxosa .... 1^718
Ecossais 1^708
Roumains 1^702
Suédois i'"70o
DE i"'7(X) A i'"G5o (tous les autres iiitra-eui'0|)écns)
Anglais l'^Ggo
IrhuKlais i"'690
Belges i"^(>86
Danois i"H>85
Allemands i"*68o
Slaves 1^675
Français i^"659
DE in»65o A I™600
Toscans et Vénitiens i"*65o
Samoyôdes d'Asie i™55o D^ Verrier.
Esquimaux du Labrador 1^570 »
Lapons de Scandinavie i™52o »
Lapons russes i™55o w
Esquimaux du fleuve Makensie et du
Groenland i™62o »
Siciliens i"^6i8 ]
Finnois 1^^617 [ Tous les autres extrar
Ruthiniens ou Petits Russes . i"^6io / européens. Sardes i"^6o2 1
AU-DESSOUS DE in'GoO
Tous les extra-Européens sauf les Lapons.
En Belgique, pour les miliciens et volontaires dont la taille a été relevée et âgés de 19 à 20 ans, en 1888 :
Sur 5,426 hommes 864 avaient de i'"55 à 1^60 soit 15.92 p. c.
IDO
La proportion avait été en
Sur 5,Gii
Sur 4,89a
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Sur 5,o(J2 Sur 3,928