O.OI
D'ax)rùs Quetelet {Anthropométrie, p. 187), le nombre des miliciens sous le rapport de la taille en Belgique de 1842 à i85o avait été de 322,7^6, ceux dont la taille avait été relevée de 307,462.
5i,io5 avaient i^"56 et au-dessous, soit 16.62 p. c. 158,796 )) i"'56i à i'"669 » 5i.64 w
2,619 " ï"*^^^ ®* au-dessus w 0.86 »
Le fait que l'unité de mesure fut primitivement empruntée d'abord à la taille do l'homme (coudée, pied, pouce, etc.), montre par lui-même que ses variations sont limitées, plus tard la mesure fut empruntée à une partie de la circonférence de la planète.
Cependant les variations sont importantes, ainsi en Bel-
o.go
gique les miliciens incorporés ayant i"*8o et au-dessus étaient dans la proportion :
De 1842 à x85o de 0.86 p. c.
En 1888 . . . 0.70 ))
En France, d'après J. Bertillon, il y a au point de vue de la taille, deux régions bien distinctes séparées par une ligne qui, partant de Cherbourg, aboutirait au lac de Genève; au nord-est de cette ligne, la taille médiane est élevée, variant entre 1^67 et 1^6^; au sud-est elle est égale ou inférieure à la moyenne générale (i°*64); dans deux départements bretons, et dans trois départements du centre, elle descend à 1^62 et même i"6i. Broca expliquait la différence de taille des habitants de ces deux régions par leur origine ethnique. Il est cependant certain que d*autres causes exercent une influence. L'étude du recrutement en Suède et dans les Pays-Bas montre que dans ces deux pays la taille s'est notablement élevée sous l'influence du bien-être. En Saxe, l'étude du recrutement par profession (i852-54) a montré que les professions manuelles, surtout les moins rémunérées, présentent des tailles inférieures à celles des professions libérales.
La direction de la statistique italienne a publié en 1878 et en 1882, deux atlas d'après la méthode des moyennes de Quetelet. D'après cette méthode, une simple moyenne arithmétique est insuffisante; il faut sérier les observations, voir combien sur mille hommes, il y en a de chaque groupe de taille. Si la population étudiée est homogène, les groupes les plus nombreux se rapprocheront le plus de la moyenne, laquelle représente le tyi>e normal de la population.
Dans le Nord -Est de la France où on reconnaît au contraire deux types de tailles, de même que nous venons de voir qu'il y en a aussi deux pour toute la France, l'explication purement ethnique paraît également incomplète et J. Bertillon ajoute : « il n'est pas impossible que la coexistence de ces
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deux types soit due à la coexistence de deux populations inégalement lieureuses : Tune relativement riche et bien portante, l'autre mallieureuse ou maladive. » Peut-être même ces causes se sont-elles mêlées historiquement et ont-elles concouru au résultat observé.
En Italie, la Vénétie et la Toscane présentaient la i)lus forte proportion de hautes tailles ; la Calabre, la Sardaigne, la Basilicate, la proportion la plus faible. La race, le milieu physique influent certainement, comme le prouvent en Italie les différences de taille dans des régions où les ccmditions économiques et sociales sont identiques; mais les conditions sociales sont non moins importantes. Dans ma théorie, du reste, les facteurs ethniques et sociologiques sont aussi des facteurs sociaux. L'enquête italienne qui a porté sur la taille en rapport avec les professions exercées est décisive (voir Bulletin international de statistique, t. VII, 2'' livraison, p. 273 et suiv.).
Dans un Mémoire du plus haut intérêt publié dans le Bulletin de VInstitut international de statistique (t. VII, i*^ livraison, p. i3 et suiv., 1892), M. Ch. Roberts conclut que le résultat de vingt années de recherches anthroi)ométriques prouvent qu'il y a des différences physiques résultant a) des races et des nationalités; b) des sexes; c) des conditions sociales. Dans un premier tableau, il montre que la différence entre la moyenne la plus élevée et la moyenne la moins élevée des tailles de trente-sei)t populations différentes est seulement de 25 centimètres.
Dans un deuxième tableau relatif à la taille des enfants de II à 12 ans, il montre que la taille moyenne en Angleterre diminue, d'après 2,862 observations, suivant qu'ils se trouvent dans des ccmditions plus ou moins favorables de croissance. Tandis que la taille moyenne des enfants des Publics Schools of Country est de 55 p, cette taille décroît successivement dans les Middle-class schools, plus encore dans les Elementary Schools des campagnes et des artisans dans les villes, plus encore dans celles des Factories and Workshops de la campagne et puis des villes et elle tombe au niveau le plus bas dans les Military Asylums et surtout dans les écoles industrielles; dans ces dernières la moyenne n'est plus que de 5o pouces.
Le troisième tableau montre la taille moyenne relative d'adultes de 20 à 3o ans dans différentes conditions sociales de vie. Tandis que la moyenne générale pour la population de toutes les classes est de 67 1/2 environ, cette moyenne tombe par exemple à 65.92 dans les professions sédentaires, dans les fabriques et chez les tailleurs ; elle y est à peu près égale à celle des détenus de toutes les classes qui est de 66.16 et à peine supérieure à celle des fous de toutes les classes, 65.65.
Un diagramme décrit les courbes différentes de croissance des Belges et des Anglais mâles ; à tout âge la courbe est plus élevée pour les derniers ; la différence est la plus forte entre 17 et 18 ans.
Pour les femmes, la courbe de croissance est j)eu inférieure à celle des hommes en Angleterre jusqu'à 12 ans; elle la dépasse de 12 à 14, et devient de plus en plus inférieure jusqu'à 24.
La taille des enfants de soldats anglais est inférieure à celle des enfants en général de 6 à 16 ans. (Diagramme III.)
Il résulte aussi d'un tableau relatif à l'Australie dressé par le docteur F. Xorton Manning que les filles de 8 à i5 ans ont une taille toujours inférieure à celle des garerons du même âge, mais avec des différences très faibles d'où on j^eut conclure que les conditions de vie en Australie sont favorables à l'égal développement x^hysique des deux sexes.
Une étude anthropométrique fort intéressante sur l'influence de l'entraînement gymnastique de la femme américaine en ce qui concerne le poids et la taille prouve à toute évidence que sous ces deux rapports, les limites des variations sont très étendues et que dans certaines conditions la femme peut égaler, sinon môme dépasser, ceux de l'homme moyen européen (Claës J. Enebuske dans Bulletin internationalde statistiqiiey t. VIII, i*"*^ livraison, p. 292 et suiv., 1895).
La loi semble être qu'à mesure que l'espèce humaine s'est distinguée des types inférieurs parla disparition des anthropoïdes supérieurs et de ses propres variétés inférieures, le type de la taille tend à se fixer et à s'uniformiser dans des limites de plus en plus étroites. Du reste, comme le montre Darwin, « les espèces à grande répartition sont plus variables que celles comprises dans les limites restreintes ». C'est le cas de l'espèce humaine, les variations y sont plus
nombreuses; seulement la civilisation tend à restreindre ces limites. La taille et le poids sont, au suriilus, des caractères secondaires qui ne peuvent servir de caractéristiques à respùce humaine. Les limites considérables de leurs variations n'ont pas d'influence absolue sur son unité spécifique. C'est le même phénomène que nous observons en physiologie et en économie sociale où les variations des pulsations et de la respiration et celles des prix deviennent plus faibles à mesure qu'elles sont plus nombreuses.