‹ Sociologie: La structure générale des sociétés (volume 2)Chapitre 9 sur 22 · C. — La force musculaire · texte numérisé non relu

C. — La force musculaire

Les animaux se distinguent principalement des végétaux par le développement des organes du mouvement et de la sensibilité. Dans respèce humaine, ces fonctions s'élèvent à un degré supérieur. Si, au point de vue musculaire, l'homme est inférieur à un grand nombre d'animaux, il faut toutefois tenir compte que la force musculaire ne dépend pas uniquement du volume apparent des muscles, mais de leur qualité ; l'espèce humaine, grâce aux progrès des connaissances, est aussi parvenue à étendre artificiellement sa puissance motrice dans une mesure dont les limites ne sont pas déterminables. Là, de même que pour l'activité psychique et finalement sociale, est le signe caractéristique de l'humanité. On remarquera, du reste, que force musculaire et sensibilité sont les fonctions fondamentales de la vie de relation. Les variations de la force musculaire ne sont pas uniquement déterminées par le milieu et par la race, mais aussi par l'éducation dont les muscles sont susceptibles.

Des premières recherches commencées par Pérou avec le dynamomètre Régnier, poursuivies avec le même instrument par Quoy et Gaymard, ainsi que par l'expédition de la Novarra, on peut retenir les résultats suivants obtenus pour des sujets de môme race, mâles et adultes, d'après la force de serrement des mains :

Pérou et Quoy ... 80 Anglais • . . kil. 66.2 Id. . . . 122 Français. . . » 58.i

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Qiioy et Gaymard . . i4 Portugais . . kil. 54.6

Id. ... 18 Sandwichiens . » 58,3

Pérou et Quoy ... 74 Timoriens . . » 57.7

Quoy et Gaymard . . 17 Caroliniens . . » 54 2

Pérou 12 Tasinanieiis . » 5i).6

Pérou et Quo}' ... 47 Australieus . . m 49-^

Novarra 34 Nicobariens. . « 4^-4

Pérou, Quoy et Xovarra 52 Chiuois ... » 4^-9

Xovarra 9 Javanais. . . w 44-2 (i)

M. A. S. Thompson en faisant soulever des poids, dans la Xouvelle-Zélande, constate que 3i indigènes ont soulevé eu moyenne à deux mains 166 kilogrammes, 3i Anglais, 191 kilogrammes. Il est à observer que les Anglais étaient presque tous soldats ou marins, c'est-à-dire choisis et recevant une ration uormale de nourriture. En général, du reste, le développement fonctionnel de tout organe est subordonné à Tusage qu'on en fait, à sou éducation et à son entretien; cette loi domine les conditions purement anthropologiques.

M. Ch. Roberts, dans le mémoire déjà cité, décrit également dans un diagramme les courbes du poids et de la force musculaire des deux sexes en Angleterre ; celle du poids est conforme dans sa direction à celle de la taille jusque vers 12 ans, il est moindre pour la femme, puis dépasse celui des hommes jusqu'à 16; à partir de ce moment, il lui est de phis eu plus inférieur. La force musculaire de la femme de 12 à 5o ans est toujours inférieure à celle de l'homme; le maximum est atteint pour Tune et l'autre vers 28 ans.

Je dois signaler sur la même question les excellentes études pédologiques publiées par M. le professeur M. C. Schuytkn, d Anvers, dans le « Paedologisch Jaarboek », en kjou-kjoS,

Quoi qu'il en soit, la force musculaire est limitée, si on la considère eu elle-même; socialement, elle peut recevoir des extensions dont les variations sont bien plus larges.

D'après Quetelet et Ilutchinson, il n'est pas douteux qu'il y a de même des variations dans la circulation du sang, les battements du cœur, la respiration et la voix, suivant les

(i) TopiNARD : Anthropologie^ p. 4^4-426-

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sexes, les races, Tâge et l'attitude, par exemple ; cependant, ces variations sont toujours contenues dans certaines limites, d*où résulte leur équilibration interne et externe. Des tableaux ci-dessus relatifs au poids du corps humain, à sa taille, à sa force musculaire, il paraît résulter qu'en général les populations plus civilisées dépassent les populations inférieures, et de même les classes supérieures, les classes moins favorisées. Ces considérations semblent confirmées par d'autres observations. Une mauvaise alimentation et le séjour des villes, surtout si ces deux conditions sont connexes, peuvent être considérés comme des facteurs de variation désavantageux .

Cependant, en ce qui concerne le système musculaire, bien qu'il soit excessivement variable, puisque, dans un groupe de 36 sujets, Wood a pu constater 558 modifications en ne comptant que pour une celles qui se trouvaient des deux côt^^s du corps, il n'en reste pas moins certain que ces variations restent limitées dans l'espèce humaine par les conditions les plus générales de son existence.

Le poids, la taille, la force musculaire sont limités non seulement par l'hérédité de la structure mais par tous les milieux vis-à-vis desquels ils sont en équilibration. C'est pourquoi toutes leurs variations j^ossibles sont également contenues dans certaines limites. Dans les sociétés les plus simples, là où il n'existe par exemple qu'une caste supérieure et une autre inférieure, absolument fermées, l'écart, sous tous ces rapports, est en général extrême et les transitions intermédiaires presque nulles; au contraire, dans les sociétés supérieures, très complexes, les variations intermédiaires, en rapport avec la multiplicité croissante des milieux économiques, professionnels et autres, deviennent de plus en plus nombreuses et en même temps de moins en moins accentuées, de telle sorte que le maximum et le minimum deviennent des cas de plus en plus exceptionnels. Ce phénomène n'est pas dû spécialement à l'accroissement de la population; il tient à ce que, à population égale, une société très civilisée a une composition organique de sa population plus complexe, plus différenciée et mieux coordonnée qu'une société inférieure.

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D. — La force psychique.

Avant de nous occuper des limites natui'elles de la fonction psychique, il convient de relever certaines données essentielles relatives aux formes, à la capacité et la masse de l'organe principal de la pensée.

L'angle facial, l'angle cérébral, le cubage du crâne, le poids du cerveau nous fournissent des renseignements de la plus grande précision.

D'après Broca et Topinard, les angles faciaux les plus divergents, dans l'espèce humaine, sont :

Bas Bretons .... 72° / ,.^^, ^„

^^» . ' > différence : 16°

jS egres namaquois . • 56° \

Ces écarts maxima sont reliés entre eux par des transitions graduées et insensibles. Au contraire, entre le nègre namaquois et le chimpanzé mâle, l'écart est de 56° à 38°, soit une différence de 18° sans transition.

Il en est de même pour le rapport du crâne à la face. Ce rapport est :

Bas Bretons 4 * ^•

Namaquois 4 • i.25.

Chimpanzé 3 : i.

Entre le Bas Breton et le Namaquois, il y a des transitions représentées aux degrés les plus divers par les diverses variétés de la population humaine, tandis qu'entre le Namaquois et le chimpanzé l'écart est absolu et brusque.

L'angle cérébral donne des indications de signification conforme :

Bas Bretons 159°.

Namaquois i52°.

Chimpanzé 116°.

Entre les deux premiers, il y a une série de transitions ; entre le dernier degré de l'échelle humaine et le singe le plus

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haut placé, il y a relativement discontinuité marquée par une différence de 36".

Le cubage de la capacité crânienne varie de i,ooo à 1,200 centimètres cubos environ dans l'espèce humaine, pour tomber subitement à 439 centimètres cubes chez Torangoutang et à ^21 chez le chimpanzé, sans aucune transition actuelle entre Thomme et les anthropoïdes, au moins de variétés analogues.

Broca a observé que le cube moyen des crânes des Parisiens du XII^ siècle est inférieur à celui des Parisiens du XIX^ ; que les crânes de la noblesse de la première époque sont i)lus volumineux que ceux des plébéiens de la même époque ; que les crânes modernes des infirmiers des hôpitaux sont moins volumineux que ceux des étudiants en médecine et en pharmacie; que les crânes des ouvriers des fabriques de Clicliy (ouvriers qui exécutent un travail à pou près automatique) ont une moindre capacité que ceux des menuisiers et des charpentiers ; que les crânes des hommes ont généralement un cubage plus fort que celui des femmes, etc. Malgré cette grande variabilité secondaire, les oscillations extrêmes ne sont cependant en moyenne que de 3oo centimètres cubes dans toute l'espèce humaine actuelle et elles tendent à se réduire à mesure que s'éteignent ou se civilisent les variétés inférieures en même temps que l'organe perd certainement de sa plasticité dans les supérieures à mesure qu'il se perfectionne et que l'hérédité fixe sa structure.

La classification des populations suivantes pourrait ainsi se faire au point de vue de la capacité crânienne moyenne approximative .

Capacité crânienne du Pithécanthrope de Trinil, à Java, 900 à 1,000 centimètres cubes, intermédiaire entre les Gibbons et l'homme le plus inférieur connu, la race de Néanderthal (de Mortillet) :

Centimètres cubes

Crânes préhistoriques de Canstadt. . . 1,200

Péruviens sauvages i,234

Nègres océaniens i»234

Nubiens 1,329

Mexicains i,339

Centimètres cubes

Australiens i»347

Nègres d'Afrique occidentale i,43i

Lapons i»44o

Tasmaniens 1,4^2

Canaques i»47^

Irlandais ^Al^

Bruxellois modernes i»49^

Néerlandais 1*49^

Suédois i,5oo

Esquimaux 1,589

Guanchas i,554

Italiens du Nord (Ferri et Niceforo) . . i,54o

» du Centre id. ... i,538

» du Midi id. ... 1,527

Parisiens modernes i,558

Basques et Auvergnats 1,598

D'après Bertillon, le cubage élevé des Lapons s'expliquerait par l'abondance de la grosse moelle et la moindre quantité de cellules grises; il en est de même probablement pour les Esquimaux. Il faut aussi tenir compte de Tinsuffisance numérique des mesures prises. Une classification liiérarcliique, exacte et complète ne peut pas non plus se contenter d'un indice aussi simple; elle doit avoir égard non seulement à ceux que nous avons indiqués ci-dessus, mais encore à d'autres facteurs plus qualitatifs tels que la complexité des circonvolutions cérébrales, la proportion de l'écorce grise, le développement des centres supérieurs, etc.

Sous ces réserves, le poids du cerveau, naturellement en rapport avec la capacité crânienne, est intéressant à noter suivant les races et les sexes (i) :

Hommes. Femmes.

' Anglais et Ecossais . 1,427 1,260

Franc^'ais . . . •. . i,334 1,210

Allemands . . . •. .1,382- - 1,209^1,244

(i) ToviyARD, Anthropologie, p. 33G-337.

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Hommes.

Femmes.

Autrichiens. . . . 1,342

Nègres d'Afrique . . 1,288 à i,3i6

Un nègre du Cap . . 974

Une Australienne. .

Une Boschimane . .

Le Gorille (Huxley et Topinard). .

Le cerveau de Cuvier

La moyenne à Tâge de 80 à 40 ans, dans la variété blanche, lorsque l'organe a atteint son maximum de croissance, serait, suivant Wagner, de 1,410 grammes pour les hommes et de 1,262 pour les femmes; suivant Huschke de 1,424 ^* ï>27I, soit une différence moyenne d'environ i5o grammes, alors qu'entre Autrichiens et Anglais mâles elle serait de 85.

La capacité crânienne et le poids du cerveau n'ont, du reste, pas une valeur absolue; le poids du cerveau de l'éléphant peut s'élever jusqu'à 8,000 grammes; il en est de mémo du marsouin. La qualité, la composition ont plus d'importance. L'angle facial et l'angle cérébral, la matière cérébrale et la nature des circonvolutions sont des éléments d'appréciation plus caractéristiques ; ils reflètent la structure, l'équilibraticm plus ou moins complète avec le monde extérieur et les milieux sociaux.

Au surprus, les variations individuelles du poids du cerveau dépendent non seulement de la rax^e, mais de l'âge, du sexe, de la taille, de la maladie dernière, du degré d'intelligence. D'après Parchappe et Topinard, le taux pour cent approximatif des variations du poids total du cerveau est déterminé par chacun de ces facteurs dans les proportions suivantes :

Par le sexe

Par l'âge

Par la taille

Par les maladies mentales

Par l'idiotie

Par la maladie dernière .

Par l'intelligence . . .

Comme cette dernière est en rapport étroit avec la statique et la dynamique sociales, on peut parfaitement s'expliquer que l'exercice des facultés intellectuelles en corrélation avec la division croissante du travail et des fonctions a pu rompre de plus en plus Tégalité primitive de la capacité et du poids du cerveau entre les sexes. Cet écart moyen n'est que de lo p. c. Mais chez les nègres d'Afrique nous voyons cet écart, entre les deux sexes, descendre à une différence de beaucoup inférieure, au point que le taux du sexe mâle correspondrait à peu près exactement a celui du sexe féminin, soit : : i,238 : 1,282.

Le développement intellectuel pouvant produire une variation de 20 p. c, la possibilité pour la femme de combler graduellement l'écart entre elle et l'homme n'apparait plus comme une difficulté insurmontable, à condition que la réduction de cet écart soit en corrélation avec l'évolution sociale.

E. — Indices céphaliqiies.

On appelle indice le rapport de deux diamètres opposés. Ainsi, pour l'indice céphalique, on mesure le diamètre antéro-postérieur maximum, puis le diamètre transversal maximum selon un rapport centésimal, conformément à la proportion de Broca :

D tran s verse-maximum x D ant.-post. maximum ' 100

d'où : D transv.-max. x 100

D ant.-post. max.

= X ou indice céphalique.

Cet indice céphalique donne pour limites extrêmes deux variétés anatomiques humaines représentées par des t^pes, l'un dolichocéphale, l'autre brach j'céphale ; entre les deux, il existe des variations intermédiaiivs. Celles-ci paraissent les plus nombreuses et il faut ajouter que les formes crâniennes sont représentées à peu près dans toutes les populations;

aucune classification absolue de celles-ci ne semble possible» Gegenbauer croit cependant à la possibilité d'une classification d'après la structure crânienne. Cependant, d après lui, «la forme crânienne présente, chez les différents hommes, des variations individuelles. Plus grandes encore sont les différences que Ton constate dans la forme du crâne chez les diverses souches d'un même peuple. Enfin les différences qui existent à ce sujet entre les diverses races humaines sont plus prononcées encore »... « Plus la somme des observations est grande, plus on arrive à exclure des particularités qui sont purement individuelles. On parvient ainsi à trouver les caractères typiques des différentes souches et des diverses races. Parmi les souches des peuples dolichocéphales on trouve des individus brachycéphales et réciproquement. Pour établir un type normal, il faut donc prendre une moyenne en se basant sur le plus grand nombre possible d'observations.» {Traité iV Anatomie humaine, p. 271 et suiv. Paris, Reinwald, 1892.) La classification qui en résulte semble indiquer que le summum de la civilisation n'est pas l'attribut des populations dont l'indice céphalique appartient aux ty|)cs extrêmes, mais bien aux tyi)cs mixtes produits par sélection et fusion; aussi presque toutes les civilisations et surtout les plus hautes présentent-elles non i)asdes types homogènes mais très variés avec des gradations infinies. Ceci est une constatation capitale pour la sociologie, constatation de nature à réduire de beaucouj) l'importance attribuée notamment à la race. Cette loi concorde avec celle énoncée antérieurement que les espèces à grande répartition sont plus variables que celles comi)rises dans des limites plus restreintes (Darwin). Les variations céphaliques humaines sous ce rapport sont relativement aussi variables que les variations musculaires. Toutefois ces variations peuvent être considérées comme secondaires relativement aux nombreuses ressemblances corporelles et mentales entre les races humaines les plus distinctes qui, du reste, elles-mêmes, sont plus ou moins mélangées.

Avec le progrès, suivant la loi générale que j'ai déjà énoncée, les variations, tout en devenant plus nombreuses deviennent moins extrêmes et tendent à se rapprocher de la movenne.

— Type dolichocéphale. — Indice inférieur à 75.

Australiens 71-49

Esquimaux 71.71 à 78

Xéo-Calédoniens 1^-1^

Race de Canstadt 72

Hottentots et Boschismans .... 72.42

Botoeudos 78

Nègres occidentaux 78.40

Arabes 74

Kabyles 74-^4

//. — Type sous-dolichocéphale. — Indice sui)érieur à 75

jusqu'à 77.77 :

Eg^-ptiens anciens . .

Polynésiens ....

Basques espagnols . .

f)4 crânes des dolmens (pierre polie)

Gaulois (âge du fer) .

Guanches

Bruxellois du XIP au XVI^ siècle

[t Flamands du Limbourg

Anversois

Bruxellois modernes .

76 et une fracion (184 crânes).

///. — Type mésaticéphale. — Indice supérieur à

jusqu'à 80 :

5i Flamands orientaux . .

59 Normands du X VIP siècle

79 Hollandais

27 Slaves (Kopemiski) . .

5i Flamands occidentaux .

61 Wallons (Hainaut) . . .

76 Américains du Nord . .

884 Parisiens

16 crânes d'Orrouy (pierre poli(

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