CHAPITRE X
L'Europe au XVIIP siècle.
Les traités d'Utrecht en 1718, de Rastadt et de Bade en 1714, avaient été précédés d'une guerre de douze années provoquée par les contestations relatives à la succession d'Espagne. Depuis la fin du XVP siècle, les rois de France, ceux d'Espagne et les empereurs d'Allemagne se dis-
putaient, avec ou sans titres à Tappui, toute cette zone intermédiaire qui, (le Tancienne Lotharingie ou pays de la mer du Xord, s'étend vei's les sources de la Meuse et de TEscaut, vers le Luxembourg TAlsace et la Lorraine, la Franclu*- Comté, la Savoie, le Dauphiné, la Provence et qui, pénétrant en Italie, constitue suivant une série d'étapes la grande voie de circulation de TOccident vers l'Orient par les vallées de la Meuse, du Rhin, de la Saône, du Rhône et, après avoir contourné les Alpes, par celle de Pô.
Toutes CCS régions sont surtout des pays de transit sans centre militaire commun possible, malgré la tentative avortée des ducs de Bourgogne; ce sont des territoires naturellement consacrés à un dévclopi)ement pacifique, mais dont précisément le régime politique qui seul leur conviendrait, c'est-àdire un régime surtout administratif et économique, est pour le moment irréalisable au milieu des grandes nionarchics militaires; là cependant sont tenues en réserve les formes sociales de l'avenir; mais en attendant ce scmt les territoires convoités et disputés par toutes les puissances, dont aucune cependant ne parvient et ne parviendra jamais à s'y établir définitivement.
La France avait pris pied i)eu à peu en Flandre, en Lorraine, en Franche-('Omté, en Provence; l'Autriche en Alsace, mais elle avait j)erdu la Savoie; l'Espagne dominait en Italie et dans les Flandres.
A la fin du XVIP' sié(*le, la maiscm autrichienne d'Esi)agne s'étend. Charles II en mourant avait désigné le petit-fils de Louis XIV comme son successeur, mais à condition de renoncer à la France et de ne rien abandonner à celle ci des possessions espagnoles. La Hollande, l'Angleterre, l'Espagne étaient d'accord, même aussi d'abord la France; mais Louis XIV convoite les Pays-Bas; le partage successoral, ccmtrairement à ce qui se i)assait sous le régime féodal, n'est plus que le décor et le j)rétexte; de là une guerre de treize années précisément dans les pays intermédiaires et de transit. La Paix d'Utrecht conclue en 1713 comprend l'ensemble des traités qui réglèrent la situation; en réalité elle ne fut pas un acte de partages de la succession d tispagne, car celui-ci se fit au détrinu»nt de la monarchie (espagnole et sans aucun avantage pour la France.
Rien n'indique mieux que désormais le régime féodal a pris fin et que TEtat est constitué sur d'autres bases aussi bien économiques que politiques. Aussi, dans ce traité, les règles du droit successoral sont tout à fait secondaires et il n'est pas davantage question de frontières naturelles. Les provinces de Tancienne Lotharingie, les Pays-Bas catholiques, le Milanais, les Deux-Siciles, les îles de la Méditerranée, Sardaigne et Minorque, sont détachées de l'Espagne et attribuées à la maison d'Autriche, à l'Angleterre et à la Savoie. L'Europe place des barrières entre la France et rAutriche, et ces barrières sont confiées à des Etats secondaires en voie de développement dans les régions contestées. C'est ainsi que les Provinces-Unies occupent une série de places fortes ou villes de barrière commandant le cours de la Meuse jusqu'à la mer. De même, entre le Milanais cédé à l'Empire et le Dauj)hiné franc lis, le Piémont est agrandi et chargé d'occui)er les forts du pas de Siise, le Montferrat et une partie importante du Milanais. La maison de Savoie obtient encore au sud Palerme et la" Sicile, d'où elle surveille Naples comme de Novare elle surveille le Milanais. L'Angleterre de son côté tient les clefs de la Méditerranée avec Gibraltar, Port-Mahon et Minorque.
La paix fut générale après que les traites de Rastadt et de Bade en 1714 mirent fin à la tentative de l'Empereur de ne pas se soumettre à ces conditions. Alors le système des barrières fut complété par le fait que les princes de rEmi)ire restés neutres dans le conflit entre la France et rAuti'iche eurent la garde du Rhin.
Le but de la guerre était atteint; ce but n'était i)as en réalité un conflit successoral, mais l'établissement d'un équilibre international compromis par l'éventualité d'une réunion de l'Espagne et de la France et par la puissance excessive de la maison d'Autriche. C'est un droit nouveau qui fait son apparition; il est conforme à la structure des Etats à ce moment et aux rapports qui les unissent en un véritable système. Au point de vue de la théorie des frontières, l'évolution accomplie est importante ; les zones intermédiaires ne sont plus comme primitivement converties en déserts; on cherche à leur enlever le caractère de zones litigieuses, à les arracher aux convoitises des grandes puissances et déjà se dégage