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XVIII« SIÈCLE

Si les Turcs d'Asie de structure patriarcale, nomade et militaire ont pu se répandre dans la péninsule des Balkhans et s'y maintenir vis-à-vis de populations Slaves ou grécisées, les unes agricoles, les autres commerçantes, c'est à raison certainement, que du côté de l'Asie, la péninsule est largement ouverte tandis qu'au nord elle est déjà mieux défendue par le Danube, la Save et leurs marécages et qu'à l'ouest surtout elle est isolée de l'Europe par les Alpes Dinariques qui séparent la Bosnie et l'Herzégovine de la Dalmatie. Cela n'a pas empêché les Slaves du Sud de secouer peu à peu le joug Turc et l'Autriche de s'annexer la Bosnie et l'Herzégovine et la Russie elle-même de faire reculer continuellement la frontière turque ; des sociétés agricoles et stables doivent nécessairement finir par l'emporter sur un type dont la structure sociale, même politique, est inférieure. L'élément hellénique, surtout commercial, semble moins pénétrant, mais ce n'est qu'en appariMice, car en riîalitô il s'est, depuis des siècles, par une lente infiltration, mélangé aux Sud-Slaves et même aux Turcs qu'il exploite indifféremment. En fait les frontières économiques et sociales en général de la société grecque ne correspondent pas du tout à ses frontières politiques et militaires ; le Grec n'est que moins évolué que le Juif, il constitue encore un État politiquement fermé tout en le dépassant et en se rapprochant du type cosmopolite.

D'un autre côté, ni les fleuves, ni les montagnes n*ont empêché à un certain moment les Turcs de déborder jusqu'aux portes de Vienne et d'occuper longtemps la Hongrie.

Au XVIIP siècle, à la différence de la Pologne, la Turquie possède le long du Danube et du Dniester une solide frontière, non point parce que ces fleuves constituent à eux seuls ne fût-ce que des frontières militaires et politiques, mais parce qu'ils sont de distance en distance garnis de nombreuses places fortes. La Turquie possède ainsi une grande force de résistance avec au nord, au-delà du Danube, les Alpes de Transylvanie et, comme troisième barrière, les Balkhans. La paix de Passarowitz lui enleva de grands territoires, mais elle acquit, en échange, la Morée. En 1789, elle résiste avec succès à la coalition des Russes et des Allemands. La paix de Belgrade rendait cette dernière ville à la Serbie, d'autres à la Valachie; le Danube redevenait la frontière Turque, tandis que la mer Noire était fermée aux Russes obligés de démolir les fortifications d'Azof. Ainsi, en 1740, la Turquie avait recouvré ses provinces perdues et acquis la Morée. Depuis lors elle ne fera que décliner.

De 1768 à 1770, la situation change, les Turcs sont battus par les Russes sur terre et sur mer. Cependant, en 1771, le Congrès de Focsani établit une trêve sur le Danube pendant que se réglait le partage de la Pologne. La guerre reprend en 1778; elle se termine l'année suivante par la paix de Kut^ chuk. La Russie obtient Kinboum, Jeni-Kalé, Azov et Kertch; lesTartars sont reconnus indépendants; la Russie est investie du protectorat sur les chrétiens. En 1775 la Bukovine est cédée à l'Autriche. De 1788 à 1784 le Kouban et le Crimée sont annexés à la Russie; en 1788-1789 viennent s'y ajouter Khotin, Otchakov, toute la Bessarabie, la Moldavie et la Valachie, Les Autrichiens rentrent en Serbie. A la paix de Yassi, en 1792, la Russie ne garde cependant que la vallée inférieure de la Bessarabie, Otchakov et la rive gauche du Dniester. Deux années auparavant, la paix de Sistova avait été conclue avec l'Autriche moyennant la promesse d'Orsova et de la Croatie Turque. En somme la Turquie n'échappe à ce moment à un démembrement plus complet que pour faciliter celui de laPologne et permettre à l'Autriche de se tourner contre la France.

Les pai-tages de la Pologne. Nous avons déjà vu que la Pologne était une vraie région de transit, donc essentiellement mobile et instable. Ce caractère géographique et économique s'étendait à sa structure politique. Le roi était électif à l'unanimité de la noblesse. Dans chaque Palatinat des nonces ou députés, dans leurs diètes, faisaient les lois, décidaient les guerres, concluaient les traités. Trente-sept Palatinats, avec chacun son palatin ou woeiwode nommé par le roi, se partageaient le pays. Les Palatins convoquaient et présidaient les Diètes; ils étaient en outre les chefs militaires. La Petite Pologne, la Grande Pologne, la Lithuanie avec le duché de Courlande, vassal de cette dernière, formaient trois divisions superposées.

Par le premier traité de partage de Saint-Pétersbourg en 1772, TAutriche avec ses acquisitions forme le royaume de Galicie, soit 2,600,000 habitants. La Prusse obtient toute la Prusse Polonaise avec 600,000. La Russie acquiert dans la Russie Blanche, les Palatinats de Mohilev, Vitebsk, Polotsk, le reste de celui de Smolensk et la Livonie Polonaise, en tout 1,600,000 habitants. La Pologne perdait le tiers de sa population; la Prusse était aux portes de Varsovie, l'Autriche à celles de Cracovie, la Russie à Vilna. Il n'y avait plus de frontières naturelles ni même stratégiques.

En 1793, s'effectue le deuxième partage; l'Autriche en est exclue. Prussiens et Allemands sont aux prises avec la France; la Russie en profite pour prendre le gros lot; elle s'annexe la Russie Lithuanienne, la Kiovie, une partie de la Volhynie, toute la Podolie, les Palatinats de Minsk, Pinsk, Jitomir, de Vladimir en partie, de Tchernigov, de Bratslav, de Kamenets; en tout trois millions d'habitants et ^,5(X) ki ; elle a ainsi un passage direct en Turquie; le Dniepr et le Dniestr sont fleuves russes. La Prusse obtient Thorn, Danzig, toute la rive gauche de la Vistule, les Palatinats de Posna-Guesen, Kalisz, Sierardz, Plock : i,5oo,o(H) habitants; la Warta et la Vistule sont fleuves prussiens.

Au troisième partage de 1795, la Russie re<;oit les ca]>itales Lithuaniennes : Vilna, Grodno avec les Palatinats de Trokie, Novogroudok, Rossiieny, Brest-Litovsk, Lotftsk et Kremenets, le reste de la Vol hy nie, les vallées du Niémen et du Pripet jusqu'au Bug et dêlinitivement les duchés de Cour-

lande et de Samogitie, soit encore 1,176,000 Polonais. L'Autriche en annexe un million avec les Palatinats de Sandomierz, de Lublin et de Kholen; elle occupe les hautes vallées do la Vistule et du Bug. La Prusse acquiert Varsovie, les Palatinats de Leczyca, Rawa, Czersk, d'inowratzlaw et de Dobrzjii, ceux de Podlesie et de Troki jusqu'au Niémen, également un million d'habitants.

Désormais la Vistule est un fleuve entièrement allemand; la route de l'Allemagne est fermée à la Russie, mais celle-ci s'est avancée sur les routes de la Baltique et de la mer Noire.

L'empire maritime. — Pendant que la Prusse, la Russie et l'Autriche développaient leur puissance continentale par la mainmise sur les voies terrestres de transit, l'Angleterre fortifiait de môme son empire maritime intercontinental.

Des nombreuses possessions que les Portugais avaient acquises de 1498 à i536 dans les Indes, ceux-ci ne conservent plus à la fin de X VHP siècle que Goa et l'îlot de Diu ; tout le reste, Calicut, Malacca, Colombo, l'îlot de Bombay, appartient à l'Angleterre.

Les Danois, qui avaient i)ossédé Tranquebar, le C'oromandel, le delta du Gange, Serampour, Porto-Novo, Eddova et Holcherri (Malabar) ont tout perdu; de môme les Autrichiens qui, sous Charles VI, avaient occupé Bankiporc sur l'Hougli et Koblom près de Pondicherry.

L'Angleterre agit vis-à-vis de la Hollande de la môme manière que celle-ci jadis à l'égard du Portugal. ïln i638, elle avait commencé la conquête de Ceylan; trois ans plus tard, elle lui enlève Malacca et successivement d'autres possessions. En 1795, les Anglais l'ont si bien chassée de partout qu'il ne reste plus cent Hollandais dans tout l'Indoustan.

Alors la lutte pour l'empire maritime ne fut plus qu'entre l'Angleterre et la France. Celle-ci avait créé en 1601 sa première Compagnie pour le commerce dos Indes ; les commencements avaient été modestes et relativement pacifiques ; un comptoir avait été établi à Surat en 1669, et un second à Masulipatam. En 1672, elle s'empare de San-Thomé sur les Portivgais, mais le reperdent deux années plus tard; en 1678- 1674» elle achète les deux villages qui furent Pondicherry et Chandernagor ; des comx)toirs sont établis à Colèche et à Calicut. Alors l'infiltration se déveloi)pe en envahissement

violent; Mabé conquis devient un établissement militaire; Madras enlevé aux Français est cependant restitué à la paix d'Aix-la-Cbapelle. Une armée Franco-Indoue est organisée par Dupleix ; la France pratique la politique d'intervention dans les dissensions intestines de l'Inde; elle use babilement et fructueusement du système des protectorats tout en agrandissant son territoire de Pondicbery. En I75a, l'empire français des Indes atteint son apogée; tant à titre d"e souveraineté que de suzeraineté, il embrasse les trois quarts de la grande péninsule.

La Compagnie anglaise des Indes avait été fondée en iSgg; elle aussi commence par établir des comptoirs d'abord à Surab en 1612, puis successivement ailleurs jusqu'en 1634. Son premier établissement militaire fut en 1689 dans un village qui fut plus tard Madras; puisde nouveaux comptoirs sont établis de 1640 à.i658. Au fur et à mesure de l'extension commerciale s'étend aussi la structure politique. En 1758, Clive est gouverneur du Bengale ; Warren Hastings est le premier gouverneur général de 1772 à 1785 ; les côtes de Ce^ian et MaJacea sont enlevés aux Hollandais; les royaumes et les nababies sont peu à peu annexés ou placés sous le protectorat anglais. Finalement les pouvoirs de la Compagnie, moins à la suite de ses excès qu'à raison de la transformation naturelle de toute puissance économique en puissance politique, sont abolis en i858; l'Indoustan devient domaine de la Couronne avec un vice-roi et, en 1877, la reine Victoria est proclamée Impératrice des Indes. A ce moment, l'empire confinait à l'Afghanistan. Celui-ci est devenu l'Etat- tampon entre les possessions asiatiques russes et celles de l'Angleterre. Déjà cependant par le traité de Gandemak en 1881, la frontière anglaise a été portée jusqu'au delà des défilés de Bolan et de Khaibar; elle re^ét donc bien plus le caractère de communication et de pénétration que celui d'obstacle.

En i885-i886, la conclusion des guerres barmanes a aussi été l'annexion totale de la Haute-Barmanie. Le Tliibet, à la suite de l'action exercée par la mission anglaise dans ces derniers temps, sera sans doute un nouvel État tampon entre la Russie et la Chine d'un côté, l'Angleterre de l'autre, mais sous l'influence directe de cette dernière; ainsi celle-ci sera maîtresse d'une des routes naturelles de l'Inde en Chine

comme réponse aux prétentions de la Russie sur la Mandehourie, c'est-à-dire sur la route naturelle de la Sibérie vers le Grand Océan Pacifique, route d'autant plus naturelle que la vallée de l'Amour ne peut, à raison des inondations considérables du fleuve, être utilisée pour l'établissement d'un chemin de fer. Le transit du nord de l'Europe et de l'Asie vers le Pacifique ne peut donc s'effectuer que par la Mandcliourie, région dès lors très instable et destinée à être violemment disputée dans la structure actuelle du monde (i).

En ce qui concerne l'Inde anglaise, il est à remarquer également qu'elle est partagée en territoires directement soumis et en Etats protégés, mais que ceux-ci sont les moins fertiles et les moins riches. Tandis que les premiers comprennent plus de deux cents millions de sujets à raison de 86 par kilomètre carré, les autres vallées de l'Himalaya, le désert de Radjoupoutama, les plateaux de Malwa, du Dekkan, des Ghâts, ont été laissés à l'état de vassaux; ils sont au nombre de cinquante environ, mais avec une population de moitié seulement par kilomètre carré. L'indépendance relative de ces régions doit être attribuée surtout à leur peu d'importance comme pays de transit. Ceux-ci l'Angleterre les occupe directement de même que par eux et ses possessions d'Indo-Chine elle domine le golfe de Bengale et la mer d'Oman.

Les anciennes routes naturelles des migrations sont restées les routes de passage actuelles. Ce sont elles qui ont servi à unir et à fusionner les populations par des moyens tantôt violents, tantôt pacifiques. Aux races primitives de l'Inde dont nous avons noté les croyances et les institutions relatives aux frontières, races au teint noir, aux cheveux crépus,

(i) Eugène Aubin, dans Les Anglais aux Indes et en Egypte, signale que toujours, dans ses annexions, l'Angleterre maintient les divisions de castes, de races, de religions et aussi le contact avec d'autres colonies européennes; cependant elle (c isole ses possessions derrière des tampons d'État ». Le Thibet servira de tampon mais un caractère trop méconnu de cette région en a])i)arence inaccessible, c'est (rètre une région de passage vers la Chine <lont il est ou était jusqu'ici le vassal, c'est-à-<lire une dépendance. Tout lieu de passage est une dépendance naturelle; dans une structure militaire il s'agit de savoir de qui il dépendra.

désignées sous le nom général de Négritos et dont les Gonds, les Khôls, les Santals au nombre d'environ dix millions sont les débris actuels, succédèrent les Dravidieus au t^eint brun, à la tête forte, aux membres robustes, api)arentés par leur langue aux races de TAsie centrale. Ils exterminèrent les Négritos ou les refoulèrent dans les parties les plus inaccessibles de rinde; actuellement il reste de ces immigrants environ cinquante millions, mais eux aussi ont subi le sort de ceux qu'ils avaient évincés, sort réservé, sous des formes diverses, à toutes les régions de x)assage et de richesse. Les Aryas, à leur tour, les refoulèrent des plaines du Xord vers les régions montagneuses du centre et du sud. Ces Aryas étaient de la même famille que les Perses, les Grecs, les Italiens, les Slaves, les Germains et les Celtes qui, tour à tour, profitant des anciennes voies naturelles ou utilisant les voies modernes perfectionnées et finalement les voies maritimes, prouvèrent i)ar le fait que les frontières dites naturelles sont destinées à être toujours franchies et que même dans les stades primitifs, leur fonction est déjà dominée par celle des communications également naturelles. Les trois grandes routes terrestres des migrations des Aryas vers le sud : la vallée de Tlndus, la vallée du Gange et entre celles-ci les passes des Vindhyas ont fait de Tlnde un pays destiné à être dépendant malgré ses frontières montagneuses et maritimes. Celles-ci se sont tour à tour ouvertes à toutes les immigrations et dès lors loin d'empêcher elles faciliteront son incorporation dans la grande structure mondiale de l'avenir dont les délimitations intérieures seront essentiellement sociales, bien que nécessairement combinées avec les données physiques et ethniques qui sont les fa<*teurs constitutifs de toutes matière sociale.

Le XVIII« siècle compléta la connaissance et la prise de possession de la planète par la découverte de Thémisphère océanique. Les explorations qui se succèdent à partir de 1764 ont pour champ le Pacifique et pour but hypothétique le continent austral; Cook, Bougain ville, La Pérouse en sont les représentants. En 1789, l'hémisphère océanique est connu; les grands traits des continents et des océans sont fixés ; on explore en détail l'Afrique et l'Asie. En 1784 est fondée la Société Asiatique de Calcutta, en 1788 TAfrican Associa-

tion de Londres et, en cette même année, débarquent à Botany Bay les premiers convicts, ces anormaux d'Europe destinés à être les précurseurs d*une future civilisation normale et même supérieure.

' En Amérique, l'empire espagnol, déjà si vaste, s'était encore agrandi de la Louisiane française en 1763 et de la Floride recouvrée vingt ans plus tard ; Tempire s'étendait maintenant sans discontinuité de San Francisco à la Patagonie, englobant une partie de l'Amérique du Xord avec le Mexique, la Louisiane et les deux Florides, toute l'Amérique du centre avec les Antilles et presque toute l'Amérique du Sud, sauf les Guyanes et le Brésil dont les limites avaient été fixées par la convention de 1778. Ilumboldt évaluait la population totale de cet empire pour la fin du XVIIP siècle à 17 millions, dont 7,5oo,ooo Indiens, 5,828,000 Métis ou Mulâtres, 8,276,000 blancs et 776,000 nègres d'Afrique alors que déjà i>our le surl)lus de l'Amérique il ne restait que 1,080,000 Indiens.

Mais c'était surtout aux États-Unis que les diverses variétés de populations européennes allaient se répandre et se fusionner en éliminant les populations aborigènes. Les treize Etats de l'Union avaient été reconnus par le traité de Versailles en 1788; les limites générales en avaient été fixées comme suit : au nord, la rivière Sainte-Croix, le Saint- Laurent et les Grands-Lacs; à l'ouest, le cours entier du Mississipi jusqu'au confluent de la rivière Rouge; au sud, le 3i® detcré de latitude et la rivière Sainte-Marie (non compris par conséquent la côte du Golfe du Mexique, ni l'embouchure du Mississii)i); à l'est, toute la côte de l'Atlantique de la baie de Pundy jusqu'à l'embouchure de la rivière Sainte-Marie. On peut dire qu'ici les limites physiques, sauf en ce qui concerne la mer, n'étaient que des limites conventionnelles, ce qui était encore accentué i)ar l'indication du 81** degré au sud. De même à l'intérieur, bien que divisés du sud au nord-est par la chaîne des Alleghanj^s, les treize États n'avaient pas de limites physiques particulières; seulement tous, sauf celui de Pensylvanie, faisaient face à TAtlantique.

Pour être conventionnelles et quasi symboliques et littérales, ces frontières n'étaient ni plus ni moins stables que d'autres ; déjà en 1782 une entente secrète avait été conclue

avec TAngleterre, à Tinsii de la France amie et alliée, en vue de franchir le Mississipi aux dépens de l'Espagne.

Voilà donc une puissance née de la libre colonisation, une puissance républicaine, une jeune démocratie, et ses procédés sont les mêmes que ceux des vieux Etats de l'Europe ; dès l'origine un territoire de plus de deux millions de kilom.2 lui paraît insuffisant. Cependant sa population était encore bien faible. Au début de la guerre de l'indépendance elle n'était que de 2,750,000 habitants.

En 1783 : 3,25o,ooo ; » 1790 : 3,955,000 {i^^ recensement).

Mais alors l'agriculture était encore la seule industrie et elle était extensive.

A l'origine les tendances de chaque Etat sont fortement particularistes. Les articles de confédération, adoptés seulement en 1781, ne reconnaissent encore aucun pouvoir central. L'esprit particulariste ne fait que s'accentuer pendant la <c période critique » de 1781 à 1787; il n'y a pas de revenu fédéral ; l'armée, licenciée sans être payée, se révolte.

En 1787 se réunit la Convention de Philadelphie ; une Constitution fédérale est votée et ratifiée pai* tous les Etats en 1789. Deux graves questions dès l'origine étaient soulevées, montrant des divisions plus profondes que celles en Etats : la question de l'esclavage et celle de la terre. L'esclavage était presque nul dans le Nord ; au contraire, il y avait en\4ron 700,000 esclaves dans le Sud. Les Etats à esclaves parvinrent à écarter la question de la Constitution. Quant aux terres libres de l'Ouest (libres en ce sens qu'elles n'appartenaient qu'à des tribus d'Indiens en dehors du droit supérieur des blancs), en 1780 le Congrès avait décidé que toutes ces terres formeraient le domaine commun des Etats et seraient divisées en Etats nouveaux admis dans la Confédération dès qu'ils atteindraient un taux de population déterminé. L'ordonnance de 1787 organisa le lotissement, l'administration et la vente des terres du Xord-Ouest. Ainsi l'Etat, né de l'occupation coloniale de fait, disposait de la propriété des terres non encore occupées et l'appropriation successive de ces dernières donnait naissance à de nouveaux Etats quand les territoires nouveaux avaient une population suffisante. En somme, on ne faisait Jque donner des formes régulières et

officielles au phénomène brutal qui en tous temps et partout a fait de la propriété la source de la souveraineté et des limites de la première celles de la seconde.

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